LE PETIT CHEMIN DE FER

Il dévale de la gare, passe entre les jambes du viaduc et s'en va en

titubant du côté de la mer. Il ne va pas vite et il souffle beaucoup,

quoique tout jeune. D'abord, il longe un vieux canal où il pousse maints

roseaux et où fleurissent à foison les reines des prés. Autrefois, ce

canal charriait les charbons de Hull et les sapins de Norvège vers la

ville qui en était fière, mais on se lasse de tout. Cependant le petit

chemin de fer divague maintenant parmi les campagnes et s'enfonce

résolument à travers les avoines, les coquelicots et les pommes de

terre. Voici les sables, voici la mer. Des gens descendent et gagnent la

petite plage où les vagues déferlent aux sons du piano. Deux hommes se

baignent, un enfant joue avec un chien, deux dames se promènent. «Tout

est loué, me dit avec fierté la servante du petit café en bois découpé.

Dame! Depuis que nous avons le chemin de fer!» Cependant le petit chemin

de fer a eu le temps de faire un tour vers des régions plus lointaines.

Il revient. On le voit traverser les dunes comme une grosse chenille

noire, il s'arrête et nous repartons vers la vieille petite ville tassée

sur son rocher autour de ses églises. On y est moins isolé, depuis que

l'on sent la mer si près de soi, grâce au petit chemin de fer. La mer

est une compagne qui ne vous lasse jamais, et quoique sa voix soit

monotone, on y trouve une diversité singulière. Elle se plie si bien à

la qualité de la rêverie, elle se fait si bien plaisante ou triste selon

les mouvements de votre âme! Malgré leurs chalets suisses, leurs casinos

et leur musique ridicule, les hommes n'ont pu encore en détruire le

charme. La mer est invincible. C'est pourquoi il faut bénir les petits

et les grands chemins de fer qui nous permettent d'aller à elle

directement, nous jeter, d'un bond, dans ses bras.

La petite Ville; Paysages · 第 6 / 32 题