savante par M. Noulet, dans son ouvrage de _Dame Clémence Isaure_,
Toulouse, 1853, in-8º. _V._ aussi Le Roux de Lincy, _Compagnies
littéraires avant l'Académie_ (_Revue de Paris_, 24 janvier 1841, p.
257 et suiv.). Si l'on veut avoir en main toutes les pièces du procès,
pour ou contre, on devra lire encore une lettre de M. de Ponsan à dom
Vaissette, dans laquelle il se déclare pour l'existence de dame Isaure.
M. L. Paris a publié cette lettre (_Cabinet historique_, nov. 1857, p.
285).]
«Dans l'ordonnance[232] qui accorde de nouveaux privilèges à la ville
de Beauvais, qui institue une fête commémorative où les femmes auront
le pas sur les hommes, il est fait mention de la vaillante bourgeoise.
C'est assez pour que, aux yeux même d'un douteur comme moi, Jeanne
Hachette soit une héroïne incontestable.»
[Note 232: _Ordonnances_, t. XVII, p. 259. Il est parlé de Jeanne
Hachette dans l'_Histoire de Louis XI_ de P. Mathieu, 1610, in-fol.,
p. 207, et dans le _Discours véritable du siège mis devant la ville de
Beauvais_, etc. (Cimber et Danjou, _Archiv. curieuses_, 1re série, t.
I, p. 115.)]
Aujourd'hui, après avoir lu un excellent travail de M. Tamisey de
Larroque[233], et relu, sur son indication, un curieux article de M.
Paulin Paris[234], je changerai de conclusion; je reviendrai, malgré
moi, au doute que je voulais écarter, et je serai presque tenté de dire
aussi affirmativement que M. Paris, à propos des dames de Beauvais:
«Elles ont toutes été des Jeanne Hachette... à l'exception de Jeanne
Hachette.»
[Note 233: _Revue des questions historiques_, octobre-décembre
1866, p. 610-614.]
[Note 234: _L'Assemblée nationale_, 19 février 1850.]
XX
«Rien de plus spontané et de plus authentique que ce mot de Louis XII:
_Le roi de France ne venge pas les injures du duc d'Orléans._ Philippe,
comte de Bresse et ensuite duc de Savoie, mort en 1497, avait dit peu
de temps avant lui: _Il serait honteux au duc de venger les injures
faites au comte._ Cette pensée généreuse était dans le cœur de ces
deux princes, et nous ne devons pas sans doute les regarder comme de
froids imitateurs de l'empereur Adrien, qui, le jour où il parvint au
pouvoir, rencontrant un ancien ennemi, et remarquant son embarras: «Tu
es sauvé,» lui dit-il (_evasisti_)[235].»
[Note 235: Le président Hénault, dans son _Abrégé chronologique_, à
l'année 1498, avait déjà fait ce rapprochement.]
Voilà ce que nous lisons dans un excellent travail de M. Suard,
_Notes sur l'esprit d'imitation_, revu et publié dans la _Revue
française_[236] par M. Jos.-Vict. Leclerc. Nous n'ajouterons rien à
ces quelques lignes[237]. On y trouve tout ce qu'il faut dire sur ce
_mot_ et sur beaucoup d'autres du même genre qui sont assez simples et
viennent assez facilement à l'esprit pour que deux princes, se trouvant
dans une position pareille, aient pu les dire sans se devoir rien l'un
à l'autre. Les rois généralement se volent peu leurs _mots_; lorsqu'il
y a plagiat, transposition, supposition d'esprit, soyez sûr que le
coupable est quelque historien trop zélé qui veut à toute force faire
bien parler celui dont il écrit l'histoire. Ne pouvant rien inventer,
il vole pour le compte de son héros. C'est dans ce cas seulement que
le _mot_ de Louis XII, devancé par celui du comte de Bresse, pourrait
être d'une authenticité contestable.
[Note 236: Nouv. série, t. VI, p. 202.]
