[Note en marge: Distribution de l'armée d'Allemagne en trois corps

principaux.]

[Note en marge: Corps du maréchal Davout.]

[Note en marge: Corps du maréchal Lannes.]

[Note en marge: Corps du maréchal Masséna.]

Ces forces ainsi préparées, voici l'organisation que leur donna

Napoléon. Il n'avait sous la main qu'une partie de ses maréchaux,

puisque quatre d'entre eux, Ney, Soult, Victor, Mortier, servaient

en Espagne. Parmi ceux dont il pouvait disposer, il y en avait

trois qu'il appréciait plus que tous les autres, c'étaient les

maréchaux Davout, Lannes, Masséna. Il résolut de partager entre

eux la masse de l'armée française, en agrandissant leur rôle et

leur commandement, et en leur confiant cinquante mille hommes à

chacun. Masséna avait déjà commandé des forces plus considérables,

mais Davout et Lannes n'avaient pas encore eu cet honneur, dont ils

étaient d'ailleurs fort dignes. Le maréchal Davout dut conserver de

l'armée du Rhin ses trois anciennes divisions, Morand, Friant, Gudin,

les cuirassiers Saint-Sulpice, une division de cavalerie légère, une

quatrième division d'infanterie sous le général Demont, composée

des quatrièmes bataillons de ce corps, le tout formant cinquante

mille soldats aguerris, les premiers, sans aucune comparaison, que

possédât la France à cette époque. Ce corps placé entre Bayreuth,

Amberg, Ratisbonne, avait cette dernière ville pour point de réunion.

La division Saint-Hilaire, détachée de l'armée du Rhin, avec une

portion de cavalerie légère et les cuirassiers du général Espagne,

jointes aux trois divisions d'Oudinot, devait composer un autre

corps d'une cinquantaine de mille hommes, sous l'illustre maréchal

Lannes, et se concentrer à Augsbourg. Napoléon y ajouta une brigade

de 1,500 à 2 mille Portugais, choisis dans ce qu'il y avait de mieux

parmi les troupes de cette nation cantonnées en France, ennuyées de

ne rien faire, et mieux placées à l'armée que dans l'intérieur. Il

y joignit aussi les chasseurs corses et les chasseurs du Pô, troupe

brave et éprouvée. Les quatre divisions Carra Saint-Cyr, Legrand,

Boudet, Molitor, avec une belle division de cavalerie légère, avec

les Hessois, les Badois, devaient composer un autre corps de même

force, et se réunir à Ulm sous l'héroïque Masséna. Les cuirassiers

et les carabiniers sous le général Nansouty, une nombreuse division

de cavalerie légère, les dragons organisés comme nous l'avons dit

ailleurs, devaient composer sous le maréchal Bessières, en l'absence

de Murat, une réserve de 14 à 15 mille cavaliers. La garde, forte

d'une vingtaine de mille hommes, devait porter à 190 mille Français,

les parcs compris, cette masse principale concentrée entre Ulm,

Augsbourg et Ratisbonne. Les Bavarois, sous le maréchal Lefebvre,

formaient en avant un excellent corps auxiliaire d'une trentaine

de mille hommes. Le maréchal Augereau en formait un en arrière

avec les Wurtembergeois, les Badois et les Hessois. Enfin, plus en

arrière, le prince Bernadotte, comme on l'a vu, devait commander les

Saxons. C'étaient, par conséquent, cinq corps français, dont deux

de réserve, ayant un corps auxiliaire en avant, deux en arrière, le

tout mêlé de vieux et jeunes soldats, animés du souffle de Napoléon,

ne laissant rien à désirer sous le rapport de la bravoure, laissant

beaucoup à désirer sous le rapport de l'expérience et de l'âge, mais,

tels quels, parfaitement propres à maintenir à sa hauteur présente

la gloire de la France. Le prince Berthier fut nommé major général,

et M. Daru intendant de cette armée. Napoléon s'en constitua le

commandant en chef. Elle reçut le titre d'armée d'Allemagne, et non

plus celui de grande armée, la grande armée malheureusement n'étant

plus en Allemagne ni en Italie, mais en Espagne.

