NAPOLÉON.

Ebersdorf, 28 mai 1809.

_Treizième bulletin de la grande armée._

Dans la nuit du 26 au 27, nos ponts sur le Danube ont été enlevés par

les eaux et par des moulins qu'on a détachés. On n'avait pas encore eu

le temps d'achever les pilotis et de placer la grande chaîne de fer.

Aujourd'hui, l'un des ponts est rétabli, on espère que l'autre le sera

demain.

L'empereur a passé la journée d'hier sur la rive gauche, pour visiter

les fortifications que l'on élève dans l'île d'In-der-Lobau, et pour

voir plusieurs régimens du corps du duc de Rivoli en position de cette

espèce de tête de pont.

Le 27, à midi, le capitaine Bataille, aide-de-camp du prince vice-roi, a

apporté l'agréable nouvelle de l'arrivée de l'armée d'Italie à Bruck. Le

général Lauriston avait été envoyé au devant d'elle, et la jonction a eu

lieu sur le Simmeringberg. Un chasseur du neuvième qui était en coureur

en avant d'une reconnaissance de l'armée d'Italie, rencontra un chasseur

d'un peloton du vingtième, envoyé par le général Lauriston, Après s'être

observés pendant quelque temps, ils reconnurent qu'ils étaient Français

et s'embrassèrent. Le chasseur du vingtième marcha sur Bruck, pour se

rendre auprès du vice-roi, et celui du neuvième se dirigea vers le

général Lauriston pour l'informer de l'approche de l'armée d'Italie.

Il y avait plus de douze jours que les deux armées n'avaient pas de

nouvelles l'une de l'autre. Le 26 au soir, le général Lauriston était à

Bruck au quartier-général du vice-roi.

Le vice-roi a montré dans toute cette campagne un sang-froid et un coup

d'oeil qui présagent un grand capitaine.

Dans la relation des faits qui ont illustré l'armée d'Italie pendant ces

vingt derniers jours, Sa Majesté a remarqué avec plaisir la destruction

du corps de Jellachich. C'est ce général qui fit aux Tyroliens cette

insolente proclamation qui alluma leur fureur et aiguisa leurs

poignards. Poursuivi par le duc de Dantzick, menacé d'être pris eu flanc

par la brigade du général Dupellin, que le duc d'Auerstaedt avait fait

déboucher par Mariazell, il est venu tomber comme dans un piége en avant

de l'armée d'Italie. L'archiduc Jean qui, il y a si peu de temps, et

dans l'excès de sa présomption, se dégradait par sa lettre au duc de

Raguse, a évacué Gratz, hier, 27, ramenant à peine vingt ou vingt-cinq

mille hommes de cette belle armée qui était entrée en Italie.

L'arrogance, l'insulte, les provocations à la révolte, toutes ses

actions portant le caractère de la rage, ont tourné à sa honte.

Les peuples de l'Italie se sont conduits comme auraient pu le faire les

peuples de l'Alsace, de la Normandie ou du Dauphiné. Dans la retraite de

nos soldais, ils les accompagnaient de leurs voeux et de leurs larmes;

ils reconduisaient par des chemins détournés, et jusqu'à cinq marches

de l'armée, les hommes égarés. Lorsque quelques prisonniers ou quelques

blessés, français ou italiens, ramenés par l'ennemi, traversaient les

villes et les villages, les habitans leur portaient des secours; ils

cherchaient pendant la nuit les moyens de les travestir et de les faire

sauver.

Les proclamations et les discours de l'archiduc Jean n'inspiraient que

le mépris et le dédain, et l'on aurait peine à se peindre la joie des

peuples de la Piave, du Tagliamento et du Frioul, lorsqu'ils virent

l'armée de l'ennemi fuyant en désordre, et l'armée du souverain et de la

patrie revenant triomphante.

Lorsqu'on a visité les papiers de l'intendant de l'armée autrichienne

qui était à la fois le chef du gouvernement et de la police, et qui a

été pris à Padoue avec quatre voitures, on y a découvert la preuve de

l'amour des peuples d'Italie pour l'empereur. Tout le monde avait

refusé des places, personne ne voulait servir l'Autriche: et parmi sept

millions d'hommes qui composent la population du royaume, l'ennemi n'a

trouvé que trois misérables qui n'aient pas repoussé la séduction.

Les régimens d'Italie qui s'étaient distingués en Pologne et qui avaient

rivalisé d'intrépidité dans la campagne de Catalogne avec les plus

vieilles bandes françaises, se sont couverts de gloire dans toutes les

affaires. Les peuples d'Italie marchent à grands pas vers le dernier

terme d'un heureux changement. Cette belle partie du continent, où

s'attachent tant de grands et d'illustres souvenirs, que la cour de

Rome, que, cette nuée de moines, que ses divisions avaient perdue,

reparaît avec honneur sur la scène de l'Europe.

Tous les détails qui suivent, de l'armée autrichienne, constatent que

dans les journées du 21 et du 22, sa perte a été énorme. L'élite de

l'armée a péri. Selon les aimables de Vienne, les manoeuvres du général

Danube ont sauvé l'armée autrichienne.

Le Tyrol et le Voralberg sont parfaitement soumis. La Carniole,

la Styrie, la Carinthie, le pays de Salzbourg, la Haute et la

Basse-Autriche sont pacifiés et désarmés.

Trieste, cette ville où les Français et les Italiens ont subi tant

d'outrages, a été occupée. Les marchandises coloniales anglaises ont été

confisquées. Une circonstance de la prise de Trieste a été très-agréable

a l'empereur: c'est la délivrance de l'escadre russe; elle avait eu

ordre d'appareiller pour Ancône; mais retenue par les vents contraires,

elle était restée au pouvoir des Autrichiens.

La jonction de l'armée de Dalmatie est prochaine. Le duc de Raguse s'est

mis en marche aussitôt qu'il a appris que l'armée d'Italie était sur

l'Izonso. On espère qu'il arrivera à Laybach avant le 5 juin.

Le brigand Schill qui se donnait, et avec raison, le titre de général au

service de l'Angleterre, après avoir prostitué le nom du roi de Prusse,

comme les satellites de l'Angleterre prostituent celui de Ferdinand

à Séville, a été poursuivi et jeté dans une île de l'Elbe. Le roi de

Westphalie, indépendamment de quinze mille hommes de ses troupes, avait

une division hollandaise et une division française; et le duc de Valmy a

déjà réuni à Hanau deux divisions du corps d'observation, commandées

par les généraux Rivaux et Despeaux, et composées des brigades Lameth,

Clément, Taupin et Vaufreland.

La pacification de la Souabe rend disponible le corps d'observation du

général Beaumont qui est réuni à Augsbourg, et où se trouvent plus de

trois mille dragons.

La rage des princes de la maison de Lorraine contre la ville de Vienne

peut se peindre par un seul trait. La capitale est nourrie par quarante

moulins établis sur la rive gauche du fleuve. Ils les ont fait enlever

et détruire.

Ebersdorf, 1er juin 1809.

_Quatorzième bulletin de la grande armée._

Les ponts sur le Danube sont entièrement rétablis. On y a joint un pont

volant, et l'on prépare tous les matériaux nécessaires pour jeter un

autre pont de radeaux. Sept sonnettes battent des pilotis; mais le

Danube ayant dans plusieurs endroits vingt-quatre et vingt-six pieds de

profondeur, on emploie toujours beaucoup de temps pour faire tenir les

ancres, lorsqu'on déplace les sonnettes. Cependant les travaux avancent

et seront terminés sous peu.

Le général de brigade du génie Lazowski fait travailler, sur la rive

gauche, à une tête de pont qui aura seize cents toises de développement,

et qui sera couverte par un bon fossé plein d'eau courante.

Le quarante-quatrième équipage de la flottille de Boulogne, commandé par

le capitaine de vaisseau Baste, est arrivé. Un grand nombre de bateaux

en croisière battent toutes les îles, couvrent le pont et rendent

beaucoup de services.

Le bataillon des ouvriers de la marine travaille à la construction de

petites péniches armées, qui serviront a maîtriser parfaitement le

fleuve.

Après la défaite du corps du général Jellachich, M. Mathieu,

capitaine-adjoint à l'état-major de l'armée d'Italie, fut envoyé avec

un dragon d'ordonnance sur la route de Salzbourg; ayant rencontré

successivement une colonne de six cent cinquante hommes de troupes de

ligne, et une colonne de deux mille landwehrs qui, l'une et l'autre

étaient coupées et égarées, il les somma de se rendre, et elles mirent

bas les armes.

Le général de division Lauriston est arrivé à Oedembourg, premier

comitat de Hongrie, avec une forte avant-garde. Il paraît qu'il y a de

la fermentation en Hongrie, que les esprits y sont très-divisés, et que

la majorité n'est pas favorable à l'Autriche.

Le général de division Lasalle a son quartier-général vis-à-vis

Presbourg, a poussé ses postes jusqu'à Altenbourg et jusqu'auprès de

Raab.

Trois-divisions de l'armée d'Italie sont arrivées a Neustadt. Le

vice-roi est depuis deux jours au quartier-général de l'empereur.

Le général Macdonald, commandant un des corps de l'armée d'Italie, est

entré à Gratz. On a trouvé dans cette capitale de la Styrie d'immenses

magasins de vivres et d'effets d'habillement et d'équipement de toute

espèce.

Le duc de Dantzick est à Lintz.

Le prince de Ponte-Corvo marche sur Vienne. Le général de division

Vandamme, avec les Wurtembergeois, est à Saint-Polten, Mauteru et Krems.

La tranquillité règne dans le Tyrol. Coupés par les mouvemens du duc

de Dantzick et de l'armée d'Italie, tous les Autrichiens qui s'étaient

imprudemment engagés dans cette pointe, ont été détruits, les uns par

le duc de Dantzick, les autres, tels que le corps de Jellachich, par

l'armée d'Italie. Ceux qui étaient en Souabe n'ont eu d'autre ressource

que de tâcher de traverser en partisans l'Allemagne, en se portant sur

le Haut-Palatinat. Ils formaient une petite colonne d'infanterie et de

cavalerie qui s'était échappée de Lindau et qui avait été rencontrée par

le colonel Reiset du corps d'observation du général Beaumont; elle a été

coupée à Neumarck, et la colonne entière, officiers et soldats, a mis

bas les armes.

Vienne est tranquille, le pain et le vin sont en abondance; mais la

viande que cette capitale tirait du fond de la Hongrie, commence à

devenir rare. Contre toutes les raisons politiques et tous les

motifs d'humanité, les ennemis font l'impossible pour affamer leurs

compatriotes et cette capitale qui renferme cependant leurs femmes et

leurs enfans. Il y a loin de cette conduite à celle de notre Henri

IV, nourrissant lui-même une ville qui était alors ennemie et qu'il

assiégeait.

Le duc de Montebello est mort hier à cinq heures du matin. Quelque temps

auparavant, l'empereur s'était entretenu pendant une heure avec lui. Sa

Majesté avait envoyé chercher par le général Rapp, son aide-de-camp, M.

le docteur Franck, l'un des médecins les plus célèbres de l'Europe; ses

blessures étaient en bon état, mais une fièvre pernicieuse avait fait

en peu d'heures les plus funestes progrès. Tous les secours de l'art

étaient devenus inutiles. S. M. a ordonné que le corps du duc de

Montebello soit embaumé et transporté en France pour y recevoir les

honneurs qui sont dus à un rang élevé et à d'éminens services. Ainsi a

fini l'un des militaires les plus distingués qu'ait eus la France.

Dans les nombreuses batailles où il s'est trouvé, il avait reçu treize

blessures. L'empereur a été extrêmement sensible à cette perte qui sera

ressentie par tous les Français.

Ebersdorf, 2 juin 1809.

_Quinzième bulletin de la grande armée._

L'armée de Dalmatie a obtenu les plus grands succès; elle a défait

tout ce qui s'est présenté devant elle aux combats de Mont-Kitta, de

Gradchatz, de la Liéca et d'Ottachatz. Le général en chef Sloissevich a

été pris.

Le duc de Raguse est arrivé le 28 à Fiume, et a fait ainsi sa jonction

avec l'armée d'Italie et avec la grande armée, dont l'armée de Dalmatie

forme l'extrême droite. On fera connaître la relation du duc de Raguse

sur ces différens événemens.

Le 28, une escadre anglaise de quatre vaisseaux, deux frégates et un

brick, s'est présentée devant Trieste, avec l'intention de prendre

l'escadre russe. Le général comte Cafarelli venait d'arriver dans ce

port. Comme la ville était désarmée, les Russes ont débarqué quarante

pièces de canon, dont vingt-quatre de 36 et seize de 24. On a mis ces

pièces en batterie, et l'escadre russe s'est embossée. Tout était prêt

pour bien recevoir l'ennemi qui, voyant son coup manqué, s'est éloigné.

Un millier d'Autrichiens ayant passé de Krems sur la rive droite du

Danube, ont été culbutés par le corps, wurtembergeois qui leur a fait

soixante prisonniers.

Ebersdorf, 4 juin 1809.

_Seizième bulletin de la grande armée._

L'ennemi avait jeté sur la rive droite du Danube, vis-à-vis Presbourg,

une division de neuf mille hommes, qui s'était retranchée dans le

village d'Engerau. Le duc d'Auerstaedt l'a fait attaquer hier par les

tirailleurs de Hesse-Darmstadt, soutenus par le douzième régiment

d'infanterie de ligne. Le village a été emporté avec rapidité. Un major,

huit officiers du régiment de Beaulieu, parmi lesquels se trouve le

petit-fils de ce feld-maréchal, et quatre cents hommes ont été pris.

Le reste du régiment a été tué, ou blessé, ou jeté dans l'eau; ce qui

restait de la division a trouvé protection dans une île pour repasser le

fleuve. Les tirailleurs de Hesse-Darmstadt se sont très-bien battus.

Le vice-roi a aujourd'hui son quartier-général à Oedembourg.

Les effets les plus précieux de la cour ont été transportés de Bude à

Peterswalde, où l'impératrice s'est retirée.

Le duc de Raguse est arrivé à Laybach.

Le général Macdonald est maître de Gratz; il cerne la citadelle qui fait

mine de résister.

A la bataille d'Esling, le général de brigade Foulers, blessé dans une

charge, fut précipité de son cheval, et le général de division

Durosnel, aide-de-camp de l'empereur, portant un ordre à la division de

cuirassiers qui chargeait, avait aussi été renversé. Nous avons eu la

satisfaction d'apprendre que ces deux généreux et cent cinquante soldats

que nous croyions avoir perdus, ne sont que blessés, et étaient restés

dans les blés, lorsque l'empereur ayant appris que les ponts du Danube

venaient de se rompre, ordonna de se concentrer entre Esling et

Gross-Aspern.

Le Danube baisse; cependant la continuation des chaleurs fait encore

craindre une crue.

Vienne, 8 juin 1809.

_Dix-septième bulletin de la grande armée._

Le colonel Gorgoli, aide-de-camp de l'empereur de Russie, est arrivé

au quartier-impérial avec une lettre de ce souverain pour S. M. Il

a annoncé que l'armée russe se dirigeant sur Olmutz avait passé la

frontière le 24 mai.

L'empereur a passé avant-hier la revue de sa garde, infanterie,

cavalerie et artillerie. Les habitans de Vienne ont admiré le nombre, la

belle tenue et le bon état de ces troupes.

Le vice-roi s'est porté avec l'armée d'Italie à Oedembourg, en Hongrie.

Il paraît que l'archiduc Jean cherche à rallier son armée sur Raab.

Le duc de Raguse est arrivé avec l'armée de Dalmatie, le 3 de ce mois, à

Laybach.

Les chaleurs sont très-fortes, et les gens-pratiques du Danube annoncent

qu'il y aura un débordement d'ici à peu de jours. On profite de ce temps

pour achever, indépendamment des ponts de bateaux et de radeaux, de

planter les pilotis.

Tous les renseignemens que l'on reçoit du côté de l'ennemi annoncent que

les villes de Presbourg, Brunn et Znaïm sont remplies de blessés. Les

Autrichiens évaluent eux-mêmes leur perte à dix-huit mille hommes.

Le prince Poniatowski, avec l'armée du grand-duché de Varsovie, poursuit

ses succès. Après la prise de Sandomir, il s'est emparé de la forteresse

de Zamosc, où il a fait éprouver à l'ennemi une perte de trois mille

hommes et pris trente pièces de canon. Tous les Polonais qui sont à

l'armée autrichienne désertent.

L'ennemi, après avoir échoué devant Thorn, a été vivement poursuivi par

le général Dombrowski.

L'archiduc Ferdinand ne retirera que de la honte de son expédition. Il

doit être arrivé dans la Silésie autrichienne, réduit au tiers de ses

forces.

Le sénateur Wibiski s'est distingué par ses sentimens patriotiques et

son activité.

M. le comte de Metternich «st arrivé à Vienne. Il va être échangé aux

avant-postes avec la légation française, à qui les Autrichiens avaient,

contre le droit des gens, refusé des passeports, et qu'ils avaient

emmenée à Pest.

Vienne, 13 juin 1809.

_Dix-huitième bulletin de la grande armée._

La division du général Chasteller, qui avait insurgé le Tyrol, a passé

le 4 de ce mois aux environs de Clagenfurth, pour se jeter en Hongrie.

Le général Rusca a marché à elle, et il y a eu un engagement assez vif,

où l'ennemi a été battu, et où on lui a fait neuf cents prisonniers.

Le prince Eugène, avec un gros corps, manoeuvre au milieu de la Hongrie.

Depuis quelques jours le Danube a augmenté d'un pied.

Le général Gratien, avec une division hollandaise, ayant marché

sur Stralsund, où s'était retranché le nommé Schill, a enlevé ses

retranchemens d'assaut. Schill avait donné ordre de brûler la ville pour

assurer sa retraite, mais sa bande n'en a pas eu le temps; elle a été

en entier tuée ou prise; lui-même a été tué sur la grande place près du

corps-de-garde, dans le moment où il se sauvait et cherchait à gagner le

port pour s'embarquer.

L'archiduc Ferdinand a évacué précipitamment Varsovie le 2 juin. Ainsi

tout le grand-duché est abandonné par l'armée ennemie, tandis que les

troupes que commande le prince Poniatowski occupent les trois quarts de

la Galicie.

Vienne, 16 juin 1809.

_Dix-neuvième bulletin de la grande armée._

L'anniversaire de la bataille de Marengo a été célébré par la victoire

de Raab, que la droite de l'armée commandée par le vice-roi, a remportée

sur les corps réunis de l'archiduc Jean et de l'archiduc Palatin.

Depuis la bataille de la Piave, le vice-roi a poursuivi l'archiduc Jean,

l'épée dans les reins.

L'armée autrichienne espérait se cantonner aux sources de la Raab, entre

Saint-Gothard et Comorn.

Le 5 juin, le vice-roi partit de Neustadt et porta son quartier-général

à Oedembourg, en Hongrie.

Le 7, il continua son mouvement, et arriva à Guns. Le général Lauriston,

avec son corps d'observation, le rejoignit sur la gauche.

Le 8, le général Montbrun, avec sa division de cavalerie légère, força

le passage de la Raabnilz, auprès de Sovenshaga, culbuta trois cents

cavaliers de l'insurrection hongroise, et les rejeta sur Raab.

Le 9, le vice-roi se porta sur Sarvar.

La cavalerie du général Grouchy rencontra l'arrière-garde ennemie à

Vasvar, et fit quelques prisonniers.

Le 10, le général Macdonald, venant de Gratz, arriva à Comorn.

Le 11, le général de division Grenier rencontra à Karako, une colonne de

flanqueurs ennemis qui défendait le pont, et passa la rivière de vive

force. Le général Debroc, avec le neuvième de hussards, a fait une belle

charge sur un bataillon de quatre cents hommes, dont trois cents ont été

faits prisonniers.

Le 12, l'armée déboucha par le pont de Merse sur Papa. Le vice-roi

aperçut d'une hauteur toute l'armée ennemie en bataille. Le général

de division Montbrun, général de cavalerie et officier d'une grande

espérance, déboucha dans la plaine, attaqua et culbuta la cavalerie

ennemie, après avoir fait plusieurs manoeuvres précises et vigoureuses.

L'ennemi avait déjà commencé sa retraite. Le vice-roi passa la nuit à

Papa.

Le 13, à cinq heures du matin, l'armée se mit en marche pour se porter

sur Raab. Notre cavalerie et la cavalerie autrichienne se rencontrèrent

un village de Szanak. L'ennemi fut culbuté et on lui fit quatre cents

prisonniers.

L'archiduc Jean, ayant fait sa jonction avec l'archiduc Palatin, près de

Raab, prit position sur de belles hauteurs, la droite appuyée à Raab,

ville fortifiée, et la gauche couvrant le chemin de Comorn, autre place

forte de la Hongrie.

Le 14 à onze heures du matin, le vice-roi range son armée en bataille,

et avec trente-cinq mille hommes, en attaque cinquante mille. L'ardeur

de nos troupes est encore augmentée par le souvenir de la victoire

mémorable qui a consacré cette journée. Tous les soldats poussent des

cris de joie à la vue de l'armée ennemie, qui était sur trois lignes et

composée de vingt à vingt-cinq mille hommes, restes de cette superbe

armée d'Italie, qui naguère se croyait déjà maîtresse de toute l'Italie;

de dix mille hommes commandés par le général Haddick, et formés des

réserves des places fortes de Hongrie; de cinq à six mille hommes

composés des débris réunis du corps de Jellachich, et des autres

colonnes du Tyrol, échappés aux mouvemens de l'armée, par les gorges de

la Carinthie; enfin, de douze a quinze mille hommes de l'insurrection

hongroise, cavalerie et infanterie.

Le vice-roi plaça son armée, la cavalerie du général Montbrun, la

brigade du général Colbert et la cavalerie du général Grouchy sur la

droite; le corps du général Grenier, formant deux échelons, dont la

division du général Serras formait l'échelon de droite, en avant; une

division italienne commandée par le général Baragucy-d'Hilliers, formant

le second échelon, et la division du général Puthod, en réserve. Le

général Lauriston, avec son corps d'observation, soutenu par le général

Sahuc, formait l'extrême gauche, et observait la place de Raab.

A deux heures après midi, la canonnade s'engagea. A trois heures, le

premier, le second et le troisième échelons, en vinrent aux mains. La

fusillade devint vive, la première ligne de l'ennemi fut culbutée,

mais la seconde ligne arrêta un instant l'impétuosité de notre premier

échelon qui fut aussitôt renforcé et la culbuta. Alors la réserve de

l'ennemi se présenta. Le vice-roi qui suivait tous les mouvemens de

l'ennemi, marcha, de son côté, avec sa réserve: la belle position des

Autrichiens fut enlevée, et à quatre heures la victoire était décidée.

L'ennemi, en pleine déroute, se serait difficilement rallié si un défilé

ne s'était opposé aux mouvemens de notre cavalerie. Trois mille hommes

faits prisonniers, six pièces de canon et quatre drapeaux, sont les

trophées de cette journée. L'ennemi a laissé sur le champ de bataille

trois mille morts, parmi lesquels on a trouvé un général major. Notre

perte s'est élevée à neuf cents hommes tués ou blessés. Au nombre des

premiers se trouve le colonel Thierry, du vingt-troisième régiment

d'infanterie légère, et parmi les derniers, le général de brigade

Valentin et le colonel Expert.

Le vice-roi fait une mention particulière des généraux Grenier,

Montbrun, Serras et Danthouard. La division italienne Severoli a montré

beaucoup de précision et de sang-froid. Plusieurs généraux ont eu leurs

chevaux tués; quatre aides-de-camp du vice-roi ont été légèrement

atteints. Ce prince a été constamment au milieu de la plus grande mêlée.

L'artillerie commandée par le général Sabatier, a soutenu sa réputation.

Le champ de bataille de Raab avait été dès long-temps reconnu par

l'ennemi, car il annonçait fort à l'avance qu'il tiendrait dans cette

belle position. Le 15, il a été vivement poursuivi sur la route de

Comorn et de Pest.

Les habitans du pays sont tranquilles, et ne prennent aucune part à la

guerre. La proclamation de l'empereur a mis de l'agitation dans

les esprits. On sait que la nation hongroise a toujours désiré son

indépendance. La partie de l'insurrection qui se trouve à l'armée avait

déjà été levée par la dernière diète; elle est sous les armes et elle

obéît.