[Note 237: Il est bon toutefois de remarquer que le _mot_ ne fut
pas dit à M. de la Trémoille, comme on l'a écrit partout, mais aux
députés de la ville d'Orléans, qui, après s'être assez mal conduits
avec leur duc, venaient en hâte lui faire leur soumission comme à leur
roi. Louis XII les écouta avec bienveillance et leur dit ensuite:
qu'_il ne serait décent et à honneur à un roi de France de venger les
querelles d'un duc d'Orléans_. (_Hist. ms. de Louis XII_, par Humbert
Velay, au prolog. du traduct. Nicol. de Langes.) Le _mot_ ainsi
présenté vise moins à l'antithèse et devient plus direct, plus naturel.]
Je n'ai point de chicane à faire au sujet de cet autre que dit le
_Père du Peuple_, lorsqu'on vint se plaindre à lui de la liberté de
langage que se permettaient les farceurs de la Basoche contre sa façon
de gouverner. «Le diable m'emporte! s'écria Louis XII, laissez-les
dire, mais qu'ils gardent l'honneur des dames.» Puis il ajouta que
ces satires étaient utiles, en ce qu'elles lui faisaient connaître la
pensée du peuple.
Je partagerai bien un peu l'opinion de mon ami Ch. d'Héricault[238],
qui trouve dans cette parole beaucoup moins de bonhomie que de prudente
politique; moins de condescendance volontaire et presque paternelle
que de concession forcée; quelque chose enfin comme la prétendue bonne
volonté de Louis-Philippe, qui laissait dire parce qu'il ne pouvait
empêcher de parler; mais ce sera une raison de plus pour que le _mot_
me semble authentique.
[Note 238: _Œuvres complètes de Gringore_, édit. elzévirienne, t.
I, p. XXVIII.]
Il sera bon toutefois, lorsqu'on le citera, de dire en quelle
circonstance il fut prononcé: c'est après la représentation de la
_Sottise à huit personnages; c'est à sçavoir: le Monde, Abuz, Sot
dissolu, Sot glorieux, Sot corrompu, Sot trompeur, Sot ignorant et
Sotte folle._ On y trouvait, entre autres épigrammes, celle-ci qui va
droit à l'adresse du prince un peu trop économe:
Libéralité interdite
Est aux nobles pour avarice:
Le chief mesme y est propice,
Et les subjectz sont si marchans!
On ne sait de qui est cette _sottise_ au libre parler, que Louis XII
alla, dit-on, voir représenter. On l'attribue à Jean Bouchet, ce qui
n'est pas invraisemblable. Il a en effet rappelé dans ses _Épistres
morales et familières_ la conduite si bienveillante du roi envers les
farceurs, et ses paroles d'encouragement pour la témérité de leurs
satires[239]. Cette mention, répétée en prose par Guillaume, frère de
Jean Bouchet, dans ses _Sérées_[240], pourrait bien être le fait d'un
souvenir ou plutôt d'une reconnaissance toute personnelle. Voici les
vers de Jean Bouchet:
[Note 239: _V._ notre édition de Gaultier Garguille, p. XLV de
l'Introduction: _La Farce et la Chanson au théâtre avant 1660_.]
[Note 240: 1635, in-8º, 2e partie, p. 18.]
Le roi Louis douzième désiroit
Qu'on les jouast devant lui, et disoit
Que par tels jeux il sçavoit mainte faute,
Qu'on lui celoit, par surprise trop haute.
XXI
«On ne retrouve plus, lit-on dans les _Études historiques_ de M. de
Chateaubriand[241], l'original du fameux billet: _Tout est perdu
fors l'honneur_; mais la France, qui l'aurait écrit, le tient pour
authentique.»
[Note 241: _Études historiques_, t. I, p. 128.]
Soit; je conviens que très longtemps, même chez les plus sérieux
historiens[242], l'on ajouta foi à la célèbre parole; ne retrouvant pas
le billet dont, en moins d'une ligne, elle était toute la teneur, on
s'en fiait de bonne grâce à la tradition qui le déclarait authentique;
mais lorsque au lieu de ce billet en cinq mots on retrouva toute
une lettre en vingt lignes au moins, qui était certainement la
copie de celle que François Ier dut écrire à sa mère le soir de la
malheureuse journée de Pavie, l'on ne fut plus aussi confiant. En
face de cette page, le _mot_ fut nettement mis en doute. C'est ce
que M. de Chateaubriand aurait dû savoir, car la découverte était
faite[243] avant qu'il publiât ses _Études historiques_; c'est ce que
M. de Sismondi surtout n'aurait pas dû ignorer, lui qui, venant après
M. de Chateaubriand et écrivant un livre plus sérieux, du moins par
l'apparence, et plus approfondi, n'aurait pas dû laisser courir encore,
sous le couvert de son _Histoire des Français_[244], ce _mot_, à qui
toutes les _histoires de France_ n'avaient déjà fait faire qu'un trop
beau chemin.