[Note en marge: Plan de campagne de Napoléon.]

Le projet de Napoléon était de marcher droit de Ratisbonne sur

Vienne, par la grande route du Danube, et de confier à ce fleuve

son matériel, ses malades, ses écloppés, toute la partie pesante

enfin de son armée, ce qui supposait dès le début quelque terrible

coup porté aux Autrichiens. C'est dans cette vue qu'il avait fait

acheter quantité de bateaux sur tous les fleuves de la Bavière, pour

les faire successivement descendre dans le Danube, à mesure qu'il

franchirait les affluents de ce grand fleuve. C'est encore dans cette

vue qu'il avait tiré de Boulogne 1,200 des meilleurs marins de la

flottille, pour les ajouter à la garde.

C'était donc à Ratisbonne qu'il avait l'intention de concentrer

ses forces, en négligeant le Tyrol et laissant les Autrichiens s'y

engager tant qu'il leur plairait, certain de les envelopper et de

les prendre entre son armée d'Allemagne et celle d'Italie, s'ils ne

se hâtaient pas de rétrograder. (Voir la carte nº 14.) Toutefois il

avait ordonné d'exécuter des travaux à Augsbourg, de creuser et de

remplir d'eau les fossés, de palissader l'enceinte, de construire

des têtes de pont sur le Lech, de manière à couvrir son flanc droit

par un poste fortifié, tandis qu'il marcherait la gauche en avant.

C'était sa seule précaution projetée du côté du Tyrol, et elle

suffisait parfaitement.

Le point de départ de Ratisbonne était adopté dans la supposition

que les Autrichiens ne prendraient pas l'offensive avant la fin

d'avril. S'il en était autrement, et s'ils agissaient plus tôt,

Napoléon avait fixé les yeux sur un point de départ moins avancé en

Bavière, et, au lieu d'amener d'Augsbourg à Ratisbonne les troupes

qui se seraient formées sur ce premier point, pour les joindre

avec celles qui seraient arrivées de Wurzbourg sous le maréchal

Davout, il se proposait de choisir un point intermédiaire, tel

que Donauwerth ou Ingolstadt (voir la carte nº 14), pour y faire

descendre le rassemblement d'Augsbourg, et y faire remonter celui

de Ratisbonne. Aussi voulut-il avoir des magasins de vivres et

de munitions, non-seulement à Augsbourg, mais à Donauwerth et à

Ingolstadt, qui pouvaient devenir éventuellement le lieu de la

concentration générale, et le point de départ de la marche sur

Vienne. Ainsi Ratisbonne, dans le cas d'hostilités différées,

Donauwerth ou Ingolstadt, en cas d'hostilités immédiates, devaient

être ses premiers quartiers généraux. Le major général Berthier,

dépêché à l'avance, partit avec ces instructions. M. Daru en

reçut de pareilles pour les mouvements du matériel. Des services

d'estafette furent établis entre Augsbourg et Strasbourg d'un côté,

entre Wurzbourg et Mayence de l'autre, pour joindre les lignes

télégraphiques de la frontière, et expédier chaque jour à Paris

des nouvelles du théâtre de la guerre. Des relais de poste furent

extraordinairement disposés pour que Napoléon pût franchir rapidement

la distance de la Seine au Danube. Ainsi préparé il attendit les

mouvements des Autrichiens, voulant rester à Paris le plus longtemps

possible, afin d'animer de sa volonté l'administration de la guerre,

avant d'aller animer de sa présence l'armée destinée à combattre sous

ses ordres.

[Note en marge: Ordres relatifs à l'Italie, à l'Espagne et à la

marine.]

