CRAQUELÉS

Une combinaison de génie et un tour de main, par lesquels le céramiste

chinois a dompté, dans la cuisson, les aventures et les hasards

malheureux de la tressaillure, et est arrivé à l'asservir et à la

forcer à devenir la décoration régulière d'une pièce de porcelaine.

Il y a le craquelé à grandes craquelures, le craquelé à petites

craquelures, et enfin le truité, ainsi baptisé par l'abbé Raynal,

comparant les infiniment petits segments du fendillement universel de

la couverte aux écailles de la truite.

PETITE POTICHE aux anses formées d'un mufle. Craquelé bleuâtre, une

nuance qui indique d'ordinaire une origine ancienne.

POTICHE à la forme cylindrique un peu renflée à la gorge. Les anses

sont formées de chauves-souris aux ailes éployées, et au cou desquelles

pendent des rouleaux d'écriture, noués à un cordon terminé par deux

glands. Ancienne porcelaine truitée à la nuance jaune rouillée d'une

toile qui n'a pas passé au blanchissage.

GRANDE JATTE aux bords découpés en festons. Craquelé ventre de biche,

sur lequel, à l'intérieur et à l'extérieur, sont jetées des branches de

sapins, des tiges de roseaux émaillées en vert, au milieu de corolles

de fleurs émaillées en rose, en violet, en jaune bordé de rouge.

Pièce où le décor prend, sur la pâte de grès agatisée, l'aspect d'un

émail cloisonné. Cette jatte a pour marque une tortue faite avec un

pointillé, gravé en bleu.

POTICHE aux anses formées par des mufles de lion. Craquelé café au

lait, cerclé d'une bordure à oves, d'une zone à entrelacs de rubans,

d'une seconde bordure à palmettes, fabriquées ainsi que les anses d'un

boccaro brunâtre; ayant l'aspect de fer rouillé et faisant comme une

sévère monture au craquelé. Véritable craquelé ancien, précieux en ce

temps où l'imitation est poussée très loin.

PETITE BOUTEILLE plate à quatre pans, aux anses faites de trompes

d'éléphant. Porcelaine d'un blanc gris, d'un «blanc de riz», décorée,

sur ses deux faces, d'une branche fleurie, au-dessus d'un rocher,

exécutée en bleu, et traversée par un grand craquelage, sur une

couverte d'un poli gras au toucher, tout particulier à certaines

porcelaines d'Orient.

Ici, à propos du poli, de la douceur, de l'onctueux pour ainsi dire,

des choses parfaites dans les mains: un aphorisme. Le toucher, c'est

la marque à laquelle se reconnaît un amateur. L'homme qui prend un

objet avec des doigts indifférents, avec des doigts _bêtes_, avec des

doigts qui n'ont pas l'enveloppement amoureux, cet homme n'est pas un

passionné d'art.

La maison d'un artiste, Tome 2 · 第 41 / 53 题