collection des «Cris de Paris» pendant tout le dix-huitième siècle,
de ses premières à ses dernières années: ce sont le recueil des 12
planches de Boucher, le recueil des 60 planches de Bouchardon et le
recueil rarissime des 12 cahiers de 6 petites estampes coloriées qui a
pour titre: CRIS DE PARIS, _dessinés d'après nature par M. Poisson_.
Avec ces trois volumes, vous n'avez pas seulement la figuration de
toutes les petites industries ambulantes, vous avez dans l'oreille le
bruit de la rue d'alors, et comme le prolongement de l'écho des voix
sonores assourdissant, du matin au soir, la grande ville. Et voici
d'abord ce beau et original cri, pour le débit dans les carrefours
des petits verres d'eau-de-vie, ressuscitant un moment l'homme et la
femme du peuple, de leurs mortelles fatigues: _La Vie, la vie_, puis
tous les autres: _A racomoder_ (_sic_) _les vieux soufflets.—Balais,
balais.—Du mouron, du sençon pour les p'tits oiseaux.—A ramoner du
haut en bas.—Talmouses toutes chaudes.—Au vinaigre.—A la fraîche,
à la chaude qui veut boire.—Carpe vive.—Huistres à l'écaille.—Mon
bel œillet.—Encre luisante, encre à écrire.—La lanterne en hiver,
l'eau en été.—La liste des gagnans à la loterie.—Du grès, du
sablon.—Pleurez petits enfants, pleurez vous aurez des moulins à
vent.—Caffé, caffé.—D'l'anis toute sucrée.—Achetez mes belles
estampes.—Parapluie là.—Marrons rôtis, marrons boulus.—Cannes à
la mode, achetez mon beau jet.—Régalés-vous, mes dames, v'là le
plaisir.—Maquereau, monsieur, v'là le maquereau.—Mottes à brûler,
mes dames, belles mottes.—Vieux habits, vieux chapeaux.—Couteaux,
ciseaux à repasser.—Mes bons colifichets.—Ah la lanterne magique,
la pièce curieuse.—Voilà le bon pain d'épice de Rheims.—Allumettes,
bonne amadoue, pierres à fusil et briquets.—A la crème.—A la
mûre.—De gros gobets à la courte queue.—De gros cerneaux, les
gros.—Du beau chasselas à la livre.—Almanach de Liège, à deux sols
la pièce.—Pierre à détacher sans mouiller, sans eau.—A 6 sols, le
marchand qui se ruine.—A 50 sols l'aulne, trois quarts de perte.—A
la barque, à la barque.—Pois ramés, pois écossés.—Belle figue, pêche
au vin.—Ha ma belle herbe, ma belle herbe.—Cartons, mes dames, voilà
de bons cartons.—Petits serins, achetés mes petits oiseaux.—V'là
du cresson, la santé du corps.—A la flotte, à la flotte, mes beaux
rubans.—Épingles noires à 1 sol le cartron, les blanches à 2 sols le
cent.—La mort aux rats, mes dames.—Achetés mes petits chiens, mon
bel angola.—Curedents à la Carmélite, les beaux curedents.—L'Oraison
de sainte Brigitte.—Édit du Roi donné de tout-à-l'heure, de
tout-à-l'heure._
Aux livres sont mêlés quelques manuscrits, je parlerai seulement de
deux. L'un est, en l'année 1787, l'_Établissement de_ LA MAISON ET DE
LA GARDE-ROBE _de Monseigneur le dauphin_, montant à 59,842 livres.
On y trouve cet article: Au S. Cordier, joaillier, pour fourniture
faite à Monseigneur le Dauphin d'une montre, d'un cordon, d'une clef,
d'un cachet et d'un œuf garnis en diamants, du choix de M. le duc
d'Harcourt, suivant le mémoire du S. Cordier..... 5,500. Un second
article fait mention d'une somme de 177 liv. 11 s. 3 d. à payer au
S. Auguste, orfèvre du Roi, pour fourniture d'un gobelet d'argent
avec couvercle et anses, gobelet à l'usage du Dauphin. Dans un autre
article, il est question d'une somme de 433 liv. 10 s. à payer au S.
Foucard pour livraison de drap anglais, casimir et camelot de soie pour
quatre habits et deux redingotes faites à l'enfant. Enfin, le mémoire
se termine par une note du S. Richard, s'élevant à 748 livres pour
fourniture de bonnets de coton, bas de soie, cordons des ordres et
autres objets pour la garde-robe du prince.
L'autre manuscrit est plutôt un livre de dessins. Sur la première
page, deux amours déroulent le plan d'un palais qu'on voit au fond du
feuillage d'un jardin français. En bas est écrit: RECUEIL DES PLANS
DE LA MAISON DE M. DE CASSINI, _située rue de Babylone, exécutée en
1768 sur les desseins de Bellisard_. Et dans des cadres précieusement
dessinés et surmontés de cartouches soutenus par des amours à la Eisen,
défilent sur douze feuilles les aspects, les profils, les coupes de
la maison, que termine un charmant dessin représentant la rotonde du
salon et son plafond peuplé d'amours. C'est, en son maroquin rouge, un
curieux et rare spécimen de l'album que les seigneurs bâtisseurs du
dix-huitième siècle faisaient exécuter de leur hôtel.
Tout en bas du meuble, serrés les uns contre les autres, sont tassés
les portefeuilles ventrus qui contiennent la collection d'estampes
du siècle passé. Moins riche, moins précieuse, moins unique dans
son genre que la collection de dessins, cette réunion de gravures
contient cependant le plus grand nombre des belles et rares pièces du
dix-huitième siècle en des états dignes d'envie, et dans une fraîcheur,
et avec une virginité de marges introuvables: telles enfin que les
rapportait Clément des cartons de l'Allemagne et de la Hollande,
il y a une vingtaine d'années. La France, elle, au siècle dernier,
encadrait ses estampes, faisait pis, s'il est possible, coupait les
marges au cadre de la gravure pour enfermer l'image dans des filets
olive, en sorte qu'avant 1850, à moins de découvrir une épreuve venant
de l'œuvre d'un graveur, c'était une bonne fortune de rencontrer une
estampe française qui ne fût pas rognée, mouillée d'humidité et brûlée
par le soleil. Et ce n'est vraiment qu'à partir de cette époque qu'ont
apparu sur le marché ces belles estampes qui semblent, au bout de cent
ans, sortir de chez l'imprimeur,—et cela avec ce rien de jaunissement
chaud et harmonieux, cette sorte de patine, que seul le temps donne
au beau, solide, sonore papier d'alors. Une particularité qui la fait
aujourd'hui inestimable, cette réunion d'estampes, c'est le goût que
j'ai eu des états d'eaux-fortes, au moment où personne n'en voulait, et
qui m'a poussé à faire presque la collection de Watteau, de Chardin, de
Baudouin, en ces esquisses, en ces souffles spirituels de gravures.
Mais commençons ce dénombrement des gravures du dix-huitième siècle
par une division qui devrait toujours faire l'en-tête des catalogues
d'estampes: _Eaux-fortes de Maîtres et d'amateurs_.
BOUCHER.—La collection rarissime, avant toute adresse, des quatre
eaux-fortes ayant pour titre: LE SOMMEIL, LES PETITS BUVEURS DE LAIT,
LE PETIT SAVOYARD, LA TOURTERELLE, quatre épreuves découvertes par
le fureteur Robert-Dumesnil, dont elles portent la petite lentille
imprimée à froid et provenant de la vente Leblond. Et encore de
Boucher le non moins rarissime état d'eau-forte qu'il a gravé de son
ANDROMÈDE, comme dessous et préparation de la planche terminée au burin
par Aveline. Une eau-forte qui montre, dans l'interprétation légère
et spirituelle d'un corps de femme, toute l'habileté de pointe de
l'aquafortiste, et son gras pointillé, et ses courbes hachures brisées,
et le pittoresque ragoût du travail, et l'indication ressautante des
contours. Une épreuve peut-être unique, que je me rappelle avoir vu
vendre, il y a une trentaine d'années, à une vente de Defer, et que
j'ai retrouvée dans la petite suite d'estampes de haut goût de M.
Villot.
Madame BOUCHER.—De la jolie femme du peintre, devenue, aux côtés de
son mari, une artiste, et qui a peint de lumineuses miniatures et
égratigné quelques cuivres, un cartouche surmonté de trois cœurs
enflammés, que soulèvent en l'air de leurs bras et de leurs jambes de
gras amours, un cartouche signé: _Jane Boucher_.
COCHIN.—La libre et croquante eau-forte de ce beau marquis contourné,
lorgnant avec un verre grossissant les femmes sculptées de Goujon, et
qui a pour titre: LA FONTAINE DE St-INNOCENT.
DEBUCOURT.—La seule eau-forte qu'on connaisse de lui, est l'état
d'eau-forte du JUGE ou LA CRUCHE CASSÉE qu'il s'est amusé à faire pour
la gravure qu'en a exécutée Leveau. Une curiosité, mais rien qu'une
curiosité.
FRAGONARD.—La grande planche de l'ARMOIRE, avant toute lettre, et
les quatre chefs-d'œuvre de son merveilleux _grignotis_: ses quatre
bas-reliefs de satyres, choisis, triés, changés et rechangés, et dont
maintenant quelques épreuves sont avant la planche nettoyée.
Mademoiselle GÉRARD.—De la belle-sœur de Fragonard, au travail de
laquelle on sent toujours marié le travail du beau-frère, les rares
planches de «la femme mettant à cheval un enfant sur le dos d'un gros
chien», et de «la petite fille couchée sur un escalier avec un petit
chien emmaillotté dans ses bras, et sur laquelle on lit: _Première
planche de mademoiselle Gérard, âgée de dix-huit ans_, 1778.» Enfin de
l'eau-forte de FANFAN j'ai deux états; et l'état le moins avancé est
signé à la fois à la pointe des noms de Fragonard et de Mlle Gérard
avec la mention: _Épreuve avant la lettre_.
