A la bataille d'Esling, le général Durosnel, portant un ordre à un
escadron avancé, fut fait prisonnier par vingt-cinq hulans. L'empereur
d'Autriche, fier d'un triomphe si facile, fit publier un ordre du jour
conçu en ces termes:
_Copie d'une lettre de S. M. l'empereur d'Autriche au prince Charles._
Mon cher frère,
J'ai appris que l'empereur Napoléon a déclaré le marquis de Chasteller
hors du droit des gens. Cette conduite injuste et contraire aux usages
des nations, et dont on n'a aucun exemple dans les dernières époques de
l'histoire, m'oblige d'user de représailles: en conséquence, j'ordonne
que les généraux français Durosnel et Foulers soient gardés comme
otages, pour subir le même sort et les mêmes traitemens que l'empereur
Napoléon se permettrait de faire éprouver au général Chasteller. Il
en coûte à mon coeur de donner un pareil ordre, mais je le dois à
mes braves guerriers et à mes braves peuples, qu'un pareil sort peut
atteindre au milieu des devoirs qu'ils remplissent avec tant de
dévouement. Je vous charge de faire connaître cette lettre à l'armée,
et de l'envoyer, par un parlementaire, au major-général de l'empereur
Napoléon.
_Signé_ FRANÇOIS.
Aussitôt que cet ordre du jour parvint à la connaissance de S. M., elle
ordonna d'arrêter le prince de Colloredo, le prince Metternich, le comte
de Pergen et le comte de Harddeck, et de les conduire en France, pour
répondre des jours des généraux Durosnel et Foulers. Le major-général
écrivit au chef d'état-major de l'armée autrichienne la lettre
ci-jointe:
_A monsieur le major-général de l'armée autrichienne._
Monsieur,
S. M. l'empereur a eu connaissance d'un ordre donné par l'empereur
François, qui déclare que les généraux français Durosnel et Foulers, que
les circonstances de la guerre ont mis en son pouvoir, doivent répondre
de la peine que les lois de la justice infligeraient à M. Chasteller,
qui s'est mis à la tête des insurgés du Tyrol, et a laissé égorger sept
cents prisonniers français et dix-huit à dix-neuf cents Bavarois; crime
inouï dans l'histoire des nations, qui eût pu exciter une terrible
représaille contre quarante feld-maréchaux-lieutenans, trente-six
généraux-majors, plus de soixante colonels ou majors, douze cents
officiers et quatre-vingt mille soldats, qui sont nos prisonniers, si S.
M. ne regardait les prisonniers comme placés sous sa foi ou son honneur,
et d'ailleurs n'avait eu des preuves que les officiers autrichiens du
Tyrol en ont été aussi indignés que nous.
Cependant, S. M. a ordonné que le prince de Colloredo, le prince
Metternich, le comte Frédéric de Harddeck et le comte Pergen, seraient
arrêtés et transférés en France, pour répondre de la sûreté des généraux
Durosnel et Foulers, menacés par l'ordre du jour de votre souverain.
Ces officiers pourront mourir, monsieur, mais ils ne mourront pas sans
vengeance: cette vengeance ne tombera sur aucun prisonnier, mais sur les
parens de ceux qui ordonneraient leur mort.
Quant à M. Chasteller, il n'est pas encore au pouvoir de l'armée; mais
s'il est arrêté, vous pouvez compter que son procès sera instruit, et
qu'il sera traduit à une commission militaire. Je prie votre excellence
de croire aux sentimens de ma haute considération.
Le major-général _Signé_ BERTHIER.
La ville de Vienne et le corps des états de la Basse-Autriche
sollicitèrent la clémence de S. M., et demandèrent à envoyer une
députation à l'empereur François, pour faire sentir la déraison du
procédé dont on usait à l'égard des généraux Durosnel et Foulers, pour
représenter que Chasteller n'était pas condamné, qu'il n'était point
arrêté, qu'il était seulement traduit devant les tribunaux; que les
pères, les femmes, les enfans, les propriétés des généraux autrichiens
étaient entre les mains des Français, et que l'armée française était
décidée, si l'on attentait à un seul prisonnier, à faire un exemple dont
la postérité conserverait long-temps le souvenir.
L'estime que S. M. accorde aux bons habitans de Vienne et aux corps des
états, la détermina à accéder à cette demande. Elle autorisa MM. de
Colloredo, de Metternich, de Pergen et de Harddeck à rester à Vienne,
et la députation à partir pour le quartier-général de l'empereur
d'Autriche.
Cette députation est de retour. L'empereur François a répondu à ses
représentations qu'il ignorait le massacre des prisonniers français en
Tyrol; qu'il compatissait aux maux de la capitale et des provinces; que
ses ministres l'avaient trompé, etc., etc., etc. Les députés firent
observer que tous les hommes sages voient avec peine l'existence de
cette poignée de brouillons qui, par les démarches qu'ils conseillent,
par les proclamations, les ordres du jour, etc., etc., etc., qu'ils font
adopter, ne cherchent qu'à fomenter les passions et les haines, et
à exaspérer un ennemi maître de la Croatie, de la Carniole, de la
Carinthie, de la Styrie, de la Haute et de la Basse-Autriche, de la
capitale de l'empire et d'une grande partie de la Hongrie; que les
sentimens de l'empereur pour ses sujets devaient le porter à calmer le
vainqueur, plutôt qu'à l'irriter, et à donner à la guerre le caractère
qui lui est naturel chez les peuples civilisés, puisque ce vainqueur
pouvait en appesantir les maux sur la moitié de la monarchie.
