La réponse des camarades de Toulon nous fournissant l’occasion de
revenir sur cette question des organes de théorie et des organes de
lutte et de nous expliquer sur notre manière d’envisager la
propagande, nous allons le faire une bonne fois pour toutes.
Ce reproche de _modérantisme_ a toujours été fait à la _Révolte_ par
des camarades qui trouvent que l’on n’est révolutionnaire qu’à la
condition de parler sans cesse de fusillades, d’incendies, de
massacres et pendaisons de bourgeois. Nous, au contraire, nous
cherchons à démontrer que les mots violents ne prouvent rien, que le
révolutionnarisme des idées émises fait tout, et non la forme du
langage là où il n’y a pas d’idées.
Les camarades de Toulon écrivent: «Nous dirons aux travailleurs:
Puisque ce n’est que par la force que l’on vous tient esclaves, tâchez
d’être plus forts que vos maîtres. Nous prêcherons la lutte à main
armée, lutte par tous les moyens, même par le feu..., etc. N’est-ce
pas par les organes anarchistes soufflant le feu qu’on est arrivé à
nier la légitimité de la propriété individuelle et à l’attaquer «comme
voleur» au nom de la liberté anarchiste?»
Tout cela, ce sont des phrases qui ne répondent pas à la vérité. Dites
à la tribune, elles peuvent enflammer un auditoire qui se laisse
entraîner plus par la véhémence des paroles que par le raisonnement;
mais, quand on les discute, il n’en reste pas grand’chose.
Les camarades de Toulon nous citent Marat, Cyvoct, Jacques Clément et
Lucas. Sous prétexte de faire de l’érudition, il ne faudrait pas venir
comparer des situations qui ne sont plus les mêmes. En 93, on était en
pleine période insurrectionnelle. Les sections étaient sous les armes.
Des appels à l’action n’avaient rien d’anormal. En période de
propagande, ce n’est plus la même chose.
Quant à Jacques Clément et à Lucas, deux visionnaires, des fanatiques
qui ont frappé sous le coup d’une surexcitation cérébrale quelconque,
ce n’est pas à des gens de leur espèce que les anarchistes entendent
faire appel pour grossir leurs rangs. _Ce ne sont pas des cerveaux
malades qu’il faut pour faire réussir la révolution sociale._
Vous avez remarqué, messieurs, le reproche de _modérantisme_ jeté à la
face de Jean Grave? Dieu! que c’est donc toujours la même chose,
l’Histoire!--Ne dirait-on pas de Marat insultant au génie de Danton! Et,
cependant, on veut envoyer Jean Grave au bagne, sous prétexte qu’il a
organisé la violence de ceux dont la violence le méconnaissait!...
(Mouvement prolongé).
Voici, enfin, qui est bien topique.
Le 21 mai 1892, la _Révolte_ reproduit un article du _Figaro_ qui, sans
doute, ne fait pas l’apologie de Ravachol, mais explique son acte par
des mobiles généreux: