_Vincentius Burgundus proesul bellovacensis_. (Bibliotheca M

ABÉLARD

PAR

CHARLES DE RÉMUSAT.

1845

Spero equidem quod gloriam eorum

qui nunc sunt posteritas celebrabit.

Jean de SALISBURY, disciple d'Abélard.

_Metalogicus in prologo_.

TOME PREMIER

PRÉFACE.

On se propose dans cet ouvrage de faire connaître la vie, le caractère,

les écrits et les opinions d'Abélard, et de recueillir tout ce qu'il

est utile de savoir pour marquer sa place dans l'histoire de l'esprit

humain.

Abélard est moins connu qu'il n'est célèbre, et sa renommée semble

romanesque plutôt qu'historique. On sait vaguement qu'il fut un

professeur, un philosophe, un théologien, qu'il se fit une grande

réputation dans les écoles du moyen âge, et qu'il exerça une puissante

influence sur les études et les idées de son temps. Mais dans quel sens

dirigea-t-il les esprits, quel était le fond de ses doctrines, quelle

la nature de son talent, quels les titres de ses ouvrages, quel rôle

joua-t-il dans les lettres et dans l'Église, voilà ce qu'on ignore; et

le vulgaire même raconte la fatale histoire de ses amours. C'est par ce

souvenir que le nom d'Abélard est resté populaire.

Peut-être à la faveur de ce souvenir, le tableau que j'entreprends de

tracer inspirera-t-il quelque curiosité. Peut-être souhaitera-t-on

de mieux connaître l'homme dont on a si souvent entendu rappeler

les aventures, et l'amant servira-t-il à recommander le philosophe.

Moi-même, je l'avouerai, ce n'est point par l'histoire que j'ai commencé

avec lui. C'est dans le monde de l'imagination que je l'avais cherché

d'abord, et l'étude de la philosophie n'a pas donné naissance à cet

ouvrage.

Le lecteur me permettra-t-il de lui en retracer brièvement l'histoire?

Il y a quelques années qu'en réfléchissant sur un sujet que la réflexion

n'épuisera pas, sur ce que devient la nature morale de l'homme dans les

temps où l'intelligence prévaut sur tout le reste, je fus conduit à

me demander s'il n'y aurait pas moyen de concevoir un ouvrage où la

puissance de l'esprit, devenue supérieure à celle du caractère, serait

mise en présence des plus fortes réalités du monde social, des épreuves

de la destinée, des passions même de l'âme. La lutte de l'esprit tout

seul avec la vie tout entière me paraissait intéressante à décrire

encore une fois, et je cherchais dans quel temps, sur quelle scène,

par quels personnages, il serait bon de la représenter. Pour que cette

peinture fût frappante et vive, en effet, il ne me semblait pas qu'elle

dût avoir pour cadre un sujet imaginaire. Un héros idéal qui à une

époque indéterminée se mesure avec des êtres d'invention, ne saurait

offrir un exemple qui saisisse et qui émeuve; si vraisemblable qu'on

s'attache à le faire, il paraît toujours hors du vrai, et la situation

où on le place est prise pour une combinaison de fantaisie. La pensée

morale que j'aspirais à mettre en action, ne pouvait prendre tout son

relief et produire tout son effet que sur un fond de réalité.

Je rêvais à tout cela, lorsqu'il m'arriva un de ces hasards qui ne

manquent guère aux auteurs préoccupés d'une idée. Un jour, mes yeux

s'arrêtèrent sur l'affiche d'un théâtre où se lisait le nom que j'écris

aujourd'hui au titre de cet ouvrage. Seulement ce nom était suivi

d'un autre que la philosophie seule a le triste courage d'en séparer.

Soudain, la pensée qui flottait dans mon esprit se fixa, pour ainsi

dire; elle s'unit au nom d'Abélard, et prit dès lors une forme

distincte: le sujet nécessaire me parut trouvé. Et prenant dans

l'histoire les faits et les situations, dans les moeurs et dans les

hommes du XIIe siècle, les traits et les couleurs, je composai avec une

sorte d'entraînement un ouvrage en forme de roman dramatique, qui, lui

aussi, s'appelle Abélard.

Quelques personnes pourront se souvenir d'en avoir entendu parler.

J'avais écrit sous l'empire d'une sorte de passion pour mon sujet, pour

mon idée, mais avec le sentiment d'une indépendance absolue. La science,

la foi et l'amour, l'école, le gouvernement et l'Église, j'avais essayé

de tout peindre, sans rien écarter, sans rien adoucir, sans rien

ménager, ne supposant pas même un moment qu'un si étrange tableau

pût jamais passer sous les yeux du public. Mais qui ne connaît les

faiblesses paternelles? Quel auteur ne prend confiance dans l'ouvrage

dont la composition l'a charmé? J'ai donc un jour songé à livrer aux

périls de la publicité ce premier Abélard. Cependant il s'agissait d'une

oeuvre qui contient sans doute une pensée sérieuse et morale, mais sous

les formes les plus libres de la réalité et de l'imagination, où dans

le cadre des moeurs grossières du XIIe siècle, la lutte violente des

croyances, des idées et des passions est représentée avec une franchise

qui peut paraître excessive, avec un abandon qui peut blesser les

esprits sévères. C'est une de ces oeuvres enfin qui n'ont qu'une excuse

possible, celle du talent.

Je me figurai quelque temps que je pourrais lui en créer une autre;

c'est alors que je conçus le projet d'opposer l'histoire au roman, et

de racheter le mensonge par la vérité. A des fictions dramatiques,

je résolus de joindre un tableau de philosophie et de critique où le

raisonnement et l'étude prissent la place de l'imagination. Changeant de

but et de travail, je m'occupai alors de mieux connaître l'Abélard de la

réalité, d'apprendre sa vie, de pénétrer ses écrits, d'approfondir ses

doctrines; et voilà comme s'est fait le livre que je soumets en ce

moment au jugement du public. Destiné à servir d'accompagnement et

presque de compensation à une tentative hasardeuse, il paraît seul

aujourd'hui. Des illusions téméraires sont à demi dissipées; une sage

voix que je voudrais écouter toujours, me conseille de renoncer aux

fictions passionnées, et de dire tristement adieu à la muse qui les

inspire:

Abi

Quo blandae juvenum te revocant preces.

Ce récit servira du moins à témoigner de mes consciencieux efforts pour

rendre cet ouvrage moins indigne du sujet. Plus je tenais à expier en

quelque sorte une composition d'un genre moins sévère, plus je devais

tâcher de donner à celle-ci les mérites qui dépendent de l'étude, de

la patience et du travail. Je n'ai rien négligé pour savoir tout le

nécessaire, pour ne parler qu'en connaissance de cause, et dans la

partie historique j'espère m'être approché de la parfaite exactitude.

L'étendue de mes recherches, et plus encore la révision de quelques

savants amis m'ont donné confiance dans ma fidélité d'historien.