On dit que l'empereur d'Autriche a répondu que la plupart des écrits
dont les députés voulaient parler, étaient controuvés; que ceux, dont on
ne désavouait pas l'existence, étaient plus modérés; que les rédacteurs
dont on se servait, étaient d'ailleurs des commis français, et que,
lorsque ces écrits contenaient des choses inconvenantes, on ne s'en
apercevait que quand le mal était fait. Si cette réponse qui court dans
le public, est vraie, nous n'avons aucune observation à faire. On ne
peut méconnaître l'influence de l'Angleterre; car ce petit nombre
d'hommes, traîtres à leur patrie, est certainement à la solde de cette
puissance.
Lorsque les députés ont passé à Bude, ils ont vu l'impératrice; c'était
quelques jours avant qu'elle fût obligée de quitter cette ville. Ils
l'ont trouvée changée, abattue et consternée des malheurs qui menaçaient
sa maison. L'opinion de la monarchie est extrêmement défavorable à
la famille de cette princesse. C'est cette famille qui a excité à
la guerre. Les archiducs Palatin et Régnier sont les seuls princes
autrichiens qui aient insisté pour le maintien de la paix. L'impératrice
était loin de prévoir les événemens qui se sont passés. Elle a beaucoup
pleuré; elle a montré un grand effroi du nuage épais qui couvre
l'avenir; elle parlait de paix; elle demandait la paix; elle conjurait
les députés de parler à l'empereur François en faveur de la paix.
Ils ont rapporté que la conduite de l'archiduc Maximilien avait été
désavouée, et que l'empereur d'Autriche l'avait envoyé au fond de la
Hongrie.
Vienne, 3 juillet 1809.
_Vingt-quatrième bulletin de la grande armée._
Le général Broussier avait laissé deux bataillons du
quatre-vingt-quatrième régiment de ligne dans la ville de Gratz, et
s'était porté sur Vilden, pour se joindre à l'armée de Dalmatie.
Le 26 juin, le général Giulay se présenta devant Gratz, avec dix mille
hommes, composés, il est vrai, de Croates et de régimens des frontières.
Le quatre-vingt-quatrième se cantonna dans un des faubourgs de la ville,
repoussa les attaques de l'ennemi, les culbuta partout, lui prit cinq
cents hommes, deux drapeaux, et se maintint dans sa position pendant
quatorze heures, donnant le temps au général Broussier de le secourir.
Ce combat d'un contre dix, a couvert de gloire le quatre-vingt-quatrième
et son colonel, Gambin. Les drapeaux ont été présentés à S. M. à la
parade. Nous avons à regretter vingt tués et quatre-vingt-douze blessés
de ces braves gens.
Le duc d'Auerstaedt a fait attaquer le 30, une des îles du Danube, peu
éloignée de la rive droite, vis-à-vis Presbourg, où l'ennemi avait
quelques troupes.
Le général Gudin a dirigé cette opération avec habileté: elle a
été exécutée par le colonel Decouz et par le vingt-unième régiment
d'infanterie de ligne, que commande cet officier. A deux heures du
matin, ce régiment, partie à la nage, partie dans des nacelles, a passé
le très-petit bras du Danube, s'est emparé de l'île, a culbuté les
quinze cents hommes qui s'y trouvaient, a fait deux cent cinquante
prisonniers, parmi lesquels le colonel du régiment de Saint-Julien et
plusieurs officiers, et a pris trois pièces de canon que l'ennemi avait
débarquées pour la défense de l'île.
Enfin, il n'existe plus de Danube pour l'armée française: le général
comte Bertrand a fait exécuter des travaux qui excitent l'étonnement et
inspirent l'admiration.
Sur une largeur de quatre cents toises, et sur un fleuve le plus rapide
du monde, il a, en quinze jours, construit un pont formé de soixante
arches, où trois voitures peuvent passer de front; un second pont de
pilotis a été construit, mais pour l'infanterie seulement, et de la
largeur de huit pieds. Après ces deux ponts, vient un pont de bateaux.
Nous pouvons donc passer le Danube en trois colonnes. Ces trois ponts
sont assurés contre toute insulte, même contre l'effet des brûlots et
machines incendiaires, par des estacades sur pilotis, construites entre
les îles, dans différentes directions, et dont les plus éloignées sont
à deux cent cinquante toises des ponts. Quand on voit ces immenses
travaux, on croit qu'on a employé plusieurs années à les exécuter; ils
sont cependant l'ouvrage de quinze à vingt jours: ces beaux travaux
sont défendus par des têtes de pont ayant chacune seize cents toises de
développement, formées de redoutes palissadées, fraisées et entourées
de fosses pleins d'eau. L'île de Lobau est une place forte: il y a des
manutentions de vivres, cent pièces de gros calibre et vingt mortiers ou
obusiers de siège en batterie. Vis-à-vis Esling, sur le dernier bras
du Danube, est un pont que le duc de Rivoli a fait jeter hier. Il est
couvert par une tête de pont qui avait été construite lors du premier
passage.