À ces dispositions s'en joignirent quelques autres relatives à

l'Italie, à l'Espagne et à la marine. Napoléon réitéra à Murat

l'ordre d'acheminer une brigade sur Rome, pour rendre disponible

la division Miollis. Il traça au prince Eugène la direction selon

laquelle il devait attaquer les Autrichiens, lui ordonna de masquer

par quelques troupes légères la route de la Carniole par Laybach, et

de porter les cinq divisions françaises, Seras, Broussier, Grenier,

Lamarque, Barbou, d'Udine à la Ponteba, pour déboucher par Tarvis

sur Klagenfurth, dans la Carinthie, route directe de la Lombardie

à Vienne. Il avait fait partir de Toulon quelques bâtiments pour

l'Adriatique, avec l'instruction de garder les meilleurs sous voiles,

et de désarmer les autres, afin de se procurer à Venise 12 ou 1,500

matelots français, qui seraient fort utiles à la défense de la place.

Il enjoignit à sa soeur Élisa, gouvernante de la Toscane, de veiller

sur la tranquillité de cette contrée, car le mécontentement, se

répandant des pays ennemis dans les pays amis, agitait déjà l'Italie.

Napoléon y envoya une colonne de gendarmes français, pour y organiser

une gendarmerie italienne, prescrivit de mettre en état de défense

les châteaux de Florence, de Sienne, de Livourne, afin d'avoir des

refuges contre de nouvelles vêpres siciliennes, tant sa prévoyance

reconnaissait elle-même les dangers de son imprudente politique.

Quant à l'Espagne, il ordonna à Joseph de continuer les préparatifs

de l'expédition de Portugal, que le maréchal Soult devait exécuter

avec quatre divisions, et de n'acheminer le maréchal Victor sur

l'Andalousie que lorsque le maréchal Soult aurait dépassé Oporto. Il

recommanda de bien soigner les divisions Valence, Leval, Dessoles,

Sébastiani, restées à Madrid comme ressource principale de la

monarchie espagnole, et surtout de veiller à ce que le maréchal

Ney avec ses deux divisions contînt vigoureusement le nord de la

Péninsule. Il confia au général Suchet l'ancien corps de Moncey, qui

venait d'achever le siége de Saragosse, avec ordre de se préparer

à marcher sur Valence, dès que le général Saint-Cyr aurait terminé

ses opérations en Catalogne. Il reporta le 5e corps commandé par le

maréchal Mortier, de Saragosse sur Burgos, pour qu'il pût au besoin,

ou donner la main au maréchal Ney contre le nord de l'Espagne si

cette région devenait inquiétante, ou repasser en France si la

guerre d'Allemagne exigeait de nouvelles ressources.

S'occupant enfin de faire concourir la marine à ses opérations,

Napoléon ordonna à l'amiral Wuillaumez de partir de Brest avec deux

vaisseaux de 120, et six de 74; de se rendre devant Lorient et

Rochefort, où les contre-amiraux Troude et Lhermitte se trouvaient

chacun avec une division; de les débloquer, de les conduire jusqu'aux

Antilles, où ceux-ci devaient porter des vivres, des munitions, des

recrues, et recevoir en échange des denrées coloniales; de revenir

ensuite en Europe, et de rallier l'amiral Ganteaume à Toulon pour y

prendre part à diverses expéditions dans la Méditerranée. Tandis que

l'amiral Wuillaumez allait exécuter cette course, l'amiral Ganteaume

devait sortir de Toulon avec son escadre, et porter à Barcelone un

approvisionnement considérable en poudres, projectiles et grains.

Dans l'Escaut le contre-amiral Allemand eut ordre de faire sortir

l'escadre de Flessingue, de la tenir en rivière, toujours prête

à mettre à la voile, ce qui ne pouvait manquer d'offusquer les

Anglais, et d'occuper une notable partie de leurs forces. Napoléon

enjoignit, en outre, à l'administration de la marine de réunir une

certaine quantité de chaloupes canonnières aux bouches de l'Escaut

et de la Charente, pour y garder toutes les passes, et y veiller

aux tentatives de destruction que les Anglais allaient probablement

essayer contre les escadres mouillées dans ces parages. Il ordonna

au ministre Decrès de partir pour les côtes, le jour où il partirait

lui-même pour l'Allemagne, afin de présider à la ponctuelle exécution

de ces diverses instructions.

[Date en marge: Avril 1809.]

[Note en marge: Arrestation d'un courrier français, suivie par

représailles de l'arrestation des courriers autrichiens.]