On trouvera donc ici une biographie d'Abélard plus complète qu'aucune

autre, aussi complète peut-être que permet de la faire l'état des

monuments connus jusqu'à ce jour. Quant à l'intérêt du récit, il me

paraît, à moi, très-vif dans les faits mêmes. Qui sait s'il ne se sera

pas évanoui sous ma main?

Mais tout n'est pas histoire dans cet ouvrage. Après la première partie,

qui renferme la vie d'Abélard et qui peut aussi donner une vue générale

de son talent et de ses idées, il me restait à faire connaître ses

écrits. A l'exception de quelques lettres sur ses malheurs, ils sont

tous philosophiques ou théologiques: j'ai donc joint au livre premier,

un livre sur la philosophie, un livre sur la théologie d'Abélard. Cette

partie de mon travail, pour être la plus neuve, n'était pas la plus

attrayante, et j'ignore si ce n'est point une témérité que d'avoir

voulu rendre de l'intérêt à la science si longtemps décriée sous le nom

désastreux de scolastique.

A la fin du dernier siècle, une telle entreprise aurait paru insensée.

Le temps même n'est pas loin où le courage m'aurait manqué pour

l'accomplir. Mais de nos jours, le tombeau du moyen âge a été rouvert

avec encore plus de curiosité que de respect. On s'est plu à y

contempler les grands ossements que les années n'avaient pas détruits,

à y recueillir les joyaux grossiers ou précieux qui brillaient encore

mêlés à de froides poussières. Les monuments où ces reliques languirent

oubliées si longtemps, sont devenus l'objet d'une admiration passionnée,

comme s'ils étaient retrouvés d'hier, et que la terre les eût jadis

enfouis dans son sein. Ne pouvant inventer le neuf, on s'est épris du

plaisir de comprendre le vieux. L'enthousiasme du passé est venu colorer

la critique, échauffer l'érudition. A juger sévèrement notre époque, on

pourrait dire que les faits réels réveillent seuls en elle l'imagination

et qu'elle ne retourne à la poésie que par l'histoire.

A-t-il été présomptueux d'espérer que le goût d'antiquaire qui s'attache

aux moeurs, aux formes, aux édifices des âges gothiques, s'étendrait

jusqu'à leurs idées, et qu'on aimerait à connaître la science

contemporaine de l'art qu'on admire?

Il ne faut rien dissimuler, ce livre est très-sérieux. Nous ne nous

sommes point arrêté à la surface. Rassembler en passant quelques traits

de la physionomie d'un homme et d'une époque, offrir de rares extraits,

piquants par leur singularité, choisis à plaisir dans les débris d'une

littérature a demi barbare, aurait suffi peut-être pour donner à

quelques pages un intérêt de curiosité. Ce n'était pas assez pour nous.

Notre ambition a été de faire connaître, avec les ouvrages d'Abélard, le

fond et les détails de ses doctrines, les procédés de son esprit, les

formes de son style, d'éclairer ainsi, à sa lumière, toute une période

encore obscure de la vie intellectuelle de la société française. Qu'on

ne s'attende donc point à trouver seulement ici des fragments épars

de philosophie ou de théologie; mais bien une philosophie, mais une

théologie, chacune avec ses principes, sa méthode et son langage,

chacune telle qu'un vieux passé l'a connue, admirée, célébrée, alors que

l'école était pour nos aïeux ce que la presse est devenue pour leurs

enfants. Au lieu de présenter des considérations générales sur l'esprit

de notre philosophe, nous suivrons cet esprit dans sa marche, nous le

décrirons dans ses monuments. Ce ne sera pas une simple critique, mais,

s'il est possible, une reproduction du génie d'un homme. Ce sera en même

temps, si nos forces ne trahissent pas nos desseins, une introduction

utile à l'étude de la scolastique, et par conséquent à l'histoire de

l'esprit humain dans le moyen âge.

Cet ouvrage devra toute son originalité à son exactitude, et rien

n'y paraîtra nouveau que ce qui sera scrupuleusement historique.

L'intelligence et le savoir affectaient jadis des formes si différentes

de celles qui nous semblent aujourd'hui les plus naturelles, peut-être

parce qu'elles nous sont les plus familières; le caractère des

questions, le choix des arguments, la portée des solutions, tout est si

étrange chez les scolastiques, que la raison même, dans leurs livres,

n'est pas toujours reconnaissable, et que le bon sens y prend

quelquefois une tournure de paradoxe. La scolastique produit aujourd'hui

l'effet d'une science en désuétude qui étonne et ne persuade plus.

Cependant, pour qui ne s'en tient pas à l'apparence, pour qui brise

l'enveloppe que prêtaient à la pensée le goût et l'érudition du temps,

la scolastique contient dans son sein, elle offre dans son cours et les

problèmes de tous les siècles et quelquefois les idées du nôtre. C'est

que les formes de la science peuvent varier, mais le fond est invariable

comme l'esprit humain. Les Grecs n'ont presque rien dit à la manière

des modernes, et cependant ils ont connu tous les systèmes, toutes les

hypothèses dont les modernes se sont vantés. Je ne sais pas même une

erreur dans laquelle ils ne nous aient devancés. Quand on lit les

Dialogues de Platon, on y voit figurer, sous des noms antiques, Hobbes,

Locke, Hume et Kant lui-même. Ainsi chez les maîtres de la scolastique,

nous reconnaissons des Euthydème et des Protagoras, quelquefois

Démocrite, Empédocle ou Parménide, ça et là des idées de Platon, partout

le souvenir et l'imitation d'Aristote. Sans doute le moyen âge morcelait

la philosophie; mais toutes les parties s'en tiennent si étroitement

qu'on ne peut longtemps en isoler une, et des voies différentes y

ramènent au même point. L'esprit humain n'innove guère que dans les

méthodes, et les méthodes diversifient, mais ne détruisent pas son

identité. Les idées sur lesquelles porte la philosophie se présentent

comme d'elles-mêmes à la réflexion. Dès que l'esprit se regarde, il les

retrouve. C'est un héritage substitué de génération en génération, comme

ces pierres précieuses qui se perpétuent dans les familles, et dont

la disposition seule change suivant la mode et le goût des diverses

époques. Indestructibles, et inaltérables, ces idées demeurent dans

l'esprit humain comme des symboles de l'éternelle vérité.

