Madame FAVART.—«Éloge de madame Favart.» (Tiré du Nécrologe.)

—«Manuscrit trouvé à la Bastille, concernant deux lettres de cachet

lâchées contre mademoiselle de Chantilly et M. Favart, par le maréchal

de Saxe, 1789.»

Mademoiselle MAZARELLI.—«Mémoire pour demoiselle Claire

Mazarelli, fille mineure, accusatrice contre le sieur L'Homme, écuyer,

ancien échevin de la ville de Paris, et ses fils et complices, accusés.»

Mémoire qui nous a conservé la figure de cette danseuse, qui n'a

dansé qu'un an, de cette courtisane bocagère que nous avons peinte

dans «la Femme du dix-huitième siècle», se promenant sur son batelet

ou conduisant sa petite chaise et ses deux chevaux, cortégée par un

chœur de paysannes, habillées comme elle, par un costumier des Menus.

Mademoiselle RÉGIS.—«Mémoire pour Claude d'Hennequin

d'Herbouville, demoiselle majeure. Contre la Rey ou Régis.»

Exposé de fait curieux dans lequel la demoiselle d'Herbouville se

défend d'être responsable d'un vol commis chez ladite actrice et se

refuse à payer 1,668 livres que la Régis lui réclame pour la perte

de 9 corsets, 8 casaquins, 11 fichus, 6 nappes, 3 douzaines de

serviettes, 4 draps de maître, 36 mouchoirs, 14 tabliers de mousseline,

20 jupons, 40 coeffures, 22 chemises, 38 paires de bas, 1 toilette de

mousseline et peignoirs.

—«Mémoire pour Antoine Bonaventure Pitrot, maître des ballets de la

Comédie-Italienne. Intimé et incidemment demandeur et défenseur. Contre

Louise Regis sa femme, soi-disante aussi fille majeure, danseuse au

même théâtre, appelante comme d'abus, demanderesse, incidemment en

séparation de corps et d'habitation, défenderesse.»

Mémoire, dans lequel la Régis appelle comme d'abus de la célébration

de son mariage, au moyen de ce fabuleux récit: «Un beau jour,

dit-elle,—et cela se passe après la naissance de deux enfants,—Pitrot

excite la crainte dans mon esprit; il me met la pointe de son épée

sur le cœur, il me dit de marcher à l'autel; une chapelle était

préparée; il m'y conduit; je n'étois pas revenue de mon saisissement;

je ne sçais ni ce que j'ai fait, ni ce que j'ai dit..... Depuis ce

temps, _il assure que de sa maîtresse je suis devenue sa femme_.»

A ces biographies d'actrices des trois grands théâtres de Paris,

j'ajouterai la biographie de la Montansier, cette directrice de

théâtre, qui a été une des figures parisiennes de la Révolution.

Mademoiselle MONTANSIER.—Réclamation autographe de

mademoiselle Montansier, à la date de 1770, du montant de 3,550 livres

pour l'entrée des pages au théâtre de Versailles, à raison de 300

francs par mois.

—«Mémoire pour la citoyenne Montansier.—Projet de décret sur

la liquidation des sommes due aux propriétaires et créanciers de

la salle du théâtre des Arts, imprimé par ordre de la Convention

nationale.—Encore 7 millions pour le Grand Opéra. Ça ne prendra

pas. Rendez la salle à Montansier.—Opinion de Crochon (de l'Eure)

sur un projet de résolution relatif à une prétendue créance du

citoyen Bourdon-Neuville et de la citoyenne Brunet-Montansier sur la

république, pour la vente et cession du théâtre des Arts, etc.»

—«LA RIBAUDE DU PALAIS-ROYAL, _ou Anecdotes intéressantes

et gaillardes tirées de la vie libertine de Marguerite Brunet dite

de Montansier, ancienne directrice des spectacles à la suite de la

cour, et maintenant la doyenne des matrones du Palais-Royal. Rédigées

par le sieur Neuville, dit le Roué... A Paris, de l'imprimerie des

Courtisanes, 1790._» Volume illustré de quatre figures libres.

Tout en bas, deux planches sont prises par des livres de bibliographie

et la collection des catalogues d'autographes de Laverdet et des frères

Charavay,—et à leur suite, en cet endroit où, de mon fauteuil, ma

main, en se baissant, peut atteindre, flottent des volumes, qu'en un

moment de paresse, j'attire à moi, des volumes qui ont été, sans que je

m'en doute, des éducateurs de mon goût, des conseillers de mon style,

et qui me font éprouver aujourd'hui un certain étonnement de

leur assemblage fortuit. C'est un volume dépareillé du Virgile latin

«le GEORGICON»[20], au joli texte gravé aux frais de Henri

Justice; c'est un François Rabelais du dix-huitième siècle, l'assez

médiocre Rabelais de 1783; c'est le La Bruyère de 1692, dans sa vieille

reliure de maroquin rouge, avec le nom de _Durival_, imprimé sur les

plats; c'est l'édition des MAXIMES du duc de Larochefoucauld

de notre vieille Imprimerie Royale, dans un veau aux armes d'un

descendant de la famille; c'est le RECUEIL DES PENSÉES de M.

Joubert avec la dédicace: _offert à M. le comte de Portalis par M.

Joubert, conseiller à la cour de cassation_; c'est l'édition, déreliée

et en miettes, des CARACTÈRES ET PORTRAITS de Chamfort; c'est

le NEVEU DE RAMEAU publié par Poulet-Malassis; c'est enfin le

REISEBILDER de Henri Heine, l'édition d'Eugène Renduel.

[20] Je suis plein d'admiration pour Virgile, et, je l'avoue,

c'est le seul poète latin que j'aie senti, mais un volume de

Tacite serait plus justement à sa place ici. Mon frère et moi

avons fait une étude assidue, continue du bref prosateur latin,

cherchant à introduire l'os de sa phrase dans notre langue

un peu molle, un peu fluente. Et, en cela, nous ne faisions

que marcher à la suite de Bossuet, qui a prêché quelque part

que le latin devait faire l'armature de la langue française,

et dont, au reste, les plus puissantes phrases sont du latin

translaté en français. Et j'ajouterai encore à Tacite, comme

nos professeurs de style, le duc de Saint-Simon.

Là, les livres sont interrompus par la fenêtre, qui a pour lambrequin

une broderie japonaise, où d'énormes cédrats, ces turgides fruits aux

tentacules cornues, détachent l'or de leur soie sur du velours noir.

Sous le jour de la fenêtre s'étend la large table de travail,

une table commandée par hasard chez un ex-vassal, chez un homme de

Goncourt, qui m'ignorait du reste absolument, une table à modèle qui ne

s'attendait certes pas à voir écrire dessus; la table sur laquelle mon

frère et moi, rue Saint-Georges et à Auteuil, sommes restés penchés de

si nombreuses heures du jour et de la nuit. Pauvre table qui a vu le

désespoir de tant de phrases rebelles, et aussi la joie du mot: _Fin_,

écrit au bas de la dernière page de beaucoup de volumes. Vieux morceau

de bois associé à mon existence, et pour laquelle j'ai des regards

amis, quand j'ai été quelque temps absent et sans écrire, lui demandant

presque qu'elle me soit favorable et qu'elle me fasse retrouver encore

une fois l'inspiration de l'écrivain. Sur cette table un amoncellement,

un entassement, un fouillis de papiers, de livres, de brochures, de

cahiers de papier à cigarettes, de paquets de plumes d'oie au bec

tordu, d'où émergent, à moitié enfouis dessous, deux presse-papiers à

levrettes du dix-huitième siècle, un méchant encrier de trente sous, un

manche de coupe-papier japonais, un essuie-plumes brodé par les filles

de madame Camille Marcille, quand elles étaient toutes petites filles,

et un cachet de cristal de roche aux initiales mariées de _E. J._, un

cachet acheté à Rome, du temps de MADAME GERVAISAIS, et qui

est, comme la lumière rosée d'une goutte de champagne dans le fond d'un

verre d'eau.

Le panneau entre la fenêtre et la porte du cabinet de toilette

est rempli par des livres et des brochures sur l'histoire de Paris

au dix-huitième siècle, dans lesquelles se trouvent des centaines de

raretés, apportant chacune un trait, un coup de pinceau, un joli rien,

au tableau mouvant et changeant de la capitale, pendant les cent années

de sa domination sur le monde.

D'abord les plans: le «PLAN DE PARIS commencé en 1734 sous les

ordres de messire Michel Étienne Turgot, prévôt des marchands, levé

et dessiné par Louis Bretez et achevé de graver par Claude Lucas»,

un grand in-folio transatlantique, dans sa belle reliure en maroquin

rouge, aux armes de la ville de Paris; le petit «PLAN TOPOGRAPHIQUE

ET RAISONNÉ DE PARIS, ouvrage utile au Citoyen et à l'Étranger...

par les sieurs Pasquier et Denis, graveurs, 1758»; le «PLAN DE

LA VILLE ET FAUBOURGS DE PARIS, divisé en 20 quartiers....

par Deharme, topographe du Roi, 1763», un volume in-quarto; «la

TOPOGRAPHIE ou Plan détaillé de la ville de Paris et de

ses faubourgs, par Maire, 1808». Et parmi les plans particuliers,

j'appellerai l'attention sur le «Plan de la paroisse Saint-Sulpice de

Paris ou du faubourg Saint-Germain, gravé en l'année 1696, par l'ordre

de messire Henri Baudrand, prestre, docteur de Sorbonne et curé de la

dite paroisse», le meilleur plan qui ait été jamais fait de ce quartier

et de ses hôtels.

Après les Plans, les Almanachs. Je ne m'arrêterai pas à la collection

de «l'Almanach parisien en faveur des étrangers et des personnes

curieuses», mais j'indiquerai un Almanach de Paris «contenant les

choses les plus singulières qui se passent à certains jours de

l'année», almanach publié en 1726, qui, avec ses processions, ses

promenades de bacheliers en théologie et de captifs, ses montres

pieuses de tapisseries, vous donne à voir le Paris de la Régence comme

une autre Rome.

A propos des captifs, voici une pièce de 1729: «L'ORDRE DE LA

PROCESSION et de la marche des quarante-six captifs rachetés

dans les royaumes de Maroc et d'Alger, par les religieux de la Merci,

Rédemption des Captifs qui se fera lundi prochain, 18 du présent

mois de juillet, et les deux jours suivants: le lundy 18 juillet, en

l'église de l'Abbaye de Saint-Antoine à Notre-Dame, le mardi 19 du même

mois, en l'église de Saint-Sulpice, et le mercredi 20, en l'église

de Saint-Eustache.» Et l'on voit s'avancer dans les rues de Paris

les quarante-six captifs portant des chaînes de cuivre pour marquer

leur captivité, et accompagnés chacun de deux anges et précédés d'un

timbalier, de quatre trompettes, de quatre hautbois, de deux bassons,

et suivis de quatre rédempteurs tenant chacun une palme à la main.

Une autre pièce relative aux expositions de tapisseries est

«L'EXPLICATION HISTORIQUE DES TAPISSERIES, ouvrages de la

Couronne, qui seront exposées le jeudi 12 juin 1774, jour de la

Fête-Dieu, et le jeudi suivant, jour de l'Octave, dans les cours de la

Manufacture Royale des Gobelins»: explication qui nous montre, de

la Barrière à la grande porte, tendues sous la conduite de M. Cozette,

concierge de la Manufacture, la tenture de sept pièces de l'Histoire

d'Esther, la tenture de sept pièces de l'Histoire de Moïse, puis dans

les cours, une tenture de Scipion l'Africain, la tenture des Quatre

Saisons de Mignard, plusieurs pièces des Conquêtes de Louis XIV d'après

Vander Meulen, la tenture de huit pièces du Nouveau Testament d'après

Jouvenet et Restout, et enfin quatre pièces du Palais du Vatican

d'après Raphaël.

Mais, dans ces almanachs, j'allais oublier un rarissime petit almanach

qu'ont fait naître les rigueurs de l'hiver de 1784: «LA PYRAMIDE DE

NEIGE, almanach nouveau pour l'année 1785, enrichi de figures en

taille-douce contenant la description du monument élevé, pendant

l'hiver de 1784, en l'honneur de Louis XVI et de son auguste épouse.»

Ces deux gentilles vignettes vous montrent la pyramide, vue du Louvre

et de la rue Saint-Honoré, au milieu d'autres vignettes représentant

la Bienfaisance de M. Lenoir et le Verrou de Fragonard, illustrées de

petits vers galants.

Ces almanachs parisiens ont pour complément les almanachs d'adresses:

«l'ALMANACH DE PARIS contenant la demeure, les noms et qualités des

personnes de condition dans la ville et faubourgs de Paris... pour

l'année mil sept cent soixante-quinze.» Cet almanach, qui n'est pas

le premier, et toutefois bien petit et restreignant ses annonces aux

personnes de condition, ajoute en 1779 aux personnes de condition «et

les autres vivant noblement». En 1782, il saute le fossé, et se grossit

d'une seconde partie «contenant les noms et demeures des différents

bourgeois, gens d'affaires, marchands, artistes, etc.» Et il va ainsi

jusqu'en 1791 où il s'intitule démocratiquement: «Almanach des Adresses

de Paris et de celles des Députés de l'Assemblée Nationale.» En 1792,

c'est «l'Almanach des Demeures des ci-devant Nobles et celles des

Avocats, Notaires, Hommes de Loi».

Mais le commerce, besoigneux de publicité, et n'en trouvant pas

d'abord, ou n'en trouvant qu'une très restreinte dans l'Almanach des

gens de condition, avait, dès 1769, fait les frais d'un gros livre,

ayant en tête une estampe de Marillier, où M. de Marigny, le protecteur

et directeur général des Arts et Manufactures de France, distribuait

en empereur romain des prix aux plus célèbres artistes. Cet in-octavo

a pour titre: «ESSAI SUR L'ALMANACH GÉNÉRAL d'indication d'adresse

personnelle et domicile fixe des six corps, Arts et Métiers, contenant

par ordre alphabétique les noms, surnoms, état et domicile actuel

des principaux Négocians, Marchands, Agens d'Affaires, Courtiers

Artistes et Fabricans les plus notables du Royaume. Paris, veuve

Duchesne, 1769.» Et ce livre ne suffisant bientôt pas, on voyait

paraître «les Tablettes de renommée» des Musiciens, et les tablettes

de Renommée des principales maisons de commerce d'Épicerie-Droguerie,

et le Tableau des Maîtres Distillateurs, Limonadiers, Vinaigriers,

et la «Liste des six-vingt seuls Huissiers—Commissaires-priseurs,

vendeurs de Biens Meubles, reçus et immatriculés au Châtelet de

Paris», et le «Tableau général de tous les Maîtres et Marchands,

Orfèvres—Joyailliers—Bijoutiers, Batteurs et Tireurs d'or, suivant

l'ordre de leur réception», et le «Catalogue des Maîtres-Rôtisseurs

de la Ville et faubourgs de Paris», et le «Catalogue des Maîtres

Queulx—Cuisiniers—Traiteurs—Rôtisseurs—Patissiers, de la ville,

faubourgs et banlieue de Paris».

Les secs almanachs sont suivis des Descriptions, des Tableaux, des

États de Paris.

Au milieu du siècle, paraît en quatre volumes la consciencieuse

«DESCRIPTION DE LA VILLE DE PARIS et de tout ce qu'elle contient de

plus remarquable par Germain Brice, nouvelle édition enrichie d'un

nouveau plan et de nouvelles figures dessinées et gravées correctement.

Paris, chez les librairies associés, 1752». Dans les descriptions, il

faut aussi ranger le «MÉMORIAL DE PARIS et de ses environs» publié en

1749.

Les Tableaux débutèrent par le «JOURNAL DU CITOYEN, La Haye 1754»,

livre embryonnaire suivi en 1760 de L'ÉTAT OU TABLEAU DE LA VILLE

DE PARIS, considérée relativement au Nécessaire, à l'Utile, à

l'Agréable: livre dans lequel vous trouvez toute la constitution du

Paris contemporain, et ses marchés et ses hôpitaux, et ses collèges

et ses académies, et ses commissaires, et son guet à pied et à

cheval, et ses bureaux de parchemins timbrés, et ses coches, et ses

baigneurs-étuvistes, et ses hôtels du faubourg Saint-Germain et ses

hôtels de la Grève, où la chambre garnie coûte de 3 à 4 livres par

mois, et où les repas vont de 4 à 8 sols.

Ici, je ne puis résister au désir de donner la description d'un de ces

hôtels-auberges de la Grève, de celui de l'_Image Notre-Dame_, que je

me suis amusé à graver d'après une peinture de Raguenet, datée de 1751.

Cette auberge typique du temps, à l'angle de la rue de la Mortellerie,

et comme enclavée dans les constructions de l'Hôtel de Ville, était

une maison au pignon pointu, aux quatre étages surplombant portés sur

des poutrelles, au rez-de-chaussée défendu par une grille de fer de la

hauteur d'un homme. Une grande maison de plâtras et de bois, rappelant

l'architecture des constructions de la Belgique et de la Hollande, et

qui, sur une console peinte en bleu, avait exposée une petite figurine

historiée de la Vierge.

Passé l'auberge, la rue de la Mortellerie s'ouvrait noire et fauve,

avec des rayonnements roux à l'intersection des ruelles qui s'y

jetaient, sous un peu de pâle soleil, blanchissant au faîte des

mansardes: l'éclairage d'une sale rue d'alors dans le ciel pluvieux de

Paris. De l'autre côté de la rue de la Mortellerie, en face l'Image

de Notre-Dame, une haute maison recevant la pluie et le vent, par ces

baies sans fermetures, et dont le bas était occupé par un corps de

garde, à la porte duquel un militaire, le mousqueton sur l'épaule,

était en faction, tandis que deux autres assis sur un banc, sous un

édit du Roi fraîchement placardé, regardaient passer les demoiselles du

Port au Bled. Et sur la berge sans quai, une perspective de cheminées,

de fenêtres à guillotine, de volets peints en ocre, de petits carreaux

verdâtres, de murailles tachées de haut en bas comme de la descente

d'eaux de purin, murailles que rasait un carrosse aux roues rouges, à

la caisse dorée.

Ces tableaux de Paris ont pour annexe: «LE PROVINCIAL A PARIS, ou État

actuel de Paris... en quatre volumes in-24 et cinq cartes nouvelles...

chez le sieur Wattin fils, 1787», petit ouvrage rare, indiquant tout ce

que chaque rue renferme d'intéressant, et dont cette page, dans un des

volumes que j'ouvre au hasard, peut donner une idée:

Rue des Fossés Saint-Germain des Prés.

11, Café de Procope.

14, Bureaux de M. Paul, inspecteur de Police.

18, Cour du commerce.

38, Poudre de fleur dentifrice par le sieur Courtois,

dentiste.

39, Monseigneur le Dauphin et Madame fille du

Roi, estampes d'après madame Lebrun, gravées par

le sieur Blot.

42, Ancienne salle de la Comédie-Française.

52, Écusson de Me Boutet, notaire.

Un autre état, encore plus rare que celui-ci, et rédigé sur le même

plan, où Paris est divisé en quatre grands quartiers, a paru en 1803.

Il a pour titre: «ÉTAT ACTUEL DE PARIS. An XI. A Paris, chez l'auteur

le citoyen Précien, rue Apolline, n° 34.»

Après ces descriptions, ces tableaux, ces états, la nombreuse série

des livres décrivant Paris, sous des titres divers, et dans des années

différentes.

«LE GÉOGRAPHE PARISIEN, ou Conducteur chronologique et historique

des rues de Paris, 1769.» «RECHERCHES critiques, historiques et

topographiques sur la ville de Paris... par le S. Jaillot 1775»;

«DICTIONNAIRE historique de la ville de Paris et de ses environs,

par MM. Hurtault et Magny... 1779»; «DESCRIPTION HISTORIQUE DE PARIS

et de ses plus beaux monuments gravés en taille-douce par Martinet,

ingénieur et graveur du cabinet du Roy... par Beguillet, 1779»; «VOYAGE

PITTORESQUE DE PARIS, ou indication de tout ce qu'il y a de plus beau

dans cette grande ville en peinture, sculpture et architecture par M.

D. (d'Argenville), 1757»; «DICTIONNAIRE pittoresque et historique...

par Hébert, 1766»; «ALMANACH du voyageur à Paris par Thiery, 1784»;

ouvrage, qui avait été précédé, en 1780, de «l'Almanach pittoresque

et historique et alphabétique des riches monuments que renferme la

ville de Paris»; «NOUVELLE DESCRIPTION des curiosités de Paris, par

Dulaure, 1786»; «LE VOYAGEUR A PARIS... par Thiery, 1788»; «LE VOYAGEUR

A PARIS, tableau pittoresque et moral de cette capitale, 1797»; «LES

RUINES PARISIENNES depuis la Révolution de 1789, avec des remarques

historiques sur chacun des Établissements qui ne subsistent plus... an

VII.»

Et en dernier lieu, les livres sur les environs de Paris, dont les

monuments sont gracieusement indiqués sur les estampes du temps, non

par des étoiles, mais par le vol d'une, deux, trois hirondelles:

livres de Dulaure, de Villiers, de Delort, et livres peu connus parmi

lesquels je n'en citerai que deux: «DESCRIPTION d'une partie de la

ville de Montmorency, par M. ***, ancien professeur de grammaire à

l'École Militaire, Tempé 1784», volume où se trouve la description de

la maison de la comtesse d'Houdetot, du parc de Montmorency appartenant

à la duchesse de Luxembourg, de l'habitation du comte de Tressan à

Franconville, et, près d'Aubonne, du jardin curieux d'Audinot, le

directeur de l'Ambigu, avec sa faisanderie, son temple, et sa rivière

en verre, jouant l'eau aux lumières de la nuit: un exemplaire venant

de Debure et contenant 26 planches au lieu de 19. Le second volume est

intitulé: «LETTRES A JENNIE sur Montmorency, l'Hermitage, Andilly,

Saint-Leu Chantilly, Ermenonville et les environs, avec des détails

inédits ou puisés aux meilleures sources concernant J.-J. Rousseau,

Saint-Lambert, le maréchal de Luxembourg, le prince de Condé, Grétry,

mesdames d'Épinay et d'Houdetot par M. FL***.» Il nous apprend, ce

livre, une des dernières volontés de la comtesse d'Houdetot, qui

voulait peut-être se rapprocher, dans la mort, de Rousseau: «J'ordonne

que mon cœur soit mis à part et porté dans le tombeau ou près le

tombeau de mon père et de ma mère à Épinay.» A ces curiosités sur les

environs de Paris, joignons-y, en fouillant dans le carton des vues de

Paris, deux estampes toutes différentes et relatives à ces environs.

L'une qui a pour titre: «LE MONT VALÉRIEN, ou Calvaire à deux lieues de

Paris», fait voir une montagne abrupte, où serpente un chemin montant

entre de petits oratoires, quatorze stations, avec logement pour les

prêtres et les étrangers. L'autre est le «BAL DE VINCENNES qui se tient

toutes les festes et dimanches à une petite lieue de Paris», un bal en

plein air, entouré de tribunes éclairées par des lanternes en barillet,

et où huit couples sont en train de danser.

Faisons suivre ces généralités sur Paris et sa banlieue des livres, des

cartons de papier, des documents relatifs à des établissements spéciaux.

Sur la Foire Saint-Germain dont une vue d'optique[21] nous a conservé

l'aspect, j'ai eu la bonne fortune d'acquérir à une vente de Charavay,

une collection de pièces manuscrites les plus intéressantes. Ce

sont des titres anciens, des actes, des lettres concernant la Foire

Saint-Germain de 1654 à l'an VI, et entre autres: Assemblée générale

de MM. les propriétaires en la salle du bailliage de l'abbaye de

Saint-Germain, en date du 25 mars 1762; arrêt du Parlement concernant

la Foire Saint-Germain et le mode de location, 1766; Mémoire contenant

un historique de la Foire Saint-Germain et sa situation en l'an II de

la République avec une liste de ses propriétaires, leurs noms,

leurs demeures, le numéro et le nombre de leurs loges; lettres de

l'architecte Rondelet à propos de la Foire Saint-Germain en l'an III;

copie du bail fait par l'administration du Domaine national au sieur

Quentin, du marché Saint-Germain, an IV.

[21] Cette vue d'optique a pour titre: _Vue de la nouvelle

décoration de la Foire Saint-Germain_, avec permission de M. le

Lieutenant-général de la police.

Ces pièces manuscrites sont accompagnées de la brochure intitulée

«L'INCENDIE DE LA FOIRE SAINT-GERMAIN et sa nouvelle reconstruction,

poème en quatre chants par M. de ***; Paris, chez Langlois fils, 1764»,

où le poète dit, en parlant de l'ancien baraquement:

Sur un terrain des jardins de Navarre,

On éleva cette charpente rare,

Insigne effort de l'Art industrieux,

Et qu'admirait l'artiste curieux;

Le tout fut fait au règne de Louis onze

Sans employer ni le fer, ni le bronze,

Mais bien le bois qu'on nomme châtaignier

Où l'araignée évite de régner.

Puis il nous décrit la nouvelle Foire construite par Duchêne, qui

avait été, l'année précédente, chargé de la décoration de la Foire

Saint-Ovide:

Comme son plan uniforme, parfait,

Dans le lointain fait un superbe effet!

Voyez partout ces riches galeries

Dont la façade, en arcades bâties,

Est décorée en superbes crystaux

Enjolivés de brillants chapiteaux.

Et la Foire Saint-Germain sera complète avec deux mémoires imprimés,

donnant des détails sur la reconstruction des loges. «Mémoire

pour le sieur Étienne Louis de la Garde, les administrateurs de la

Maison des Cent-Filles et autres propriétaires des Loges à la Foire

Saint-Germain contre les syndics des propriétaires des Loges de ladite

Foire»;—«Mémoire pour le sieur Charles Joseph Bertrand, ancien garde

du corps de la Mercerie, contre le sieur de la Garde, marchand mercier».

Des cartons de mémoires et factums donnent la fondation du collège

Sainte-Barbe, la Réunion des petits collèges fondés en l'Université de

Paris, des Lettres patentes du Roi portant règlement pour le collège

Mazarin, etc.: pièces faisant toucher à la vie intérieure des collèges

du temps.

Parmi un certain nombre de documents sur les prisons, voici une

brochure: LE RAT DU CHATELET, 1790, une brochure émaillée de

l'argot des voleurs du temps, et illustrée d'une estampe, représentant

LA CAPUCINADE, que l'auteur décrit ainsi: Lorsqu'un nouveau

débarqué fait son entrée dans le grand cachot, on lui demande s'il a

de l'argent. Sur sa réponse qu'il est sans un sol, l'un des anciens

s'étend à terre, et tous les détenus, la chemise relevée par derrière,

et chantant une antienne bizarre, vont tour à tour s'étendre sur le

cadavre du prétendu mort, pour le baiser au front. Quand le tour du

nouveau est venu, l'ancien s'accroche à lui des bras et des jambes,

pendant que deux prévôts, armés d'un mouchoir roulé et doublé appelé

_foutrau_, le fustigent jusqu'à ce qu'il déclare où est son argent;

quand il n'en a vraiment pas, on le fait coucher près de la

_griache_, le tonneau à ordures, jusqu'à ce qu'un nouveau venu le

remplace.

Les livres sur les hôpitaux sont aussi nombreux, et un exemplaire

des MÉMOIRES SUR LES HOPITAUX par Tenon, professeur de pathologie au

collège de Chirurgie, relié en maroquin vert myrte, avec des colombes

se becquetant sur le dos, vous fait frissonner, en vous ouvrant ces

lits de l'Hôtel-Dieu bondés de trois, quatre, cinq et six malades;

heureux encore qu'on ne les mette plus sur le ciel-de-lit, comme cela

se passait quelques années auparavant.

Et sur les cimetières, le «RAPPORT sur les exhumations du cimetière

et de l'église des SS. Innocens par Thouret» nous fait assister au

transfèrement des vingt mille cadavres, à la clarté des flambeaux et

des cordons de feu, jetant des lueurs funèbres sur les croix et les

pierres tombales, au milieu desquelles les ouvriers semblaient «se

mouvoir comme des ombres».

Les Almanachs, les Guides, les Indicateurs épuisés, au Paris

statistique succède un Paris que j'appellerai le _Paris moral_, un

Paris montré dans ses mœurs, par les livres, les brochures, les

feuilles volantes contemporaines.