Le général Legrand, avec sa division, occupe les bois en avant de
la tête du pont. L'armée ennemie est en bataille, couverte par des
redoutes, la gauche à Euzendorf, la droite à Gros-Aspern: quelques
légères fusillades d'avant-postes ont eu lieu.
A présent que le passage du Danube est assuré, que nos ponts sont à
l'abri de toute tentative, le sort de la monarchie autrichienne sera
décidé dans une seule affaire.
Les eaux du Danube étaient le premier juillet de quatre pieds au-dessous
des plus basses et de-treize pieds au-dessous des plus hautes.
La rapidité de ce fleuve dans cette partie est, lors des grandes eaux,
de sept à douze pieds, et lors de la hauteur moyenne, de quatre pieds
six pouces par seconde, et plus forte que sur aucun autre point. En
Hongrie, elle diminue beaucoup, et à l'endroit où Trajan fit jeter un
pont, elle est presque insensible. Le Danube est là d'une largeur de
quatre cent cinquante toises; ici il n'est que de quatre cents. Le pont
de Trajan était un pont de pierres fait en plusieurs années. Le pont de
César, sur le Rhin, fut jeté, il est vrai, en huit jours, mais aucune
voiture chargée n'y pouvait passer.
Les ouvrages sur le Danube sont les plus beaux ouvrages de campagne qui
aient jamais été construits.
Le prince Gagarin, aide-de-camp de l'empereur de Russie, est arrivé
avant-hier à quatre heures du matin à Schoenbrunn, au moment où
l'empereur montait à cheval. Il était parti de Pétersbourg le 8 juin. Il
a apporté des nouvelles de la marche de l'armée russe en Gallicie.
Sa Majesté a quitté Schoenbrunn. Elle campe depuis deux jours. Ses
tentes sont fort belles et faites à la manière des tentes égyptiennes.
Wolfersdorf, 8 juillet 1809.
_Vingt-cinquième bulletin de la grande armée._
Les travaux du général comte Bertrand et du corps qu'il commande,
avaient, dès les premiers jours du mois, dompté entièrement le Danube.
S. M. résolut, sur-le-champ, de réunir son armée dans l'île de Lobau,
de déboucher sur l'armée autrichienne et de lui livrer une bataille
générale. Ce n'était pas que la position de l'armée française ne fût
très-belle à Vienne; maîtresse de toute la rive droite du Danube, ayant
en son pouvoir l'Autriche et une forte partie de la Hongrie, elle se
trouvait dans la plus grande abondance. Si l'on éprouvait quelques
difficultés pour l'approvisionnement de la population de Vienne, cela
tenait à la mauvaise organisation de l'administration, à quelques
embarras que chaque jour aurait fait cesser, et aux difficultés qui
naissent naturellement de circonstances telles que celles où l'on se
trouvait, et dans un pays où le commerce des grains est un privilége
exclusif du gouvernement. Mais comment rester ainsi séparé de l'armée
ennemie par un canal de trois ou quatre cents toises, lorsque les moyens
de passage avaient été préparés et assurés? C'eût été accréditer les
impostures que l'ennemi a débitées et répandues avec tant de profusion
dans son pays et dans les pays voisins. C'était laisser du doute sur les
événemens d'Esling; c'était enfin autoriser à supposer qu'il y avait
une égalité de consistance entre deux armées si différentes, dont
l'une était animée et en quelque sorte renforcée par des succès et des
victoires multipliées, et l'autre était découragée par les revers les
plus mémorables.
Tous les renseignemens que l'on avait sur l'armée autrichienne portaient
qu'elle était considérable, qu'elle avait été recrutée par de nombreuses
réserves, par les levées de Moravie et de Hongrie, par toutes les
landwehrs des provinces; qu'elle avait remonté sa cavalerie par des
réquisitions dans tous les cercles, et triplé ses attelages d'artillerie
en faisant d'immenses levées de charrettes et de chevaux en Moravie, en
Bohême et en Hongrie. Pour ajouter de nouvelles chances en leur faveur,
les généraux autrichiens avaient établi des ouvrages de campagne dont la
droite était appuyée à Gros-Aspern et la gauche à Enzersdorf.
Les villages d'Aspern, d'Esling et d'Enzersdorf, et les intervalles qui
les séparaient, étaient couverts de redoutes palissadées, fraisées et
armées de plus de cent cinquante pièces de canon de position, tirées des
places de la Bohême et de la Moravie. On ne concevait pas comment il
était possible qu'avec son expérience de la guerre, l'empereur voulût
attaquer des ouvrages si puissamment défendus, soutenus par une armée
qu'on évaluait à deux cent mille hommes, tant de troupes de ligne
que des milices et de l'insurrection, et qui étaient appuyés par une
artillerie de huit ou neuf cents pièces de campagne. Il paraissait plus
simple de jeter de nouveaux ponts sur le Danube, quelques lieues plus
bas, et de rendre ainsi inutile le champ de bataille préparé par
l'ennemi. Mais dans ce dernier cas, on ne voyait pas comment écarter
les inconvéniens qui avaient déjà failli être funestes à l'armée, et
parvenir en deux ou trois jours à mettre ces nouveaux ponts à l'abri des
machines de l'ennemi.