Elles ne manquent donc à aucune grande philosophie; et elles peuvent

être découvertes sous tous les voiles que les caprices du raisonnement

leur ont prêtés. Il est curieux et piquant parfois de les reconnaître,

malgré les déguisements dont les revêtent la philosophie et la théologie

de nos pères. Cet intérêt nous soutenait dans la tâche ingrate de

pénétrer au fond de ces deux sciences, d'en reproduire les idées et les

expressions, de leur rendre, s'il nous était possible, la vie et la

lumière. Cette restauration était une oeuvre assez nouvelle. Depuis

quelques années, on a bien su ressaisir avec sagacité le sens intime de

toutes les doctrines, on les a traduites avec succès dans une langue

commune, celle de la critique contemporaine. Mais à peine a-t-on osé,

dans de courts passages, faire revivre l'enseignement original des

maîtres du passé. A peine celui qui a le premier parmi nous entrepris de

retirer la scolastique d'un oubli de deux siècles, a-t-il osé lui rendre

à certains moments et ses formes et son style. Par le choix de notre

sujet, par l'étendue de notre travail, nous avons dû nous jeter

audacieusement dans cette oeuvre de restitution scientifique. Nous

sommes rentré dans la nuit du moyen âge, pour y marcher le flambeau à

la main. Un historien dont la science profonde est vivifiée par une

puissante imagination, a su ranimer les sentiments et les moeurs de

la société de ces temps-là. Il a remis sur ses pieds le Germain, le

Gaulois, le Saxon, le Normand. Ce qu'il a si habilement fait pour

l'homme moral, pour l'homme politique, serait-il chimérique de le tenter

pour l'homme intellectuel? A côté du guerrier franc, du magistrat

communal, du serf des cités ou des champs, en face du roi, du leude et

du prêtre, reprenant à sa voix la parole et l'action, ne pourrait-on

faire revivre l'écrivain et le philosophe, aux luttes des races opposer

les combats des écoles, aux jeux de la force, les guerres de l'esprit?

Est-il impossible de convoquer encore pour un instant les hommes du XIXe

siècle autour d'une de ces chaires éloquentes où la raison humaine,

essayant sa puissance, bégayant des vérités timides, préparait, il y a

sept cents ans, la lointaine émancipation du monde?

PREUVES ET AUTORITÉS

DE

L'HISTOIRE D'ABÉLARD.

On a beaucoup écrit sur Abélard, mais on s'est beaucoup répété, et il

faut bien choisir les autorités, quand on parle de lui. Parmi celles que

nous allons citer, les unes, qui sont originales, et ce que les anciens

éditeurs appelaient _testimonia_, datent de son temps ou viennent

de ceux qui avaient pu connaître ses contemporains; les autres sont

postérieures et n'ont qu'une valeur relative à l'instruction, à la

véracité, à la sagacité de l'écrivain.

I.

AUTORITÉS DU XIIe SIÈCLE ET DU SUIVANT.

I.--_Historia calamitatum_, ou l'_Epistola prima_. Ce sont les Mémoires

de sa vie écrits par lui jusque vers l'année 1135. Cette lettre a été

donnée pour la première fois dans ses Oeuvres, par Duchesne, qui y a

joint d'excellentes notes. Le meilleur texte, bien qu'incomplet, a été

revu sur le manuscrit 2923 de la Bibliothèque Royale, et inséré dans

le Recueil des historiens des Gaules et de la France (t. XIV, p. 278).

Turlot, qui l'a reproduit en presque totalité, dit que le manuscrit

a appartenu à Pétrarque et contient des notes de lui. (_Abail. et

Héloïse_, p. 4.) La bibliothèque de Troyes possède un manuscrit sous le

n'o 802, qui a été collationné avec l'imprimé à la demande de M. Cousin;

il contient de nombreuses différences assez peu importantes, sauf une

seule qui sera indiquée.

II.--Les lettres d'Héloïse et d'Abélard, souvent réimprimées et

traduites. La première traduction est celle de Jean de Meung, le

manuscrit en existe à la Bibliothèque du Roi. La première édition

du texte est celle qui fait partie des Oeuvres déjà citées: _Petri

Abaelardi filosofi et theologi abbatis ruyensis et Heloisae conjugis

ejus primae paracletensis abbatissae Opera, nunc primum edita ex Mss.

codd. V. Illus. Francisci Amboesii_, etc., in-4°. Paris, 1616. Cette

édition des Oeuvres d'Abélard, la première et la seule qui porte ce

titre, est appelée indifféremment l'édition d'Amboise ou de Duchesne;

elle contient les lettres d'Abélard et d'Héloïse, des lettres de saint

Bernard, du pape Innocent II, de Pierre le Vénérable, de Bérenger de

Poitiers, de Foulque de Deuil, etc., toutes pièces importantes pour

l'histoire d'Abélard, ainsi que plusieurs de ses ouvrages théologiques

qui ne sont encore imprimés que là. Les principaux sont: 1° le

Commentaire sur l'épître aux Romains; 2° l'Introduction à la théologie;

3° les Sermons. Voyez sur cette édition Bayle, _Dict. crit_., art. _Fr.

d'Amboise_, et l'_Histoire littéraire de la France_, par les bénédictins

de Saint-Maur et l'Institut, t. XII, p. 149.

La seconde édition complète des lettres, contenant toutes celles que

d'Amboise a données; _P. Abaelardi abbatis ruyensis et Heloissae

abbatissae paracletensis Epistolae, edit. cur. Ricardi Rawlinson_,

in-8°. Londres, 1718. Le texte a été revu avec soin, mais corrigé avec

trop de hardiesse, d'après un manuscrit d'une existence douteuse.

III.--Les autres ouvrages d'Abélard, savoir:

_Petri Abaelardi Theologia christiana.--Ejusdem Expositio in Hexameron_.

(Durand et Martene, Thesaur. nov. anedoct., t. V, p. 1139 et 1361.)

_Petri Abaelardi Ethica, seu liber dictus: SCITO TE IPSUM_. (Bernard

Pez, Thesaur. anecdot. noviss., t. III, pars II, p. 626.)

_Petri Abaelardi Dialogus inter philosophum, judaeum et christianum_.

(Frid. Henr. Rheinwald, Anecdot. ad histor. ecclesiast. pertin., partie.

I, Berolini, 1831.)

_Petri Abaelardi Epitome theologiae christianae_, (F. H. Rheinwald, même

recueil, partie II, 1835.)

Ouvrages inédits d'Abélard, pour servir à l'histoire de la philosophie

scolastique en France, publiés par M. Victor Cousin. Les principaux

ouvrages sont: 1° _Petri Abaelardi Sic et Non_; 2° _Ejusdem Dialectica_;

3° _Ejusdem fragmentum de Generibus et Speciebus_. (Documents inédits

relat. à l'Hist. de France, publiés par ordre du gouvernement, in-4°,

1836, p. 3, 173 et 507.) _Petri Abaelardi tractatus de Intellectibus_.

(Cousin, Fragm. philos. 1840, t. III, Append. XI, p. 448.)

Deux préfaces inédites d'Abailard, publiées par M. Lenoble dans les

Annales de philosophie chrétienne, janvier 1844.

Les poésies qui se trouvent disséminées dans divers recueils, savoir:

1° l'édition des Oeuvres donnée par d'Amboise, p. 1136;

2° _Veterum scriptorum et monumentorum amplissima Collectio_, t. IX, p.