Vienne, 20 juin 1809.

_Vingtième bulletin de la grande armée._

Lorsque la nouvelle de la victoire de Raab arriva à Bude, l'impératrice

en partit à l'heure même, ainsi que tout ce qui tenait au gouvernement.

L'armée ennemie a été poursuivie pendant les journées du 15 et du 16;

elle a passé le Danube sur le pont de Comorn. La ville de Raab a été

investie. On espère être maître sous peu de jours de cette place

importante. On a trouvé dans les faubourgs des magasins assez

considérables.

On a pris le superbe camp retranché de Raab, qui pouvait contenir cent

mille hommes. La colonne destinée à le défendre n'a pu s'y introduire;

elle a été coupée.

Un courrier venant de Bude, a été intercepté. Les dépêches écrites en

latin, dont il était porteur, font connaître l'effet qu'a produit la

bataille de Raab.

L'ennemi inonde le pays de faux bruits; cela tient au système adopté

pour remuer les dernières classes du peuple.

M. de Metternich est parti le 18 de Vienne. Il sera échangé entre Comorn

et Bude, avec M. Dodun et les autres personnes de la légation française.

M. d'Epinay, officier d'ordonnance de S.M., est arrivé à Pétersbourg. Il

a passé au quartier-général de l'armée russe. Le prince Serge-Galitzin

est entré en Galicie le 3 de ce mois, sur trois colonnes; savoir,

celle du général Levis par Drohyezim; celle du prince Gortszakoff par

Therespold, et celle du prince Suwarow par Wlodzimirz.

Vienne, 22 juin 1809.

_Vingt-unième bulletin de la grande armée._

Un aide-de-camp du prince Joseph Poniatowski est arrivé du

quartier-général de l'armée du grand-duché. Le 10 de ce mois le prince

Serge Galitzin devait être à Lublin et son avant-garde à Sandomir.

L'ennemi se complaît à répandre des bulletins éphémères, où il rapporte

tous les jours une victoire: selon lui, il a pris vingt mille fusils et

deux mille cuirasses à la bataille d'Esling. Il dit que le 21 et le

22 il était maître du champ de bataille. Il a même fait imprimer et

répandre une gravure de celle bataille, où on le voit enjambant de l'une

à l'autre rive, et ses batteries traversant les îles et le champ de

bataille dans tous les sens. Il imagine aussi une bataille, qu'il

appelle la bataille de Kitsée, dans laquelle un nombre immense de

Français auraient été pris ou tués. Ces puérilités, colportées par de

petites colonnes de landwehrs comme celle de Schill, sont une tactique

employée pour inquiéter et soulever le pays.

Le général Maziani qui a été fait prisonnier à la bataille de Raab, est

arrivé au quartier-général. Il dit que, depuis la bataille de la Piave,

l'archiduc Jean avait perdu les deux tiers de son monde; qu'il a ensuite

reçu des recrues qui ont à peu près rempli les cadres, mais qui ne

savent pas faire usage de leurs fusils. Il porte à douze mille hommes la

perte de l'archiduc Jean et du Palatin à la bataille de Raab. Selon le

rapport des prisonniers hongrois, l'archiduc Palatin a été le premier

dans cette journée à prendre la fuite.

Quelques personnes ont voulu mettre en opposition la force de l'armée

autrichienne à Esling, estimée à quatre-vingt-dix mille hommes, avec

les quatre-vingt mille hommes qui ont été faits prisonniers depuis

l'ouverture de la campagne; elles ont montré peu de réflexion. L'armée

autrichienne est entrée en campagne avec neuf corps d'armée de quarante

mille hommes chacun, et il y avait dans l'intérieur des corps de recrues

et de landwehrs; de sorte que l'Autriche avait réellement plus de quatre

cent mille hommes sous les armes. Depuis la bataille d'Ebensberg jusqu'à

la prise de Vienne, y compris l'Italie et la Pologne, on peut avoir fait

cent mille prisonniers à l'ennemi, et il a perdu cent mille hommes tués,

déserteurs ou égarés. Il devait donc lui rester encore deux cent mille

hommes distribués comme il suit: l'archiduc Jean avait à la bataille de

Raab cinquante mille hommes, la principale armée autrichienne avait,

avant la bataille d'Esling quatre-vingt-dix mille hommes; il restait

donc, vingt-cinq mille hommes à l'archiduc Ferdinand à Varsovie, et

vingt-cinq mille hommes étaient disséminés dans le Tyrol, dans la

Croatie et répandus en partisans sur les confins de la Bohème.

L'armée autrichienne à Esling était composée du premier corps commandé

par le général Bellegarde, le seul qui n'eût pas donné et qui fût encore

entier, et des débris du deuxième, du troisième, du quatrième, du

cinquième et du sixième corps qui avaient été écrasés dans les batailles

précédentes. Si ces corps n'avaient rien perdu et eussent été réunis

tels qu'ils étaient au commencement de la campagne, ils auraient

formé deux cent quarante mille hommes. L'ennemi n'avait pas plus de

quatre-vingt-dix mille hommes, ainsi l'on voit combien sont énormes les

pertes qu'il avait éprouvées.