D'un autre côté, l'empereur était tranquille. On voyait élever ouvrages
sur ouvrages dans l'île de Lobau, et établir sur le même point,
plusieurs ponts sur pilotis et plusieurs rangs d'estacades.
Cette situation de l'armée française, placée entre ces deux grandes
difficultés, n'avait pas échappé à l'ennemi. Il convenait que son armée
trop nombreuse et pas assez maniable, s'exposerait à une perte certaine,
si elle prenait l'offensive; mais en même temps, il croyait qu'il était
impossible de le déposter de la position centrale où il couvrait la
Bohême, la Moravie et une partie de la Hongrie. Il est vrai que
cette position ne couvrait pas Vienne et que les Français étaient en
possession de cette capitale; mais cette position était, jusqu'à un
certain point, disputée, puisque les Autrichiens se maintenaient maîtres
du Danube, et empêchaient les arrivages des choses les plus nécessaires
à la subsistance d'une si grande cité.
Telles étaient les raisons d'espérance et de crainte, et la matière des
conversations des deux armées, lorsque le premier juillet, à quatre
heures du matin, l'empereur porta son quartier-général à l'île Lobau,
qui avait déjà été nommée, par les ingénieurs, île Napoléon; une petite
île à laquelle on avait donné le nom du duc de Montebello et qui battait
Enzersdorf, avait été armée de dix mortiers et de vingt pièces de
dix-huit. Une autre île, nommée île Espagne, avait été armée de six
pièces de position de douze et de quatre mortiers. Entre ces deux îles,
on avait établi une batterie égale en force à celle de l'île Montebello
et battant également Enzersdorf. Ces soixante-deux pièces de position
avaient le même but et devaient, en deux heures de temps, raser la
petite ville d'Enzersdorf, en chasser l'ennemi, et en détruire les
ouvrages. Sur la droite, l'île Alexandre, armée de quatre mortiers, de
dix pièces de douze et de douze pièces de six de position, avaient pour
but de battre la plaine et de protéger le ploiement et le déploiement de
nos ponts.
Le 2, un aide-de-camp du duc de Rivoli passa avec cinq cents voltigeurs,
dans l'île du Moulin, et s'en empara. On arma cette île; on la joignit
au continent par un petit pont qui allait à la rive gauche. En avant, on
construisit une petite flèche que l'on appela redoute Petit. Le soir,
les redoutes d'Esling, en parurent jalouses: ne doutant pas que ce ne
fût une première batterie que l'on voulait faire agir contre elles,
elles tirèrent avec la plus grande activité. C'était précisément
l'intention que l'on avait eue en s'emparant de cette île; on voulait y
attirer l'attention de l'ennemi pour la détourner du véritable but de
l'opération.
_Passage du bras du Danube à l'île Lobau._
Le 4, à dix heures du soir, le général Oudinot fit embarquer, sur le
grand bras du Danube, quinze cents voltigeurs, commandés par le général
Conroux. Le colonel Baste, avec dix chaloupes canonnières, les convoya
et les débarqua au-delà du petit bras de l'île Lobau dans le Danube. Les
batteries de l'ennemi furent bientôt écrasées, et il fut chassé des bois
jusqu'au village de Muhllenten.
À onze heures du soir les batteries dirigées contre Enzersdorf reçurent
l'ordre de commencer leur feu. Les obus brûlèrent cette infortunée
petite ville, et en moins d'une demi-heure les batteries ennemies furent
éteintes.
Le chef de bataillon Dessales, directeur des équipages des ponts, et un
ingénieur de marine avaient préparé, dans le bras de l'île Alexandre, un
pont de quatre-vingts toises d'une seule pièce et cinq gros bacs.
Le colonel Sainte-Croix, aide-de-camp du duc de Rivoli, se jeta dans
des barques avec deux mille cinq cents hommes et débarqua sur la rive
gauche.
Le pont d'une seule pièce, le premier de cette espèce qui, jusqu'à
ce jour, ait été construit, fut placé en moins de cinq minutes, et
l'infanterie y passa au pas accéléré.
Le capitaine Buzelle jeta un pont de bateaux en une heure et demie.
Le capitaine Payerimoffe jeta un pont de radeaux en deux heures.
Ainsi, à deux heures après minuit, l'armée avait quatre ponts, et avait
débouché, la gauche à quinze cents toises au-dessous d'Enzersdorf,
protégée par les batteries, et la droite sur Vittau. Le corps du duc de
Rivoli forma la gauche; celui du comte Oudinot le centre, et celui du
duc d'Auerstaedt la droite. Les corps du prince de Ponte-Corvo, du
vice-roi et du duc de Raguse, la garde et les cuirassiers formaient la
seconde ligne et les réserves. Une profonde obscurité, un violent orage
et une pluie qui tombait par torrens, rendait cette nuit aussi affreuse
qu'elle était propice à l'armée française et qu'elle devait lui être
glorieuse.
Le 5, aux premiers rayons du soleil, tout le monde reconnut quel avait
été le projet de l'empereur, qui se trouvait alors avec son armée en
bataille sur l'extrémité de la gauche de l'ennemi, ayant tourné ses
camps retranchés, ayant rendu tous ses ouvrages inutiles, et obligeant
ainsi les Autrichiens à sortir de leurs positions et à venir lui livrer
bataille, dans le terrain qui lui convenait. Ce grand problème était
résolu, et sans passer le Danube ailleurs, sans recevoir aucune
protection des ouvrages qu'on avait construits, on forçait l'ennemi à se
battre à trois quarts de lieue de ses redoutes. On présagea dès-lors les
plus grands et les plus heureux résultats.
