LE LYCÉE

Il n'est pas douteux que, dans la plupart des petites villes de cette

région, où d'ailleurs il n'y en a pas de grandes, l'Université ne soit

en profonde décadence. Non pas que le corps des professeurs ait diminué

de valeur, mais ce sont les élèves qui ont diminué en nombre. Ici, le

lycée, où il y eut, de mon temps, jusqu'à trois cents élèves internes,

n'en compte plus guère qu'une soixantaine. Cependant, la population

écolière est abondante dans la région. On n'émigre vers Paris qu'après

les études faites. Les hommes sont moins nombreux, mais les enfants et

les adolescents pullulent, les familles y étant toujours fort fécondes.

Où donc toute cette jeune population fait-elle son éducation? Dans les

établissements ecclésiastiques qui, jadis assez dédaignés, ont retrouvé

depuis quelques années une belle clientèle. Je n'en rechercherai pas les

causes, je constate le fait, qui est patent; l'enseignement de l'Etat

subit en province une crise dont il se relèvera difficilement. C'est en

vain que toutes sortes d'améliorations y ont été apportées. Sans les

boursiers que l'administration envoie de tous côtés, le lycée serait

presque vide; le personnel est sans proportion avec la population

scolaire, les bâtiments de l'internat s'y font de plus en plus déserts;

on dirait qu'une épidémie a passé par là. Ce n'est pas que les habitants

soient devenus plus réactionnaires, plus cléricaux, mais il semble que

les méthodes universitaires leur plaisent de moins en moins. S'il y a eu

campagne contre l'Université, nulle part elle n'a mieux réussi.

Pourtant, la petite ville est encore un centre d'études, mais surtout

primaires et féminines. Il y a un lycée où on fait des cours pour les

jeunes filles, mais ce gain compense assez mal la désertion du grand

lycée, où l'on formait les hommes.

La petite Ville; Paysages · 第 10 / 32 题