Ce n'est pas un mollusque, c'est une sorte d'édifice en verdure, un
labyrinthe de charmille qui s'élève dans un coin du jardin des plantes.
On en voit parfois de tels dans les vieilles estampes. Celui-là, qui
date du XVIIIe siècle, est fort beau. Les Anglais viennent le voir. Il
figure dans les guides et sur les cartes postales. Ce n'est d'ailleurs
qu'une des curiosités du jardin des plantes, célèbre dans le monde
touriste. Il se glorifie aussi d'un cèdre gigantesque, d'un tas d'arbres
de la plus belle venue, d'un _menneken-piss_ à peine plus décent que
celui de Bruxelles et d'un choix de palmiers, cédratiers, orangers avec
leurs oranges, camélias en pleine terre et autres arbustes rares qui
s'accommodent d'un climat extrêmement doux. Mais la verdure y vient si
bien qu'elle est comme une prison pour les fleurs. C'est le paradis des
arbres. Une branche plantée en terre y prend aussitôt racine et devient
en quelques saisons arbre à son tour. Toutes les nuances du vert s'y
rencontrent et brodent sur le ciel les plus belles tapisseries. J'écris
près d'une fenêtre donnant sur cette tapisserie mouvante que le vent
fait vaciller avec un bruit très doux de vagues. Comme ces constructions
d'arbres sont émouvantes, mais aussi, comme elles sont accablantes! Au
temps de ma jeunesse on découvrait du haut du colimaçon, un horizon
assez vaste et assez plaisant vers de proches collines pleines de
moissons. Maintenant les arbres ont envahi tout le champ de la vision:
on est un peu plus près de leur cime, voilà tout. Ils témoignent du
moins de la fécondité de cette terre et rappellent les temps anciens, où
tout ce pays n'était qu'une vaste forêt, à peine pénétrable. Et puis,
vraiment, rien n'est plus beau. Ah! que je plains les régions sans
arbres.