On croit généralement que les oiseaux jouissent de l'infinie liberté de
l'air, qu'ils font des voyages de plaisance au-dessus des nuages, qu'ils
vont et qu'ils viennent selon leur fantaisie, et que leur fantaisie est
sans limite. Rien n'est plus faux. Les oiseaux sont les plus casaniers
des êtres et la licence qu'ils ont de voler partout est plutôt une
charge qu'un agrément. Ils y sont contraints par la nécessité où ils
sont de manger presque constamment ou de périr. Les oiseaux sont les
esclaves étroits de leur estomac ou plutôt de leur gésier. Tous ceux qui
ont des oiseaux privés savent quels soins nécessite l'alimentation de
ces petites bêtes ailées. Il y a bien les oiseaux migrateurs, mais ils
n'entreprennent pas pour leur plaisir ces vastes voyages, qui leur sont,
au contraire, très pénibles et, arrivés à leur nouveau domicile, ils
sont généralement encore plus casaniers que les autres. Toutes les bêtes
ont un gîte qu'elles cherchent à rendre invisible ou inaccessible aux
autres bêtes dont elles craignent d'être la proie. Les oiseaux très mal
armés pour la lutte, ne savent pas se cacher. Nuit et jour, ils sont
gibier pour d'autres oiseaux et pour quelques quadrupèdes. Ramenés à
chaque instant vers la terre par la nécessité de manger, ils y sont
mangés avec une facilité extraordinaire. Un seul chat suffit à dépeupler
d'oiseaux un vaste jardin, car l'oiseau, malgré toutes les menaces,
revient toujours à l'endroit où il a trouvé une fois quelques graines ou
quelques vermisseaux. La nuit venue, avec leur manie de percher toujours
au même endroit, de revenir même de très loin à leur branche favorite,
ils se font dévorer par les chouettes. Finalement on peut dire que ses
ailes ne servent pas à grand'chose à l'oiseau et qu'elles ne servent à
rien pour son plaisir. Elle les empêchent, et encore! de mourir de faim,
mais s'ils savaient courir, leurs pattes feraient le même office. Nous
admirons l'aile de l'oiseau. Pour lui, c'est un pauvre appendice qui
parfois le fait vivre et parfois le fait mourir.