[Note 242: _V._ l'_Hist. de France_ du P. Daniel, sous la date de
1526.]
[Note 243: Dulaure la retrouva dans les _Registres manuscrits du
Parlement_, sous la date du 10 nov. 1525, et la publia dans son _Hist.
de Paris_; _V._ l'édit. de 1837, t. III, p. 209. Elle se trouve aussi
à la p. 191 de la _Chronique manuscrite_ de Nicaise Ladam, roi d'armes
de Charles-Quint; dans le _Journal_ qui sera cité tout à l'heure, et
dans les papiers du cardinal Granvelle, _Papiers d'État_ (_Collect.
des Documents inédits_), t. I, p. 258.--L'original est perdu, mais
l'authenticité de la lettre n'en est pas moins irrécusable, comme le
remarque fort bien M. Champollion, puisque l'on possède, autographe, la
réponse collective de Louise de Savoie et de Marguerite, réponse qui
reproduit presque textuellement les phrases de la lettre du roi.]
[Note 244: T. XVI, p. 242.]
Voyons la lettre véritable, telle que l'a donnée M. Champollion[245],
d'après un _Journal_ manuscrit du temps[246]:
[Note 245: _Captivité de François Ier_ (_Documents inédits_), p.
129-130.]
[Note 246: _Collect. Dupuy_, vol. DCCXLII.--Ce _Journal_ est celui
d'un _Bourgeois de Paris_ que M. Ludovic Lalanne a publié depuis, pour
la _Société de l'Histoire de France_, 1854, in-8º. La lettre se trouve
à la p. 237 de ce précieux volume.]
«Madame,
«Pour vous advertir comment se porte le ressort de mon infortune,
_de toutes choses ne m'est demouré que l'honneur et la vie qui est
saulve_[247], et pour ce que en nostre adversité cette nouvelle vous
fera quelque resconfort, j'ay prié qu'on me laissast pour escrire ces
lettres, ce qu'on m'a agréablement accordé. Vous suppliant de volloir
prendre l'extrémité de vous meismes, en usant de vostre accoutumée
prudence; car j'ai espoir en la fin que Dieu ne m'abandonnera point;
vous recommandant vos petits enfants et les miens, vous suppliant de
faire donner seur passage et le retour en Espaigne à ce porteur qui va
vers l'empereur pour sçavoir comme il faudra que je sois traicté, et
sur ce très humblement me recommande à vostre bonne grâce[248].»
[Note 247: Dans une autre copie de cette lettre, reproduite dans
le _Cabinet historique_ de M. L. Paris, t. II, p. 142, d'après un ms.
du fonds Fontanieu, on lit: «De toutes choses ne m'est demouré que
l'honneur et la vie qui est _saine_;» ce qui vaut mieux. Puisqu'il
écrit, sa vie est _saulve_; mais il pouvait être blessé, voilà pourquoi
il croit bon de dire que sa vie est _saine_.]
[Note 248: Il y a dans le XLIVe volume de cette même _collection
Dupuy_, une autre copie de la lettre de François Ier, dont le texte est
identique, sauf de légères variantes. M. A. Macé l'a publiée dans le
_Bulletin de l'Académie delphinale_ (t. IV, p. 11-26), et M. Chéruel,
d'après lui, dans la _Revue des Sociétés savantes_ (t. I, p. 146-149).]
Le _Tout est perdu fors l'honneur_ se trouve bien à peu près en
substance dans les premières lignes de la lettre; c'est ce qui fut
cause de l'erreur. Les historiens, avec cette manie de résumé et pour
ainsi dire de condensation qui s'empare d'eux quelquefois, et presque
toujours mal à propos, pensèrent qu'en réduisant à cinq mots bien
frappés toute cette lettre, ils lui donneraient plus de force. C'est
donc ce qu'ils firent, et cela, j'en suis sûr, avec d'autant plus
d'empressement qu'ils biffaient ainsi le: _et la vie qui est saulve_,
petite considération incidente, qui est en effet un peu moins héroïque
que le reste, mais qui pourtant paraît toute naturelle, quand on
réfléchit que c'est un fils qui écrit à sa mère. Le roi avait commencé
la phrase, le fils l'a achevée.