GRAVELOT.—L'élégante eau-forte signée _H. Gravelot_ toute gribouillée
de croquetons, et du milieu desquels se détache cet étui, cette petite
merveille de dessin rocaille, si prestement enlevée sur le cuivre.
LOUTHERBOURG.—«La Boutique du barbier», exécutée avec ce trait
humoristique qui a été repris servilement par les illustrations
anglaises, et accepté comme une originalité de date récente.
OLIVIER.—Deux de ses femmes en costume du temps, des livres de musique
à la main, assez rares mais assez méchantes eaux-fortes.
PAROY (le chevalier de).—«La Marchande de châtaignes.» Brillante
petite eau-forte, à laquelle Augustin de Saint-Aubin n'a pas que fourni
le dessin, mais bien encore le badinage de son habile aiguille.
PATER.—L'unique eau-forte qu'ait gravée le petit maître. C'est
une halte à la manière de Watteau, où des soldats, des femmes, des
vivandiers groupés, couchés autour du chaudron qui bout en plein air,
sont bravement griffonnés, et traités avec un faire plus large que
celui de ses dessins, de sa peinture.
RUE (de la).—La suite en premières épreuves de ses six bacchanales,
six eaux-fortes d'un métier tout plein de ressouvenirs de Tiépolo.
SAINT-AUBIN (Gabriel).—La collection presque complète de
l'aquafortiste qui a éclairé les élégances de dessin de son temps avec
les effets de lumière de Rembrandt, et en première ligne, une épreuve
du SALON DU LOUVRE venant de la vente de la Beraudière, une épreuve
du second état qui est le bon, et non encore entièrement ébarbée, et
tout obscure de traînées d'un beau noir velouté, et des épreuves
merveilleuses du SPECTACLE DES TUILLERIES, du BAL D'AUTEUIL, des
NOUVELLISTES, de LA FOIRE DE BESONS, du CHARLATAN, de l'ADRESSE DE
PERIER, _marchand quincaillier_, etc.
Parmi les eaux-fortes inédites qui ont échappé aux recherches de M. de
Baudicour, indépendamment des deux planches déjà signalées dans les
«Répertoires des bals» par le S. de la Cuisse, j'indiquerai chez moi
trois pièces:
1° Une petite eau-forte représentant un cabinet d'histoire naturelle,
au milieu duquel se dresse une figure d'Isis, que désigne un génie
aux grandes ailes. Elle décore l'almanach historico-physique ou _la
Phisiosophie des dames_, 1763.
2° Une pièce singulière célébrant le renvoi des Jésuites et composée de
deux médaillons: l'un qui représente un homme jetant au feu les livres
de Molina, Mariana, Suarez; l'autre, une sortie gaminante d'écoliers de
la haute porte d'un collège. Sur le rebord de la tablette qui devait
servir à contenir l'inscription, se sauve un renard à la queue coupée.
La planche, non terminée, est reprise dans certaines parties à l'encre
et au bistre.
3° L'ALMANACH DES DIEUX _pour l'année 1768_. Un grand almanach,
dessiné dans une architecture ressemblant au portail de Saint-Sulpice,
et où chaque mois est surmonté d'un cartouche, renfermant, gravé
à l'eau-forte, un croqueton de figure mythologique. Longtemps je
ne donnai mon attention qu'à la singularité de l'almanach, quand
un jour, regardant attentivement les petites figures, tout à coup
j'eus la certitude qu'elles ne pouvaient avoir été dessinées que par
Saint-Aubin, et que peut-être elles étaient gravées par lui: je prenais
une loupe, et bientôt je découvris çà et là, sous les mythologies,
d'imperceptibles _S. A._
SAINT-NON (l'abbé de).—Quelques eaux-fortes d'après _Frago_, où l'abbé
attrape presque le pétillant faire du peintre.
SCHENAU.—La série de ses douze eaux-fortes, assez balourdes de
dessin, mais d'une morsure savante et dont la première représente une
petite marchande d'images qui a écrit sur son éventaire: _Achetter mes
pettites eaux forttes 1 a la 12me_ (sic).
WATTEAU.—L'épreuve d'eau-forte de LA TROUPE ITALIENNE qui porte en bas
de l'estampe _Peint et gravé à l'eau-forte par Watteaux_: une épreuve
que je crois unique, et que je regarde comme la pièce la plus précieuse
de ma collection. A cette eau-forte sans prix, j'ai eu le bonheur de
joindre l'eau-forte de la RECRUE ALLANT IOINDRE LE REGIMENT, pièce
aussi de la plus grande rareté, et qu'on a cru un moment de Boucher,
sur l'affirmation de Robert-Dumesnil, mais qu'une note découverte par
moi, dans l'_Abecedario_ de Mariette, attribue de la manière la plus
positive à Watteau: «Recrue de soldats allant joindre le régiment,
_gravé à l'eau-forte par Watteau_, et terminé par Thomassin.»
Et parmi les anonymes, je ne citerai que l'eau-forte singulière qui
représente Voltaire comparaissant devant les juges de l'Enfer, avec au
bas cette objurgation:
O mes amis, vivez en bons chrétiens.
C'est le parti, croyez-moi, qu'il faut prendre.
Nous arrivons aux gravures, aux burins cherchés par moi surtout parmi
les planches de mœurs, et dont nous allons faire la revue en courant.
AUBERT.—L'estampe du BILLET DOUX[25], cette estampe
où se trouve l'élégante silhouette du _grison_, de ce messager grivois
de l'amour taillé sur le patron d'un Lafleur de théâtre ou plutôt de
l'Azolan des «Liaisons dangereuses».
[25] Depuis la rédaction de mon catalogue de dessins, j'ai
trouvé deux croquis pour la composition du BILLET DOUX, l'un
représente la tête du domestique, porteur du poulet, l'autre
le bas de la robe de la femme, ses deux pieds dont l'un est
déchaussé, et une étude très étudiée de six mules dans des
positions diverses, mules parmi lesquelles le peintre a choisi
celle qui traîne sur le sopha. Ces deux dessins sont pastellés.
BOUCHER.—Les deux amusantes estampes de la vie privée de son temps,
échappées au peintre mythologique: LA MARCHANDE DE MODES, gravée
par Gaillard, et le DÉJEUNÉ, gravé par Lépicié, dont une étude du
domestique versant le chocolat est dans la collection de la baronne de
Conantre.
BAUDOUIN.—Les états avant la lettre des pièces intitulées: LE CHEMIN
DE LA FORTUNE, LE MODÈLE HONNÊTE, LE LEVER, LE DANGER DU TÊTE-A-TÊTE,
L'ENLÈVEMENT NOCTURNE, LE CONFESSIONNAL, LE CATÉCHISME, LE CURIEUX, LE
FRUIT DE L'AMOUR SECRET.
Les états d'eau-forte du MODÈLE HONNÊTE, du CURIEUX, du CARQUOIS
ÉPUISÉ, de l'ÉPOUSE INDISCRÈTE, de la SOIRÉE DES THUILERIES. Et l'on
comprendra le goût des eaux-fortes de Baudouin, quand on saura que
ces eaux-fortes seules conservent et l'esprit de la touche, et les
pétillements de lumière et les transparences des ombres de sa peinture
entièrement reflétée.
CANOT.—L'estampe du MAITRE DE DANSE, dans laquelle le joli coureur de
cachets, sa pochette à l'épaule, apprend à une petite fille à faire la
révérence.
CARMONTELLE.—Le trait à l'eau-forte de son estampe de LA FAMILLE
CALAS, dont les mains sont ombrées à la sanguine et les robes et les
habits couverts en partie du travail le plus menu à la mine de plomb,
indiquant la besogne du graveur.
CHARDIN.—Les états avant la lettre des pièces intitulées: LE
BÉNÉDICITÉ, L'ÉTUDE DU DESSIN, «LE DESSINATEUR», LA MÈRE LABORIEUSE,
L'ÉCONOME, «la Jeune Fille à la raquette». Les états d'eau-forte du
DESSINATEUR, de «la Jeune Fille à la raquette», de L'AVEUGLE, de
«l'Ouvrière en tapisserie» de L'ÉCUREUSE, du GARÇON CABARETIER, de la
DAME PRENANT SON THÉ, des AMUSEMENTS DE LA VIE PRIVÉE, de l'ANTIQUAIRE,
de _Sans-Soucis sans chagrin_, de _Simple en mes plaisirs_, de la
BLANCHISSEUSE, de LA FONTAINE, cette admirable eau-forte de Cochin,
qui, mieux que tous ses contemporains, joue de la morsure, met dans
son travail des choses qui accrochent l'œil, est l'artiste dont
l'eau-forte ressort le plus sur l'_aplat_ des fonds. Et c'est tout
l'Œuvre, de ce Maître que j'aime et j'admire, fait avec des premiers
états à grandes marges, et dont les épreuves de telle ou telle pièce
ont été changées deux ou trois fois pour arriver à la plus belle.
COCHIN.—L'état d'eau-forte du TAILLEUR POUR FEMME, et l'état
d'eau-forte,—celui-ci une merveille de spirituelle et argentine
gravure,—du CONCOURS _pour l'étude de la_ TÊTE D'EXPRESSION.
COLSON.—L'estampe d'après ce petit maître inconnu, ayant pour titre:
LE REPOS, le sommeil d'une jeune fille dans un fauteuil près du feu,
dont la peinture fluide et laiteuse est aujourd'hui conservée au Musée
de Dijon.
COYPEL (Charles).—La belle estampe, à l'aspect sévèrement janséniste,
et qui s'appelle: L'ÉDUCATION SÈCHE ET REBUTANTE DONNÉE PAR UNE PRUDE,
estampe gravée par Desplace, que je n'ai jamais vue passer en vente, et
dont le croqueton de la première idée est au Louvre.
