RITES FUNÉRAIRES

Au retour, le hasard m'a fait découvrir, dans la banlieue d'une cité

quasi maritime, un extraordinaire cimetière. D'abord, en entrant, des

deux côtés de la grande allée, ce ne sont que des tombes d'enfants; on

dirait que la population de ce faubourg ne meurt pas, mais qu'elle

déverse là une progéniture innombrable. Ensuite, ces tombeaux minuscules

sont ainsi ordonnés par les inconsolables parents: figurez-vous une

sorte d'armoire en bois découpé dont trois panneaux sont vitrés, une

vitrine économique dans laquelle sont entassées, sur des étagères en

forme d'autel, des figurines en porcelaine peinte, représentant des

enfants au berceau, des anges, des saints, des bonnes Vierges, des

fleurs, une quantité de bibelots. Au milieu de tout cela pend à un fil

de fer un angelot, partout le même, la cuisse ceinte d'un brassard rose

et qui sourit. Sur le devant de la vitrine, il y a généralement la

photographie du gosse en grande toilette et dans le fond, si c'était une

fillette, sa poupée. La profusion des bibelots de tout genre est

incroyable et quelques-uns sont inattendus, ainsi, par exemple, une

boîte oblongue à poudre dentifrice! Les angelots suspendus dans

l'armoire représentent certainement l'âme en route vers le ciel; les

bibelots recèlent des intentions pieuses, quoique énigmatiques, et leur

profusion atteste probablement la générosité des parents. Au reste, la

plupart de ces monuments sont dans un état de vétusté absolu et

quelques-uns commencent à tomber en poussière, laissant éparses les

petites figurines. L'âme sur le chemin du ciel est retombée sur la

terre, où l'a laissée choir l'oubli. On dirait, en somme, le cimetière

d'une tribu barbare, ayant quelques notions de céramique et de

menuiserie.

La petite Ville; Paysages · 第 17 / 32 题