chaussée de Ratisbonne nous appartenait, car à gauche Friant
traversant le bois qui surmontait la chaîne descendait déjà sur le
revers des hauteurs, et à droite Gudin franchissant aussi cette
chaîne, commençait à déboucher dans la plaine de Ratisbonne vers
Gailsbach. Les troupes de Rosenberg et de Hohenzollern débordées
de droite et de gauche, vinrent chercher un abri derrière la
masse des cuirassiers autrichiens qui était rangée en bataille à
Egglofsheim. Notre cavalerie les suivit au grand trot, ayant à
gauche l'infanterie Friant et Saint-Hilaire, à droite l'infanterie
Gudin. Il était sept heures du soir, la nuit approchait, et derrière
les cavaliers bavarois et wurtembergeois, nos alliés, débouchaient
en masse, faisant retentir la terre sous le pas de leurs chevaux,
les dix régiments de cuirassiers de Nansouty et de Saint-Sulpice.
Un terrible choc était inévitable entre les deux cavaleries, l'une
voulant couvrir la plaine dans laquelle en ce moment se repliait
l'archiduc Charles, et l'autre voulant conquérir cette plaine pour
y terminer sa victoire sous les murs mêmes de Ratisbonne. Pendant
que nos cuirassiers s'avancent sur la chaussée flanqués de la
cavalerie alliée, contre les cuirassiers autrichiens placés aussi
sur la chaussée, et flanqués de leur cavalerie légère, la masse des
cavaliers ennemis s'ébranle la première à la lueur du crépuscule.
Les cuirassiers de Gottesheim fondent au galop sur les cuirassiers
français. Ceux-ci, attendant avec sang-froid leurs adversaires, font
une décharge de toutes leurs armes à feu, puis une partie d'entre
eux, s'élançant à leur tour, prennent en flanc les cuirassiers
ennemis, les renversent, et les poursuivent à outrance. Alors les
cuirassiers autrichiens, dits de l'empereur, viennent au secours
de ceux de Gottesheim. Les nôtres les reçoivent et les repoussent.
Les braves hussards de Stipsicz veulent prêter appui à leur grosse
cavalerie, et ne craignent pas de se jeter sur nos cuirassiers.
Après un honorable effort ils sont culbutés comme les autres, et
toute la masse de la cavalerie autrichienne dispersée s'enfuit au
delà d'Egglofsheim sur Kofering. Tandis que nos cavaliers suivent
la chaussée au galop, ceux des Autrichiens, trouvant la plaine
marécageuse, veulent regagner la chaussée, se mêlent ainsi au
torrent des nôtres, et tombent dans nos rangs. Une foule de combats
singuliers s'engagent alors aux douteuses clartés de la lune, et au
milieu de l'obscurité qui commence, on n'entend que le cliquetis
des sabres sur les cuirasses, le cri des combattants, le pas des
chevaux. Nos cuirassiers portant la double cuirasse, couverts par
conséquent dans tous les sens, ont moins de peine à se défendre que
les Autrichiens, qui ne portant de cuirasse que sur la poitrine,
tombent en grand nombre sous les coups de pointe qu'ils reçoivent
par derrière. Une foule de ces malheureux sont ainsi blessés à mort.
Jamais depuis vingt ans on n'a vu une pareille scène de désolation.
Cependant la nuit étant faite, il devient prudent d'arrêter le
combat. En s'avançant on peut rencontrer en désordre l'armée de
l'archiduc se repliant sur Ratisbonne, et la jeter dans le Danube;
mais on peut aussi la trouver rangée en ordre, et en masse, sous
les murs de cette ville, et capable d'arrêter des vainqueurs qui
débouchent sans ensemble, à travers plusieurs issues, de la vallée
de la grosse Laber. Napoléon arrive en ce moment avec Masséna et
Lannes à Egglofsheim. Après quelques instants de délibération, le
parti le plus sage l'emporte, et il remet au lendemain à livrer une
seconde bataille, si l'archiduc tient devant Ratisbonne, ou à le
poursuivre au delà du Danube, s'il se retire derrière ce fleuve. Il
donne donc l'ordre de bivouaquer sur place. C'était agir sagement,
car les troupes expiraient de fatigue, celles surtout qui venaient de
Landshut. Il n'y avait même d'arrivés que les Wurtembergeois, Morand
et Gudin. Les trois divisions de Masséna se trouvaient encore en
arrière.