[Note en marge: Imminence des hostilités révélée par les dépêches de

l'un des courriers arrêtés.]

Tout à coup, pendant que Napoléon faisait ainsi ses dernières

dispositions, on apprit que les Autrichiens avaient poussé la

hardiesse jusqu'à saisir à Braunau un courrier français porteur

de dépêches de la légation de Vienne à la légation de Munich. Ce

courrier était un ancien officier français établi à Vienne, et qui

abandonnant cette capitale au moment de la guerre, s'était chargé

de divers plis pour les ministres de sa nation. L'enlèvement des

dépêches qui lui étaient confiées, malgré ses vives protestations,

malgré le cachet des deux ambassades qui aurait dû les faire

respecter, parut à Napoléon l'équivalent d'une rupture. Il se

livra à la plus violente colère, fit adresser de véhémentes

interpellations à M. de Metternich, et prescrivit, à titre de

représailles, l'arrestation immédiate des courriers autrichiens

sur toutes les routes. Ses ordres exécutés à la rigueur, et sans

délai, lui procurèrent sur le chemin de Strasbourg l'enlèvement de

dépêches fort importantes. Il les lut avec grande attention, et en

conclut que les hostilités commenceraient à la mi-avril. La demande

de ses passe-ports faite par M. de Metternich acheva de lui révéler

l'imminence du danger, et il ordonna au major général Berthier de se

rendre à Donauwerth, soit pour réunir l'armée à Ratisbonne si on en

avait le temps, soit pour la replier derrière le Lech vers Donauwerth

si le temps manquait, sauf à occuper Ratisbonne par une division

du maréchal Davout. Du reste, toujours l'oeil sur le télégraphe,

Napoléon se tint prêt à partir au premier signal.

[Note en marge: Premiers mouvements des Autrichiens en Bohême et en

Bavière.]

[Note en marge: Signification de l'archiduc Charles au roi de

Bavière, et passage de l'Inn le 10 avril 1809.]

Les hostilités, dont il assignait le commencement du 15 au 20 avril,

commencèrent un peu plus tôt qu'il ne l'avait cru. L'ordre, en effet,

était donné en Italie, en Bavière, en Bohême, d'ouvrir la campagne

du 9 au 10 avril. Le lieutenant général Bellegarde, qui commandait

les cinquante mille hommes destinés à déboucher par la Bohême, passa

la frontière du Haut-Palatinat sur deux points, Tirschenreit et

Wernberg. Les quatre corps des lieutenants généraux Hohenzollern,

Rosenberg, archiduc Louis, Hiller, et les deux corps de réserve Jean

de Liechtenstein et Kienmayer, formant avec l'artillerie une masse

d'environ 140 mille hommes, se trouvaient le 1er avril le long de la

Traun, et le 9 avril le long de l'Inn, frontière franco-bavaroise,

dont la violation allait décider la guerre, et amener l'une des

plus sanglantes campagnes du siècle. Le 9 au soir, l'archiduc

Charles, qui s'était mis à la tête de ses troupes, et qui était

suivi de l'empereur, venu à Lintz pour être plus près du théâtre

de la guerre, envoya l'un de ses aides de camp au roi de Bavière,

avec une lettre annonçant qu'il avait ordre de se porter en avant,

et de traiter en ennemies toutes les troupes qui lui résisteraient.

Il aimait, disait-il, à croire qu'aucune troupe allemande ne ferait

obstacle à l'armée libératrice qui venait délivrer l'Allemagne de ses

oppresseurs. Cette lettre fut la seule déclaration de guerre adressée

à la France et à ses alliés. Pour toute réponse le roi de Bavière

quitta sa capitale afin de se rendre à Augsbourg, et les troupes

bavaroises, campées sur l'Isar, à Munich et Landshut, eurent ordre de

résister. Le maréchal Lefebvre en avait déjà pris le commandement

pour les conduire à l'ennemi.