1091;

3° _Gallia Christiana_, t. VII, p. 595;

4° _Les Fragments philosophiques_ de M. Cousin, 1840, t. III, p. 440;

5° _Spicilegium vaticanum. Beitraege zur naehern Kenntniss der

Vatikanischen Bibliothek für deutsche Poesie des Mittelalters, von Carl

Greith._, Frauenfield, 1838;

6° _Bibliothèque de l'école des Chartes_, t. III, 2e livr. 1842.

Le dernier recueil a fait connaître les hymnes découverts dans un

manuscrit de Bruxelles, dont nous avons eu sous les yeux une copie et un

spécimen par M. Th. Oehler, et qui est intitulé: _P. Ab. sequentiae et

hymni per totum anni circulum in virginum monast. paraclet_.

IV.--Les ouvrages de controverse des contemporains d'Abélard, savoir:

Les lettres de saint Bernard, _S. Bernardi Opera omnia_, édition de

Mabillon, 1690, vol. I, _passim_. Les lettres directement relatives à

Abélard se retrouvent dans le recueil de ses Oeuvres par d'Amboise.

Les lettres de Pierre le Vénérable, _Vita S. Petri Vener. et Epistolae_.

(Bibliotheca cluniacensis, p. 553 et 621; édition de Duchesne avec des

notes, 1614.)

La lettre de Guillaume de Saint-Thierry contre Abélard et la

dissertation annexée, _Disputatio adversus P. Abaelardum_. (Bibliotheca

patrum cistercensium, par Tissier, 1660-1669, t. IV, p. 112.)

La dissertation d'un abbé anonyme (Geoffroy d'Auxerre?) contre le même,

_Disputatio anonymi abbatis adversus dogmata P. Abaelardi_. (Même

recueil, t. IV, p. 228.)

La lettre de Gautier de Mortagne à Abélard, _Epistola Gualteri de

Mauritania, episcopi laudunensis_. (Spicilegium, sive Collectio veterum

aliquot scriptorum, D. Luc. d'Achery, édition de de la Barre, 1723, t.

III, p. 520.)

Les lettres de Hugues Metel adressées à Innocent II, à Abélard, à

Héloïse, _Hugon. Metelli Epist._ IV, V, XVI et XVII. (Car. Lud. Hugo,

Sacr. antiquit. Monum., t. II, p. 330 et 348.)

L'ouvrage de Gautier de Saint-Victor contre les théologiens

dialecticiens de son temps, écrit vers 1180, _Liber M. Walteri prior.

S. Vict. Parisius contra manifestas et damnatas etiam in conciliis

haereses_, manuscrit de l'abbaye de Saint-Victor, et dont on trouve

de longs extraits dans Duboulai. (Hist. univ. parisiens., t. II, p.

629-660.)

V.--Les récits écrits par les contemporains ou dans le XIIIe siècle.

Les vies de saint Bernard écrites de son temps, _Ex vita et rebus

gestis S. Bernardi, lib. III, a Gaufrido autissiod. seu claraeval.

monach.--Epistola ejusdem ad episcopum albanensem, ex vit. S. Bernardi_,

ab Alano, episc. autissiod. (Recueil des historiens des Gaules et de la

France, t. XIV, p. 327, 370 et suiv.)

_Johannis Saresberensis Metalogicus_, lib. I, cap. I et V; lib. II, cap.

X et _passim_. Jean de Salisbury avait entendu les leçons d'Abélard et

fréquenté les principales écoles des Gaules.--_Ejusdem Policraticus,

sive de Nugis curialium, cui accedit Metalog._, 1 vol. in-12, 1639, lib.

II, cap. XXII, et lib. VII, cap. XII. (Voyez les extraits de cet auteur

dans le Recueil des histor., t. XIV, p. 300 et suiv.)

_Otto Frisingensis, de gestis Friderici I Caesaris Augusti_, lib. I, cap.

XLVI, XLVII et seq. Othon, abbé de Morimond, de l'ordre de Cîteaux, puis

évêque de Frisingen (Freising, en Bavière), neveu de l'empereur Henri

V, a composé une chronique de l'empereur Frédéric Barberousse, dont

il était oncle paternel, et il y raconte la vie et la condamnation

d'Abélard, son contemporain. (1 vol. in-folio, Basil., 1569, et Recueil

des histor., t. XIII, p. 654.)

_Ex vita S. Gosvini aquicinctensis abbatis_ lib. I, cap. IV et XVIII.

Gosvin, abbé d'Anchin, fut un des adversaires actifs d'Abélard; sa vie a

été écrite par des moines de son couvent, ses contemporains.(Recueil des

histor., t. XIV, p. 442.)

Extraits de diverses chroniques composées au XIIe siècle ou dans les

suivants; les plus importants sont tirés de:

1° Guillaume de Nangis, _Ex Chronic. Guillielm. de Nangiaco_. (Recueil

des histor., t. XX, p. 731, ou _Spicilegium_ de d'Achery, t. III, p.

1-6.)

2° Robert d'Auxerre, _Ex Chronologia Roberti monach. S. Marian.

altissiod._ (Recueil des histor., t. XII, p. 293.)

3° La Chronique d'un anonyme, _Ex Chronico ab initio mundi usque ad A.C.

1160_. (_Id., ibid._, p. 120.) 4° Richard de Poitiers, moine de Cluni,

_Ex Chronic. Richardi pict._ (_id., ibid._, p. 415.)

5° L'appendice à la chronique de Sigebert, par Robert, _Ex Roberti

proemonstr. appendice ad Sigeberti chronographiam._ (_id._, t. XIII,

p. 330, ou dans le recueil intitulé: Illustrium veterum scriptorum qui

rerum a Germ. gest., etc., t. I, p. 626; 2 vol. in-folio, Francfort,

1573.)

6° Alberic, moine de Trois-Fontaines, _Ex Chronic. Alberici Trium

Fontium monachi._ (Recueil des histor., t. XIII, p. 700.)

7° Guillaume Godelle, moine de Saint-Martial de Limoges, _Ex Chronic.

Willelm. Godelli, mon. S. Mart. lemov._ (_id., ibid._, p. 675.)

_Vincentius Burgundus proesul bellovacensis_. (Bibliotheca Mundi, 4 vol.

in-folio, 1624.--T. IV, _Specul. historial._, lib. XXVII, cap. XVII.)

Vincent de Beauvais vivait au milieu du XIIIe siècle.

Il y a encore dans d'autres chroniques, comme dans quelques cartulaires,

des lignes isolées où Abélard est nommé, et dont l'historien peut faire

son profit, mais qui ne méritent point d'être rappelées. Je ne fais

que mentionner un chant funèbre sur la mort d'Abélard, rapporté par M.