Commençons la revue de ces documents par la rare brochure intitulée

«LETTRE D'UN SILICIEN (_sic_) à un de ses amis, contenant une agréable

critique de Paris et des François. A Chambéri, Pierre Maubal, 1710.» Le

Silicien représente les maisons de Paris comme grossières au dehors

et n'ayant de rare au dedans que la magnificence des tapisseries

qui décorent les murs, les hôtelleries comme remplissant la ville

de cuisines qui fument toujours, et les femmes toutes entourées de

petits chiens, et les rues pleines de boutiques de fripiers, et le

temps changeant à toute minute; et après avoir parlé des théâtres, du

Pont-Neuf, de la Foire Saint-Germain, de la promenade des Tuileries,

des perruques blondes, des grosses montres, des lettres à trois

cachets, de la cherté de sa chambre d'hôtel, décorée d'un lit, d'une

table, de quelques chaises, d'un miroir, d'un portrait du Roi, il

termine ainsi: «J'ai vu un dimanche, dans une seule paroisse, faire

soixante-cinq mariages. On dit qu'il y a ici jusqu'à quatre mille

vendeurs d'huîtres, que l'on y mange chaque jour quinze cents gros

bœufs et plus de seize mille moutons, veaux ou cochons, outre une

prodigieuse quantité de volaille et de gibier. On compte cinquante

mille maisons, dans chacune desquelles les familles sont si nombreuses,

qu'elles logent depuis le grenier jusqu'à la cave; on y compte aussi

cinq cents grandes rues, outre une infinité de petites, dix places,

plusieurs marchés, dix-sept portes, neuf ponts, avec autant de

fauxbourgs, et plus de trente hôpitaux.» Suit le curieux livre qui

a pour titre: «SÉJOUR DE PARIS, c'est-à-dire INSTRUCTIONS FIDÈLES

pour les voyageurs de condition. Comme ils se doivent conduire s'ils

veulent faire un bon usage de leur temps et argent durant leur séjour

à Paris... par le sieur J. C. Nemeitz, conseiller de S. A. S. mon

seigneur le prince de Waldeck... A Leide, 1727.» Deux volumes ornés

de vues et de plans de Paris. On arrive ordinairement à Paris, dit

notre voyageur, avec le _chariot ordinaire_, qui a ses auberges

particulières, ou bien avec des chevaux de poste; dans ce dernier cas,

il faut se faire conduire Hôtel Impérial, rue du Four, Hôtel d'Espagne,

rue de Seine, Hôtel d'Anjou, rue Dauphine, Hôtel de Hambourg, rue

de la Boucherie, Hôtel d'Orléans, rue Mazarine, Hôtel de Modène,

rue Jacob. Maintenant, au bout du séjour d'une quinzaine ou d'une

huitaine dans l'hôtellerie, il s'agit du choix d'une chambre meublée

que Nemeitz engage à prendre dans le faubourg Saint-Germain, où l'air

est plus pur que dans les autres quartiers, où se trouvent toutes les

académies et manèges qui sont à Paris, où l'on a la Comédie-Française,

où l'on jouit, au printemps, de la Foire Saint-Germain, et d'où même

il est très facile de se rendre à l'Opéra de la rue Saint-Honoré, en

traversant la Seine dans un esquif. Il indique avant tout, dans la

rue de Tournon, le grand Hôtel d'Antragues, malheureusement très cher

et habité par des évêques, des princes étrangers et autres grands

seigneurs, qui y logent, quand ils ne prennent pas une maison à part,

et, à défaut de l'Hôtel d'Antragues, l'Hôtel de Treville ou le petit

Hôtel de Bourgogne. Ici une plainte sur la nourriture de tous les

hôtels meublés, qui est toujours la même, et qui consiste dans une

soupe, un bouilli, une prétendue entrée de ragoût, une fricassée

de veau ou de côtelettes, du rôti, un peu de légumes, et pour le

dessert, du lait, du fromage, de petits biscuits et des fruits selon

la saison. Puis les conseils pratiques pour s'habiller: il dissuade

ses compatriotes de faire comme les Anglais, qui gardent leurs courts

justaucorps, leurs petites cravates, leurs petits chapeaux, leurs

perruques étrangement façonnées, et qui doivent à leur costume d'être

la proie des décroteurs, cochers de fiacre et gueux de tout genre;

donc il les engage à s'habiller légèrement à la française et à se

faire faire _un habit chamarré à la mode_, une _veste de drap d'or

ou d'argent_, et un _surtout d'écarlate_, bon quand il pleut. Après

l'habit, c'est le tour du valet qu'il est tout à fait d'avis de

prendre français, parce que le valet français est prompt et alerte,

ce que ne sont pas les Allemands, parce qu'il défend son maître s'il

a une querelle, et que si par hasard il vole, il est très facile de

le faire pendre. Là-dessus nous arrivons aux spectacles, un morceau

dans lequel heureusement il veut bien ne pas examiner la controverse:

_S'il est permis à un chrétien d'aller voir les jeux publics_, et où il

nous apprend qu'un homme de qualité ne peut prendre place que _sur le

théâtre_ ou dans une des premières loges, et non aux secondes, qui sont

pour les bourgeois; il fait toutefois exception pour l'amphithéâtre de

l'Opéra qui a rang de première loge. A propos des représentations de

l'Opéra, des Italiens, de la Comédie-Française, il ne manque pas de

signaler les écoliers des Jésuites jouant au mois d'août, avec beaucoup

d'appareil, au collège Louis-le-Grand, une tragédie en latin, dont les

actes sont entremêlés de ballets dansés par les premiers sujets, sous

la direction de M. Blondi.

Après les théâtres, les cafés. C'est une mode presque générale à Paris

que de prendre une tasse de café, après son dîner, dit Nemeitz, et

il parle des deux endroits à la mode, où on va le prendre alors: le

café de la veuve Laurent, rue Dauphine, appelé le café des _Beaux

Esprits_ et le café de Poincelet à la descente du Pont-Neuf, cafés

où l'on ne fume pas, comme dans les cafés de l'étranger: très peu de

personnes de condition aimant l'odeur du tabac en France. Au chapitre

des cafés succède le chapitre des relations et de la conversation avec

les Dames, que notre astucieux Germain recommande et préconise, en ce

qu'elle «vous apprend la langue, vous rend galant, vous fait prendre

insensiblement un bon pli», tout en faisant la remarque que cette

conversation est très dangereuse pour ceux qui sont de _complexion

amoureuse_. Et aussitôt de mettre en garde ses compatriotes contre

certaines maisons, qui ont l'air d'être de distinction, mais qui

ne sont, dit-il, que de fameux b..... où Madame a sur la paille de

jeunes g....., quelquefois aussi des femmes mariées, toutes prêtes

pour de l'argent. Et après le chapitre des relations, le chapitre

des promenades à pied et en carrosse, et des promenades à la foire

Saint-Laurent, la foire des campagnards et des petites gens, des

promenades à la foire Saint-Germain, la foire du grand monde, où il

voit la _Tourneuse anglaise_, une jeune femme tournant comme une

toupie, avec six épées nues dans les mains, les pointes tournées contre

elle.

Dans son «Séjour de Paris», Nemeitz signale les tragédies latines

mêlées de ballets du collège Louis-le-Grand. Je possède un recueil

factice de ces représentations de 1737 à 1755. Et voici: LE POUVOIR

DE LA FABLE, _ballet qui sera dansé au collège de Louis-le-Grand

et servira d'intermède à la tragédie de_ MAURICE MARTYR, _pour la

distribution des prix fondés par Sa Majesté, le mercredi deuxième jour

d'août mil sept cent cinquante, à midi précis_. La première entrée

figure «les Dangers de la volupté pour la jeunesse». Télémaque est jeté

par la tempête dans l'île de Chypre. Les habitants s'empressent de le

couronner de roses et de myrte. Leur parure et leur démarche, leurs

amusements et leurs maximes respirent un air empoisonné. Télémaque

est d'abord saisi d'horreur, mais il s'accoutume insensiblement aux

douceurs de ce funeste séjour. Le sage Mentor paraît. Sa présence

écarte les plaisirs séducteurs. Il ordonne à Télémaque de fuir

promptement ce lieu dangereux, où tous les plaisirs se réunissent pour

aveugler la Raison et pour séduire l'Innocence.

_Télémaque_: M. de Choiseul.

_Habitans de l'Isle de Chypre_, MM. Duclusel, Massigni, Dupré,

Vauzelet, Carvaille, la Martinière, Barrau, Radix, Mercier, Chavannes,

Deludre, Chaalons de la Rivière, Dalban, Geoffroi, Bonvoust.

_Jeunes gens avec des guirlandes_: MM. Hennequin Duplessis, Lebreton,

Sainte-Colombe, Grandpré, Lablache, Desmazure, de Ris.

_Mentor_, M. Palasne.

_Danseront ensemble_: MM. Carvaille, Radix.

_Danseront seuls_: MM. Bonvoust, Feuillade.

La seconde entrée représente les «Écueils de l'Ambition pour l'Age

Mûr», la troisième les «Tourments de l'Avarice pour la Vieillesse». Il

y a trois parties, et un Ballet général, où doivent danser seuls MM.

Desplaces, Vestris, de Visé, et le programme du spectacle se termine

par cette phrase: _Fermera le théâtre par l'éloge du Roi_.

«LA RELATION de l'ambassade de Méhémet-Effendi à la cour de France en

1721» et publiée en 1757 contient quelques détails sur le Paris de la

Régence.

Des brochures et des livres connus, je n'indiquerai que les titres.