Antonio de Vera, qui devait connaître la lettre par le manuscrit de
Nicaise Ladam[249] ou par les papiers de Granvelle, semble avoir été
le premier qui s'avisa pour elle de cet arrangement _à la laconienne_.
Voici comment il nous l'a traduite en son espagnol: _Madama, toto se
ha perdido sino es la honra_[250]. Historien de Charles-Quint, Vera
n'avait pas sans doute intérêt à corriger la vérité pour faire plus
beau le rôle du roi de France; mais, présentée de cette façon, la
lettre avait je ne sais quel air qui devait plaire davantage à son
humeur castillane. C'est pour cela peut-être qu'il nous en arrangea
cette version, bientôt reprise chez nous, traduite, popularisée, mais
cette fois pour la raison toute française que le mot ainsi donné
séyait mieux au vaincu de Pavie et relevait encore son caractère
chevaleresque[251].
[Note 249: Sur cette curieuse _Chronique_ de Nicaise Ladam,
que nous avons indiquée tout à l'heure en note, on peut lire une
intéressante notice dans l'_Annuaire de la Bibliothèque royale de
Belgique_, 1842, p. 95.]
[Note 250: _Vida y hechos de Carlos V_, p. 123.]
[Note 251: M. Antonin Macé dit que le _billet sublime_, «si
profondément différent de la vraie lettre», est de l'invention du P.
Daniel (_Athenæum_, 14 oct. 1854, p. 960). Je crois que Daniel n'a fait
que le traduire d'Antonio de Vera.]
Lorsqu'un mensonge n'est, après tout, comme celui-ci, qu'un débris de
la vérité et qu'il a son origine dans une raison d'honneur, il faudrait
être bien sévère pour ne pas lui faire grâce[252]. Dire ce qu'il est,
ne plus y croire, voilà, selon moi, la seule rigueur qu'il faille se
permettre à son égard[253].
[Note 252: D'ailleurs, le mensonge était alors chose tellement
coutumière chez les historiens! «Il semble, dit M. Champollion,
justement au sujet de cette lettre altérée, que ce défaut de véracité
fût passé insensiblement dans les habitudes des écrivains des derniers
siècles.»]
[Note 253: L'_Épître_ de Clément Marot à la reine Éléonore, où l'on
trouve ce vers à propos du roi fait prisonnier:
Que le corps pris, l'honneur luy demoura,
quelques passages aussi d'une chanson faite par le roi pendant sa
captivité:
Cueur résolu d'autre chose n'a cure
Que de l'honneur...
* * * * *
Le corps vaincu, le cueur reste vainqueur...
purent aider encore à populariser l'erreur.--Sur quelques autres
circonstances de la bataille de Pavie, dénaturées par les historiens,
notamment par M. de Sismondi, _V._ Champollion, _Introduction aux
Lettres de François Ier_ p. XVIII.]
XXII
Souvent femme varie;
Bien fol est qui s'y fie
Ce sont deux vers qui ont bien couru le monde depuis le jour où l'on
dit que François Ier les écrivit sur une vitre du château de Chambord.
Les a-t-il écrits réellement, et, dans ce cas, est-ce bien sur une
vitre, longtemps cherchée, jamais retrouvée[254], qu'il les traça avec
le diamant de sa bague? Je vais laisser Brantôme vous répondre à ces
questions par un passage du _Discours IV_ de son livre: _Vie des Dames
galantes_[255].
[Note 254: Théophile, _Essai sur divers arts_, notes de M. De
l'Escalopier, p. 296.]
[Note 255: Édit. Ad. Delahays, p. 336.]
