M. LOUIS BARTHOU ET «LES TROIS ANS»

La loi militaire fixant de nouveau à trois ans la durée du service a été

enfin votée, à la Chambre des députés, samedi dernier, en une séance de

nuit, par une imposante majorité: 358 Voix contre 204. Les clameurs qui,

au delà des frontières, ont ponctué sa longue discussion et salué son

adoption sont le plus sûr indice de sa nécessité, de son excellence.

Le pays, en ces temps derniers, avait à maintes reprises manifesté à cet

égard son sentiment. Il ne sera point parcimonieux de sa reconnaissance

envers ceux qui viennent de lui assurer cette garantie de paix dans la

dignité: on en peut voir la preuve dans la popularité grandissante qui,

depuis le commencement des débats parlementaires sur ce grave sujet, s

est attachée au nom de M. Louis Barthou, président du Conseil, dès qu'on

reconnut en lui, dans cette discussion de près de deux mois--elle

commença le 2 juin--le défenseur le plus convaincu, le plus chaleureux,

le plus vaillant du projet déposé le 6 mars par le cabinet Aristide

Briand, et qu'il avait énergiquement fait sien.

Cette victoire patriotique, en effet, est pour la plus grande part

l'oeuvre de M. Louis Barthou.

Pendant cette longue bataille, il eut à tenir tête à des adversaires non

moins résolus qu'il l'était lui-même, intelligents, d'ailleurs, et bien

armés, qui lui ont opposé, après des violences calculées, d'insidieuses

théories et des arguties de casuistes. A leurs attaques furieuses il a

fait tête avec un sang-froid magnifique, un esprit d'à-propos jamais en

défaut, une rare vigueur d'intelligence, et, par-dessus tout, une

crânerie superbe, un courage civique qu'on ne saurait trop louer; car

quelle vraie bravoure ne lui fallut-il pas, pour opposer, à des

arguments de réunion publique souvent, d'autres fois à une obstruction

qui eût paru puérile si elle n'avait été si dangereuse, le langage de la

saine raison, de la conscience, et résister victorieusement à cette

tactique de surenchères démagogiques dont nous n'avons déjà que trop

éprouvé les désastreux résultats.

De toute la bataille, il n'a pas abandonné un moment le poste le plus

périlleux qui fût, face à l'ennemi irréductible, le chargeant avec une

furia toute française, intervenant à chaque séance, à chaque instant,

soutenant avec une étonnante vigueur la tâche la plus écrasante, tour à

tour spirituel, éloquent, émouvant, persuasif enfin, et témoignant d'une

endurance physique égale à sa verdeur intellectuelle, soutenu, exalté

par l'idée du noble devoir qu'il assumait devant la France.

Certes, bien avant cette épreuve, les magistrales qualités d'homme

politique de M. Louis Barthou n'étaient point méconnues, même de ses

rivaux ni de ses adversaires. Dans les circonstances graves, décisives

pour l'avenir de la patrie, où il vient de jouer ce rôle éminent, il

s'est révélé comme l'égal des plus grands parlementaires dont

s'enorgueillissent les fastes de nos assemblées.

L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet 1913 · 第 44 / 47 题