«PARIS vu tel qu'il est, 1781»; «LE PETIT TABLEAU DE PARIS, 1783»;

LE TABLEAU DE PARIS, par Mercier, 1783-1788; «PARIS EN MINIATURE

d'après les dessins d'un nouvel Argus, 1784»; LES NUMÉROS, 1784;

L'OBSERVATEUR DE PARIS, 1785, par M. Mercier, auteur du Tableau de

Paris; DIOGÈNE A PARIS, 1787; LE TABLEAU NOUVEAU DE PARIS, ou Variétés

amusantes, ouvrage enrichi de notes historiques et critiques et mis

au jour par Nougaret, 1786; LETTRES de d'E.....mée..... de B...on

La....c...be (Mlle Boudon), ou Journal d'un voyage à Paris en 1789,

Troyes, 1791», tiré à petit nombre; «UN PROVINCIAL A PARIS, pendant une

partie de l'année 1789. A Strasbourg. De l'imprimerie de la Société

typographique»; «LE NOUVEAU TABLEAU DE PARIS, ou la capitale de France

dans son vrai point de vue, ouvrage destiné à servir de supplément

au Tableau de Paris. A Paris, de l'imprimerie de la Vérité, 1790»;

LE TRIOMPHE DE LA CAPITALE, par l'auteur du Fanal, qui fête en ces

termes la Révolution: «Adieu les barbiers, perruquiers, étuvistes;

adieu les chapeliers; adieu les coiffeurs, coiffeuses et les marchandes

de modes par contre-coup; adieu toutes les fabriques de gazes et de

linons, adieu toutes les manufactures de drap et de soie et tous

les hommes qu'elles occupent, adieu les horlogers, les plumassiers,

les éventaillistes, les fondeurs, les doreurs, les tapissiers, les

miroitiers, les orfèvres, les joailliers, les peintres, les sculpteurs,

les ébénistes, les papetiers, les enlumineurs, les tireurs d'or et les

graveurs..... et les carrossiers, les selliers, les bourreliers, les

charrons, les vernisseurs, les serruriers; les maréchaux fermeront

boutique et les autres marchands ne vendront rien, et ils feront

banqueroute, et on verra de tous côtés: _Chambres garnies à louer_,

_maison à louer ou à vendre_; et les propriétaires seront ruinés, et

les architectes, les maîtres maçons, les tailleurs de pierres, les

manœuvres, les goujats, les charpentiers, les menuisiers, les carriers

mettront leurs dents au croc, et l'herbe croîtra dans les rues.

L'auteur d'un pain mixtionné se rendra fermier de tout le quartier

Saint-Honoré jusqu'à la plaine des Sablons pour exciter la culture des

pommes de terre. Le quartier Saint-Germain produira de la luzerne;

celui Saint-Jacques et de Sainte-Geneviève des vignes; le Marais des

fèves et des haricots; Saint-Antoine, des melons; Saint-Martin des

choux de Hollande et de Milan; Montmartre, des chardons.»

Et sur la Révolution et le Directoire, ce sont encore: «PETITE HISTOIRE

DE FRANCE, ou Revue polémique d'un grand historien..... Chez Garnerey,

le 2e mois de la République», racontant un séjour de Paris en 1790;

LE NOUVEAU PARIS, par le citoyen Mercier; LES SEMAINES CRITIQUES de

Lavallée; le joli petit volume de Ripault, intitulé: «UNE JOURNÉE DE

PARIS, Paris, an cinquième»; une infiniment petite plaquette qui,

avec «les Semaines critiques» et le «Nouveau Paris», sont les trois

ouvrages à consulter, pour qui veut apprendre les mœurs du Directoire;

«les FRAGMENTS SUR PARIS par Meyer, traduits de l'allemand par le

général Dumouriez, Hambourg, 1798»; «LE NOUVEAU DIABLE BOITEUX, tableau

philosophique et moral de Paris, mémoires mis en lumière et enrichis

de notes par le docteur _Dicaculus_ de Louvain. Paris, an VII de la

République», avec deux estampes d'après Garnerey, gravées par Delignon;

«LES MATINÉES A PARIS, voyage d'un Allemand à Paris. Lausanne, 1800»;

«PARIS AU XVIIIe SIÈCLE, par Pujoulx, 1801»; LE PÉRUVIEN A PARIS, par

Joseph Rosny, 1801; «LETTRE D'UN MAMELUCK, ou Tableau moral et critique

de quelques parties des mœurs de Paris, par J. Lavallée, 1803.»

De ces livres qui visent à la peinture d'ensemble de Paris, descendons

à des livres moins ambitieux, et dont la prétention est seulement d'en

esquisser un petit coin. Commençons par le coin, qu'on appelait alors

«la capitale de Paris»: le Palais-Royal, et sur lequel il y a tant de

brochurettes que leur bibliographie pourrait faire un volume.

«ALMANACH DU PALAIS-ROYAL pour l'année 1785; Paris, chez Royez.» On

trouve dans le Palais-Royal aux trois arcades nouvellement bâties,

les spectacles des Variétés et des Petits Comédiens du duc de

Beaujolais, le café de Foy, le café du Caveau, le café Mécanique, le

café de Beaujolais, le café de Valois, le café Polonois, les hôtels

garnis de la Reine, de l'Empereur, d'Orléans, de Chartres, de Vauban,

de Montpensier, les restaurateurs Huré, de Labarrière, Gautier,

Pottel, des bains établis au n° 63, deux gaufriers, un confiseur, un

distillateur, un bureau de vin qui se charge d'approvisionner les

maisons de vins bourgeois, six marchands de draperies et soieries,

huit marchands tailleurs, deux marchandes de modes, deux fleuristes,

quatre marchandes-couturières, douze bijoutiers, trois libraires,

deux marchands de musique, un marchand de tableaux, quatre marchands

d'estampes, deux boutonniers, trois opticiens, trois horlogers, deux

tabletiers et marchands de cannes, un marchand de papiers peints, deux

chapeliers, et Curtius offrant ses talents aux personnes désireuses

d'avoir leur portrait en cire.

Un almanach plus curieux et qu'aucun amateur n'a rencontré complet

jusqu'ici, est un almanach dont je possède seulement quatre petites

vignettes coloriées: _le Marchand de marrons_, pl. 3; _les Ombres

chinoises_, pl. 12; _les Boutiques de Bois_, pl. 53; _Vue générale du

Jardin_, pl. 62.

«TABLEAU DU PALAIS-ROYAL, chez Maradan, 1787»: une description

détaillée en place de la sèche nomenclature de l'almanach, avec les

changements apportés par les trois années qui se sont écoulées. On y

voit le café du Caveau peint avec ses glaces reflétant le jardin, et

son pourtour de bustes de Gluck, de Sachini, de Piccini, de Grétry,

sous lesquels se juge tout ce qui paraît ou se joue à Paris. Le café

Foy se développe dans l'étendue de ses sept arcades, avec ses murs

revêtus d'une boiserie précieusement sculptée: le café fréquenté par

les gens du bel air, le café qui a la renommée pour les glaces; puis

c'est le café Mécanique, où le service se fait au moyen de pieds de

tables creux et d'une soupape par laquelle monte une servante à double

étage; le café Italien qui a un poêle, en forme de globe aérostatique,

surmonté d'un Génie; le café de Chartres, le rendez-vous des gens

d'affaires; le nouveau café de la Grotte Flamande, où l'on commence

à venir boire de la bière le soir. Parmi les restaurateurs en vogue,

le plus fréquenté est Beauvilliers dont les salons sont décorés d'un

papier chinois, et où la bouteille de vin le plus ordinaire coûte

vingt sols. Là mangent les riches militaires, les jeunes gens les

plus qualifiés, les gros joueurs en compagnie de filles élégantes. Et

ce sont des descriptions des Variétés, des Ombres Chinoises et des

modistes et des bijoutiers et de tout le peuple marchand du Palais.

La «LETTRE ÉCRITE DU PALAIS-ROYAL aux quatre Parties du Monde, 1785»

s'exprime en ces termes: «Ni les vignes de Rome, ni les jardins du

Grand-Seigneur, ni les ventes de l'Orient, ni les foires de Beaucaire,

ni celles de Sigaglia, n'ont rien qu'on puisse comparer aux variétés

de ce Palais vraiment délicieux. Les chagrins y sont suspendus, les

haines engourdies, les plaisirs toujours renaissants, les objets variés

comme les fleurs d'un parterre, les tableaux mouvants comme ceux d'une

optique. Lieu ravissant! Voit qui veut, achète qui peut. Que de jolies

marchandises exposées aux regards des promeneurs! Que de précieux

colifichets proposés par les femmes les plus engageantes! Que de modes

qui naissent et vieillissent dans vingt-quatre heures! Que d'appâts

délicatement préparés pour les amateurs et les curieux! Chaque boutique

est la niche de l'élégance et du goût.»

Si nous remontons un peu en arrière, nous trouvons cette brochure au

joli titre: LES SOIRÉES DU PALAIS-ROYAL, _ou les Veillées d'une jolie

femme contenant quatre lettres à une amie, avec la conversation des

chaises du Palais-Royal, sous l'arbre de Cracovie, 1762_; et cette

autre brochure: «OBSERVATIONS sur la destruction de la promenade du

Palais-Royal, 1781», et qui commence ainsi: «Milord, vous me demandez

s'il n'y a plus de promenade publique dans le jardin du Palais-Royal?

Hélas! non. Cette grande allée faite en berceau, la plus belle de

l'univers, ce rendez-vous général de Paris et de tous les étrangers,

cette salle d'audience que le ciel lui-même avait tapissée de verdure,

n'est plus. Des mains sacrilèges, armées de scies, ont détruit, dans

quelques jours, un ouvrage que la nature avait mis un siècle à former.

M. le duc de Chartres a vendu, pour 1,800 livres, la destruction d'une

allée que le public aurait achetée vingt millions.» Et une estampe

montre l'allée tombant sous la cognée, dans les pleurs des petites

filles et la consternation des nouvellistes.