A huit heures du matin, les batteries qui tiraient sur Enzersdorf
avaient produit un tel effet que l'ennemi s'était borné à laisser
occuper cette ville par quatre bataillons. Le duc de Rivoli fit marcher
contre elle son premier aide-de-camp Sainte-Croix, qui n'éprouva pas
une grande résistance, s'en empara et fit prisonnier tout ce qui s'y
trouvait.
Le comte Oudinot cerna le château de Sachsengand que l'ennemi avait
fortifié, fit capituler les neuf cents hommes qui le défendaient, et
prit douze pièces de canon. L'empereur fit alors déployer toute l'armée
dans l'immense plaine d'Enzersdorf.
_Bataille d'Enzersdorf._
Cependant, l'ennemi, confondu dans ses projets, revint peu a peu de sa
surprise, et tenta de ressaisir quelques avantages dans ce nouveau champ
de bataille. A cet effet, il détacha plusieurs colonnes d'infanterie,
un bon nombre de pièces d'artillerie, et sa cavalerie tant de ligue
qu'insurgée, pour essayer de déborder la droite de l'armée française.
En conséquence, il vint occuper le village de Rutzendorf. L'empereur
ordonna au général Oudinot de faire enlever ce village, à la droite
duquel il fit passer le duc d'Auerstaedt, pour se diriger sur le
quartier-général du prince Charles, en marchant toujours de la droite a
la gauche.
Depuis midi jusqu'à neuf heures du soir, on manoeuvra dans cette immense
plaine; on occupa tous les villages, et à mesure qu'on arrivait à la
hauteur des camps retranchés de l'ennemi, ils tombaient d'eux-mêmes
et comme par enchantement. Le duc de Rivoli les faisait occuper sans
résistance. C'est ainsi que nous nous sommes emparés des ouvrages
d'Esling et de Gros-Aspern, et que le travail de quarante jours n'a été
d'aucune utilité à l'ennemi. Il fit quelque résistance au village de
Raschdorf, que le prince de Ponte-Corvo fit attaquer et enlever par les
Saxons. L'ennemi fut partout mené battant et écrasé par la supériorité
de notre feu. Cet immense champ de bataille resta couvert de ses débris.
_Bataille de Wagram._
Vivement effrayé des progrès de l'armée française et des grands
résultats qu'elle obtenait presque sans effort, l'ennemi fit marcher
presque toutes ses troupes, et à six heures du soir, il occupa la
position suivante: sa droite, de Stadelau à Gerardorf; son centre,
de Gerardorf à Wagram, et sa gauche, de Wagram à Neusiedel. L'armée
française avait sa gauche à Gros-Aspern, son centre à Raschdorf, et sa
droite à Gluzendorf. Dans cette position, la journée paraissait presque
finie, et il fallait s'attendre à avoir le lendemain une grande
bataille; mais on l'évitait et on, coupait la position de l'ennemi en
l'empêchant de concevoir aucun système, si dans la nuit on s'emparait du
village de Wagram. Alors sa ligne, déjà immense, prise à la hâte et par
les chances du combat, laissait errer les différens corps de l'armée
sans ordre et sans direction, et on en aurait eu bon marché sans
engagement sérieux. L'attaque de Wagram eut lieu, nos troupes
emportèrent ce village; mais une colonne de Saxons et une colonne de
Français se prirent dans l'obscurité pour des troupes ennemies, et cette
opération fut manquée.
On se prépara alors à la bataille de Wagram. Il parait que les
dispositions du général français et du général autrichien furent
inverses. L'empereur passa toute la nuit à rassembler ses forces sur son
centre où il était de sa personne à une portée de canon de Wagram. A cet
effet, le duc de Rivoli se porta sur la gauche d'Aderklau en laissant
sur Aspern une seule division qui eut ordre de se replier en cas
d'événement sur l'île de Lobau. Le duc d'Auerstaedt recevait l'ordre
de dépasser le village de Grosshoffen pour s'approcher du centre. Le
général autrichien, au contraire, affaiblissait son centre pour garnir
et augmenter ses extrémités auxquelles il donnait une nouvelle étendue.
Le 6, à la pointe du jour, le prince de Ponte-Corvo occupa la gauche,
ayant en seconde ligne le duc de Rivoli. Le vice-roi le liait au centre,
où le corps du comte Oudinot, celui du duc de Raguse, ceux de la garde
impériale, et les divisions de cuirassiers formaient sept ou huit
lignes.
Le duc d'Auerstaedt marcha de la droite pour arriver au centre.