[Note en marge: Résultats de la bataille d'Eckmühl.]
Cette journée du 22, dite bataille d'Eckmühl, et méritant le titre
de bataille par le nombre des troupes engagées, par l'importance
décisive de l'événement, nous avait coûté environ 2,500 hommes hors
de combat, la plus grande partie appartenant aux divisions Friant
et Saint-Hilaire, lesquelles par leur conduite dans ces quatre jours
obtinrent pour leur chef le titre de prince d'Eckmühl, titre glorieux
bien justement acquis. Elle avait coûté aux Autrichiens environ 6
mille morts ou blessés, un grand nombre de bouches à feu, et 3 ou 4
mille prisonniers, recueillis à la nuit dans les villages que l'on
traversait à mesure que l'armée autrichienne battait en retraite.
Cette bataille avait définitivement séparé l'archiduc Charles des
corps de Hiller et de l'archiduc Louis, et l'avait rejeté en désordre
sur la Bohême, après lui avoir enlevé sa ligne d'opération, la
Bavière, et la grande route de Vienne.
Napoléon, pour la première fois depuis quatre jours, put prendre
un instant de repos, et le prit bien court, car il voulait achever
le lendemain la série de ses grandes et belles opérations. Il se
doutait bien du reste qu'il n'aurait pas de bataille à livrer, et
que l'archiduc Charles passerait le Danube en toute hâte, mais il
prétendait lui rendre ce passage difficile et même funeste, s'il
était possible.
[Note en marge: L'archiduc Charles se décide à passer le Danube à
Ratisbonne, afin de se réfugier en Bohême.]
De son côté l'archiduc Charles, qui s'était arrêté dans son mouvement
sur Abach en apprenant le malheur de sa gauche, et qui n'avait
rien fait pour le prévenir à temps, l'archiduc consterné, et se
reprochant vivement alors de n'avoir pas persévéré davantage dans
sa résistance à la politique de la guerre, n'avait pas autre chose
à faire qu'à traverser promptement le Danube pour rejoindre l'armée
de Bohême, dont il avait déjà rallié la moitié sous Kollowrath,
et de descendre ensuite le grand fleuve autrichien sur une rive,
tandis que Napoléon le descendrait sur l'autre. Livrer une bataille
avec le Danube à dos, eût été une faute contre les règles de la
guerre, et une faute tout à fait inexcusable dans l'état de l'armée
autrichienne, qui, quoiqu'elle se fût bien conduite, était revenue
au sentiment de son infériorité à l'égard de l'armée française. La
cavalerie de l'archiduc Charles d'ailleurs était trop peu nombreuse
pour disputer à la cavalerie française la vaste plaine dans laquelle
on se trouvait. L'archiduc résolut donc de passer sans délai le
Danube, soit sur le pont de pierre de Ratisbonne, soit sur un pont de
bateaux jeté un peu au-dessous de cette ville, au moyen d'un matériel
de passage que l'armée de Bohême avait amené avec elle. Il fut décidé
que le corps de Kollowrath, dirigé sur Abach le matin, et ramené le
soir d'Abach sur Burg-Weinting, couvrirait la retraite, car n'ayant
pas donné encore il était moins fatigué que les autres. Le gros de
l'armée devait traverser Ratisbonne, franchir le Danube sur le pont
de cette ville, pendant que le corps de réserve passerait sur le pont
de bateaux jeté au-dessous, et que la cavalerie évoluerait dans la
plaine, pour occuper les Français en faisant le coup de sabre avec
eux.
Le lendemain 23, les dispositions de l'archiduc furent exécutées avec
assez d'ordre et de succès. Bien avant le jour les divers corps de
l'armée traversèrent Ratisbonne, tandis que le général Kollowrath,
se retirant avec lenteur vers la ville, donnait aux troupes de
l'archiduc le temps de défiler. Les grenadiers s'étaient agglomérés
au-dessous de Ratisbonne pour opérer leur passage. La cavalerie
manoeuvrait entre Ober-Traubling et Burg-Weinting.