Carrière dans son édition allemande des lettres (voyez ci-après, page

262), et une curieuse chanson bretonne en dialecte de Cornouaille, où

Héloïse, _Loiza_, raconte qu'instruite par son clerc, _ma o'hloarek, ma

dousik Abalard_, elle est devenue, grâce à la connaissance des langues,

une sorcière semblable aux druidesses celtiques. (_Barzas-Breiz_, Chants

populaires de la Bretagne, publiés par M. Th. de la Villemarqué, t. I,

p. 93. Paris, 1839.)

II.

AUTORITÉS POSTÉRIEURES AU XIIIe SIÈCLE.

1.--Un grand nombre d'historiens qui ne s'occupaient point spécialement

d'Abélard, ont été conduits par leur sujet à écrire sa vie ou à en

donner le sommaire, particulièrement d'après l'_Historia calamitatum_ et

Othon de Frisingen.

Le premier me paraît être Bertrand d'Argentré, un des plus anciens

historiens français de la Bretagne. (_L'Histoire de Bretaigne_, 1 vol.

in-fol., 1538, liv. I, chap. XIV, p. 74; liv. III, chap. CIII, p. 236 et

suiv.) C'est un court résumé de l'histoire d'Abélard, d'après Othon de

Frisingen.

Pasquier a donné un abrégé de l'_Historia calamitatum_, de son

temps encore manuscrite, en y joignant quelques détails et quelques

réflexions. (_Les Recherches de la France_, liv. VI, chap. XVII, p. 587

et suiv.; liv. IX, chap. V, VI et XXI.)

Tritheme, dans son Catalogue des écrivains ecclésiastiques, insère

un article pris dans les chroniques déjà citées. (_De Scriptoribus

ecclesiasticis, in J. Trithemii Span. Oper. histor._, in-folio, 1604,

part. I, p. 276.)

Duboulai, dans son Histoire de l'Université de Paris, compose en divers

passages une biographie à peu près complète, d'après d'Amboise, Othon de

Frisingen, Jean de Salisbury, saint Bernard et ses biographes. (_Coes.

Egassii Buloei Historia Universitatis parisiensis_, 6 vol. in-folio,

1665, t. I, p. 257, 272, 349, 445; t. II, p. 8 et suiv., 53, 68, 85,

107, 157, 162, 168, 200, 242, 715, 733, 739, 753, 759 et suiv.)

Le père Gérard Dubois raconte aussi, à leurs époques, dans l'Histoire de

l'Église de Paris, les événements de la vie d'Abélard. (_Gerardi Dubois

aurelianensis Historia Ecclesia parisiensis_, 2 vol. in-folio, 1690, t.

I, lib. XI, cap. II, p. 709, etc.; cap. VII, p. 774, etc; t. II, lib.

XII, cap. VII, p. 64 et 178, etc.)

Jacques Thomasius a écrit une vie d'Abélard où il y a de l'érudition et

des erreurs. (_Petri Abelardi vita in Hist. sapient. et stult. a Christ.

Thomasio_, t. 1, p. 75-142, 1693, Hal. Magdeb.)

Citons encore Dupin, dans sa Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques.

(_Hist. des controv. et des mat. ecclésiast. traitées dans le XIIe

siècle_, 1696, chap. VII, p. 360, etc., 392 à 412.)

Le père Noël Alexandre. (_Natalis Alexandri Historia ecclesiastica_, 7

vol. in-folio, 1699, t. VI, dissertat, VII, p. 787 et seq.)

L'abbé Fleury. (_Histoire ecclésiastique_, liv. LXVII et LXVIII, p. 307,

etc., p. 406, etc., p. 547, etc., du t. XIV de l'édition in-4°.)

Casimir Oudin. (_Commentarius de scriptoribus Ecclesioe antiquis_, 3

vol. in-folio, 1723, t. II, sect. XII, p. 1160 et seq.)

Dom Remy Ceillier. (_Histoire générale des auteurs sacrés et

ecclésiastiques_, Paris, 1729, 23 vol. in-4°, t. XXII, chap. X, p.

484-494.)

Le père Longueval, jésuite. (_Histoire de l'Église gallicane_, Paris,

1730-49, 18 vol. in-4°, t. VIII, liv. XXIII, p. 350 et suiv., 414 et

suiv; t. IX, liv. XXV, p. 22 et suiv.)

Dom Guy Alexis Lobineau, dans son _Histoire générale de Bretagne_, 2

vol. in-folio, 1707, t. I, liv. V, p. 139 et suiv. C'est un récit assez

complet, écrit avec modération et bienveillance, et que je regarde comme

la base des récits postérieurs.

Dom Hyacinthe Morice, dans l'ouvrage qui porte le même titre; autre

récit plus sommaire et dans le même esprit. (_Hist. gén. de Bret_., 5

vol. in-folio, 1744, t. I, liv. II, p. 96 et suiv.)

Baronius, et surtout son commentateur Pagi, dans ses notes. (_Annales

ecclesiastici_, 43 vol. in-folio; Lucques, 1738-57, t. XVIII. Voyez le

texte à l'an 1140 et les notes aux années 1113, 1121, 1129, 1131, 1140

et 1142.)

On peut citer également l'_Histoire de la ville de Paris_, par les pères

Félibien et Lobineau (5 vol. in-folio, 1725, t. I, liv. III et

IV); l'article _Abélard_ du _Dictionnaire universel des sciences

ecclésiastiques_, par le révérend père Richard (6 vol. in-folio, 1760),

et le § II du liv. I de l'_Histoire de l'Université de Paris_, par

Crevier. (T. I, p. 111-193, 7 vol. in-12; Paris, 1761.)

Le père Niceron a publié une vie d'Abélard qui n'est guère que l'analyse

de celle de D. Gervaise. (_Mémoires pour servir à l'histoire des hommes

illustres dans la république des lettres_, 42 vol. in-12, 1729, t. IV,

p. 1 et suiv.)

Mabillon, ou son continuateur Martene, donne, dans les Annales

bénédictines, une biographie par morceaux détachés qui vaut à beaucoup

d'égards les précédentes, _Annales ordinis S. Benedicti_. (6 vol.

in-folio, 1739, t. IV, lib. LXXIII, p. 63 et seq., 84 et seq., 324 et

seq., 356 et seq., 991, 1085, etc.)

L'article d'Abélard, dans l'Histoire de la philosophie, de Brucker,

mérite aussi d'être lu, tant pour la critique que pour la biographie.

(_Jacobi Bruckeri Historia critica philosophiae_, 6 vol. in-4°, Lipsiae,

1766, t. III, pars II, lib. II, cap. III, sect. II, p. 716, 734, etc.)

Nous ne faisons que mentionner l'histoire d'Abélard par Diderot, dans

l'article _Scolastique_ de l'_Encyclopédie_.

