Me DE SAINT-AUBAN.--Et quel ton faut-il que je prenne? Si vous m’arrêtez
alors que, par tact et pour ne pas envenimer le débat, je tais les noms
des personnes, quelle sera votre attitude, lorsque je les citerai?
Les faits matériels n’appartiennent-ils pas à tout le monde, et n’est-ce
pas un fait matériel que ce rapport parlementaire que l’on dissimule au
pays parce qu’il renferme les résultats de l’enquête Wilson et que ces
résultats, tout atrophiés qu’ils doivent être par un mauvais vouloir
systématique, suffiraient peut-être à découvrir des choses inattendues?
N’est-ce pas un fait matériel que ces scandales effroyables qui ont
ouvert violemment les fenêtres de l’Élysée, qui en ont enfoncé les
portes et en ont chassé l’habitant au milieu des fureurs populaires?
N’est-ce pas un fait matériel que cette rentrée à la Chambre de M.
Wilson, et cette foudroyante réplique de M. Andrieux, qui lui serrait la
main, aux murmures de ses collègues: «Je n’aime pas les lâches!»,
commentée le lendemain par deux articles dont la moralité peut se
résumer ainsi: «Il vaut mieux serrer la main en plein jour à M. Wilson
que d’aller le soir en cachette, quand personne ne vous regarde, se
pendre à la sonnette de son appartement.» Et ils étaient nombreux, ceux
qui allaient, ceux qui vont peut-être encore se pendre à cette sonnette!
Autrefois, ils quémandaient les honneurs; aujourd’hui, ils quémandent le
silence, et leur peur, quoique rougissante, adule encore cette grandeur
tombée, cet homme, pas plus coupable que d’autres, peut-être moins
coupable que beaucoup d’autres, et dont le sentiment du péril, plutôt
que l’idée de justice, a fait le bouc émissaire chargé de tous les
péchés d’Israël! Ce qu’ils redoutent encore, l’épée de Damoclès
éternellement suspendue sur leurs têtes, c’est la collection des 22.000
dossiers où, plus tard, on lira peut-être le sinistre catalogue de leurs
cupidités et de leurs appétits. Ah! si nous autres, les francs, les
sincères, nous avons perdu le respect, c’est que le respect devenait un
mensonge. Quand on assiste au spectacle de ces turpitudes...