«Il me souvient qu'une fois, dit-il, m'estant allé pourmener à
Chambord, un vieux concierge qui estoit céans, et avoit esté valet de
chambre du roy François, m'y reçut fort honnestement; car il avoit dès
ce temps-là coneu les miens à la cour et aux guerres, et luy-mesme
me voulut monstrer tout; et m'ayant mené à la chambre du roy, il me
monstra un escrit au costé de la fenestre:
«Tenez, dit-il, lisez cela, Monsieur; si vous n'avez veu de l'escriture
du roy mon maistre, en voilà.» Et l'ayant leu, en grandes lettres il y
avoit ce mot: _Toute femme varie._»
Telle est la vérité: l'on peut en croire Brantôme, le seul qui ait
parlé de l'inscription comme l'ayant vue. Au lieu de deux vers, il
n'y avait donc qu'une simple ligne de trois mots. De plus, rien ne
nous prouve ici qu'elle ait été écrite sur la vitre avec un diamant,
plutôt que sur l'un des larges côtés de l'embrasure de la fenêtre,
avec de la craie ou du charbon: ce qui eût été plus naturel, surtout à
cette époque-là. Si François Ier, en effet, se servit de la pointe de
sa bague, il se trouve avoir été le premier qui fit usage du diamant
pour rayer le verre. On n'en connaît pas d'autre exemple de son
temps[256]; rien que pour cela certainement, Brantôme eût remarqué que
l'inscription avait été tracée sur la vitre.
[Note 256: Théophile, _Essai sur divers arts_, notes de M. De
l'Escalopier, p. 296.--C'est dans un livre du temps de Henri III
que j'en trouve la première indication, _les Subtiles et plaisantes
Inventions de J. Prévost_, Lyon, 1584, in-8º, Ire part., p. 30-31.]
Le roi avait écrit en grandes lettres, dit toujours Brantôme, et d'une
main, à ce qu'il paraît, assez assurée pour que le caractère de son
écriture fût reconnaissable. Or, comment cela serait-il possible s'il
avait écrit sur l'une des vitres étroites dont alors on garnissait les
fenêtres, et s'il se fût servi d'un diamant avec lequel on ne peut
marquer que des linéaments indécis? Tous ceux qui ont repris l'anecdote
après l'auteur des _Dames galantes_ l'ont mal comprise, et, par suite,
l'ont dénaturée en l'étendant. Mais de ceux-là, quel est le premier? Je
crois bien, sans toutefois en pouvoir répondre, que c'est l'auteur du
roman _Les Galanteries des Roys de France_[257].
[Note 257: Bruxelles, 1690, in-8º, t. I, p. 145. Il n'y avait pas
auparavant d'autre version que celle de Brantôme; aussi Bussy, dans
sa lettre à Corbinelli, du 25 juin 1670, citant le mot, le cite comme
Brantôme le donne. L'auteur de l'_Histoire amoureuse des Gaules_ devait
savoir par cœur ses _Femmes galantes_.]
Je ne connais pas de livre plus ancien, qui nous donne le distique.
Voici sous quelle forme il s'y trouve, laquelle a depuis été elle-même
altérée, car le mensonge n'est pas plus respecté que la vérité:
Souvent femme varie;
Mal habil qui s'y fie.
Quant au dénouement de l'histoire de la fameuse vitre, soit qu'on
dise qu'elle ait été «vendue aux Anglais comme tant d'autres choses
françaises»[258], soit qu'on raconte que Louis XIV, «alors jeune et
heureux,» la sacrifia à Mlle de La Vallière, c'est la digne conclusion
de ce petit roman taillé à plaisir dans un fait véritable.
[Note 258: _Hist. de Chambord_, par M. De la Saussaye, p. 52.]
XXIII
Que de choses dans l'histoire de François Ier, surtout dans la partie
galante, que de choses à ramener aussi de la vérité arrangée à la
vérité réelle, ou, plus souvent encore, du faux et de l'absurde au
raisonnable et au vrai!
Ainsi le dernier épisode de ses amours avec Mme de Chateaubriand,
qu'un mari en réalité fort brave homme, d'accommodante humeur, et qui
pleura bien sa femme[259], mais transformé en Barbe-Bleue farouche par
Varillas[260], Lesconvel, Mme de Muralt[261] et mille autres, pour les
besoins de leurs romans, aurait, disent ces inventeurs, ensanglanté de
la plus barbare manière, et avec un raffinement de vengeance presque
égal à celui dont le châtelain de Coucy et la dame de Fayel passaient
pour avoir été victimes[262].