II.--Parmi les biographies proprement dites, nous citerons

particulièrement:

_La Vie de Pierre Abeillard, abbé de Saint-Gildas, et celle d'Héloise,

son épouse_, 2 vol. in-12, 1720, par D. Gervaise (François-Armand). Cet

ouvrage est intéressant: l'auteur, quoique ancien abbé de la Trappe, est

un apologiste enthousiaste; le récit est fait avec soin, même avec

assez d'exactitude quant aux faits essentiels, mais enjolivé de détails

romanesques. Il est vrai que Gervaise a été accusé par Saint-Simon

d'avoir eu lui-même une intrigue galante avec une religieuse.

L'article Abélard, dans le Dictionnaire de Moreri, dans le Dictionnaire

critique de Bayle, ainsi que les articles _Héloïse, Paraclet, Foulque,

Bérenger, Fr. d'Amboise_.

_The History of the lives of Abeillard and Heloisa_, by the rev. Joseph

Berington, 2 vol. in-8°, Basil, 1793. Cet ouvrage fort estimé contient,

avec une biographie étendue, une traduction et le texte des lettres

d'Héloïse et d'Abélard. Il est intéressant, mais il n'a pas été

composé d'après les autorités contemporaines, et l'auteur a pris pour

historiques tous les détails romanesques inventés par D. Gervaise.

_Abailard et Héloïse, avec un aperçu du XIIe siècle_, par F.C. Turlot, 1

vol. in-8°, 1822.

L'article d'Abélard dans _l'Histoire littéraire de la France_, ainsi

que celui d'Héloïse. Ces articles ont été rédigés par dom Clément avec

beaucoup de soin et de critique, mais avec une sévérité qui tombe dans

l'injustice. Ils ont été réimprimés, l'Académie des inscriptions ayant

donné une nouvelle édition du volume où ils sont insérés, et M. Daunou

y a joint quelques notes. (_Histoire littéraire de la France_, t. XII,

1830, p. 86 et suiv., p. 629 et suiv.)

L'_Essai sur la vie et les écrits d'Abailard et d'Héloïse_, par madame

Guizot. (oeuvres diverses et inédites de madame Guizot, 1828, t. II, p.

319.) L'ouvrage qui n'est pas fini est le plus remarquable pour le fond

des idées et pour les vues qu'il contient; il a été terminé par

M. Guizot et placé à la tête de l'édition _illustrée_ des Lettres

d'Abailard et d'Héloïse, traduites par M. Oddoul. (2 vol. in-8°, Paris,

1839.) Cette dernière édition renferme un assez grand nombre de pièces

et de témoignages, le spécimen d'un des manuscrits des lettres, quelques

fragments de MM. de Chateaubriand, Michelet, Quinet, etc.

Les dictionnaires et recueils biographiques, qui tous en général

contiennent un article _Abélard_. Nous citerons celui de M. d'Eckstein,

dans l'_Encyclopédie des gens du monde_, t. I; celui de M.P. Leroux,

dans l'_Encyclopédie nouvelle_, t. I; celui de M. Géruzez, dans le

_Plutarque français_, t. I; M. Barrière y a donné l'article _Héloïse_.

La traduction des lettres d'Héloïse et d'Abélard, par le bibliophile

Jacob, insérée dans la Bibliothèque d'élite, in-12, Paris, 1840. Cette

traduction, fort bien faite, est précédée d'une notice intéressante et

détaillée qu'on doit à M. Villenave, sous ce titre: Abélard et Héloïse,

leurs amours, leurs malheurs et leurs ouvrages.

Parmi les anciennes traductions, assez peu remarquables, on ne doit

conserver que celle de Bussy-Rabutin, réimprimée avec de nombreuses

compositions poétiques sous ce titre: _Lettres d'Héloïse et d'Abélard_,

traduites librement d'après les lettres originales latines, par le

comte de Bussy-Rabutin, avec les imitations en vers par de Beauchamps,

Colardeau, etc., etc., précédées d'une nouvelle préface par M.E.

Martineault, in-12, Paris, 1841.

Une biographie universelle publiée en Angleterre contient un bon article

sur Abélard, _The biographical Dictionary of the Society for the

diffusion of useful knowledge_, in-8°, t. I, London, 1842.

Les Allemands se sont peu occupés d'Abélard. On cite les deux ouvrages

suivants, dont nous ne connaissons que des extraits:

F. C. Schlosser, _Abaelard und Dulcin, oder Leben und Meinungen eines

Schwaermers und eines Philosophen_, in-8°, Gotha, 1807.

Fessler, _Abaelard und Heloisa_, 2 vol. in-8°, Berlin, 1808.

_Abaelard und Heloise oder der Schriftsteller und der Mensch_, par M.

Feuerbach (Leipzig, 1844), est un mince recueil de pensées détachées qui

ne m'ont paru avoir aucun rapport avec le titre[1].

[Note 1: Voici au vrai le sens tout allemand de ce titre. Il s'agit

d'une Comparaison entre la vie littéraire et la vie active. Je crois

qu'Abélard désigne l'une et Héloïse l'autre. C'est un recueil dont le

titre revient à peu près à ceci, _l'art et humanité_. Les deux noms

propres ne se rencontrent pas dans le cours du livre.]

_Abaelard und Heloise. Ihre Briefe und die Leidensgeschichte übersetzt

und eingeleitet durch eine Darstellung von Abaelards Philosophie und

seinem Kampf mit der Kirche_, von Moriz Carriere, in-12, Giessen, 1844.

C'est une traduction des lettres, mais l'auteur l'a fait précéder d'une

introduction qui se lit avec intérêt, et où il se montre au courant des

plus récentes publications qui concernent Abélard.

III.--On trouve des renseignements sur les manuscrits d'Abélard, sur ses

ouvrages inédits, sur la publication de ceux qui sont imprimés, dans le

_Thésaurus_ de Durand et Martene et dans celui de Pez, aux lieux cités;

dans Casimir Oudin (t. II, p. 1169); l'_Histoire littéraire_ (t. XII, p.

103, 129, 134 et 706); Fabricius (_Biblioth. lat. med. et infim. aetat.,

ed. a P.J. Mansi_, t. V, lib. XV, p. 232 et seq.); Olearius, (_Joann.

Gotfr. Olearii Biblioth. scriptor. ecclesiast._, t. I, p. 2-4); le

recueil intitulé: _Historia rei litterariae ordin. S. Benedicti_, par

Ziegelbauer et Legipontanus (t. I et IV); celui de Guillaume Cave,

(_Scriptor. ecclesiast. Historia litteraria_, t. II, p. 203); le Voyage

littéraire de deux bénédictins (part. I, p. 245), et l'Introduction aux

_Ouvrages inédits d'Abélard_, par M. Cousin.