Le 10 avril au matin l'armée autrichienne s'ébranla tout entière

pour franchir l'Inn et commencer la guerre. Elle ne savait pas

bien exactement où étaient les Français, mais elle était informée

qu'il y en avait à Ulm, à Augsbourg, surtout à Ratisbonne, où se

dirigeait le maréchal Davout; elle espérait les surprendre dans cet

état de dispersion, atteindre le Danube avant leur concentration

définitive, le passer entre Donauwerth et Ratisbonne, se joindre par

sa droite avec le corps de Bellegarde, et envahir victorieusement

le Haut-Palatinat, la Souabe, le Wurtemberg. Le corps de Hiller,

celui de l'archiduc Louis, le deuxième de réserve, formant une

masse de 58 mille hommes, et ayant le prince généralissime à leur

tête, franchirent l'Inn à Braunau même, le 10 avril au matin. (Voir

la carte nº 14.) Le corps de Hohenzollern, fort de 27 ou 28 mille

hommes, le passa au même instant au-dessous de Muhlheim. Enfin le

quatrième corps avec le premier de réserve, présentant une masse de

40 mille hommes, exécuta son passage à Scharding, assez près du point

où l'Inn se jette dans le Danube. À l'extrême gauche la division

Jellachich, d'environ 10 mille hommes, après avoir passé la Salza,

fut dirigée sur Wasserbourg, pour y traverser l'Inn et marcher

sur Munich. À l'extrême droite la brigade Vecsay, qui comptait 5

mille hommes, et se composait de troupes légères, dut longer le

Danube pour éclairer l'armée sur sa droite et occuper Passau, place

importante à la jonction de l'Inn et du Danube. Sentant l'importance

de ce point, Napoléon n'avait cessé d'adresser aux Bavarois de

pressantes recommandations pour qu'on mît la place de Passau en état

de défense, et avait même envoyé des officiers français avec les

fonds nécessaires à l'exécution des travaux. Mais rien n'avait été

fait à temps, et le commandant bavarois ne put que se rendre aux

Autrichiens. C'était un regrettable point d'appui qu'on leur avait

livré par négligence, et dont ils pouvaient tirer plus tard un parti

très-avantageux.

[Note en marge: Direction que suivent les Autrichiens après le

passage de l'Inn.]

L'Inn franchi, les Autrichiens marchèrent sur trois colonnes pour

se rapprocher de l'Isar, où ils devaient rencontrer les troupes

bavaroises et tirer les premiers coups de fusil. Quoiqu'ils se

fussent appliqués à rendre leur armée plus mobile, ils s'avancèrent

lentement, par habitude d'abord, par le mauvais temps ensuite, et

enfin par l'embarras de leurs magasins. Songeant à faire la guerre

d'invasion, et ne sachant pas vivre partout comme les Français, ils

avaient imaginé de substituer à leurs immenses dépôts de denrées

alimentaires des magasins ambulants, qui devaient les suivre dans

leurs mouvements. Ils espéraient de la sorte pouvoir imiter plus

facilement les concentrations subites et ordinairement décisives de

Napoléon. À ces magasins se joignaient un fort bel équipage de pont

et un immense matériel d'artillerie. Ils restèrent donc embourbés

pendant plusieurs jours entre l'Inn et l'Isar, et n'arrivèrent que

le 15 devant ce dernier fleuve. Jusque-là ils n'avaient aperçu que

des patrouilles de cavalerie bavaroise, qu'ils avaient affecté de ne

pas attaquer, pour prolonger une illusion qui leur plaisait, et qui

leur persuadait qu'ils ne rencontreraient pas d'hostilités de la part

des Allemands. L'archiduc s'apprêta à passer l'Isar devant Landshut

le lendemain 16 (voir la carte nº 46), et cette fois il ne pouvait

plus ni se faire illusion, ni en faire à personne, car les Bavarois

bordaient le fleuve avec toutes les apparences de gens résolus à se

défendre.

[Note en marge: Passage de l'Isar devant Landshut le 16 avril.]