[Note 259: _V._ un article excellent de M. J. Niel, dans
l'_Artiste_ du 1er novembre 1851, p. 97-100, et un chapitre non moins
convaincant du bibliophile Jacob, dans ses _Curiosités de l'Histoire de
France_, 2e série, 1858, in-12, p. 147-153.]
[Note 260: _Hist. de François Ier_, liv. IV.]
[Note 261: _Les Effets de la jalousie_, roman par Mme de
Muralt.--C'est de Varillas qu'est venu tout le mal, tout le mensonge.
Il lui a valu cette vigoureuse sortie du P. Griffet, qui, venant de
parler du P. Maimbourg, ajoute: «Varillas, qui est encore plus décrié
que lui, ment avec plus de sang-froid. Il osoit citer des manuscrits
et des pièces originales qui n'avoient jamais existé; il imaginoit des
aventures tragiques dont personne n'avoit jamais entendu parler; entre
autres, celle de la comtesse de Chateaubriand, dont la fausseté a été
démontrée par des documents authentiques.» (_Traité des différentes
sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l'histoire_, 1770,
in-8º, p. 14.)]
[Note 262: Dès le temps de Legrand d'Aussy, l'on n'était plus dupe
de la fausseté de cette légende. _V._ ses _Fabliaux des_ XIIe _et_
XIIIe _siècles_, édit. de 1779, t. III, p. 280, note, et t. IV, p. 174.]
C'est un roman qu'on a donné pour pendant à un roman.
Ainsi encore, tout le mensonge que ne font pas même pardonner les
beaux vers du _Roi s'amuse_, où l'on nous donne comme certain l'amour
de François Ier pour Diane de Poitiers, bien que rien ne prouve ces
rapports du père avec celle qui devait être plus tard la maîtresse
de son fils[263], et par lequel encore, non content de cette sorte
d'inceste de la main gauche, on cherche à flétrir l'acte de clémence
du roi pour le père de Diane, en disant que celle-ci l'avait payé de
son déshonneur. Si le roi n'eût pardonné qu'à ce prix honteux, il eût
pardonné tout à fait, car des grâces ainsi achetées ne se donnent pas
à moitié, et il n'eût pas gardé M. de Saint-Vallier en prison plus de
quatre ans après[264]. Croyez que s'il fut clément, c'est à cause du
gendre, mari de Diane, M. de Brézé, féal et dévoué serviteur, que son
zèle pour le roi avait conduit à dénoncer M. de Saint-Vallier, mais
sans nul doute avec l'espoir du pardon: le châtiment de celui qu'il
livrait l'eût trop puni lui-même[265].
[Note 263: Gaillard, _Hist. de François Ier_, t. IV, p. 362, voit
dans cet amour une calomnie, et il a raison; mais quand il ajoute
qu'elle est une invention des protestants, peut-être va-t-il trop loin.]
[Note 264: _V._ le beau travail de M. Gariel, bibliothécaire de
Grenoble, sur le procès de Saint-Vallier, _Delphinalia_, sept. 1856, p.
140-166.]
[Note 265: _Id._, _ibid._--Il y a beaucoup à dire aussi sur le
rôle de Diane à la cour de Henri II, surtout dans les derniers temps,
où elle fut la garde-malade de la reine et de ses enfants. _V._ à
ce sujet, dans les _Études sur l'histoire de l'art_, de M. Vitet,
4e série, p. 115-118, une note que nous avions eu l'honneur de lui
communiquer et à laquelle il a bien voulu donner l'autorité de son
approbation.--Il y avait si bon accord entre Diane et la reine, que
celle-ci put fort bien accepter dans le fameux monogramme de Henri II,
si souvent répété sur les façades du Louvre, une sorte de partage avec
l'autre: on y peut voir à volonté, soit les deux C. de Catherine, soit
les D. de Diane entrelacés avec les H. de Henri II. _V._ nos _Énigmes
des rues de Paris_, p. 281-285.]
Ainsi, enfin, l'histoire de la belle Féronnière[266], nouveau roman
de vengeance conjugale, qu'on ramène à la réalité en le débarrassant
des détails et du dénouement hideux dont, le premier de tous, Louis
Guyon[267] s'est plu à le charger, de sa pleine autorité d'inventeur de
scandales, et en le circonscrivant dans le cadre gracieux de cette XXVe
nouvelle de l'_Heptaméron_, qui en est le seul récit véritable.