[Note en marge: Les Français poursuivent les Autrichiens sous les
murs de Ratisbonne.]
Les Français de leur côté se mirent en mouvement de fort bonne heure,
tenus en éveil par la victoire presque autant que les Autrichiens par
la défaite. Dès qu'on put discerner les objets, la cavalerie légère,
par ordre de Napoléon, s'avança en reconnaissance sur la cavalerie
autrichienne, pour savoir si c'était une bataille qu'on aurait à
livrer, ou des fuyards qu'on aurait à poursuivre. La cavalerie
autrichienne, qui, dans ces circonstances, n'avait cessé de se
conduire avec le plus grand dévouement, se précipita sur la nôtre, et
il s'engagea entre les deux une nouvelle mêlée où toutes les armes
tombèrent dans une affreuse confusion. Les cavaliers autrichiens
perdirent par ce noble dévouement près d'un millier d'hommes; mais se
retirant toujours sur la ville, à travers laquelle ils défilaient au
galop, ils attirèrent notre attention de ce côté, et réussirent ainsi
à nous dérober la vue du pont de bateaux par lequel passaient les
grenadiers. Un détachement de cavalerie légère s'en aperçut enfin,
signala le fait à l'artillerie de Lannes, qui, accourue au galop, se
mit à foudroyer les Autrichiens. On y tua grand nombre de grenadiers,
on en noya beaucoup d'autres, et on détruisit même le pont, dont les
bateaux désunis et enflammés furent bientôt emportés par le Danube.
Mais le gros des troupes put se retirer, sauf une perte de quelques
centaines d'hommes. Le maréchal Davout à gauche, avec les divisions
Friant et Saint-Hilaire, le maréchal Lannes à droite, avec les
divisions Morand et Gudin, la cavalerie au centre, ne débouchèrent
sur la ville qu'au moment où les derniers bataillons autrichiens
la traversaient. Les portes en furent immédiatement fermées sur nos
voltigeurs.
[Note en marge: Attaque de Ratisbonne.]
Napoléon y voulait entrer dans la journée même, soit pour venger
l'échec du 65e de ligne, soit pour avoir le pont du Danube, et
s'assurer ainsi le moyen de suivre l'archiduc Charles en Bohême.
La ville était enveloppée d'une simple muraille, avec des tours de
distance en distance, et un large fossé. Elle ne pouvait pas donner
lieu à un siége régulier; mais défendue par beaucoup de monde, elle
pouvait tenir quelques heures, même quelques jours, et singulièrement
ralentir notre poursuite. Napoléon ordonna que l'artillerie des
maréchaux Davout et Lannes, tirée des rangs, fût mise en ligne
tout entière, pour abattre les murs de cette malheureuse cité.
Sur-le-champ un grand nombre de pièces commencèrent à vomir les
boulets et les obus, et le feu éclata en plusieurs quartiers.
[Note en marge: Napoléon blessé au pied.]
Napoléon, impatient de venir à bout de cette résistance, s'était
approché de Ratisbonne, au milieu d'un feu de tirailleurs que
soutenaient les Autrichiens du haut des murs, et les Français du
bord du fossé. Tandis qu'avec une lunette il observait les lieux, il
reçut une balle au cou-de-pied, et dit avec le sang-froid d'un vieux
soldat: Je suis touché!--Il l'était effectivement, et d'une manière
qui aurait pu être dangereuse, car si la balle eût porté plus haut,
il avait le pied fracassé, et l'amputation eût été inévitable. Les
chirurgiens de la garde accourus auprès de lui enlevèrent sa botte et
placèrent un léger appareil sur la blessure, qui était peu grave. À
la nouvelle que l'Empereur était blessé, les soldats des corps les
plus voisins rompirent spontanément leurs rangs, pour lui adresser de
plus près les bruyants témoignages de leur affection. Il n'y en avait
pas un qui ne crût son existence attachée à la sienne. Napoléon,
donnant la main aux plus rapprochés, leur affirma que ce n'était
rien, remonta immédiatement à cheval, et parcourut le front de
l'armée pour la rassurer. Ce fut un délire de joie et d'enthousiasme.