A la suite, les livres et les brochures de toutes sortes: «L'HAMADRYADE

DU PALAIS-ROYAL, par M. de Longueville, tenant un bureau d'écrivain

public, dans la galerie communiquant de la Cour des Fontaines à la

rue Saint-Honoré, et qui, après avoir rédigé son Hamadryade en 1777,

1778, 1779, 1780, finit par se jeter à l'eau en 1786; LES ENTRETIENS

DU PALAIS-ROYAL, 1786, par un missionnaire du _Camp des Tartares_

(Première partie). A Gattières, 1788»; «EXTRAIT des nouvelles à la

main du 12 juillet 1787, ou préservatif contre les escroqueries

faites ou à faire aux locataires des boutiques du Palais-Royal.

Berne, 1788»: brochure dans laquelle il est question de filouteries

faites par un sieur Boileau, au détriment du ménage Cuisinier tenant

le café du Caveau»; «RÉCLAMATIONS pour les principaux locataires et

sous-locataires des bâtiments du Palais-Royal contre M. d'Orléans»,

factum in-4; «ATHENÆUM, ou idées d'un citoyen sur le nouvel édifice,

construit dans l'enceinte du Palais-Royal, 1789»; «LISTE DES MAISONS

DE JEUX, _Académies_, _tripots_, banquiers croupiers, bailleurs de

fonds, joueurs de profession, honnêtes ou fripons, grecs ou demi-grecs,

racoleurs de dupes, avec le détail de tout ce qui se passe dans ces

maisons, les ruses qu'on y emploie, et le nom de femmes que l'on met

en avant pour amorcer les dupes, par un joueur ruiné. De l'imprimerie

de Biribi, 1791»; «L'ÉCOUTEUR, ou une soirée au Palais de Philippe

par l'auteur des Mille et une fadaises, à Cocopolis, l'an III de la

Papirocratie»; «APPARITION de l'ange consolateur à un moribond au

ci-devant Palais-Royal, chez les marchands de nouveautés, an III»;

«DÉTAIL exact du terrible incendie arrivé au Palais-Egalité dans le

Lycée des Arts. Destruction de ce superbe édifice.—La cause de cet

évènement malheureux.—Trait héroïque d'un membre du conseil des

Cinq-Cents qui a sauvé des flâmes une jeune personne de dix-sept

ans.—Courage des pompiers...»; «RÉVOLUTION EN VAUDEVILLE des jolies

femmes de Paris contre les costumes des Merveilleuses et Incroyables

du Palais-Royal», canard contenant une chanson sur l'air des

Visitandines, surmontée d'une mauvaise imagerie d'Épinal, représentant

des Incroyables et des Merveilleuses; «VOYAGE autour des Galeries du

Palais-Égalité, par S....e, chez Maller, an VIII», avec une vignette

représentant la promenade des filles dans les galeries; «LE GROS LOT,

ou une journée de Jocrisse au Palais-Égalité, par Hector Chaussier, an

IX», illustré en tête d'une figure d'Incroyable coloriée; «LE CENSEUR,

ou Voyage sentimental autour du Palais-Royal, par Joseph Rosny, an

XI.»[22]

[22] Je renvoie les curieux du Palais-Royal aux aspects

différents présentés dans l'HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE

PENDANT LA RÉVOLUTION, et dans la «Monographie» de De Bucourt.

Du Palais-Royal rayonnons sur le reste de la ville, à l'aide de

ces courtes moqueries, de ces petits in-douze ironiques, croquant

spirituellement les endroits de Paris, où la vie de la capitale se

répand et s'agite dans le mouvement, la gaieté, le plaisir. Et au

besoin recourons même à quelques rares imageries du temps.

Si nous allons au Pont-Neuf, nous avons ces brochurettes, appelées

«RÉCLAMATION DE LA SAMARITAINE», «DERNIERS MOTS DE LA SAMARITAINE»,

«les ADIEUX DE LA SAMARITAINE aux bons Parisiens», et qui racontent

plaisamment ce que la Samaritaine a entendu depuis deux cents ans,

qu'elle demeure dans son château du Pont-Neuf. Et le voisin du

Pont-Neuf, le quai de Gesvres vous raconte sa grandeur et sa décadence

dans les derniers «ADIEUX DU QUAI DE GESVRES à la bonne ville de

Paris». Des présidentes à vertugadins, des petits maîtres aux bas à

fourchettes d'or, des financiers aux larges galons, l'avaient trouvé

ravissant, cet honnête, ce vertueux quai, où les plaideuses des

provinces, arpentant Paris en noir, venaient acheter un mantelet, une

coiffure, un fichu pour leur fille, chez cette madame Rasatin, la

marchande attitrée de toutes les _hirondelles de carême_, la marchande

de modes qui ne vendait rien de _profane_,—ce quai enfin, dont les

libraires débitaient: le Pistolet sacré pour casser la tête au péché

mortel; la Volière des Désirs privés de leurs ailes et gémissants dans

la captivité; la Courtisane fanfreluchée de tous les vices du temps

et coiffée de tous les ridicules. Pauvre antique quai, qu'on regarde

aujourd'hui avec ses constructions, ses habitants, ses commerces, comme

déparant le jeune et élégant Paris! Et c'est entre les marchandes:

«Allons donc vite, voici les charrettes, qu'on prenne garde surtout

à ce petit miroir... Miséricorde! le chausse-pied de Mlle Niaulin

qu'on vient de mettre en pièce... Oh! si l'on me reprend jamais sur

un quai... Juste ciel! n'ont-ils pas abîmé la robe de ma sœur! Et ce

paquet d'éventails, où l'as-tu mis?... Eh! nos brochures, gage qu'elles

seront encore ici à minuit... Que voulez-vous que j'y fasse, s'ils

s'amusent à boire?... Ma commère, je crois que nous allons avoir de la

pluie, cela va bien nous accommoder... A mon âge décamper, c'est bien

douloureux... Je te vas taper si tu parles. Peste soit des enfants!...

Eh bien, ne voilà-t-il pas la charrette qui transporte les effets de ma

voisine, la nôtre ne vient pas, et la nuit qui va nous surprendre!»

Si nous nous dirigeons du côté des Boulevards, nous tombons, pour nous

faire l'honneur de la promenade, sur deux petits livres au style coquet

et joliment railleur.

Le premier, la «CRITIQUE SUR LA FOLIE DU JOUR, ou la Promenade des

Boulevards, 1754», est une déploration de l'abandon des promenades

royales du Petit-Cours, des Champs-Élysées, des Tuileries. Et l'auteur

se demande la cause de ce goût étonnant, qui peut engager un marquis

à un pareil rendez-vous, où il trouve la confusion d'une multitude de

carrosses mêlés à _la remise_ et même au fiacre, un peuple ivre de

vin à quatre sous, vous débitant de méchants propos, un marais, une

_gadoue_ jetant dans l'air une puanteur insupportable, des marchands de

mauvaise bière, des charlatans, des jeux de chiens, un arlequin muet

et sans culotte. Le second livre, qui a pour titre: «DÉCLARATION DE LA

MODE _portant réglement sur les Promenades du Boulevard, l'an 52 des

bilboquets, 8 des pantins, et 1 des navets_.» débute ainsi: «Girouette

élégantine des Grâces, Princesse de frivolité, Duchesse de Bagatelle et

Souveraine de l'Empire des Modes. A tous Ducs, Marquis, Comtes, Barons,

Petits-Maîtres, Gens du Bel Air, Plaisans, Gens oisifs, Persifleurs,

Chevaliers, Militaires, Abbés, Robins _grands et petits_, Financiers,

Duchesses, Comtesses, Marquises, Baronnes, Petites-Maîtresses, Femmes

du bon ton, Bourgeoises à la mode, Précieuses, Minaudières... et

autres nos sujets: _Salut_.» Et aussitôt commence un tableau animé,

tapageur de ces boulevards des Remparts, que, mieux que l'estampe

de Saint-Aubin, vous font voir les vues d'optique, représentant les

boulevards de Paris près le café du Grand Alexandre, les boulevards de

Paris près la porte du Temple, la vue des boulevards de Paris, prise

du premier café près le Réservoir d'eau, les boulevards de Paris près

la porte Saint-Antoine. Et dans la brochure on entend, pour ainsi dire,

le bruit de tous ces boulevards: le son des trompettes, le fracas des

tambours, l'écorchante harmonie des vielleuses, les claquements des

fouets des cochers des _Allemandes_, des _Diligences_, des _Dormeuses_,

des _Vis-à-vis_, des _Soli_, des _Paresseuses_, des _Cabriolets_, des

_Sabots_, des _Gondoles_, des _Berlines à cul de singe_, des _Haquets_,

des _Diables_, et les brouhahas répétés des amateurs de parades, et

encore le grommellement bourdonnant des buveurs, et le sifflement

séduisant des marchandes de nougat et des bouquetières[23].

[23] Des statuts des maîtresses-bouquetières et chapelières

en fleurs, en date de 1748, énumérant les désordres et les

attroupements de soldats et de gens sans aveu, amenés par les

colporteuses et les regrattières, rétablit les bouquetières

dans leurs privilèges d'août 1697, déclarant que si une

maîtresse, apprentisse ou compagne est reconnue avoir _fait

faute en son honneur_, elle perdra son privilège.

Puis la vie de Paris descendant à la fin du siècle vers les quartiers

neufs, on aura la petite chronique moqueuse des boulevards, dans

LES SOIRÉES DU BOULEVARD DE COBLENTZ.

Si nous quittons le centre de la ville, et que nous poussions à la

place Louis XV, laissant, au Pont-Tournant des Tuileries, le _carabas_,

l'immense panier, la grande voiture en osier, qu'une petite estampe

de Mlle Ozanne nous montre attelée pour Versailles, nous voici à

la promenade du Cours la Reine, à la promenade qu'on appelait alors

du nom de Petit-Cours. La belle heure est de cinq à six heures;

c'est l'heure où la noblesse se promène dans tout son faste, l'heure

des gorges blanches à demi découvertes, l'heure des bouches vermeilles,

jetant d'un carrosse mille petits compliments riants[24].

