M. Uzanne appelait l'autre jour les musées des «écoles de simulation et
de pastiche», et cela m'a semblé bien près de la vérité, sinon la vérité
même. Il n'est pas douteux que les musées, répandus maintenant partout,
ont développé outre mesure cette manie de l'imitation, qui est presque
tout le génie humain. Mais il est des musées innocents, ceux des petites
villes. La petite ville a son musée. C'est, à l'entrée du jardin des
plantes, une vieille maison du dix-huitième siècle, dont une moitié est
pleine de mauvaise peinture et dont le reste abrite des plantes
délicates. Du dehors, on ne sait où commence la peinture, car la façade
est tapissée par une magnifique glycine qui mêle ses grappes violettes
aux fleurs charnelles d'un rosier grimpant. Rien n'est plus charmant que
ces roses qui pendent de toutes parts et s'effeuillent en pluie
odorante, cependant que se gonfle de l'autre côté de la cour un énorme
massif de camélias qui proclame la douceur un peu humide du climat.
Avant que les roses ne soient ouvertes, les rouges camélias décorent à
merveille la sombre verdure. Quelle opulente entrée de musée! Il n'en
est pas peut-être derrière laquelle on rêve un art plus délicat, plus
intime, plus provincial, plus traditionnel, mais il en est bien peu qui
mènent vers un tel néant! Musée, pourquoi faire? Est-ce que toute la
ville n'est pas un musée vivant, avec ses églises aux pierres sculptées,
ses vieilles rues désertes, ses vieux hôtels resserrés entre ses vieux
jardins? Un musée spécial, quelle dérision! Comme une fausse notion de
l'art a déformé les esprits! Mais ce musée du moins a ce mérite de ne
pousser ni à la copie, ni à l'imitation. Plus heureux que le Louvre, il
ne contient aucun chevalet et on n'y a jamais vu deux fois le même
visiteur. Il n'est coupable d'aucune fausse vocation. Il jette même un
certain ridicule sur l'art et sur les artistes. Mais il enchante le
promeneur solitaire. C'est un musée innocent.