Lorsque l'archiduc Jean est entré en campagne, son armée était composée

des huitième et neuvième corps, formant quatre-vingt mille hommes. A

Raab elle se trouvait de cinquante mille hommes. Sa perte aurait donc

été de trente mille hommes. Mais dans ces cinquante mille hommes étaient

compris quinze mille Hongrois de l'insurrection. Sa perte était donc

réellement de quarante-cinq mille hommes.

L'archiduc Ferdinand était entré à Varsovie avec le septième corps

formant quarante mille hommes. Il est réduit à vingt-cinq mille. Sa

perte est donc de quinze mille hommes.

On voit comment ces différens calculs se vérifient.

Le vice-roi a battu à Raab cinquante mille hommes avec trente mille

Français.

A Esling quatre-vingt-dix mille hommes ont été battus et contenus par

trente mille Français qui les auraient mis dans une complète déroute

et détruits, sans l'événement des ponts qui a produit le défaut de

munitions.

Les grands efforts de l'Autriche ont été le résultat du papier-monnaie,

et de la résolution que le gouvernement autrichien a prise de jouer le

tout pour le tout. Dans le péril d'une banqueroute qui aurait pu amener

une révolution, il a préféré ajouter cinq cents millions à la masse de

son papier-monnaie, et tenter un dernier effort pour le faire escompter

par l'Allemagne, l'Italie et la Pologne. Il est fort probable que cette

raison ait influé plus que toute autre, sur ses déterminations.

Pas un seul régiment français n'a été tiré d'Espagne, si ce n'est la

garde impériale.

Le général comte Lauriston continue le siège de Raab avec la plus grande

activité. La ville brûle déjà depuis vingt-quatre heures, et cette armée

qui a remporté à Esling une si grande victoire, qu'elle s'est emparée

de vingt mille fusils et de deux mille cuirasses; cette armée qui, à la

bataille de Kitsée, a tué tant de monde et fait tant de prisonniers;

cette armée qui, selon ses bulletins apocryphes, a obtenu de si grands

avantages à la bataille de Raab, voit tranquillement assiéger et brûler

ses principales places et inonder la Hongrie de partis, et fait sauver

son impératrice, ses dicastères, tous les effets précieux de son

gouvernement, jusqu'aux frontières de la Turquie et aux extrémités les

plus reculées de l'Europe.

Un major autrichien a eu la fantaisie de passer le Danube sur deux

bateaux à l'embouchure de la Marsch. Le général Gilly-Vieux s'est porté

à sa rencontre avec quelques compagnies, l'a jeté dans l'eau et lui a

fait quarante prisonniers.

Vienne, 24 juin 1809.

_Vingt-deuxième bulletin de la grande armée._

La place de Raab a capitulé. Cette ville est une excellente position

au centre de la Hongrie. Son enceinte est bastionnée, ses fossés sont

pleins d'eau, et une inondation en couvre une hommes, la principale

armée autrichienne avait, avant la bataille d'Esling quatre-vingt-dix

mille hommes; il restait donc, vingt-cinq mille hommes à l'archiduc

Ferdinand à Varsovie, et vingt-cinq mille hommes étaient disséminés dans

le Tyrol, dans la Croatie et répandus en partisans sur les confins de la

Bohème.

L'armée autrichienne à Esling était composée du premier corps commandé

par le général Bellegarde, le seul qui n'eût pas donné et qui fût encore

entier, et des débris du deuxième, du troisième, du quatrième, du

cinquième et du sixième corps qui avaient été écrasés dans les batailles

précédentes. Si ces corps n'avaient rien perdu et eussent été réunis

tels qu'ils étaient au commencement de la campagne, ils auraient

formé deux cent quarante mille hommes. L'ennemi n'avait pas plus de

quatre-vingt-dix mille hommes, ainsi l'on voit combien sont énormes les

pertes qu'il avait éprouvées.

Lorsque l'archiduc Jean est entré en campagne, son armée était composée

des huitième et neuvième corps, formant quatre-vingt mille hommes. A

Raab elle se trouvait de cinquante mille hommes. Sa perte aurait donc

été de trente mille hommes. Mais dans ces cinquante mille hommes étaient

compris quinze mille Hongrois de l'insurrection. Sa perte était donc

réellement de quarante-cinq mille hommes.

L'archiduc Ferdinand était entré à Varsovie avec le septième corps

formant quarante mille hommes. Il est réduit à vingt-cinq mille. Sa

perte est donc de quinze mille hommes.

On voit comment ces différens calculs se vérifient.

Le vice-roi a battu à Raab cinquante mille hommes avec trente mille

Français.

A Esling quatre-vingt-dix mille hommes ont été battus et contenus par

trente mille Français qui les auraient mis dans une complète déroute

et détruits, sans l'événement des ponts qui a produit le défaut de

munitions.