Les opinions religieuses d'Abélard ont été exposées et discutées par

d'Amboise, D. Gervaise, Dupin, le père Noèl Alexandre, Oudin, Lobineau,

Bayle, les éditeurs des deux _Thesaurus_, Mabillon, dans l'édition de

saint Bernard, son continuateur, dans les Annales bénédictines, l'auteur

du tome XII de l'_Histoire littéraire_, Duplessis d'Argentré (_Collectio

judiciorum de novis erroribus_, t. I, p. 49 et seq.), M. Neander et M.

l'abbé Ratisbonne, chacun dans son _Histoire de saint Bernard_; (l'une

traduite par M. Th. Vial, 1 vol. in-12, 1842; l'autre, 2 vol. in-12,

1840, t. II, chap. XXVII, XXVIII et XXIX.)

Les opinions philosophiques d'Abélard ont été incomplètement exposées

par les divers historiens de la philosophie, qui jusqu'à ces derniers

temps, ne connaissaient pas ceux de ses ouvrages où elles sont exposées.

Voyez pourtant, outre Brucker déjà cité, Tennemann (_Geschichte der

Philosophie_, t. VIII, part. I, chap. V, p. 170, Leipzig, 1810);

Degerando (Histoire comparée des systèmes de philosophie, t. IV, ch.

XXVI, p. 397), et la note du commencement du chap. III de notre livre

II. Mais les doctrines d'Abélard ne commencent à être bien connues que

depuis l'introduction de M. Cousin (_Ouvr. inéd., ou Fragments philos._,

t. III). On peut consulter aussi l'ouvrage intitulé: _Études sur

la philosophie dans le moyen âge_, par M. Rousselot (3 vol. in-8°,

1840-1842). Il a paru quelques dissertations en Allemagne que nous

citons en leur lieu.

ABÉLARD.

LIVRE PREMIER.

VIE D'ABÉLARD.

Lorsqu'on suit, en quittant Nantes, la route de Poitiers, on traverse,

avant d'arriver à Clisson, un bourg formé d'une longue rue et qui se

nomme le Pallet. Après les dernières maisons, on aperçoit à gauche

au-dessus du chemin une église, remarquable seulement par sa simplicité

et par la vétusté de quelques-unes de ses parties. Derrière cette église

et sur une hauteur, des restes de murs épais, avec des vestiges de

fossés, indiquent sous le lierre qui les couvre une ancienne et forte

construction, et renferment maintenant un carré d'arbustes et de grandes

herbes, cimetière abandonné où s'élève une vieille croix de pierre parmi

quelques modestes tombeaux. Ces ruines sont celles de la demeure des

seigneurs du Pallet, détruite en 1420, lors des guerres qui suivirent

l'attentat commis sur Jean V, duc de Bretagne, par Marguerite de

Clisson. C'était là, qu'au XIe siècle, un petit château fortifié

dominait le bourg, du haut d'une éminence à pic sur l'étroite rivière de

la Sanguèze, ainsi nommée, dit-on, pour avoir été souvent rougie du

sang des combattants, au temps des luttes acharnées des Bretons et des

Anglais.

En 1079, Philippe Ier était roi des Français, et Hoël IV, duc de

Bretagne, lorsque dans ce bourg et dans ce château, son domaine, un

personnage noble, Bérenger, eut de sa femme Lucie un fils qu'il nomma

Pierre[2]. C'était l'aîné de sa famille, qui s'augmenta bientôt de

plusieurs enfants; ses autres fils s'appelèrent Raoul, peut-être

Porcaire et Dagobert, et sa fille, Denyse. Le père, avant de prendre le

métier des armes, avait reçu de l'instruction, et il en conservait un

tel goût pour les lettres qu'il voulut le transmettre à ses enfants et

faire précéder par quelques études leur éducation guerrière. L'amour

qu'il portait à son fils aîné lui inspira des soins particuliers,

auxquels celui-ci répondit par delà toute espérance. Il annonçait des

dispositions brillantes. Dans cette vieille Armorique qui passait

pour devoir son nom de Bretagne à la brutalité de ses habitants, on

remarquait dès lors une singulière aptitude aux choses qui demandent

la subtilité de l'esprit, et le jeune Pierre tenait du lieu natal, ou

plutôt de sa race, une remarquable facilité[3]. Ses progrès furent

bientôt tels qu'il s'éprit d'une passion vive pour l'étude, et, dans son

ardeur, il résolut de se consacrer aux lettres tout entier. Renonçant

à la gloire militaire, et abandonnant à ses frères son héritage et

son droit d'aînesse, il s'adonna surtout à la philosophie, et dans

la philosophie, à la science de la dialectique, cet art de la guerre

intellectuelle dont il préférait à tout les armes, les combats et les

trophées.

[Note 2: Le Pallet, _Palatium_ (on trouve aussi Palet, Palais,

Paletz, Palez), est situé à 19 ou 20 kilomètres au sud-est de Nantes,

sur la route de Chollet et de Poitiers, «oppidum ... ab urbe Nannetica

versus orientem octo miliariis remotum.» L'église est sur le penchant

d'une butte, appelée encore la butte d'Abélard. C'est l'ancienne

chapelle du château, donnée á la commune, comme je l'ai appris du curé

en 1843, par le dernier seigneur Barin de Froidmanteau, de la même

famille que les La Galissonnière, dont la résidence se voit à moins

d'une demi-lieue en avant. Les ruines du château, détruit d'abord en

1420, puis sous Louis XIII, ou quatre pans de murs, hauts de 1 mètre

environ, renfermant un carré d'à peu près 30 mètres de côté, passent

pour la maison d'Abélard, qu'on a dit aussi né dans une autre maison

plus modeste, démolie il y a sept ou huit ans par M. Dufrêne, procureur

du roi. Bérenger peut avoir été châtelain du lieu, quoiqu'il fût

Poitevin, suivant l'unique témoignage d'une des épitaphes d'Abélard (_ex

Chron. Rich. Pictav._), Namque oritur patre Pictavis et Britone matre,

si toutefois on n'a pas fait confusion avec Bérenger de Poitiers, dont

il sera question plus bas. Mais rien n'empêche de voir en lui l'ancêtre

de ces seigneurs du Pallet qui, jusqu'au XVe siècle, figurent dans les

annales de la Bretagne. Son fils est souvent désigné sous le nom de

_Palatinus_ et quelquefois de _Nannetensis_. (_Ab. Op._, ep. I, p.

4.--Johan. Saresb. _Policrat_., l. II, c. XXII, et _Metal._, l. I, c. V,

et l. II, c. X.--_Rec. des Hist. des Gaules_, t. XII, p. 115, et t.

XIV, p. 303-304.--_Hist. de Bret._, par D. Lobineau, t. I, l. III, p.

106-107; l. IX, p. 298; l. XIX, p. 651, 1143, 1162 et 1235.--_Abail. et

Hél._, par Turlot, p. 143.--_Voy. pitt. de Clisson_, par Thienon, pl.

II et III.--_Notice sur Clisson_, in-18, Nantes, 1841, p.