L'ennemi, au contraire, mettait le corps de Bellegarde en marche sur
Stadelau. Les corps de Kollowrath, de Lichtenstein et de Hiller liaient
cette droite à la position de Wagram où était le prince de Hohenzollern,
et à l'extrémité de la gauche à Neusiedel, où débouchait le corps de
Rosemberg pour déborder également le duc d'Auerstaedt. Le corps de
Rosemberg et celui du duc d'Auerstaedt faisant un mouvement inverse, se
rencontrèrent aux premiers rayons du soleil, et donnèrent le signal de
la bataille. L'empereur se porta aussitôt sur ce point, fit renforcer le
duc d'Auerstaedt par la division de cuirassiers du duc de Padoue, et fit
prendre le corps de Rosemberg en flanc par une batterie de douze pièces
de la division du général comte de Nansouty. En moins de trois quarts
d'heure le beau corps du duc d'Auerstaedt eut fait raison du corps de
Rosemberg, le culbuta et le rejeta au-delà de Neusiedel après lui avoir
fait beaucoup de mal.
Pendant ce temps, la canonnade s'engageait sur toute la ligne et la
disposition de l'ennemi se développait de moment en moment. Toute sa
gauche se garnissait d'artillerie. On eût dit que le général autrichien
ne se battait pas pour la victoire, mais qu'il n'avait en vue que
le moyen d'en profiter. Cette disposition de l'ennemi paraissait si
insensée, que l'on craignait quelque piège, et que l'empereur différa
quelque temps avant d'ordonner les faciles dispositions qu'il avait à
faire pour annuler celles de l'ennemi et les lui rendre funestes. Il
ordonna au duc de Rivoli de faire une attaque sur un village qu'occupait
l'ennemi, et qui pressait un peu l'extrémité du centre de l'armée. Il
ordonna au duc d'Auerstaedt de tourner la position de Neusiedel et de
pousser de là sur Wagram au moment où déboucherait le duc de Rivoli.
Sur ces entrefaites, on vint prévenir que l'ennemi attaquait avec fureur
le village qu'avait enlevé le duc de Rivoli, que notre gauche était
débordée de trois mille toises, qu'une vive canonnade se faisait déjà
entendre à Gros-Aspern, et que l'intervalle de Gros-Aspern à Wagram
paraissait couvert d'une immense ligne d'artillerie. Il n'y eut plus à
douter; l'ennemi commettait une énorme faute; il ne s'agissait que
d'en profiter. L'empereur ordonna sur-le-champ au général Macdonald de
disposer les divisions Broussier et Lamarque en colonnes d'attaque; il
les fit soutenir par la division du général Nansouty, par la garde
à cheval, et par une batterie de soixante pièces de la garde et de
quarante pièces de différens corps. Le général comte de Lauriston, à la
tête de cette batterie de cent pièces d'artillerie, marcha au trot
à l'ennemi, s'avança sans tirer jusqu'à demi-portée de canon, et là
commença un feu prodigieux qui éteignit celui de l'ennemi, et porta la
mort dans ses rangs. Le général Macdonald marcha alors au pas de charge;
le général de division Reille, avec la brigade de fusiliers et de
tirailleurs de la garde, soutenait le général Macdonald. La garde avait
fait un changement de front pour rendre cette attaque infaillible. Dans
un clin d'oeil, le centre de l'ennemi perdit une lieue de terrain; sa
droite, épouvantée, sentit le danger de la position où elle s'était
placée, et rétrograda en grande hâte. Le duc de Rivoli l'attaqua alors
en tète. Pendant que la déroute du centre portait la consternation et
forçait les mouvemens de la droite de l'ennemi, sa gauche était attaquée
et débordée par le duc d'Auerstaedt, qui avait enlevé Neusiedel, et qui,
étant monté sur le plateau, marchait sur Wagram. La division Broussier
et la division Gudin se sont couvertes de gloire.
Il n'était alors que dix heures du matin, et les hommes les moins
clairvoyans voyaient que la journée était décidée et que la victoire
était à nous.
A midi, le comte Oudinot marcha sur Wagram pour aider à l'attaque du duc
d'Auerstaedt. Il y réussit et enleva cette importante position. Dès dix
heures, l'ennemi ne se battait plus que pour sa retraite; dès midi, elle
était prononcée et se faisait en désordre, et beaucoup avant la nuit,
l'ennemi était hors de vue. Notre gauche était placée à Jetessée et
Ebersdorf, notre centre sur Obersdorf, et la cavalerie de notre droite
avait des postes jusqu'à Shoukirchen.
Le 7, à la pointe du jour, l'armée était en mouvement et marchait
sur Kornenbourg et Wolkersdorf, et avait des postes sur Nicolsbourg.
L'ennemi, coupé de la Hongrie et de la Moravie, se trouvait acculé du
côté de la Bohême.
Tel est le récit de la bataille de Wagram, bataille décisive et à jamais
célèbre, où trois à quatre cent mille hommes, douze à quinze cents
pièces de canon se battaient pour de grands intérêts, sur un champ de
bataille étudié, médité, fortifié par l'ennemi depuis plusieurs mois.
Dix drapeaux, quarante pièces de canon, vingt mille prisonniers, dont
trois ou quatre cents officiers et bon nombre de généraux, de colonels
et de majors, sont les trophées de cette victoire. Les champs de
bataille sont couverts de morts, parmi lesquels on trouve les corps
de plusieurs généraux, et entre autres d'un nommé Normann, Français,
traître à sa patrie, qui avait prostitué ses talens contre elle.
Tous les blessés de l'ennemi sont tombés en notre pouvoir. Ceux qu'il
avait évacués au commencement de l'action, ont été trouvés dans les
villages environnans. On peut calculer que le résultat de cette bataille
sera de réduire l'armée autrichienne à moins de soixante mille hommes.