On saluait en lui l'heureux vainqueur d'Eckmühl, que la mort venait
d'effleurer à peine, pour apprendre à tous que le danger lui était
commun avec eux, et que s'il prodiguait leur vie, il ne ménageait
guère la sienne. Il passa devant les corps qui s'étaient le mieux
conduits, fit sortir des rangs les officiers et même les soldats
signalés par leur bravoure, et leur donna à tous des récompenses. Il
y eut de simples soldats qui reçurent des dotations de quinze cents
francs de rente.
[Note en marge: Prise de Ratisbonne.]
Cependant ce n'était pas tout à ses yeux que d'échanger ces joyeuses
félicitations, il fallait achever de vaincre, et il envoyait aide
de camp sur aide de camp auprès du maréchal Lannes, pour accélérer
la prise de Ratisbonne. Cet intrépide maréchal s'était approché
de la porte de Straubing, et avait fait diriger tous les coups de
son artillerie sur une maison saillante qui dominait l'enceinte.
Bientôt cette maison, abattue par les boulets, s'écroula dans le
fossé, et le combla en partie. L'obstacle n'était dès lors plus aussi
difficile à vaincre, mais il restait toujours un double escarpement
à franchir soit pour descendre dans le fossé, soit pour remonter
sur le mur vis-à-vis, qui n'était qu'à moitié renversé. On s'était
procuré quelques échelles. Des grenadiers du 85e s'en saisirent, et
les placèrent au bord du fossé. Mais chaque fois qu'un d'entre eux
paraissait, des balles tirées avec une grande justesse l'abattaient à
l'instant. Après que quelques hommes eurent été frappés de la sorte,
les autres semblèrent hésiter. Alors Lannes s'avançant tout couvert
de ses décorations, s'empara de l'une de ces échelles, en s'écriant:
Vous allez voir que votre maréchal, tout maréchal qu'il est, n'a pas
cessé d'être un grenadier.--À cette vue ses aides de camp, Marbot et
Labédoyère, s'élancent, et lui arrachent l'échelle des mains. Les
grenadiers les suivent, prennent les échelles, se précipitent en
foule sur le bord du fossé, et y descendent. Les coups de l'ennemi,
tirés sur un plus grand nombre d'hommes à la fois, et avec plus de
précipitation, n'ont plus la même justesse. On franchit le fossé, on
escalade le mur à moitié renversé par nos boulets. Les grenadiers
du 85e, suivant MM. Labédoyère et Marbot, pénètrent ainsi dans la
ville, se dirigent vers l'une des portes et l'ouvrent au 85e, qui
entre en colonne dans Ratisbonne. La ville est à nous. On court de
rues en rues sous la fusillade, ramassant partout des prisonniers.
Mais tout à coup on est arrêté par un cri de terreur parti du milieu
des Autrichiens:--Prenez garde à vous, nous allons tous sauter en
l'air! s'écrie un officier.--Il y avait en effet des barils de poudre
qu'on avait laissés dans une rue, et que le feu échangé des deux
côtés pouvait faire sauter. D'un commun accord on s'arrête; on roule
ces barils de manière à les mettre à l'abri de l'incendie, et à
s'épargner aux uns comme aux autres un péril mortel. Les Autrichiens
se retirent ensuite, et abandonnent la ville à nos troupes.
[Note en marge: Résultat de cette brillante campagne de cinq jours.]