DEBUCOURT.—Les estampes en couleur de ses trois promenades, de LA
MAIN, de LA ROSE, des DEUX BAISERS, des BOUQUETS, du COMPLIMENT,
du MENUET DE LA MARIÉE, de L'OISEAU RANIMÉ. Il faut y joindre deux
rares estampes du temps de la Révolution. L'une, en noir, est la
représentation donnée à un grand-père, en ce temps de militarisme
national, de sa petite-fille coiffée d'un bonnet à poil, tandis qu'un
garçonnet, affublé d'un immense sabre, fait l'exercice avec un petit
fusil. L'autre estampe, imprimée en couleur, montre également un
grand-père tirant par la bride un cheval de bois sur lequel est juché
un petit enfant agitant un tambour de basque, entre deux jeunes sœurs
qui le soutiennent, surveillé en ses ébats par une jeune femme au grand
fichu menteur qui le regarde avec des yeux de mère. Cette planche
en couleur a pour titre L'HEUREUSE FAMILLE, chez Depeuille, rue des
Mathurins, avec au bas: _Debucourt pinxit et sculpsit_.
EISEN.—Parmi ses trois ou quatre grandes planches de mœurs, l'estampe
de L'AMOUR EUROPÉEN, où le vignettiste montre une grandeur de dessin
inattendu, et fait rondir le plus somptueux sopha, où jamais une femme
du dix-huitième siècle ait étalé ses coquetteries. Je citerai une autre
estampe qui n'est pas commune et dans laquelle un bossu est surpris par
le guet chez une fille. Cette gravure a pour titre: LE VIEUX DÉBEAUCHÉ
(_sic_).
FRAGONARD.—L'état avant la lettre de LA GIMBLETTE, l'état d'eau-forte
des HASARDS HEUREUX DE L'ESCARPOLETTE, et une épreuve très brillante
de LA CHEMISE ENLEVÉE, cette poétique et érotique image, si
voluptueusement gravée par Massard, d'un corps de femme couchée, à
laquelle l'Amour enlève son dernier voile.
FREUDEBERG.—La suite des douze estampes exécutées par l'artiste pour
le «Monument du Costume» avec la tablette blanche et avant que les
légendes ne soient ombrées.
GRAVELOT.—La grande planche tranquille et recueillie du LECTEUR, dont
mon ami Burty a vu la peinture en Angleterre; l'eau-forte par Moreau
de son dessin de la FONDATION POUR MARIER DIX FILLES par le marquis
de l'Hôpital, enfin une rarissime planche gravée par Marchant et
publiée de l'autre côté du détroit. Ce sont les DIVERTISSEMENTS DE LA
LOTERIE où le dessinateur, dans un encadrement ronflant, turgescent
et contourné, a distribué, en six cartouches, les divers épisodes se
rattachant au tirage de la loterie à Londres, dans le siècle dernier.
JEAURAT.—Les états avant la lettre du TRANSPORT DES FILLES DE JOIE A
L'HOPITAL et du CARNAVAL DES RUES DE PARIS, de la PLACE MAUBERT, et
une belle épreuve du JOLI DORMIR, et presque tout entière la série des
planches de mœurs du peintre parisien, nous donne à voir, dans le
FIACRE, la tenue guenilleuse du pauvre diable de cocher du temps, dans
les CITRONS DE JAVOTTE, un de ces déjeuners d'huîtres que l'on faisait
à l'_Auberge du Bout du Monde_, au coin de la rue de ce nom et de la
rue des Petits-Carreaux.
LANCRET.—L'état avant la lettre, et le seul que je connaisse, du
GLORIEUX, cette riche mise en scène à la Comédie-Française d'une
comédie bourgeoise: un état de la planche gravée par Dupuis, d'un
velouté dans les noirs tout à fait extraordinaire. C'est ce qu'on
appelle, en langage moderne, une planche _retroussée_, par un tour de
main qui est d'un emploi ordinaire dans le tirage des eaux-fortes d'à
présent, mais qui était d'un usage très restreint dans le tirage des
planches au burin du dix-huitième siècle. La planche, encrée et essuyée
avec la paume de la main, est après cela époussetée, fouettée avec un
chiffon qui fait sortir l'encre des tailles, et donne à l'impression
des ombres, ces étendues de noir où il n'y a pas de petits points
blancs.
LA TOUR.—Les états avant la lettre des portraits de PARIS de
MONTMARTEL, de RESTOUT, de VICENTINI dit THOMASSIN.
LAWREINCE.—Les états avant la lettre de _Qu'en dit l'Abbé_, du BILLET
DOUX et des deux planches de l'INDISCRÉTION et de l'AVEU DIFFICILE,
gravées par Janinet, et fraîches comme si elles sortaient de la presse.
Les états avant la dédicace de L'ÉCOLE DE DANSE, du COUCHER DES
OUVRIÈRES EN MODES, du LEVER DES OUVRIÈRES EN MODES, DE L'ASSEMBLÉE AU
SALON.
Les états d'eau-forte de _Qu'en dit l'Abbé_, du BILLET DOUX, du ROMAN
DANGEREUX, de l'ASSEMBLÉE AU SALON, de l'ASSEMBLÉE AU CONCERT.
LECLERC.—L'estampe curieuse de l'ABBÉ EN CONQUESTE, représentant sous
l'ombre d'arbres rameux un galant et poupin abbé filant au fuseau aux
pieds d'une lectrice distraite.
MOREAU LE JEUNE.—Les états avant la lettre de ses gracieux cadres pour
l'annonce des spectacles de la cour à Fontainebleau, et la rarissime
planche de LA CINQUANTAINE, et malheureusement une seule suite des deux
séries exécutées par l'artiste pour le «Monument du Costume», mais de
l'exemplaire de souscription, sur ce solide papier lisse où la fleur
de la gravure vient dans le moelleux d'une impression sur peau vélin.
Je possède encore de lui le tombeau de Rousseau à Ermenonville, une
épreuve, avant que n'ait été effacée sur le cuivre la vieille femme
agenouillée, dont l'agenouillement fut jugé impie par la Sorbonne.
PATER.—L'état avant la lettre de la grande composition du peintre qui
a pour titre: L'ESSAI DU BAIN, et au bas de laquelle sont écrites à la
plume trois pièces de vers par Savary, pour le choix de l'une être fait
par l'éditeur.
SAINT-AUBIN (Gabriel).—La rare estampe non terminée de «la Parade des
boulevards» et qui porte à l'encre, sur l'exemplaire du cabinet des
Estampes, le nom de Duclos comme graveur. Et voici une planche encore
plus rare: un éventail fait pour le mariage de Marie-Antoinette et de
Louis XVI, représentant les deux nations fêtant l'alliance, le verre
en main, pendant que des Amours roulent le plan de la dernière guerre;
c'est un état d'eau-forte très légèrement indiqué, et entièrement
retravaillé et accentué au crayon par Gabriel de Saint-Aubin qui a
écrit dans le demi-rond blanc de l'éventail: «_Je prie M. Duclos de me
conserver cette épreuve retouchée avec le plus grand soin._» La planche
a été terminée, j'en ai vu une épreuve chez Gosselin, mais c'est la
seule épreuve que j'aie vue pendant toute ma carrière d'amateur et
de chercheur. Aux passionnés de Gabriel, j'indiquerai également deux
autres pièces gravées d'après lui: une vue de la statue équestre de
«_Louis le Bien-Aimé_» en empereur et que dessine un homme assis sur
une chaise: une estampe format grand in-8°, ayant l'air de faire partie
d'un livre et qui est gravée en 1763 par Laroque. Une autre pièce,
toute petite et toute couverte de l'écriture de Gabriel de Saint-Aubin,
qui en a longuement écrit le titre, est le frontispice d'un almanach de
Bourgogne pour l'année 1755, où l'on voit le buste du prince de Condé
couronné par des Amours, et au bas duquel se lit: _G. Aubin in. del.
Fessard sculp. 1754_.
SAINT-AUBIN (Augustin).—Les états avant la lettre de la PROMENADE
DES REMPARTS DE PARIS, des PORTRAITS A LA MODE, de _Au moins soyez
discret_; les états avant la réduction des planches du CONCERT et du
BAL PARÉ, l'état d'eau-forte de la PROMENADE DES REMPARTS DE PARIS,
et d'un certain nombre de portraits de femmes, et encore l'état
d'eau-forte de la petite estampe qui, si je me rappelle bien, a pour
titre «le Jour de l'an» et qui, sans être signée, est signée partout
Augustin de Saint-Aubin; puis les deux rares petites suites de six
planches, l'une imprimée en noir, l'autre imprimée en rouge, qui ne
sont pas dans l'œuvre d'Augustin du cabinet des Estampes, etc. DE
MES GENS ou _commissionnaires ultramontains_ j'ai pu réunir des sept
planches, y compris le veilleur du Pont-Neuf, plusieurs états d'avant
la lettre, de remarque pour le graveur, d'eau-forte, dont le plus grand
nombre sont repris de blanc de gouache et de crayon par le dessinateur
graveur.
TOUZÉ.—L'état avant la lettre de l'estampe intitulée: ZÉMIRE ET AZOR.
TROY (de).—Les deux estampes, dans des premiers états, de la TOILETTE
POUR LE BAL et du RETOUR DU BAL, gravées par Beauvarlet, ces deux
planches d'une si puissante rocaille dans les bronzes, les meubles
ventrus, les plis des amples dominos, au milieu d'ombres et de lueurs
faites par les grosses bougies de cire jaune.
WATTEAU.—Les états avant la lettre de la SAINTE FAMILLE, de l'ESCORTE
D'ÉQUIPAGES, une épreuve entièrement reprise au crayon par Cars, des
COMÉDIENS ITALIENS, épreuve venant de la vente de M. Thiers, de la
FINETTE, d'HARLEQUIN JALOUX, de la DISEUSE D'AVENTURE, du RENDEZ-VOUS
DE CHASSE, de la PERSPECTIVE avec quelques détails non terminés et
l'enfermement de la poitrine d'une petite fille dans un corsage indiqué
par un trait de plume.
