Voici cinq ou six articulets sur un petit sujet qui n'intéresse guère
les Parisiens, sur une petite ville que je ne veux même pas nommer, mais
si je devais m'en excuser, ce serait pour dire que je n'aime à écrire
que sur ce qui frappe directement mes yeux. J'ajouterais aussi qu'il ne
doit pas y avoir pour l'écrivain, ni non plus pour le lecteur habitué à
sa manière, de petits sujets. Les choses au milieu desquelles on vit et
auxquelles on participe, prennent aussitôt une importance qui les
rendrait presque dignes de l'histoire. Je passerais une saison dans le
désert que je décrirais les choses du désert, même si ces choses
n'étaient rien du tout. J'aimerais à raconter le néant. Mais je ne puis
me persuader, philosophiquement, que là où je vis, puisse régner le
néant. Les choses sont ce qu'un esprit les considère. Elles ont de
l'importance, puisqu'elles l'occupent présentement, à l'exclusion du
reste du monde. Il n'y a que les imbéciles, et tout de même je ne me
range pas parmi eux, qui croient que les grands sujets font la grande
littérature ou la grande peinture. Qu'ils se détrompent. Il vaut mieux
être le Chardin d'un chaudron, que le raté d'une épopée. Un homme qui
dit sincèrement ce qu'il voit, et seulement les choses qu'il voit, n'est
jamais ridicule. C'est pourtant cette sincérité qui semble si facile et
si engageante où il semble que nos contemporains répugnent le plus. Cela
s'est toujours passé ainsi d'ailleurs, ce qui fait qu'à peine écrite, la
littérature tombe en poussière. Il avait bien raison celui qui prenait
pour devise: l'humble vérité. Je ne sais plus qui. Mais j'espère qu'il
ne croyait pas à _la_ vérité, mais à _sa_ vérité. Dire _sa_ vérité,
humble ou orgueilleuse, il n'y a que cela de digne.