7.--Renseignements manuscrits transmis par M. Chaper, préfet de la

Loire-Inférieure, et par MM. de la Jarriette et Demangeat, de Nantes.)]

[Note 3: C'est Abélard qui dit que _Breton_ vient de _brute_. «

Brito dictas est quasi brutus. Licet enim non omnes vel soli sint

stolidi, hoc (_sic_) tamen qui nomen Britonis composuit secundum

affinitatem nominis bruti, in intentione habuit quod maxima pars

Britonum fatua esset.» Et on lit, en effet, dans le roman de Brut, que

Brutus Apela de Bruto Bretons

Les Troyens ses compaignons.

(V. 1211 et 1212.)

Il s'agit, il est vrai, de la Grande-Bretagne, mais elle donna son nom

à l'Armorique. Les savants pensent que le nom de Bretons vient de

_Vrezonze_ ou _Brazonce_, les _peints_, les tatoués, comme les _Pictes_

de l'Angleterre. Cependant l'esprit pénétrant des clercs bretons est

attesté par Othon de Frisingen, mais i1 veut qu'en toute autre chose que

les arts (la rhétorique et la dialectique), les Bretons soient presque

stupides. C'est en faisant allusion à cette subtilité particulière

qu'Abélard dit de lui même: «Natura terrae meae vel generis animo

levis.» Car je crois qu'ici _animo levis_ signifie plutôt l'esprit

prompt que la légèreté du caractère: ce n'est pas l'usage d'Abélard

de parler modestement de lui-même, et la légèreté n'est pas le défaut

breton. (Ouvr. inéd. d'Ab. _Dialectic._, p. 222 et 591.--_De Gest. Frid.

I imper._, l. I, c. XLVII.--_Ab. Op._, ep. I, p. 4.)]

Très-jeune encore, il affronta les chances et les épreuves de cette

stratégie du raisonnement et de la parole. Il s'y exerça de bonne heure,

et ses rapides succès lui donnèrent une telle confiance que, quittant la

maison paternelle, il alla voyager, parcourant les provinces,

cherchant les maîtres et les adversaires, marchant de controverses en

controverses, et renouvelant ainsi, sous une autre forme et dans un plus

vaste espace, la coutume attribuée aux péripatéticiens de discuter en se

promenant[4]. La philosophie avait alors ses chevaliers errants.

[Note 4: _Ab. Op._, ep. I, p. 4.]

La France ne manquait pas de maîtres et d'écrivains qui cultivaient la

dialectique. Des sciences qui occupaient les esprits, c'était celle qui

commençait à faire le plus de bruit et à donner le plus de renommée.

Elle rivalisait d'importance et presque de pouvoir avec la théologie

qu'elle servait et inquiétait tour à tour. La grammaire et la rhétorique

qui, unies à ces deux sciences et à quelques études mathématiques,

composaient presque tout l'enseignement de l'époque, ne venaient que

loin après la dialectique dans l'estime des hommes instruits. La

dialectique, c'était alors la philosophie proprement dite. On l'appelait

un art, parce qu'on ne l'enseignait pas sans la pratiquer, et que

l'étude du raisonnement ne va pas sans le besoin d'en montrer les

ressources, d'en essayer les procédés, d'en éprouver les forces[5]. On

apprenait, sous le nom de cet art, une grande partie de ce que contient

la Logique d'Aristote, que l'on connaissait par des traductions

incomplètes et surtout par l'intermédiaire de Porphyre et de Boèce.

L'introduction que le premier a jointe aux catégories, c'est-à-dire aux

prolégomènes de la Logique, faisait corps avec elle; on n'en séparait

pas les versions et les commentaires du second. Ainsi l'on ne savait la

dialectique qu'à la condition d'avoir appris tout ce qui regarde les

cinq voix ou les rapports généraux des idées et des choses entre elles,

exprimés par les noms de genre, d'espèce, de différence, de propriété et

d'accident; les catégories ou prédicaments, c'est-à-dire les idées les

plus générales auxquelles puisse être ramené tout ce que nous savons

ou pensons des choses; la théorie de la proposition ou les principes

universels du langage; le raisonnement et la démonstration, ou la

théorie et les formes du syllogisme; les règles de la division et de la

définition; la science enfin de la discussion et de la réfutation, ou la

connaissance du sophisme. En étudiant toutes ces choses, on trouvait,

chemin faisant, de nombreuses questions qui permettaient de joindre

l'exemple au précepte; c'étaient des questions d'abord de logique pure,

puis de physique, de métaphysique, de morale, et souvent de théologie.

Sur ces questions s'échauffaient les esprits, s'animaient les passions,

et brillaient ceux qui se livraient à l'enseignement et à la dispute;

sur ces questions se partageaient les professeurs, les lettrés, les

écoles, et quelquefois l'Église et le public.

[Note 5: On sait que notre faculté des lettres s'appelait autrefois

la faculté des arts; d'où le titre de maître ès arts. Le nom d'_artista_

fut donné dans le XIe siècle aux philosophes, qui à Rome étaient aussi

appelés [Grec: technikoi], quand ils s'adonnaient à l'enseignement et à

la controverse. Budaeus, _Observ. select._ XIV et XVI, t. VI, p. 121 et

130. Hall., 1702.]

A l'époque où le jeune Pierre se mit à courir le pays pour chercher les

aventures philosophiques, un homme s'était fait dans les écoles une

grande renommée. C'était Jean Roscelin, né comme lui en Bretagne, et

chanoine de Compiègne. Ce maître avait trouvé assez répandue cette

doctrine, qui n'était pas cependant toujours explicite, que les noms

appelés plus tard abstraits par les grammairiens désignent, pour le

plus grand nombre, des réalités, tout comme les noms des choses

individuelles, et que ces réalités, pour être inaccessibles à nos

perceptions immédiates, n'en sont pas moins les objets sérieux et

substantiels d'une véritable science. Il combattit cette idée qu'il

contraignit à se développer et à s'éclaircir; et il soutint que tous les

noms abstraits, c'est-à-dire tous les noms des choses qui ne sont pas

des substances individuelles, que par conséquent les noms des espèces et

des genres qui n'existent point hors des individus qui les composent,

et les noms des qualités et des parties qui ne peuvent être isolées des

sujets ou des touts auxquels on les rattache, les unes sans disparaître,

les autres sans cesser d'être des parties, n'étaient en effet que des

noms. Puisqu'ils n'étaient pas les désignations de réalités distinctes

et représentables, ils ne pouvaient être, selon lui, que des produits ou

des éléments du langage, des mots, des sons, des souffles de la voix,

_flatus vocis_. Cette doctrine fut appelée la doctrine des noms, le

système des mots, _sententia vocum_; les historiens de la philosophie

l'appellent le _nominalisme_[6].

[Note 6: Voyez le l. II de cet ouvrage, c. II, VIII, IX et X.]

Abélard, Tome I · 第 1 / 39 段