_Australian Circus_! Et d'immenses affiches illustrées ont couvert les
murs de la petite ville. Tous les ans, pendant les mois d'été, de
pareilles troupes la visitent. C'est même à peu près le seul spectacle
qu'elle connaisse, car son petit théâtre est fort délaissé et les
tournées l'ignorent; elle les bouderait d'ailleurs, la coutume défendant
à la «société» de fréquenter ce bouis-bouis. Le cirque, au contraire,
fait ce miracle de réunir tout le monde. Dès quatre heures, tous les
enfants de la ville sont réunis sur la place et surveillent le montage
de la salle de toile, jettent des regards curieux vers les voitures où
grouillent les animaux, où les paillettes luisent comme des poissons
dans un filet. Quelquefois, pour allumer la curiosité, le cirque fait
par les rues étroites une promenade de parade. L'_Australian Circus_ n'a
pas suivi cet usage, confiant dans l'extravagance de ses affiches. Il a
eu raison, car, dès huit heures, on se presse sur les banquettes de la
vaste tente. C'est un cirque pareil à tous les cirques ambulants, d'une
bonne tenue et d'une suffisante variété: aussi son succès est-il
considérable. Je pense qu'il n'a d'australien que le nom; son personnel
est anglais, français et japonais. Ses acrobates japonais sont
admirables et réalisent des prodiges d'équilibre dangereux. Je ne
regrette pas d'avoir vu la petite Japonaise, menue et gentille comme une
poupée, qui grimpait si gaillardement à une échelle sans appui. Ces
Japonais, sans lesquels il n'y a plus de fête de ce genre, sont d'une
adresse admirable, mesurée et calme, prudente quoique très hardie. Ils
résolvent moins des tours de force que des problèmes de mécanique. La
municipalité fait d'autres prodiges, qui sont des prodiges d'économie,
et c'est dans l'obscurité absolue d'une nuit sans lune qu'il nous faut
regagner notre domicile, en butant sur les mauvais pavés. Mais les
habitants ne murmurent pas. Ils sont heureux. Ils sortent de
l'_Australian Circus_!