Les états d'eau-forte de l'EMBARQUEMENT POUR CYTHÈRE, de la LEÇON
D'AMOUR, des ENTRETIENS AMOUREUX, de l'ASSEMBLÉE GALANTE, de la
CONTRE-DANSE, des CHARMES DE LA VIE, des AGRÉMENTS DE L'ÉTÉ, des
PLAISIRS PASTORAL (_sic_), de la CONVERSATION, de l'OCCUPATION SELON
L'AGE, de l'INDIFFÉRENT, de la RÉCRÉATION ITALIENNE, des FÊTES
VÉNITIENNES, de l'ILE ENCHANTÉE, du BOSQUET DE BACCHUS, du TRIOMPHE
DE CÉRÈS, des COMÉDIENS FRANÇOIS, de l'AMOUR AU THÉATRE-FRANÇOIS,
de l'AMOUR AU THÉATRE-ITALIEN, du DÉPART DES COMÉDIENS ITALIENS,
du CAMP-VOLANT, du RETOUR DE CAMPAGNE, des FATIGUES DE LA GUERRE,
du MARAIS, de l'ABREUVOIR, de J.-B. REBEL, d'ANTOINE DE LA ROQUE:
une vingtaine d'eaux-fortes de ces grands graveurs, appelés Cochin,
Lépicié, Cars, Le Bas, Aveline, Scotin, qui, sous leur apparence
d'esquisses, de gravures croquées, conservent les délicatesses du
dessin presque toujours alourdi par le burinage définitif, reproduisent
le charmant _aigu_ des profils, des mains, le zébré des étoffes
_zinzolin_, gardent l'ensoleillement de la composition en des travaux
de lumière, et dont le _bris_ des petites lignes ondulantes dans le
lointain des ciels, fait, pour ainsi dire, clapoter le vague des fonds
paradisiaques du Maître.
Dans le dénombrement rapide de mes gravures, je veux faire une pause,
une station aux portraits de femmes du dix-huitième siècle gravés, et
les étudier non pas seulement sous le rapport de la gravure, mais au
point de vue de leur beauté vraie, de leur caractère physiologique,
des détails techniques de leur costume et des _fanfioles_ de leur
toilette, m'efforçant, avec un rien d'histoire, avec une anecdote
tenant dans une ligne, de faire faire au public la connaissance des
inconnues, des femmes dont le bruit de la vie s'est éteint avec le
siècle. Dans cette série, je joins aux portraits les estampes se
rapportant à la biographie intime de la femme, les gravures satiriques,
les caricatures, les _memento_ historiques de certaines particularités
de la vie, et même, quand cela existe, la planche qui nous ouvre la
chambre à coucher de la femme, la planche qui nous donne l'effigie des
animaux aimés avec lesquels s'est passée son existence.
Madame ADÉLAÏDE DE FRANCE.—Peinte par Nattier, en 1756, sous
l'allégorie de l'Air, gravée par Beauvarlet.—La troisième fille de
Louis XV, la faiseuse du ministère Maurepas, la femme personnifiant la
politique anti-autrichienne, la dénonciatrice des amusements frivoles
de Marie-Antoinette, est représentée dans la beauté impérieuse de ses
vingt-quatre ans, traînée sur les nuages par un paon qui fait la roue.
Barbe Cochoy, marquise d'ARGENS.—Petite eau-forte anonyme qui se
trouve être à la fois un des plus rares et des plus épouvantables
portraits de femme du dix-huitième siècle, avec son nez en pied de
marmite et ses rares cheveux ramenés sur le front à la façon d'un
toupet d'homme. C'est cette Cochoy, cette actrice attachée au théâtre
de Berlin, dont Mainvilliers a raconté les amours, dans les «Mémoires
d'un petit-maître philosophe», et qu'épousa le chambellan du roi de
Prusse à l'âge de soixante ans.
Marie-Thérèse, princesse de Savoie, comtesse D'ARTOIS, née le 31
janvier 1756, mariée à Versailles le 16 novembre 1773.—Peinte par
Drouais, gravée par Cathelin.—Des yeux d'une ingénuité charmante avec
un grand nez terminé par un méplat des plus bizarres. Nous retrouvons
la comtesse d'Artois dans un autre singulier portrait, où, derrière
elle, est un berceau contenant deux de ses enfants, et où, sur ses
genoux, son dernier-né tout nu, et dans une forme embryonnaire, foule
un carreau de velours. Cette estampe est gravée par Ingouf, «_d'après
la boëte donnée par cette princesse à M. Busson, son premier médecin_.»
Anne-Charlotte Gauthier de Loiserolle, femme d'AVED, peintre du
Roy.—Peinte par Aved, gravée par Balechou, son ami.—La rude compagne
du peintre de portraits: une tétonnière à la tignasse noire, aux
sourcils charbonnés, au visage verruqueux, au triple menton; les
robustes épaules couvertes d'un manteau qui fronce.
«Magdeleine-Élisabeth Bailleu, femme de Nicolas BAILLET, compagnon
serger à Beauvais, affligée depuis huit ans d'une néphrite très
douloureuse qui la rendoit percluse de la moitié du corps, guérie à
Paris, en l'église de Saint-Germain-des-Prés, pendant les SS. Mystères,
à l'invocation de saint Maur, le mardi de la Pentecôte, 12 juin 1764.»
Une tête de paysanne émaciée, sous un béguin, avec une croix au cou sur
son fichu blanc.
Madame la comtesse du BARRY.—Peinte par Drouais, gravée par
Beauvarlet.—C'est le portrait en habit de cheval montrant la maîtresse
de Louis XV dans toute la séduction mutine de sa beauté de trente ans,
et qu'il faut avoir, comme je l'ai, avant la lettre.
Un portrait plus rare, gravé à Londres, d'après une peinture de Cosway,
par Condé, nous représente Mme du Barry à quarante ans, peut-être plus
charmante encore avec ses grands yeux en coulisse, les mille boucles de
sa chevelure blonde, le charme amoureusement mourant de sa personne
d'alors.
«La Chasseuse aux cœurs» (Mlle DE BEAUJOLAIS, d'après l'attribution
des catalogues d'estampes).—Peinte par Nattier, gravée par
Henriquez.—La princesse, très mal gravée par parenthèse, la princesse,
une épaule sortant de sa courte chemise de déesse, essaye du bout d'un
de ses doigts le dard d'une flèche tirée d'un carquois d'amour.
Madame DU BOCAGE.—Peinte par Mlle Loir, gravée par Tardieu le
fils.—L'auteur du «Paradis terrestre», dont une branche de laurier
passe en bandoulière sur la robe, a de beaux grands yeux souriants et
une bouche finement découpée.
Les catalogues de vente font de la FLORE A SON LEVER, le portrait
anonyme de Nattier, gravé par Maleuvre, une Mme du Bocage, mais
je crois l'attribution erronée. Nattier est, par excellence, le
portraitiste des femmes de race princière et ne descendait pas aux
bourgeoises, aux _littératrices_.
Marie-Gab{elle}-L{ise} de la Fontaine Solare DE LA BOISSIÈRE.—Peinte
par La Tour, gravée par Petit.—Sous une coiffure basse, une courte et
ramassée figure, au nez charnu, à la grande bouche arquée, aux yeux
veloutés et souriants, à la physionomie sensuelle et ironique, et
au cou gras coupé par un ruban noir. Accoudée de face sur le rebord
de pierre d'une terrasse que balayent les amples dentelles de ses
_engageantes_, Louise de la Boissière a les deux mains enfoncées dans
un manchon, le blanc de sa poitrine un peu découverte, apparaissant
dans le détortillement d'une fourrure jetée sur sa robe de velours.
Marie-Françoise Perdrigeon, épouse d'Étienne-Paul BOUCHER, secrétaire
du Roy, décédée le 30 janvier 1734, âgée de 17 ans 3 mois et 16
jours.—Peinte par Raoux, en 1733; gravée par Dupuis, en 1736.—Mme
Boucher, habillée de satin blanc, et soulevant un voile qui couvre
sa jeune tête, en son costume de prêtresse de Vesta,—une allégorie
affectionnée par le dix-huitième siècle pour le portrait de ses jeunes
mortes,—dépose un sarment enflammé sur un autel au pied duquel est une
magnifique aiguière, enguirlandée de fleurs.
Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans, duchesse DE BOURBON, née à
Saint-Cloud, le 9 juillet 1750.—Peinte par Le Noir, gravée par Le
Beau, en 1774.—De petits traits peu réguliers dans une figure poupine.
Louise-Adélaïde DE BOURBON, fille du prince de Condé. La tendre et pure
épistolaire d'amour qui écrivit les lettres à M. de la Gervaisais, et
qui devint plus tard la mystique sœur Marie-Joseph de la Miséricorde,
n'a pour portrait qu'une petite image de mode, bien plus préoccupée
de la représentation du bonnet au _parterre galant_ que porte la
princesse, que de la vraie figure de Mademoiselle de Condé.
Stéphanie-Louise de BOURBON.—Dessinée par Fouquet, gravée au
physionotrace, par Chrétien.—La fausse fille naturelle du prince du
Conti qui a écrit deux volumes sur sa prétendue légitimation. Un profil
aigu, un nez pointu, un chignon lâche rattaché au haut de la tête, un
maigre cou auquel pend une médaille.
J. A. Poncet de la Rivière, comtesse DE CARCADO.—Gravée par
Maradan.—Une femme dont la douceur des yeux, dit la gravure, ne peut
être exprimée par l'art, dans une robe de femme du monde qui a quelque
chose de claustral, et qui porte sur la poitrine un ordre où il y a une
croix.
Marguerite de Valois, comtesse DE CAYLUS, «morte à Paris, le 15 avril
1729, âgée de cinquante-sept ans».—Peinte par Rigaud, gravée par
Daullé, en 1743.—L'auteur des «Souvenirs», publiés par Voltaire, est
représentée dans l'ouverture d'une baie de fenêtre, avec sa fine,
intelligente et pensive figure de vieille femme, sous l'envolement d'un
petit bonnet de dentelle, un camail de taffetas noir au gros nœud,
bouffant, jeté sur les épaules.
Fra.-Marg. Pouget, femme de M. CHARDIN, peintre du Roy, conseiller et
trésorier en son Académie.—Dessinée par Cochin, gravée par Cars, en
1755.—Une bonne et honnête tête sous un bonnet de linge, un collier de
ruban au cou, en un propret costume bourgeois.
Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, duchesse DE
CHARTRES.—Peinte par Duplessis, gravée par Henriquez.—Dans un costume
moderne, où ses pieds nus sont traversés de bandelettes, la duchesse
de Chartres est étendue sur une grève, regardant sur la mer la flotte
qui emporte son mari au combat d'Ouessant, avec ses yeux profonds et
rêveurs.
Nous retrouvons le charme candide des yeux de la duchesse et de son
délicat ovale dans une autre estampe gravée par Saint-Aubin et Helman,
d'après une peinture de Lepeintre, où l'artiste a montré l'épouse
souriant à l'entrée de Philippe-Égalité, un enfant dans des langes de
dentelle sur ses genoux, un plus grand appuyé contre elle, et qui sera
un jour Louis-Philippe.
Madame la duchesse DE CHATEAUROUX.—Peinte par Nattier, gravée par
Pruneau.—C'est la reproduction du buste avec changements et un peu
d'alourdissement dans les traits de la grande Maîtresse déclarée, dans
l'allégorie de la FORCE.
A ces deux portraits bien incontestables, il faut joindre la figure
allégorique de Nattier, gravée par Maleuvre, qui a pour titre: _la
Nuit passe, l'Aurore paroît_, et que les catalogues d'estampes donnent
généralement pour une Mme de Mailly, tandis que c'est une Châteauroux,
à n'en pas douter, d'après les «Mémoires inédits des Membres de
l'Académie», qui mentionnent ce portrait de la duchesse sous la
désignation du «Point du Jour». En revanche, je ne crois pas que la
planche de LA BELLE SOURCE, gravée par Melliny, soit une Châteauroux;
elle serait plutôt une Mme de Pompadour d'après le catalogue du Musée
de Limoges, où la peinture originale est conservée. Et je n'ai pas même
une très grande confiance en ce baptême.
Gabrielle-Émilie de Breteuil, marquise DU CHATELET.—Peinte par
Marie-Anne Loir, gravée par Langlois, en 1780.—Une grâce un peu
grimaçante sur de grands traits, sans moelleux, sans ce _fondant_ exigé
par les amateurs du beau sexe du temps, et dont la charpente osseuse
se lit encore mieux dans la gravure de Lempereur, exécutée d'après une
peinture de Monnet. Reconnaissons toutefois un élégant et distingué
goût de toilette chez la mathématicienne amie de Voltaire, dont voici
la jolie coiffure basse terminée par un _repentir_ floconneux derrière
une épaule, et l'étroit collier, qu'on dirait fait de petites plumes
noires, attaché par un nœud de diamant, et le bout de dentelle
ressorti d'entre ses deux seins et pendillant sur le sillon d'une
fourrure rêche bordant une ample robe.
Fortunée-Marie d'Este, princesse DE CONTI.—Dessinée par Cochin et
gravée par Augustin de Saint-Aubin, en 1781, comme pendant d'une vue
intérieure de la nouvelle église de Saint-Chaumont.—Sous un bonnet de
femme, une forte figure d'homme, au nez bourbonien. C'est la princesse
qui avait conservé l'habitude de traiter de Mademoiselle les femmes
mariées de la bourgeoisie, et cela lors même qu'elles étaient enceintes.
«La Jeunesse peinte sous les habillements de la Décrépitude» (Mme
COYPEL, d'après une note d'une vieille écriture sur l'épreuve conservée
au Cabinet des Estampes).—Peinte par Charles Coypel, gravée par
Renée-Élisabeth Marlié Lépicié, 1751.—Assise dans un tonneau d'osier,
l'aimable vieille, au visage tout jeune, encapuchonnée et colletée, a
le cordon d'une béquille passée autour d'un bras et des besicles dans
une main. Est-ce en réalité la femme de Charles Coypel? Il me reste
dans le souvenir,—l'ai-je lu? me l'a-t-on dit?—que Lépicié avait une
femme ou une fille infirme, et que ce portrait serait le portrait de
cette femme ou de cette fille, de la graveuse peut-être?
«Traité de géographie dédié à Mlle CROZAT», et dont le frontispice
représente son portrait.—Peinte par Paoli, gravée par Langlois.—La
fillette est coiffée et drapée à l'antique dans un médaillon que
soutiennent des amours estropiés. N'est-ce pas la riche héritière qui
deviendra la duchesse de Choiseul?
Marguerite-Claude DENIS, née de Foissy.—Gravée au bistre, en manière
de crayon, par François.—Une longue figure avec un reste de beaux
traits dans une physionomie béate, au regard clignotant.
Madame la marquise DU DEFFAND.—Dessinée par Carmontelle _ad
vivam_, gravée par Forshel.—Le maigre profil de l'aveugle sort de
l'embéguinage de ses coiffes chaudes et ouatées à peu près comme
sortirait, par un temps de gelée, un profil d'une guérite, et elle
parle en remuant des doigts crochus semblables à ceux d'une Chinoise.
Une estampe qui se rattache à la femme est la petite planche de Cochin
ayant pour titre: _Les Chats angola de Mme la marquise du Deffant_.
Dans cette image intime, Cochin nous introduit dans la chambre à
coucher de la marquise, nous fait voir son ample bergère à coussins
mollets, sa charpagne à laines, sa petite étagère-bibliothèque, son
encoignure de porcelaines, son lit couvert d'une perse à ramages: une
chambre qui a pour maîtres deux chats, deux chats aux énormes colliers
de faveurs, les chats adorés que Mme du Deffand faisait graver en or
sur le dos de ses reliures.
«Angélique-Marguerite DUCOUDRAY, pensionnée et envoyée par le Roy pour
enseigner l'art des accouchements dans tout le royaume.»—Gravée par
Robert.—Une corpulente matrone, dont le bonnet forme comme deux évents
autour de sa face réjouie, et qui a entre les seins un bouquet qui est
tout un arbuste.
Mademoiselle DU T*** (Mlle DUTHÉ).—Peinte par Lemoine, gravée par
Janinet, en 1779.—L'impure, aux harnais de marcassite, est représentée
dans la charmante impression en couleur, accoudée à sa toilette, un
bouquet de roses dans une main, une lettre ouverte dans l'autre, et
tout habillée de tulle et de satin bleu de ciel. Le peintre l'a peinte
de manière que son joli minois minaudier, qu'on voit de trois quarts,
soit reproduit de profil par la glace de la toilette, en sorte que l'on
a deux fois le portrait de la courtisane illustre.
Madame Louise-ÉLISABETH DE FRANCE, duchesse de Parme.—Peinte par
Nattier en 1750 sous l'allégorie de la Terre, gravée par Balechou.—La
première fille de Louis XV, celle qui lui ressemblait davantage, celle
qu'il aimait le plus, est représentée avec ses durs yeux noirs, son
petit nez carré, sa mâchoire lourde, en déesse de la Terre, un coude
sur une sphère, une main perdue dans des fleurs et des fruits.
F. B. G. Joly de Fleury, marquise D'ESTAMPES.—Dessinée par Fouquet,
gravée par Chrétien, inventeur du physionotrace, 1790.—Une vieille
femme poudrée, aux traits énergiques, le cou et les épaules enveloppés
d'un grand fichu blanc. Un des rares portraits, parmi les centaines
de portraits de Chrétien, qui porte le nom du personnage en haut du
médaillon.
Madame la marquise DE LA FERTÉ-IMBAULT.—Dessinée par Quenedey, avec le
physionotrace. C. 85.—L'enjouée _Souveraine de l'Ordre incomparable
des Lanturelus, protectrice de tous les lampons, lampones, lamponets_,
cette femme qui «parlait comme un livre composé par un homme ivre» et
dont Mme Geoffrin était aussi étonnée d'être la mère qu'une poule qui
aurait couvé un œuf de cane, a dans son portrait une grande figure
_louis-quatorzienne_, surmontée d'une haute coiffure ébouriffée qui
rappelle la perruque du grand roi.
Stéphanie-Félicité Ducrest, marquise de Sillery, ci-devant C{sse}
DE GENLIS, gouvernante des enfants de S. A. S. Monseig{r} le duc
d'Orléans.—Peinte par Miris, gravée par Copia; réduction d'un plus
grand portrait gravé en Angleterre.—On la voit, un élégant chapeau
de paille garni de gaze en pouf sur ses cheveux poudrés, assise à un
petit bureau tout chargé de papiers, et écrivant ses «Annales de Vertu»
sur une feuille que recouvre à demi son «Théâtre d'Éducation». Mais où
l'on se fait une meilleure idée de la tourmente mauvaise de ses petits
traits de travers dans leur court ovale, de la fausseté, je dirai même
de la coquinerie de sa physionomie, c'est dans un portrait gravé à
Londres, par Meyer, en 1819, où elle semble coiffée des noirs tortils
de serpents d'une tête de Méduse, sous un turban révolutionnaire à la
façon d'une coiffure de Théroigne, un jour de prise des Tuileries.
Madame GEOFFRIN, «née le 2 juin 1699, morte à Paris le 6 octobre
1777.»—Gravée par Miger.—Un vrai portrait de femme affichant
bravement la vieillesse et se donnant à voir avec ses rides, le
décharnement de ses traits, le rentrant d'une bouche démeublée, et tout
simplement vêtue d'un manteau de lit, mais cela dans l'emmitouflement
de ce beau linge, le linge le plus uni et le plus fin, qu'admirait
un jour Diderot à un piquet au Grandval, et qui était le luxe de la
vieille femme, portant, depuis des années, des robes gris de fer.
Madame DE GRAFIGNY.—Gravée par Levêque.—De grands, de gros et d'assez
bêtes traits disent que l'auteur des «Lettres péruviennes» n'a jamais
été jolie, et que tous les aimables portraits, à l'huile, au pastel,
au crayon, sans attribution, et dont les catalogues de vente font des
Grafigny, ne sont point le portrait de la portraitiste de Voltaire en
déshabillé.