Notre perte a été considérable: on l'évalue à quinze cents hommes tués
et à trois ou quatre mille blessés. Le duc d'Istrie, au moment où il
disposait l'attaque de la cavalerie, a eu son cheval emporté d'un coup
de canon; le boulet est tombé sur sa selle, et lui a fait une légère
contusion à la cuisse.
Le général de division Lasalle a été tué d'une balle. C'était un
officier du plus grand mérite et l'un de nos meilleurs généraux de
cavalerie légère.
Le général bavarois de Wrede, et les généraux Seras, Grenier, Vignolle,
Sahuc, Frère et Defrance ont été blessés.
Le colonel prince Aldobrandini a été frappé au bras par une balle. Les
majors de la garde Daumesnil et Corbineau et le colonel Sainte-Croix,
ont aussi été blessés. L'adjudant-commandant Duprat a été tué. Le
colonel du neuvième d'infanterie de ligne est resté sur le champ de
bataille. Ce régiment s'est couvert de gloire.
L'état-major fait dresser l'état de nos pertes.
Une circonstance particulière de cette grande bataille, c'est que les
colonnes les plus rapprochées de Vienne n'en étaient pas à douze cents
toises. La nombreuse population de cette capitale couvrait les tours,
les clochers, les toits, les monticules pour être témoin de ce grand
spectacle.
L'empereur d'Autriche avait quitté Wolkersdorf le 6, à cinq heures
du matin, et était monté sur un belvédère d'où il voyait le champ de
bataille, et où il est resté jusqu'à midi. Il est alors parti en toute
hâte.
Le quartier-général français est arrivé à Wolkersdorf, dans la matinée
du 7.
Wolkersdorf, 9 juillet 1809.
_Vingt-sixième bulletin de la grande armée._
La retraite de l'ennemi est une déroute. On a ramassé une partie de ses
équipages; ses blessés sont tombés en notre pouvoir; on compte déjà
au-delà de douze mille hommes; tous les villages en sont remplis. Dans
cinq de ses hôpitaux seulement on en a trouvé plus de six mille.
Le duc de Rivoli, poursuivant l'ennemi par Stokerau, est déjà arrivé à
Hollabrunn.
Le duc de Raguse l'avait d'abord suivi sur la route de Brunn, qu'il a
quittée à Wolfersdorf pour prendre celle de Znaïm. Aujourd'hui, à
neuf heures du matin, il a rencontré à Laa une arrière-garde qu'il a
culbutée, et à laquelle il a fait neuf cents prisonniers. Il sera demain
à Znaïm.
Le duc d'Auerstaedt est arrivé aujourd'hui à Nicolsbourg.
L'empereur d'Autriche, le prince Antoine, une suite d'environ deux cents
calèches, carrosses et autres voitures, ont couché, le 6, à Erensbrunn;
le 7, à Hollabrunn, et le 8 à Znaïm, d'où ils sont partis le 9 au
matin: selon les rapports des gens du pays qui les conduisaient, leur
abattement était extrême.
L'un des princes de Rohan a été trouvé blessé sur le champ de bataille.
Le feld-maréchal lieutenant Wussakowicz est parmi les prisonniers.
L'artillerie de la garde s'est couverte de gloire; le major d'Aboville
qui la commandait, a été blessé. L'empereur l'a fait général de brigade.
Le chef d'escadron d'artillerie Grenier a eu un bras emporté. Ces
intrépides canonniers ont montré toute la puissance de cette arme
terrible.
Les chasseurs à cheval de la garde ont chargé, le jour de là bataille
de Wagram, trois carrés d'infanterie qu'ils ont enfoncés; ils ont pris
quatre pièces de canon. Les chevau-légers polonais de la garde ont
chargé un régiment de lanciers. Ils ont fait prisonnier le prince
d'Awersperg et pris deux pièces de canon.
Les hussards saxons d'Albert ont chargé les cuirassiers d'Albert, et
leur ont pris un drapeau. C'était une chose fort singulière de voir deux
régimens appartenant au même colonel combattre l'un contre l'autre.
Il paraît que l'ennemi abandonne la Moravie et la Hongrie et se retire
en Bohême.
Les routes sont couvertes de gens de la landwehr et de la levée en
masse, qui retournent chez eux.
Les pertes que la désertion ajoute à celles que l'ennemi a éprouvées,
en tués, blessés et prisonniers, concourent a l'anéantissement de cette
armée.
Les nombreuses lettres interceptées font un tableau frappant du
mécontentement de l'armée ennemie et du désordre qui y règne.
A présent que la monarchie autrichienne est sans espérance, ce serait
mal connaître le caractère de ceux qui l'ont gouvernée, que de ne pas
s'attendre qu'ils s'humilieront, comme ils le firent après la bataille
d'Austerlitz. A cette époque ils étaient, comme aujourd'hui, sans
espoir, et ils épuisèrent les protestations et les sermens.
Pendant la journée du 6, l'ennemi a jeté sur la rive droite du Danube
quelques centaines d'hommes des postes d'observation. Ils se sont
rembarques après avoir perdu quelques hommes tués ou faits prisonniers.
La chaleur a été excessive ces jours-ci; le thermomètre a été presque
constamment à vingt-six degrés.
