PÈLERINAGE SPORTIF

Saint Christophe est, nul n'en ignore, le patron des automobilistes. Or,

bien longtemps avant que roulât le plus démodé des «tacots», plusieurs

communes, paroisses et localités de France étaient placées sous la

protection du charitable Christophore. Or, le curé de l'une de ces

paroisses, Saint-Christophe-le-Jajolet, dans l'Orne, M. l'abbé Thuault,

inaugurant, dimanche dernier, une statue érigée au saint patron de son

église, avait eu l'idée d'organiser, ce jour-là et à cette occasion, un

pèlerinage de chauffeurs. Nombreux furent ceux qui répondirent à son

invite, et, à la date fixée, la petite bourgade, qui n'a guère, en tout,

que quatre cents habitants, était soudain envahie par les véhicules

automobiles les plus divers, limousines ou landaulets aristocratiques,

teufs-teufs sans prétention, et jusqu'à de robustes camions automobiles.

Processionnellement, de la petite église on se rendit à la place où

s'érige la statue du saint, au-dessus de laquelle flottaient, en ce

dimanche de fête, des étendards tricolores. Les autos, à petite vitesse,

suivaient, en longue théorie, au chant des hymnes et d'un cantique de

circonstance, la foule des fidèles, les gymnastes de la localité,

portant eux-mêmes sur un brancard, une statuette de saint Christophe.

C'était un spectacle infiniment pittoresque et original.

Le cortège s'arrêta tout autour de la place. L'encens monta dans l'air,

les chants se lurent, et l'abbé Thuault bénit, avec la foule

agenouillée, les autos rangées, immobiles et silencieuses, en

demi-cercle devant lui.

Les chauffeurs ont désormais leur Mecque.

L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet 1913 · 第 43 / 47 题