Vienne, 28 juin 1809.

_Vingt-troisième bulletin de la grande armée._

Le 25 de ce mois, S. M. a passé en revue un grand nombre de troupes sur

les hauteurs de Schoenbrunn. On a remarqué une superbe ligne de huit

mille hommes de cavalerie dont la garde faisait partie, et où ne se

trouvait pas un régiment de cuirassiers. On a remarqué également une

ligne de deux cents pièces de canon. La tenue et l'air martial des

troupes excitaient l'admiration des spectateurs.

Samedi 24, à quatre heures après-midi, nos troupes sont entrées à Raab.

Le 25, la garnison prisonnière de guerre est partie. Décompte fait, elle

s'est trouvée monter à deux mille cinq cents hommes.

S. M. a donné au général de division Narbonne le commandement de cette

place et de tous les comitats hongrois soumis aux armes françaises.

Le duc d'Auerstaedt est devant Presbourg. L'ennemi travaillait à des

fortifications. On lui a intimé de cesser ses travaux s'il ne voulait

pas attirer de grands malheurs sur les paisibles habitans. Il n'en a

tenu compte: quatre cents bombes et obus l'ont forcé de renoncer à son

projet, mais le feu a pris dans cette malheureuse ville, et plusieurs

quartiers ont été brûlés.

Le duc de Raguse avec l'armée de Dalmatie a passé la Drave le 22, et

marchait sur Dratz.

Le 24, le général Vandamme a fait embarquer à Molck trois cents

Wurtembergeois commandés par le général Kechler, pour les jeter sur

l'autre rive, et avoir des nouvelles. Le débarquement s'est fait. Ces

troupes ont mis en déroute deux compagnies ennemies, et ont pris deux

officiers et quatre-vingts hommes du régiment de Mitrowski.

Le prince de Ponte-Corvo et l'armée saxonne sont à Saint-Polien.

Le duc de Dantzick qui est à Lintz, a fait faire une reconnaissance sur

la rive gauche par le général de Wrede. Tous les postes ennemis ont été

repoussés. On a pris plusieurs officiers et une vingtaine d'hommes.

L'objet de cette reconnaissance était aussi de se procurer des

nouvelles.

La ville de Vienne est abondamment approvisionnée de viande;

l'approvisionnement de pain est plus difficile à cause des embarras

qu'on éprouve pour la mouture. Quant aux subsistances de l'armée, elles

sont assurées pour six mois: elle a des vivres, du vin et des légumes

en abondance. Le vin des caves des couvens a été mis en magasin pour

fournir aux distributions à faire à l'armée. On a réuni ainsi plusieurs

millions de bouteilles.

Le 10 avril, au moment même où le général autrichien prostituait son

caractère et tendait un piège au roi de Bavière, en écrivant la lettre

qui a été insérée dans tous les papiers publics, le général Chasteller

insurgeait le Tyrol et surprenait sept cents conscrits français qui

allaient à Augsbourg où étaient leurs régimens, et qui marchaient sur la

foi de la paix. Obligés de se rendre et faits prisonniers, ils furent

massacrés. Parmi eux se trouvaient quatre-vingt Belges nés dans la même

ville que Chasteller. Dix-huit cents Bavarois, faits prisonniers à la

même époque, furent aussi massacrés. Chasteller qui commandait fut

témoin de ces horreurs. Non-seulement il ne s'y opposa point, mais on

l'accusa d'avoir souri à ce massacre, espérant que les Tyroliens, ayant

à redouter la vengeance d'un crime dont ils ne pouvaient espérer le

pardon, seraient ainsi plus fortement engagés dans leur rébellion.

Lorsque S. M. eut connaissance de ces atrocités, elle se trouva dans une

position difficile: si elle voulait recourir aux représailles, vingt

généraux, mille officiers, quatre-vingt mille hommes faits prisonniers

pendant le mois d'avril pouvaient satisfaire aux mânes des malheureux

Français si lâchement égorgés. Mais des prisonniers n'appartiennent

pas à la puissance pour laquelle ils ont combattu; ils sont tous la

sauve-garde de l'honneur et de la générosité de la nation qui les a

désarmés. S. M. considéra Chasteller comme étant sans aveu; car, malgré

les proclamations furibondes et les discours violens des princes de la

maison de Lorraine, il était impossible de croire qu'ils approuvaient

de pareils attentats. S. M. fit en conséquence publier l'ordre du jour

suivant:

Au quartier-général impérial à Ens, le 5 mai 1809.

_Ordre du jour._

D'après les ordres de l'empereur, le nommé Chasteller, soi-disant

général au service d'Autriche, moteur de l'insurrection du Tyrol,

et prévenu d'être l'auteur des massacres commis sur les prisonniers

bavarois et français par les insurgés, sera traduit à une commission

militaire, aussitôt qu'il sera fait prisonnier, et passé par les armes

s'il y a lieu, dans les vingt-quatre heures qui suivront la saisie.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV. · 第 78 / 96 题