Le vin est en très-grande abondance. Il y a tel village où on eu a
trouvé jusqu'à trois millions de pintes. Il n'a heureusement aucune
qualité malfaisante.
Vingt villages, les plus considérables de la belle plaine de Vienne, et
tels qu'on en voit aux environs d'une grande capitale, ont été brûlés
pendant la bataille. La juste haine de la nation se prononce contre les
hommes criminels qui ont attiré tous ces malheurs sur elle.
Le général de brigade Laroche est entré, le 28 juin, avec un corps de
cavalerie, à Nuremberg et s'est dirigé sur Bayreuth; il a rencontré
l'ennemi à Besentheim, l'a fait charger par le premier régiment
provisoire de dragons, a sabré tout ce qui s'est trouvé devant lui, et a
pris deux pièces de canon.
Znaïm, 13 juillet 1809.
_Vingt-septième bulletin de la grande armée._
Le 10, le duc de Rivoli a battu devant Hollabrunn l'arrière-garde
ennemie.
Le même jour à midi, le duc de Raguse, arrivé sur les hauteurs de Znaïm,
vit les bagages et l'artillerie de l'ennemi qui filaient sur la Bohême.
Le général Bellegarde lui écrivit que le prince Jean de Lichtenstein
se rendait auprès de l'empereur avec une mission de son maître, pour
traiter de la paix, et demanda en conséquence une suspension d'armes.
Le duc de Raguse répondit qu'il n'était pas en son pouvoir d'accéder
à cette demande, mais qu'il allait en rendre compte à l'empereur. En
attendant il attaqua l'ennemi, lui enleva une belle position, lui fit
des prisonniers et prit deux drapeaux.
Le même jour au matin, le duc d'Auerstaedt avait passé la Taya vis-à-vis
Nicolsbourg, et le général Grouchy avait battu l'arriére-garde du prince
de Rosemberg et lui avait fait quatre cent cinquante prisonniers du
régiment du prince Charles.
Le 11 a midi, l'empereur arriva vis-à-vis Znaïm. Le combat était engagé.
Le duc de Raguse avait débordé la ville, et le duc de Rivoli s'était
emparé du pont et avait occupé la fabrique de tabac. On avait pris à
l'ennemi, dans les différens engagemens de celle journée, trois mille
hommes, deux drapeaux et trois pièces de canon. Le général de brigade
Bruyères, officier d'une grande espérance, a été blessé. Le général de
brigade Guiton a fait une belle charge avec le dixième de cuirassiers.
L'empereur instruit que le prince Jean de Lichtenstein, envoyé auprès de
lui, était entré dans nos avant-postes, fît cesser le feu. Un armistice
fut signé à minuit chez le prince de Neufchâtel. Le prince de
Lichtenstein a été présenté à l'empereur dans sa tente à deux heures du
matin.
Znaïm, en Moravie, 13 juillet 1809.
_Circulaire aux évéques._
M. l'évêque de......, les victoires d'Enzersdorf et de Wagram, où le
Dieu des armées a si visiblement protégé les armées françaises, doivent
exciter la plus vive reconnaissance dans le coeur de nos peuples. Notre
intention est donc qu'au reçu de la présente vous vous concertiez avec
qui de droit pour réunir nos peuples dans les églises, et adresser au
ciel des actions de grâces et des prières conformes aus sentimens qui
nous animent.
Notre Seigneur Jésus-Christ, quoique issu du sang de David, ne voulut
aucun règne temporel. Il voulut au contraire qu'on obéît à César dans le
règlement des affaires de la terre; il ne fut animé que du grand objet
de la rédemption, et du salut des âmes. Héritier du pouvoir de César,
nous sommes résolus à maintenir l'indépendance de notre trône et de nos
droits. Nous persévérons dans le grand oeuvre du rétablissement de la
religion. Nous environnerons ses ministres de la considération que nous
seul pouvons leur donner. Nous écouterons leur voix dans tout ce qui a
rapport au spirituel et au règlement des consciences.
Au milieu des soins des camps, des alarmes et des sollicitudes de la
guerre, nous avons été bien aise de vous donner connaissance de ces
sentimens afin de faire tomber dans le mépris ces oeuvres de l'ignorance
et de la faiblesse, de la méchanceté ou de la démence, par lesquelles on
voudrait semer le trouble et le désordre dans nos provinces. On ne nous
détournera pas du grand but vers lequel nous tendons, et que nous avons
déjà en partie heureusement atteint, le rétablissement des autels
de notre religion, en nous portant à croire que ses principes sont
incompatibles, comme l'ont prétendu les Grecs, les Anglais, les
protestans et les calvinistes, avec l'indépendance des trônes et des
nations. Dieu nous a assez éclairé pour que nous soyons loin de partager
de pareilles erreurs: notre coeur et ceux de nos sujets n'éprouvent
point de semblables craintes. Nous savons que ceux qui voudraient faire
dépendre de l'intérêt d'un temporel périssable, l'intérêt éternel des
consciences et des affaires spirituelles, sont hors de la charité, de
l'esprit et de la religion de celui qui a dit: Mon empire n'est pas dans
ce monde. Cette lettre n'étant à d'autres fins, je prie Dieu, monsieur
l'évêque, qu'il vous ait en sa sainte garde.