[24] LA CRITIQUE DE LA FOLIE DU JOUR, 1754.

Un moment dans les Champs-Élysées: le Colysée, dont l'ingénieur Le

Rouge a laissé une description, ornée d'un plan de l'édifice, attire

tout Paris avec ses fêtes, ses expositions se développant sur seize

arpents; mais ces fêtes, ces expositions ne durent que quelques années,

et il ne reste d'éternel, en ce lieu, que la promenade de tous les ans

de Longchamps.

Et le petit poème intitulé LONGCHAMPS (1788) nous peint

l'allée ombreuse où la noblesse est seule assemblée, puis le défilé, et

la baronne de B... et son cocher d'or massif, et la belle Contat suivie

de Chaussade, son chirurgien accoucheur, et la voluptueuse Adeline, et

Carline et Lescot, et Gontier et Chéron, et Saint-Huberty à qui l'on

donne pour cocher Camerani, et Sophie Arnould en son cabriolet, coiffée

d'un chapeau blanc à la plume éclatante. En 1789, «LONGCHAMPS,

satire adressée par le Tiers État aux Nobles; à Verax, chez Mordant

et Compagnie», demande la suppression de cet impur Longchamps,

fourmillant d'abbés, de coiffeurs, de fats de toute espèce, de danseurs

d'opéras, de grisettes et cætera. Une dernière brochure publiée sous

le Directoire, mais sans date, et qui a pour titre: «LE DÉPART

DES BELLES FEMMES DE PARIS en grand costume pour embellir

Long-champ pendant trois jours», se termine par une liste des beautés

qui ont paru à la promenade, parmi lesquelles je relève les noms de

Mmes de Noailles, de Fleurieu, Tallien, de Puységur, de Chauvelin,

Ducos-Fonfrède, Récamier, Molinos, d'Ormesson, de Valence, de Beaumont,

de Saint-Hilaire, de Nanteuil, et des demoiselles de Malingant et de

Nicolaï.

Après les Champs-Élysées, le bois de Boulogne et ce qui s'y

passait d'ordinaire, raconté villageoisement dans «L'HISTORIEN

VILLAGEOIS, ou la Promenade du Bois de Boulogne, 1749».

Est-ce là tout le Paris moral, ainsi que je l'appelle? Non; il faut

encore parler des petites maisons, de ces boudoirs d'amours, de ces

_buen retiro_ de débauches d'esprit, qui sont en train de

s'élever dans tous les endroits, restés campagne en la grande enceinte

de Paris, ces endroits que Watteau peignait, au commencement du siècle,

sous le nom du «Marais». Nous avons, pour nous y servir de _cicerone_,

un roman, oui, un roman particulier, qui s'appelle: LA PETITE

MAISON. Le marquis de Trémicour a défié Mélite de venir dans sa

petite maison. Mélite lui a répondu que, là ou ailleurs, elle ne le

redoutait pas. Ils ont fait une gageure, et Mélite s'est rendue à la

petite maison de Trémicour. Mais l'intérêt du roman n'est point dans la

peinture du caprice amoureux de Trémicour, dans la défense de Mélite;

il est dans la description de ce lieu unique, de ce lieu qui n'a pas

de pareil pour la galanterie, et qui m'apparaît comme l'idéal du

luxe le plus délicat et le plus voluptueux, et ainsi que le résumé des

perfections de toutes les petites maisons de Paris, réunies en une

seule par l'auteur.

Une avenue, conduisant à une patte d'oie, amène à la porte d'une

jolie avant-cour, tapissée de verdure, et qui, à droite et à gauche,

communique avec une basse-cour, dans laquelle se trouvent une ménagerie

peuplée d'animaux rares et familiers, et une jolie laiterie ornée de

marbres et de coquillages, où les eaux tempèrent la chaleur du jour.

Dans l'autre basse-cour sont placés une écurie double, un joli manège,

et un chenil où sont renfermés des chiens de toute espèce.

Les murs de ces bâtiments, dans leur simplicité, cherchent la nature,

le caractère pastoral et champêtre, et des percées ingénieusement

ménagées laissent apercevoir des vergers et des potagers constamment

variés.

De la cour d'honneur entourée de murailles revêtues de palissades

odoriférantes, Trémicour fait passer Mélite dans un salon donnant sur

le jardin: un salon si voluptueux, dit l'auteur, qu'on y prenait des

idées de tendresse en y entrant. Il est de forme circulaire, voûté en

calotte peinte par Hallé, le plus habile des peintres, après Boucher,

pour les sujets de la Fable. Les lambris, imprimés lilas, enferment de

superbes glaces, et des sujets galants ornent le dessus des portes.

Une sculpture de goût, relevée d'or, des étoffes assorties à la

couleur du lambris, en font un salon digne d'avoir été ordonné par Le

Carpentier, «qui entend le mieux la décoration des dedans», et qui a

fait le petit château de M. de la Boissière et la maison de M. Bouret.

Le jour finissait; un nègre vint allumer les trente bougies que portait

un lustre et des girandoles de porcelaine de Sèvres, et Mélite se

met à admirer la légèreté du ciseau du sculpteur Pineau, à vanter le

talent avec lequel le peintre Dandrillon avait ménagé les finesses les

plus imperceptibles de la sculpture et de la menuiserie:—Dandrillon,

l'admirable Dandrillon qui a trouvé le secret de peindre les lambris

sans odeur, et d'appliquer l'or sur la sculpture sans blanc d'apprêt!

Trémicour et Mélite passent dans la chambre à coucher. Elle est de

forme carrée et à pans, avec des glaces dans les quatre angles. Un lit

d'étoffe de pékin jonquille, chamarré des plus belles couleurs, se voit

dans une niche. Le plafond se termine en voussure, et contient dans un

cadre circulaire un tableau, où Pierre a peint Hercule, dans les bras

de Morphée, réveillé par l'Amour. Les lambris sont imprimés couleur

de soufre tendre, les marbres bleu turquin, le parquet en marqueterie

mêlée de bois d'amarante et de cèdre. De jolis bronzes, des porcelaines

garnissent les tables de marbre en consoles, distribuées au-dessous des

quatre glaces.

Mais le boudoir, c'est une autre merveille! Les murs ici ont un

revêtement complet de glaces, dont les joints sont masqués par

des troncs d'arbres artificiels, sculptés, massés, feuillés avec un

art admirable. Ces arbustes, disposés en quinconces, sont jonchés de

fleurs et chargés de girandoles, dont les lumières graduées, grâce à

des gazes étendues sur les glaces du fond, vous donnent l'illusion d'un

véritable bosquet illuminé. La niche, où est placée l'ottomane, a un

parquet de bois de rose à compartiments, avec un pourtour et un plafond

de la niche revêtus de glace, à l'encadrement de crépines d'or. Enfin

la peinture de la menuiserie et de la sculpture a été appliquée par

Dandrillon, de manière qu'elle exhale la violette, le jasmin, la rose.

Troublée, émue par une musique, que Trémicour a fait cacher dans un

corridor entourant le boudoir, Mélite se sauve dans la pièce voisine.

Elle est dans l'appartement de bains, une salle toute de marbre, de

porcelaine, de mousseline, avec des lambris exécutés par Perrot sur

les dessins de Gillot, encadrés de plantes marines, montées en bronze

par Caffieri; au milieu un décor féerique de cristaux, de pagodes de

coquillages d'où se lèvent une baignoire et un lit de mousseline des

Indes brodée et ornée de glands en chaînette. Une porte entr'ouverte

lui laisse entrevoir le cabinet de toilette dont les lambris sont

peints par Huet qui y a représenté des fruits, des fleurs, des oiseaux

étrangers, entremêlés de guirlandes et de médaillons, dans lesquels

Boucher a peint en camaïeu de petits sujets galants, ainsi que dans

les dessus de portes. Au milieu, des jattes de porcelaine gros bleu

rehaussées d'or, remplies de fleurs naturelles, de petits meubles

d'étoffe de la même couleur, et dont les bois sont d'aventurine

appliquée par Martin, et sous un plafond à campane sculptée, contenant

une mosaïque en or, égayée de fleurs peintes par Bachelier, se dresse

une toilette d'argent ciselée par Germain.

Mélite commence à avoir l'admiration attendrie, quand elle est sauvée,

pour le moment, par une illumination de Tremblin, combinée avec des

jets d'eau et des transparents, suivie d'un joli feu d'artifice préparé

par Carle Ruggieri.

A demi vaincue, Mélite se laisse entraîner dans la salle à manger,

aux murs de stuc colorés par Clérici, qui a fait le salon de Neuilly

pour le comte d'Argenson et celui de Saint-Hubert pour Sa Majesté. Des

bas-reliefs de même matière, dus à Falconet, représentent les fêtes

de Comus et de Bacchus au milieu de trophées de chasse, de pêche et

d'amours sculptés par Vassé, et qui sont au nombre de douze, et d'où

jaillissent autant de torchères portant des girandoles à six branches.

Et ainsi continue l'originale séduction du marquis, qui ne fait grâce à

Mélite, dans sa maison, ni du cabinet de jeu revêtu de laque de Chine,

aux meubles d'étoffe des Indes brodée, aux plus belles porcelaines du

Japon et de Saxe placés sur des culs-de-lampe dorés d'ors de couleur,

ni du cabinet à prendre le café dont les lambris sont peints en

vert d'eau, parsemés de sujets pittoresques rehaussés d'or, et dont

les meubles sont en moire brodés en chaînettes, ni même du cabinet

d'aisance, avec sa cuvette de marbre à soupape, sa charmille feinte,

son ciel peuplé d'oiseaux, ni enfin du boudoir aux gravures, témoin de

la défaite de Mélite.

