La cathédrale domine, écrase, dévore la petite ville nichée à ses pieds
et qui semble en découler comme une source de pierre. Cet amas
harmonieux de sculptures, de flèches, de dômes, de porches, n'a pas
suffi à rassasier l'activité constructive des siècles qui précédèrent la
Renaissance et dont le nom ici ne se comprend plus, car ce fut une mort
et non un renouveau: deux autres églises, encore vastes et belles
s'élevèrent à ses côtés et plus loin dans les campagnes, au bord des
rivières, à la lisière des landes, des abbayes surgissaient riches et
fleuries, et l'on se demande comment purent être conçues et créées, en
un temps assez bref, tant de prodigieuses architectures. Il y a une
telle disproportion entre les ressources artistiques actuelles du pays
et les anciennes réalisations! Aujourd'hui, non seulement il ne pourrait
achever ces merveilles, mais à peine pourrait-il en avoir l'idée et il
serait même embarrassé pour les maintenir en bon état. Il faut que cela
soit un gouvernement sans religion qui veille sur l'intégrité de ces
monuments religieux. Abandonnés aux mains des fidèles, ils seraient
depuis longtemps de belles ruines. La foi qui les construisit n'a plus
assez de force pour les soutenir. Ceux-même qui les admirent sont
devenus incapables d'une admiration active et ceux qui y prient ne
voudraient pas se priver d'un déjeuner pour contribuer à la réfection
d'une seule de ces pierres sculptées. Ils sauraient pleurer, ils ne
sauraient faire que cela. Dans le petit poème qui raconte la
construction de la cathédrale de Chartres, on voit la population tout
entière travailler matériellement au charroi et à la pose des matériaux.
Elle est, et toutes les autres, le fruit de l'élan de tout le peuple qui
voulait, qui savait vouloir. Les catholiques d'aujourd'hui ne sont même
plus capables de nourrir leur clergé et de lui acheter des surplis.