Il changea un peu la disposition de ses colonnes pour cette opération

importante, qui était la première de la guerre, et que pour ce motif

il fallait rendre prompte et décisive. Il détacha de sa gauche le

corps de Hiller vers Moosbourg, afin de préserver l'opération qui

allait se faire devant Landshut de toute opposition du côté de

Munich. Il rapprocha du corps de l'archiduc Louis, qui restait seul

par la séparation du corps de Hiller, celui de Hohenzollern, et leur

prescrivit à tous deux de forcer le passage de l'Isar devant Landshut

même. Il plaça en colonne en arrière les deux corps de réserve. Il

ordonna au corps du prince de Rosenberg, qui tenait la droite, de

passer l'Isar vers Dingolfing, point où l'on n'avait à craindre

aucune résistance, et d'envoyer ses troupes légères à Ebelsbach,

pour ôter à l'ennemi le courage de tenir à Landshut en voyant l'Isar

passé au-dessous. Enfin la brigade Vecsay, déjà lancée le long du

Danube, devait pousser ses courses jusqu'à Straubing, fort près par

conséquent de Ratisbonne, afin de se procurer des nouvelles des

Français.

[Note en marge: Défense de Landshut par la division bavaroise Deroy,

et passage de l'Isar par les Autrichiens.]

Le 16 au matin, l'archiduc Charles, dirigeant lui-même le corps de

l'archiduc Louis, dont le général Radetzki commandait l'avant-garde,

s'avança sur Landshut pour y franchir l'Isar. Quand on vient par

la route de Braunau, comme c'était le cas pour les Autrichiens, on

descend par des coteaux boisés sur les bords de l'Isar, qui traverse

la jolie ville de Landshut, et se répand ensuite dans des prairies

verdoyantes. La ville est moitié sur le penchant des coteaux, moitié

sur le bord du fleuve, qui, en la traversant, se sépare en deux bras.

La division bavaroise Deroy occupait Landshut, et avait mission de

disputer le passage. Après avoir évacué la ville haute et toute

la partie qui est sur la rive droite du fleuve, elle avait coupé

le pont du grand bras, rempli de nombreux tirailleurs le faubourg

de Seligenthal, et s'était rangée en bataille de l'autre côté des

prairies, sur les hauteurs boisées d'Altdorf, qui font face à celles

par lesquelles on débouche sur Landshut. Le général Radetzki, se

portant de la ville haute sur le bord du grand bras et devant le

pont coupé, fut accueilli par un feu très-vif de tirailleurs, auquel

il répondit par celui des tirailleurs du régiment des Gradiscans.

De son côté l'archiduc, profitant des hauteurs pour faire jouer sa

formidable artillerie, en accabla le faubourg de Seligenthal, situé

sur l'autre rive de l'Isar, mit en ruine cette partie de la ville de

Landshut, et la rendit intenable pour les Bavarois qui s'y étaient

embusqués. Il fit ensuite rétablir le tablier du pont sur ses appuis

encore debout, et le franchit sans trouver de résistance dans le

faubourg évacué. Vers midi le corps de l'archiduc Louis déboucha

avec une nombreuse cavalerie, suivi à peu de distance du corps de

Hohenzollern, et vint se déployer devant la division bavaroise Deroy,

qui était en bataille vis-à-vis, sur les hauteurs d'Altdorf. Une

vive canonnade s'engagea entre les Autrichiens et les Bavarois; mais

ceux-ci, recevant la nouvelle que l'Isar était passé au-dessus vers

Moosbourg, au-dessous vers Dingolfing, se retirèrent en bon ordre,

à travers les bois, par la chaussée de Landshut à Neustadt sur le

Danube. (Voir la carte nº 46.) On avait perdu de part et d'autre une

centaine d'hommes. Les Bavarois, partagés entre deux sentiments, le

déplaisir de se battre pour des Français contre des Allemands, et

leur vieille jalousie à l'égard des Autrichiens qui voulaient leur

ôter le Tyrol, se conduisirent néanmoins très-bien. Ils se replièrent

sur le Danube, dans la forêt de Dürnbach, où déjà s'étaient retirées

la division du prince royal venant de Munich, et la division du

général de Wrède venant de Straubing. Ils étaient là près des

Français, les attendant avec une extrême impatience.

[Note en marge: Projets de l'archiduc Charles après le passage de

l'Isar.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 10 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 7 / 36 段