Cette journée coûta encore à l'ennemi environ deux mille hommes hors
de combat, et six à sept mille prisonniers. C'était la cinquième
depuis l'ouverture de la campagne. Jetons un regard sur ces cinq
journées si remplies. Le 19 avril, le maréchal Davout, remontant le
Danube de Ratisbonne à Abensberg, avait rencontré l'archiduc Charles
à Tengen, lui avait tenu tête, et l'avait arrêté sur place. Le 20,
Napoléon, réunissant la moitié du corps du maréchal Davout aux
Bavarois et aux Wurtembergeois, tandis qu'il attirait le maréchal
Masséna sur le point commun d'Abensberg, avait percé vers Rohr la
ligne des Autrichiens, et séparé l'archiduc Charles du général Hiller
et de l'archiduc Louis. Le 21, il avait continué ce mouvement, et
définitivement séparé les deux masses ennemies, en prenant Landshut
et la ligne d'opération des Autrichiens, pendant que le même jour
le maréchal Davout, formant à gauche le pivot de ses mouvements,
rencontrait encore, et contenait l'archiduc Charles à Leuchling. Le
22, averti que l'archiduc Charles ne s'était pas retiré par Landshut,
mais se trouvait à sa gauche vers Eckmühl, devant le corps du
maréchal Davout, il avait subitement pris sa détermination, s'était
rabattu sur Eckmühl, et, dans cette bataille, livrée sur l'extrémité
de la ligne ennemie, avait accablé et acculé les Autrichiens vers
Ratisbonne. Le 23 enfin, il terminait cette lutte de cinq jours en
prenant Ratisbonne, et en refoulant en Bohême l'archiduc Charles
réuni à l'armée de Bellegarde, mais séparé de celle de Hiller et de
l'archiduc Louis. Outre l'avantage de s'ouvrir la route de Vienne
que défendaient tout au plus 36 ou 40 mille hommes démoralisés,
d'avoir pris l'immense matériel qui se trouvait sur la principale
ligne d'opération de l'ennemi, d'avoir rejeté l'archiduc Charles
dans les défilés de la Bohême, où celui-ci devait être paralysé pour
long-temps, d'avoir rendu enfin à ses armes tout leur ascendant,
Napoléon avait détruit ou pris environ 60 mille hommes, et plus
de cent pièces de canon. Sur ces 60 mille hommes près de 40 mille
avaient été atteints par le feu de nos fantassins ou le sabre de nos
cavaliers[17]. Et tout cela Napoléon l'avait obtenu en se dirigeant,
au milieu d'une confusion inouïe de lieux et d'hommes, d'après les
vrais principes de la guerre. Sans doute en donnant davantage au
hasard, en laissant l'archiduc courir sur Ratisbonne, sans amener à
lui le maréchal Davout, Napoléon aurait pu se jeter sur les derrières
de l'ennemi par Lancqwaid et Eckmühl, et peut-être prendre en un
jour l'armée autrichienne tout entière. Mais, outre qu'il aurait
fallu deviner le secret de cette situation, ce qui n'est donné à
personne, Napoléon aurait manqué aux vrais principes en restant
divisé en présence d'un ennemi concentré, et lui aurait livré ainsi
la possibilité d'un grand triomphe. Au contraire, en amenant à un
point commun le maréchal Davout par sa gauche, le maréchal Masséna
par sa droite, il se mit en mesure de faire face à tout, quelles que
fussent les chances des événements, et il put couper devant lui la
ligne ennemie, percer sur Landshut, puis se rabattre à gauche, et
accabler définitivement à Ratisbonne la grande armée autrichienne.
Si nous l'osions, nous ajouterions qu'il vaut presque mieux avoir
triomphé un peu moins en se conformant aux véritables principes de
la guerre, qui ne sont après tout que les règles du bon sens, avoir
triomphé un peu moins, disons-nous, mais sans courir aucune chance
périlleuse, que d'avoir triomphé davantage en donnant trop au hasard.
Napoléon n'eût jamais succombé, s'il avait dirigé la politique comme
en cette occasion il dirigea la guerre. Du reste, l'Autriche, sous
ces coups terribles, allait être abattue, l'Allemagne comprimée,
l'Europe contenue: Napoléon n'avait jamais mieux mérité les faveurs
de la fortune, qui, dans ces cinq journées, sembla de nouveau tout à
fait séduite et ramenée.
[Note 17: Je n'énonce ces chiffres qu'après avoir réduit toutes les
exagérations des bulletins.]
FIN DU LIVRE TRENTE-QUATRIÈME.
LIVRE TRENTE-CINQUIÈME.
WAGRAM.