«La Philosophie endormie.» (Portrait de madame GREUZE.)—Dessinée par
Greuze, gravée par Aliamet.—La facile épouse, dont les nombreuses
fragilités sont racontées tout au long dans un mémoire du mari, est
représentée sommeillante sur un oreiller jeté sur le dossier d'un
fauteuil, un _battant l'œil_ sur la tête, un gilet à grandes basques,
déboutonné à la gorge, un carlin posé sur les genoux, une main lâche
tombante sur un livre entr'ouvert. Elle dort, la molle Babuty, au
milieu des étoffes affaissées; elle dort comme pourrait dormir la
Volupté. Et ses yeux, cette fois éveillés, ses yeux à l'hypocrisie
angélique d'une Cécile de Volange, sa bouche humide, son petit nez
éveillé, Massard nous les fait voir dans une autre estampe, la
délicieuse petite estampe de la tête de «la Dame de Charité».
ÉLISABETH-PHILIPPINE-MARIE-HÉLÈNE DE FRANCE, «née à Versailles le 3
may 1764 et morte à Paris le 10 may 1794».—Gravée d'après le tableau
de Mme Guyard, du cabinet de M. de Francheville.—Madame Élisabeth,
la sœur de Louis XVI, la pieuse princesse, sous une haute coiffure
que surmonte un pouf aux grandes plumes, la poitrine battue, masquée
de larges dentelles, a une douce figure bourbonienne, aux yeux tout
remplis de bonté.
Madame Marie-HENRIETTE DE FRANCE.—Peinte par Nattier sous l'allégorie
du Feu en 1750, gravée par Tardieu.—La seconde fille de Louis XV,
née jumelle, et morte fille à Versailles, le 10 février 1752, dans
la composition allégorique de Nattier, se montre accoudée à un autel
allumé, sa sérieuse figure appuyée sur une main, pendant que l'autre
est posée sur un grand volume fleurdelisé dont le titre porte:
«Histoire des Vestales.»
MARIE-JOSÈPHE DE SAXE, Dauphine de France, née à Dresde, le 4 novembre
1731.—Peinte par La Tour, gravée par Aubert.—La princesse tient à la
main un livre ouvert, dans une riche et sobre toilette, sous un sévère
bonnet de vieille. On la voit en sa jeunesse sérieuse, et avec sa
large figure, dont nous retrouvons le gros nez et les bajoues dans le
portrait peint par Klein et gravé par Wille père.
Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, princesse DE LAMBALLE, «née
à Turin en 1749 et massacrée à Paris, le 3 septembre 1792».—Dessinée
par Danloux en 1791, gravée en couleur par Ruotte.—Je ne mets pas en
doute que ce portrait ne soit une affreuse calomnie, mais vraiment
la princesse de Lamballe était-elle aussi jolie que je l'ai peinte
moi-même dans mon «Histoire de Marie-Antoinette»? Il y a dans ce
portrait de Danloux un tout petit œil et un très gros nez savoisien,
qui, je le veux bien, peuvent être exagérés, mais devaient avoir un
rien de réalité. Moi qui ne crois pas du tout à la délicieuse fantaisie
de Gabriel, gravée par Porreau, à ce portrait dessiné, _quatre heures
avant la mort_ de la princesse, je serais maintenant disposé à croire
que la beauté de la malheureuse femme était toute, ainsi que le donne à
entendre Mme Lebrun, dans la clarté de son teint éblouissant et dans
l'abondance de ses cheveux blonds.
Marguerite-Élisabeth DE LARGILLIÈRE, fille de Nicolas de Largillière,
directeur et recteur et chancelier de l'Académie royale de peinture et
de sculpture.—Peinte par de Largillière, gravée par Wille père.—La
fille du peintre est dans une de ces draperies aux beaux plis cassés
dont son père a l'habitude de faire des robes à ses femmes; et sa
petite tête coiffée de tortillons _œil de queue de paon_, et au milieu
desquels se joue une perle baroque, apparaît jeune et dure ainsi qu'une
étroite tête d'impératrice romaine de la décadence.
Sophie V. LA ROCHE.—Portrait dessiné sans conteste par
Carmontelle.—Petit profil qui se dessine en ombre chinoise sur un
médaillon blanc entouré de lauriers et de fleurs. C'est un portrait
qui doit avoir été fait par le lecteur du duc d'Orléans, en ces années
où il s'était enamouré de lanterne magique, dont il donnait des
représentations au Palais-Royal avec des verres dessinés par lui.
Mademoiselle LAVERGNE, nièce de Liotard.—Peinte par Liotard, gravée
par Daullé et Ravenet.—Un des plus rares portraits de femme et du
plus grand format. Les cheveux noués au haut de la tête par un ruban,
un cordon de cou auquel est attaché un petit crucifix, un corsage
brodé de grandes fleurs, à l'échancrure en triangle lacée, ainsi qu'en
un corsage de Suissesse, la belle jeune fille lit de ses grands yeux
baissés une lettre qu'elle tient des deux mains.
Louise-Élisabeth VIGÉE-LEBRUN, de l'Académie royale de
peinture.—Peinte par Mme Vigée-Lebrun, gravée à Stuttgart par
Muller.—Mme Lebrun s'est peinte coiffée d'un chapeau de paille
surmonté d'une grande plume appelée _follette_, habillée d'un peignoir
sur lequel s'éparpille le tuyautage d'un fichu de linge, et qu'entoure
à demi dénoué un mantelet noir. Elle tient de la main droite sa
palette, et dans l'élégant maniérisme de sa pose, et de sa grâce un
peu anémique, elle regarde le public avec ses yeux clairs et limpides
d'enfant.
Marguerite LE COMTE, des Académies de peinture et de belles-lettres
de Rome, de Bologne, de Florence.—Dessinée par Watelet, gravée par
Lempereur.—La maîtresse de Watelet, la meunière du Moulin-Joli, avec
son nez pointu, ses traits sans distinction, son air un peu campagnard,
n'a rien en elle qui explique la vive et longue passion de l'ancien
fermier général. Elle est peut-être mieux dans un autre portrait
dessiné par Cochin, et où l'amant-graveur, avec une pointe amoureuse,
a rendu le frisotis de ses cheveux, le sourire de son œil et les
fanfreluches d'une échelle de rubans sur sa poitrine.
_La maison de Marguerite le Comte, meunière du Moulin-Joli_, gravée
par Watelet, a eu plusieurs fois les honneurs de la gravure, et
l'abbé de Saint-Non a fait de la pittoresque habitation un cahier de
six eaux-fortes qu'il a intitulé: «_Varie vedute del gentile mulino
disegnate d'appresso natura dal principe ed intagliate dal abbate di
Sannone. Dedicate al amabile e leggiadra Mulinaia 1755._
Marie (LECKZINSKA), princesse de Pologne et de Navarre.—Peinte par
Nattier, gravée par Tardieu.—C'est la grande et magnifique planche, où
la Reine est peinte, selon sa volonté, «en négligé», sans décolletage
et avec sa coiffure d'habitude appelée un _papillon noir_, et qui
était en général la coiffure des veuves. De dessus un rideau attaché
aux colonnes d'un palais, Marie Leckzinska se détache avec sa bonne et
vertueuse figure, au milieu de flots de dentelles et de noirs épis, que
font dans les fourrures les lourdeurs des brocarts de son royal négligé.
Mais où vous vous rendrez mieux compte du charme enjoué de sa figure,
c'est dans la gravure de Petit, d'après le pastel du Louvre qui
représente la Reine tenant un éventail fermé, le plus fort, selon moi,
de tous les pastels de La Tour, et bien supérieur à celui de Mme de
Pompadour.
_Elle n'est plus, hélas! O Regrets! ô Tristesse_! (Portrait de Mme
LEDAULCEUR.)—Sans nom de dessinateur ni de graveur.—La spirituelle
graveuse à l'eau-forte, en un œil-de-bœuf enfermant dans un pli de
rideau une tige de rose, montre sa mine rondelette aux yeux noirs.
Madame LEGROS.-Dessinée par Pujos, gravée par Clément.—La protectrice
de Latude, une interminable, sèche et noirâtre vieille femme qui a
l'air de «Madame J'ordonne».
Genev{e}-Éliz{th} Visinier, v{ve} de Jean-Baptiste-René LE LONG, maître
ordinaire en la chambre des Comptes du Roi.—Dessinée par de Bondy,
gravée par Miger en 1774.—Le plus laid et le plus ratatiné portrait de
femme qui se puisse voir, mais dont le poète de l'image dit:
_Des Fleurs de la gaieté sa Raison embellie
Intéresse le Cœur en amusant l'Esprit._
«CATHERINE TAPPERAIST V{ve} LESCOMBAT, âgée d'environ 28 ans. _Dessinée
d'après nature dans son déshabillé, par F. Dalberati, peintre italien,
pendant son séjour en la prison de la Conciergerie du Palais à
Paris, au mois de may 1755. Gravé d'après le dessin original de même
grandeur._» La femme qui a fait assassiner son mari par son amant,
la galante à l'œil noir, à la peau d'un blanc à éblouir, le peintre
italien la donne à voir essayant sur sa main, avec toutes sortes de
coquetteries insouciantes, le bonnet de l'enfant dont elle est grosse,
et auquel elle doit le prolongement de ses jours.
«_Tendre, sensible, heureuse mère..._» Portrait de Mme LETINE,
belle-mère de M. de la Live, attribution du catalogue d'Augustin de
Saint-Aubin, qui dit ce portrait gravé, en 1765, par M. de la Live et
Saint-Aubin.—Peinte par Bernard, gravée par La Live.—Une eau-forte
qui est l'idéal de la gravure de femme, et qui vous fait regretter
qu'il n'y ait qu'un portrait de femme du dix-huitième siècle ainsi
exécuté, et encore un portrait de vieille femme. Le gras modelage des
traits replets dans le doux pointillé, et le joli chiffonnage des
dentelles, et le bel hérissement des fourrures, et la liberté et la
légèreté et l'esprit de cette claire image, autour de laquelle court
un encadrement de fleurs, largement croqué à la pointe! Je n'ai pas
besoin de dire aux gens, qui ont la moindre connaissance des estampes
du temps, que cette eau-forte est d'un bout à l'autre d'Augustin de
Saint-Aubin qui en a fait cadeau à son riche élève, de Saint-Aubin
dont, un jour ou l'autre, une loupe entêtée retrouvera la signature
discrète en quelque coin, sous quelque pétale de fleur.