Enfin, voici la paroi du cabinet qui fait face à la cheminée, et

qu'emplissent deux portes, et un grand meuble à livres à figures, en

poirier noirci, fabriqué sur un dessin de mon frère, et où se marie le

style Louis XV avec le style Louis XVI.

Sur les portes descendent deux lourdes portières faites de tapis

d'Orient, dans l'un desquels domine la nuance abricot, et dans l'autre

le violet bleuissant et diapré de la prune, de ces tapis tissés d'une

laine incomplètement dégraissée, et où la teinture dans le _suint_

animal, que la toison garde encore de la bête, prend ce _velouté_ que

n'ont jamais les tapis de l'Europe. Ces tapis qu'on ne peut comparer

en rien aux persans du seizième siècle, mais tout charmants en

leurs soyeuses et floches couleurs, sont appelés vulgairement tapis

de Caramanie. Renan, qui sait infiniment de choses, croit que la

fabrication a lieu surtout dans la petite ville d'Oucha, l'ancienne

capitale de la Phrygie, et il suppose que, là, s'est conservée la

fabrication des tapis de l'ancienne Babylone. En ces pays, point de

manufactures, mais chaque maison un atelier, où la femme et la fille,

avec les yeux de coloriste de ces populations, deux ou trois fleurs

placées dans une poterie, qu'elles regardent de temps en temps pour

se maintenir dans la douce chromatique, travaillent dans un coin de

chambre ensoleillé. Et j'ai donné, dans un de mes romans, ce joli

détail fourni par l'étude d'un tapis possédé par un de mes amis: une

petite mèche de cheveux de femme perdue, de distance en distance, dans

le tissage de la laine, et marquant la tâche de chaque journée de

l'ouvrière. Au-dessus du meuble, sous le pastel de Perronneau du vieux

comte de Goyon, dont l'habit de velours noir et le cordon de soie rouge

tuaient toutes les peintures de la vente Aussant, s'étagent des bronzes

du Japon et de la Chine, aux deux côtés d'un ancien cloisonné.

Sur les coins, deux jardinières quadrangulaires, aux pans courbes,

et sur la patine fauve desquelles se détache échevelé, avec des

tortillages de queue qui ressemblent à des déroulements de serpents,

l'oiseau de paradis chimérique, appelé _Fong-hoang_ en Chine, _Foô_

au Japon: l'oiseau des Impératrices de l'Extrême-Orient. Puis deux

cornets, dont l'un est formé d'une feuille de latanier, serrée dans un

nœud fait par le corps ornemental d'un délicat dragon, accompagnent la

pièce du milieu. Quel charme a ce bleu des vieux cloisonnés, ce bleu

qui n'est à la fois ni du bleu ni du vert, ce bleu où il y a un peu

des ciels qu'a peints Véronèse, ce bleu où, en la sertissure du cuivre

doré, des fleurs rouges, couleur de cire à cacheter, et des fleurs

blanches, couleur de grès, éclatent dans une sourde richesse. M. de

Balloy, qui a passé de longues années en Chine, comme secrétaire de

la légation, me racontait, un jour, sur les bords du lac de Constance,

la primitive fabrication de ces émaux cloisonnés. On ne connaît pas

là-bas tout notre outillage d'Europe. L'émailleur, sa carcasse faite,

ses cloisons soudées, et cela avec les doigts et deux ou trois méchants

petits instruments, est assis devant le pas de sa porte, ayant devant

lui un _plat de feu_, une espèce de four de campagne, et là il cuit et

recuit, une trentaine de fois, ses émaux, soufflant son feu à grands

coups d'éventail. M. de Balloy disait que la lucidité des cloisonnés

chinois tient à ce que, avant que l'émail n'y soit versé, on argente

l'intérieur des cloisons, dont les arêtes extérieures sont seules

dorées, après l'achèvement de la pièce.

Trois bronzes japonais sont posés sur la tablette inférieure: un petit

faucon, le corps aplati sur des serres énormes avec un redressement

goulu de la tête; un éphèbe japonais, au bonnet de laque, à la robe

décolletée, aux formes efféminées, chevauchant une mule rétive, un

_Kirin_, l'animal fabuleux par excellence. Tête de dragon surmontée

d'une corne, crête de crocodile sur le dos, corps de cheval avec

des ailes membraneuses de chauve-souris, pieds de daim, tel est cet

animal, dont l'apparition annonce la venue au monde d'un homme d'une

intelligence et d'une bonté divines. Et l'animal lui-même, en dépit

de son apparence monstrueuse, est si humain pour les créatures, qu'au

milieu de la vitesse effroyable de sa course, il s'applique à ne point

fouler un vermisseau.

Ces bronzes à figurations d'animaux sont tous, quadrupèdes, oiseaux,

poissons, reptiles, des brûle-parfums, à petite plaque mobile

s'enlevant pour laisser monter l'encens. Car les parfums jouent un

grand rôle dans l'Extrême-Orient. Les Chinois en ont, de tout temps,

fait venir de l'Arabie et de l'Inde, dont ils fabriquent des bâtonnets,

des pastilles odoriférantes travaillées et sculptées avec le plus grand

art. Nous trouvons, dans le catalogue de M. de Sallé, des paquets de

_hiang_, ou mèches d'odeur, les unes à la senteur de camphre, les

autres à la senteur de safran, et une boîte d'étain remplie de bois de

_calamba_, bois très rare qui ne se recueille que sur la cime des plus

hautes montagnes, et dont la livre, au dire de l'expert, se vendait

jusqu'à deux cents ducats. Dans la vente de Guignes, notre ambassadeur

en Chine sous le Directoire, il était offert, aux enchères parisiennes,

un flacon de poudre jaune odoriférante, venant du Thibet,—de celle

que le grand lama envoyait tous les ans à l'Empereur du céleste Empire

pour fabriquer les chandelles aromatiques que l'on brûlait devant

les idoles: chandelles faites, avec ce parfum, de la sciure de bois

de santal, de la gomme. Le parfum, là-bas, n'est pas seulement une

jouissance pour un odorat plus sensuel que le nôtre; il est, en même

temps, un acte d'adoration de la divinité, poursuivie et atteinte par

la fumée légère et pénétrante, dans ses reculements les plus lointains

de l'humanité, et sous ses avatars les plus excentriques. C'est

l'origine de ces bouteilles qui servent à l'évaporation d'eau parfumée,

et de ces _ting_, ou assemblage de trois pièces de bronze: le vase à

brûler le parfum, le vase à contenir des fleurs, le vase à placer la

pelle et les pinces pour remuer les cendres. Du reste, j'ai là, sous la

main, un petit plateau, dont la décoration est faite d'une inscription,

qui témoigne de l'importance donnée dans les pays bouddhiques au

brûlement des parfums, et à la volupté, que cet embaumement factice

de l'air procure à l'homme et au dieu. Ce plateau coulé pour l'usage

spécial de la maison de l'Empereur, pour le _Yuen Ming Yuan_, le palais

des femmes, et sur lequel on apporte les bâtonnets parfumés, a pour

inscription une poésie de l'empereur Kien-Long commentant les préceptes

canoniques du livre intitulé TSIN-TSÉ, et dont voici la traduction:

_La fumée de l'encens monte jusqu'à la troisième voûte du ciel,

et se répand de là vers les points cardinaux. Chaque molécule

arrivant aux nobles narines du prince, de la transformation, lui

fera oublier toutes les calamités de la terre.

La fumée montant en spirale est l'image figurée des dix mille

bonheurs._

Sur la planche supérieure du grand meuble sont les grands livres, les

grands manuscrits de toutes les paroisses, que leur format expulse des

rayons de la bibliothèque. Je n'en cite que quelques-uns: LA SUITE

D'ESTAMPES GRAVÉES PAR MADAME LA MARQUISE DE POMPADOUR; avec la planche

de Rodogune;—les deux cahiers d'ÉLÉMENTS d'ORFÉVRERIE de Germain,—les

ÉTUDES d'ANATOMIE, fac-similés à la sanguine par Demarteau d'après les

dessins de Monnet, et où le squelette, le coude appuyé à une console,

pose en _agréable_ du temps;—LA MASCARADE A LA GRECQUE, dans laquelle

des femmes et des hommes, habillés de motifs d'architecture, moquent,

en 1771, le retour du goût à l'antique;—LA CARAVANNE (sic) DU SULTAN

A LA MECQUE, improvisée par les pensionnaires de l'Académie de France

pendant le carnaval de 1748;—la collection des dessins de Watteau,

publiée en deux volumes, sous le titre de «FIGURES DE DIFFÉRENTS

CARACTÈRES _Dessinées d'après nature, d'après Antoine Watteau_;—LA

GALERIE DES MODES ET COSTUMES FRANÇAIS, _d'après nature, d'après les

plus célèbres artistes en ce genre et colorés avec le plus grand soin

par madame Lebeau... chez les sieurs Esnauts et Rapilly_», un recueil

fait dans le temps avec un titre spécial, des cent meilleures planches

des six cents et plus éditées: collection que personne ne possède en

France, et dont Rapilly n'a vu qu'une seule fois un exemplaire complet,

qui s'est vendu sous ses yeux en Angleterre. Et encore des livres

pour leurs reliures: une DESCRIPTION HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE DE LA

FRANCE ANCIENNE ET MODERNE, aux armes du Dauphin, père de Louis XVI; et

la partition de ZÉMIRE ET AZOR, dans la plus splendide reliure _à la

fanfare_, en maroquin rouge.

La maison d'un artiste, Tome 2 · 第 24 / 53 题