«_Mes yeux dans ce portrait admirent le pinceau._» Portrait de Mlle
DE LOISEROLLE.—Peinte par Aved, gravée par Balechou.—La belle-sœur
d'Aved, brune et hommasse comme sa sœur, file au rouet, dans une
opulente robe blanche, un chapeau de paille doublé de soie, aux
immenses bords retroussés, posé sur ses cheveux poudrés.
«Alex{ine} Fatio, veuve de M. le Sindic Pierre LULLIN, née le 28
janvier 1659 (vieux style), morte le 14 novembre 1762 (nouv. style),
_dessinée d'après nature par M. J. E. Liotard en avril 1762 et gravée
par un de ses arrière-petits-neveux en Janv{r} 1763_.» Un portrait de
centenaire aux traits écroulés, dans un bonnet de la campagne, une
espèce de limousine sur les épaules, une bavette sur l'estomac.
P. B. H. de Létancourt, comtesse DE MAREILLES.—Dessinée par Eisen en
1764, gravée par de Longueil en 1765.—Des yeux vifs de souris, en un
minois tout lumineux et poudré à blanc. Ce portrait est dans un cadre,
au haut duquel une des plus gracieuses figures allégoriques qu'ait
dessinées Eisen, attache une rose.
MARIE-ANTOINETTE, reine de France et de Navarre: la planche en couleur
de Janinet, publiée en 1777, montrant la reine de France dans sa robe
de velours bleu fleurdelisée, au milieu de ce somptueux encadrement de
lauriers et de lis imprimés en or; une planche qui se payait 20 francs
autrefois, et qui vaut de 4 à 500 francs aujourd'hui. J'ai été assez
heureux de pouvoir joindre au portrait de Janinet une épreuve avant la
lettre du petit portrait, imitation de pastel, de la Marie-Antoinette,
archiduchesse d'Autriche: le portrait de Bonnet d'après Krausinger, un
portrait peut-être encore plus rare que celui de Janinet.
Madame Louise-MARIE DE FRANCE, «née à Versailles, le 13 juillet 1737,
religieuse carmélite sous le nom de Ste-Thérèse de St-Augustin au
couvent de St-Denis en 1770».—Dessinée par Queverdo, gravée par Le
Beau.—C'est la cinquième fille de Louis XV, connue sous le nom de
Madame Louise, et qui en 1772, du fond de son parloir, fut au moment de
faire renvoyer Mme du Barry. Assise sur une chaise de bois, un livre de
prières à la main, il sort de l'embéguinement de la carmélite, un gros
nez et deux yeux très vivants.
Sophie le Couteulx DU MOLEY.—Dessinée par Cochin, gravée par Augustin
de Saint-Aubin en 1776.—La financière, aux lundis où l'on ne recevait
que des hommes à dentelles, l'inspiratrice des _Jardins_ de l'abbé
Delille, dont une partie du poème a été écrite sur les patrons de
broderie de la châtelaine, est encore séduisante en ce portrait qui
n'est plus celui de sa première jeunesse. Un autre portrait beaucoup
plus rare, dessiné également par Cochin et gravé par Nicolet, alors
qu'elle n'était qu'une simple chanteuse, nous donne, en toute leur
fraîcheur, ses petits et mignards traits, dans un médaillon entouré
de muses et d'amours jouant d'instruments, au son desquels sa voix se
faisait entendre: un charmant cul-de-lampe qui a été fait pour «six
sonates», avec accompagnement de forte-piano.
Sophie (DE MONNIER).—Dessinée par Borel, gravée par Delignon. La
maîtresse de Mirabeau sur une toile, dont un amour soulève la draperie,
dans son voluptueux arrangement à l'antique, avec le bandeau qui court
dans ses cheveux frisés, et avec ses petits traits charnus en sa figure
rondelette, prend l'aspect d'un Cupidon joufflu.
«_Docile enfant de la nature._» (Portrait de la MORENCY.)—Dessinée et
gravée par Canu.—La femme galante de la Révolution, la romancière, est
représentée en tête de son roman «d'Illyrine» avec une vraie figure
d'oiseau, sous la broussaille de cheveux désordonnés, et vêtue, pour
ainsi dire, d'un corset et d'un boa.
Un autre portrait de la Morency, qui décore les «Étrennes aux Dames,
1808», dessiné par Roy et gravé par Bonvallet, nous montre le costume,
la coiffure, les traits mêmes de la bacchante, tranquillisés et
apaisés: de petits traits à la sèche et nerveuse découpure.
Madame DE*** _en habit de bal_ (Mme DE MOUCHY, d'après la
liste générale et alphabétique des portraits gravés par le P.
Lelong).—Peinte au pastel par Coypel, gravée par Surugue en
1746.—Assise de côté sur une chaise, la tête de face et un peu
inclinée en avant, les bras mollement croisés, elle tient du bout des
doigts d'une main, un masque du temps qui n'est pas un loup, mais un
masque de tout le visage. De sa coiffure basse, où s'élève sur le côté
un petit pouf de plume noire, descend, de derrière son épaule, une
longue natte, qui lui tombe sur la poitrine, et dont les cheveux tordus
sont entremêlés de grosses perles; à ses oreilles pendent d'énormes
pendeloques; et le satin blanc de son habit de cour ouvert est garni
d'un large soutachement brodé, se terminant par des glands floches.
Marie-Antoinette de Rosset de Fleury, vicomtesse de NARBONNE-PELET,
née à Narbonne, le 6 avril 1721, morte au château de Fontanès en
Languedoc, le 27 juillet 1754.—Peinte par Lattinville, gravée par
Daullé en 1756.—La morte «charmante et accomplie, douée de toutes
les vertus, ornée des plus rares qualités de l'esprit et du cœur, à
qui Rome païenne et la Grèce savante eussent dressé des autels,...
que la Religion chrétienne et la voix des peuples canonisent», est
représentée dans l'estampe, qui dit tant de bien d'elle, en vestale de
la Régence, déposant une urne enflammée sur un autel.
Madame NECKER.—Gravée par Lips.—De chastes épaules voilées d'un
fichu de gaze, où court le zigzag d'un ruban de satin blanc, des yeux
pleins d'une ingénuité charmante, de petits traits tiraillés, joliment
souffreteux, presque angoisseux, et racontant l'état nerveux de la
délicate agitée, qui avait perdu le sommeil, et qui, toujours debout,
ne pouvait demeurer assise.
Marie Ang{e} Bern{d} de Rasoir, baro{ne} DE NOYELLE, dame et vicomtesse
héréditaire du pays de Langle, dame de Cherens, Briatre, le Hove
Rasoir.—Peinte par de Pasche, peintre du roi de Danemarck, gravée par
Gaucher en 1781.—Une femme d'un certain âge, à la figure cabossée,
aux prunelles de velours noir dans des carnations blondes. Sous un
encrier est une lettre portant pour souscription: «_A mon fils l'abbé
Carondelet, en Sorbonne_.»
Élisabeth-Charlotte, Palatine du Rhin, duchesse D'ORLÉANS.—Peinte par
Rigaud, gravée par Marie Horthemels.—La mère du Régent, l'Allemande «à
la figure et au rustre d'un Suisse», dit Saint-Simon, étale sa large
face, son sourire scatologique, ses fanons mollasses, dans l'hermine
d'un manteau brodé de fleurs de lis, une plantureuse main posée sur une
couronne.
Louise-Henriette de Bourbon-Conty, duchesse D'ORLÉANS, née à Paris
le 20 juin 1726.—Peinte par Pottier, gravée par Petit.—La belle
et galante princesse, mère de Philippe-Égalité, et à laquelle «le
Palais-Royal», publié à Hambourg en 1806, donne pour premier amant le
peintre Boucher, dans une séance où le modèle posait en déshabillé
mythologique, n'a rien dans ce portrait des grands yeux vifs et du
petit nez polisson du portrait de la suite de Desrochers, où en son
décolletage, coupé par une guirlande de roses, elle ressemble à une
humaine divinité d'Opéra.
La duchesse d'Orléans serait aussi anonymement peinte avec un nez
busqué, qui n'existe en aucun de ses autres portraits, dans la
composition de Nattier gravée par Hubert et qui a pour titre Mme LA
DUCHESSE DE *** EN HÉBÉ.
«_Sous le riant aspect de Flore._» (Portrait de Mme de PARABÈRE
désignée seulement par des vers qui célèbrent la blancheur de son
teint: «le beau morceau de chair fraîche» qu'elle était, selon
l'expression de la princesse palatine).—Peinte par Rigaud, gravée
par Vallée.—La maîtresse du Régent, son _petit Corbeau noir_ ainsi
qu'il l'appelait, est représentée cueillant une tige d'œillet, dans
une campagne éclairée par un soleil levant, et où un négrillon lui
tend une corbeille de fleurs. De la délicatesse ciselée de ses traits,
de la nature frêle de la grande dame galante aux nerfs d'acier pour
le plaisir et l'orgie, Vallée n'a rien conservé, ainsi que l'établit
la comparaison de sa gravure avec la peinture originale de Rigaud,
conservée au château de Boran chez Mme de Parabère-Sancy.
_Portrait de feu madame la duchesse_ DE POLIGNAC.—Fait de mémoire par
Mme Lebrun, gravé à Vienne par Fisher en 1794.—De grands yeux bleus
profonds et expressifs, un petit nez terminé par un méplat moqueur,
une bouche ravissamment découpée et entr'ouverte sur de petites dents
blanches d'enfant: ainsi apparaît Mme de Polignac, coiffée de ses
touffus cheveux bruns aux petites boucles folles, sous un bonnet
de linge ruché, attaché sous le menton, les épaules et la poitrine
couvertes d'un grand fichu _menteur_, noué _à la petite fille_ derrière
le dos.
LA BELLE JARDINIÈRE. Portrait de Mme la marquise de POMPADOUR.—Peint
par Vanloo, gravé par Anselin.—Le portrait officiel de la vraie reine
de France, de 1750 à 1764, de la femme «à la beauté sans traits»,
selon l'expression du temps, mais faite d'un sourire tout à elle, du
blanc éblouissant de sa peau de lymphatique, du charme mystérieux de
ses yeux qui n'étaient ni noirs, ni bleus, ni gris, et qui avaient la
finesse des yeux gris, la langueur tendre des yeux bleus, l'éclat des
yeux noirs. A ce portrait qui est chez moi avant la lettre, avec des
travaux manquant sur la chemisette, à l'ovale grassouillet de Vanloo,
je préfère le petit profil de Cochin, gravé par Augustin de Saint-Aubin
en 1764, et reproduisant la favorite, le chignon lâche et les cheveux
crêpés en accommodage du matin, et les ruches d'un manteau de lit
jouant autour de sa gorge. C'est le portrait qui donne le mieux l'idée
de la grâce spirituelle de la physionomie de Mme de Pompadour et du
«sourire délicieux» dont parle Leroy, le lieutenant des chasses de
Versailles.
On veut encore voir une Mme de Pompadour dans «LA JARDINIÈRE» gravée
en manière de pastel par Bonnet. Ce n'est pas impossible, mais c'est
une Pompadour bien peu déniaisée. Disons toutefois que cette planche
est une merveille d'exécution et d'un art tout à fait perdu, et que
le velouté, le plucheux des crayons de pastel, y est imité à passer
le doigt dessus pour s'assurer si c'est vraiment de la gravure. Le
malheur, qu'avec un procédé pareil, Bonnet n'ait pas choisi, pour ses
reproductions, des peintures plus sérieuses! Songe-t-on ce que serait
une collection des préparations de La Tour ainsi exécutées?
Je ne veux pas abandonner Mme de Pompadour sans parler d'une petite
estampe qu'il faut joindre à ses portraits: l'estampe dessinée et
gravée par Cochin sur un bruit de la convalescence de la favorite
pendant sa dernière maladie, et abandonnée sur la nouvelle de sa mort.
C'est un cartel représentant, sous un soleil voilé, les Muses de la
peinture et de la Musique suppliantes, pendant que la Médecine arrête
la Parque, au moment où elle va couper le fil de vie de la marquise,
cartel que devait remplir cette chanson de Favart, faisant allusion
à une éclipse de soleil, qui avait concordé avec la maladie de la
Pompadour:
Le soleil est malade
Et Pompadour aussi.
Ce n'est qu'une passade,
L'un et l'autre est guéri.
«_Sur votre belle main ce captif enchanté._» Portrait d'Agnès Berthelot
de Pleneuf, marquise DE PRIE, d'après la liste générale et alphabétique
des portraits gravés par le P. Lelong.—Peint par Vanloo, gravé par
Chereau le jeune.—La maîtresse du duc de Bourbon, celle que d'Argenson
appelait «la fleur des pois du siècle», est représentée, une perruche
sur un doigt, avec ses yeux un peu chinois, mais vifs et gais, avec ce
qu'on appelait alors «tous les je ne sais quoi qui enlèvent», avec ses
cheveux cendrés, avec son air de nymphe éclairée par un clair de lune.
Marie-Joséphine-Louise de Savoie, comtesse DE PROVENCE, mariée
à Versailles, le 14 mai 1771.—Peinte par Drouais, gravée par
Cathelin.—Altière figure de Junon auvergnate aussi bien dans ce
portrait que dans celui qui porte le nom de Madame, gravé par Marie
Boizot d'après un dessin de Boizot.
Marie-Élisabeth Denis, femme de M. RADIX.—Dessinée par Cochin, gravée
par Augustin de Saint-Aubin en 1765.—Une belle vieille femme à l'œil
noir, au nez aquilin, à la noble ligne d'un profil qui sort des barbes
d'un bonnet de dentelles, serré dans une marmotte de soie noire.
«_Dernière heure de la baronne_ DE REBECQUE, _morte à trente-six
ans_.»—Gravée par Augustin de Saint-Aubin.—L'ardente et maladive
ennemie des encyclopédistes, celle qui, mourante, dictait à Palissot sa
comédie des «Philosophes», lui donnait l'idée de la scène capitale,
est représentée sur son lit de mort, la tête posée sur un oreiller
de dentelles, d'où sortent d'un bonnet de linon, enveloppé d'une
_calèche_, la maigre figure de la femme, et ses grands yeux mystiques à
la pupille rétractée.
Madame RÉCAMIER.—Gravée en manière de crayon par Charles Silesien.—La
beauté du Directoire est habillée d'une de ces robes flottantes et
collantes sur les formes, à la ceinture remontée sous les seins. Elle
a la tête à demi cachée dans un voile transparent qu'elle relève,
laissant voir un de ces longs et purs ovales à la Gérard: un portrait
qui pourrait être aussi bien celui de Mlle Georges ou de Mme la baronne
Regnault Saint-Jean d'Angely.
M. J. Phlipon, F{me} ROLAND.—Dessinée et gravée par Bonneville.—Un
grand œil noir au regard hardi, un long nez de soubrette, une bouche
aux coins remontants, un menton de volonté, telle est sous une coiffure
aplatie et mangeant le front, et qui a l'air d'une perruque d'homme, le
portrait que Bonneville nous donne de l'Égérie de la Gironde.
_Qu'un timide artisan élève du scrupule._ (Portrait de Mme DE SABRAN,
d'après la liste générale et alphabétique des portraits gravés du P.
Lelong et d'après l'indication du second état qui porte au lieu des
vers: Louise-Charlotte de Foix-Rabat, marquise de Sabran.)—Peinte par
Vanloo, gravée par Chereau le jeune.—Cette maîtresse du Régent qui se
permettait de dire à son amant «que l'âme des princes lui paraissait
faite d'une boue à part, de celle qui sert pour l'âme des laquais», est
représentée en chemise tombante, d'où sortent une épaule et un sein, et
tenant des deux mains, avec toutes sortes de tendresses, une colombe
posée sur un coussin, pendant que, la tête détournée, elle regarde à la
cantonade avec des yeux immenses et qui attendent.
Madame la marquise DE SABRAN, tirée du cabinet de Son Altesse royale
Monseigneur le prince Henri de Prusse.—Peinte par Mme Vigée-Lebrun,
gravée par Berger en 1787.—L'épistolaire dont on vient de publier
de si adorables lettres, est assise sur un sofa, les bras croisés,
les cheveux ébouriffés et frisés autour d'une tête à la physionomie
toute pétillante d'intelligence et d'esprit. Elle est vêtue d'une
robe de linon à la grande pèlerine enveloppant sa poitrine de son
tuyautement lâche et de flots de linge, au milieu desquels sa taille
se dessine avec les souplesses nonchalantes d'une taille de créole. La
marquise de Sabran tenait au dix-huitième siècle un salon mi-politique,
mi-littéraire, où M. de Ségur lisait son «Art de plaire», où M. de
Boufflers cousait des scènes d'à-propos au «Bourgeois gentilhomme»,
quand la marquise donnait la comédie au prince Henri de Prusse, chez
lequel elle se retira pendant la Révolution[26].
[26] Dans la galerie des Dames françaises, où la comtesse de
Sabran figure sous le nom de Sapho, le pamphlétaire dit d'elle:
«Sapho ferait aimer l'indifférence, tant elle imite bien son
attitude, ses regards, son langage». Et il ajoute plus loin:
«Sapho ne néglige aucune des ressources de la parure. Son art
consiste à rejeter tout ce qui brille, et à employer avec une
adresse infinie les ornements les plus simples; elle a l'air
de ne rien ajuster et de tout jeter au hasard; mais quand on
l'examine, on voit que rien n'a été oublié.
L'HOMMAGE RÉCIPROQUE. (Portrait de Mme AUGUSTIN DE
SAINT-AUBIN.)—Dessinée par Augustin de Saint-Aubin, gravée en noir
et en couleur par Gaultier.—La belle et jolie femme qui a servi si
souvent de modèle aux compositions amoureuses d'Augustin, l'adorable
créature au moelleux profil, à l'œil noir et velouté par de longs
cils, aux cheveux blonds frisotés, dont le chignon lâche _à la Daphné_
tombe sur les épaules en grosses torsades, la femme à la voluptueuse
gorge, apparaît dans la douce impression en couleur, ainsi que dans
le rien rose de chair pâmée, que son mari met dans ses crayonnages.
On la voit assise, le fichu tombé, et tenant dans une de ses mains un
porte-crayon avec lequel elle dessine un portrait d'homme posé sur
un chevalet. Et c'est sans doute un portrait d'elle encore, cette
séduisante «L{ouise}-É{milie}, _baronne de_ ***», et un portrait d'elle
encore, cette coquette «A{drienne}-S{ophie} _marquise de_ ***» coiffée
d'un _chapeau noir à la mode_, deux portraits qu'on donne généralement
pour des portraits de Mme de Boufflers et de Luxembourg. Et ici mon
opinion est confirmée par le souvenir d'avoir vu sur le dessin original
d'un des deux portraits, vendus chez Renouard, et achetés, je crois,
par M. de Janzé, le nom de Mme Augustin de Saint-Aubin écrit en bas.
Disons que ces deux portraits, quels qu'ils soient, sont des bijoux,
surtout lorsqu'ils sont avant l'adresse et avec le nom du graveur à
la pointe; et ajoutons que les deux eaux-fortes de ces portraits, que
j'ai eu la bonne fortune de trouver dans le temps chez Sieurin, sont
rarissimes, et n'existent pas dans l'œuvre d'Augustin de Saint-Aubin
du Cabinet des estampes[27].
[27] Le catalogue de Saint-Aubin, rédigé avec beaucoup de
soin et qui donne les anonymes, se contente, pour ces deux
portraits, de dire qu'ils ont été gravés en 1779, sur un dessin
fait d'après nature.
«L'innocence reconnue de Marie-Françoise-Victoire SALMON.» Portrait en
couleur chez les Campions frères.