NAPOLÉON.

Erfurt, le 14 octobre 1808.

_Lettre de Sa Majesté l'empereur Napoléon à Sa Majesté l'empereur

d'Autriche._

Monsieur mon frère, je remercie Votre Majesté impériale et royale de la

lettre qu'elle a bien voulu m'écrire, et que M. le baron de Vincent m'a

remise. Je n'ai jamais douté des intentions droites de Votre Majesté;

mais je n'en ai pas moins craint un moment de voir les hostilités se

renouveler entre nous. Il est à Vienne une faction qui affecte la peur

pour précipiter votre cabinet dans des mesures violentes qui seraient

l'origine de malheurs plus grands que ceux qui ont précédé. J'ai été le

maître de démembrer la monarchie de Votre Majesté, ou du moins de la

laisser moins puissante. Je ne l'ai pas voulu: ce qu'elle est, elle

l'est de mon voeu. C'est la plus évidente preuve que nos comptes sont

soldés et que je ne veux rien d'elle. Je suis toujours prêt à garantir

l'intégrité de sa monarchie; je ne ferai jamais rien contre les

principaux intérêts de ses états; mais Votre Majesté ne doit pas mettre

en discussion ce que quinze ans de guerre ont terminé; elle doit

défendre toute proclamation ou démarche provoquant la guerre. La

dernière levée en masse aurait produit la guerre, si j'avais pu craindre

que cette levée et ces préparatifs fussent combinés avec la Russie. Je

viens de licencier les camps de la confédération. Cent mille hommes

de mes troupes vont à Boulogne pour renouveler mes projets sur

l'Angleterre; j'ai dû croire, lorsque j'ai eu le bonheur de voir Votre

Majesté, et que j'ai conclu le traité de Presbourg, que nos affaires

étaient terminées pour toujours, et que je pourrais me livrer à la

guerre maritime sans être inquiété ni distrait. Que Votre Majesté se

méfie de ceux qui, lui parlant des dangers de sa monarchie, troublent

ainsi son bonheur, celui de sa famille et de ses peuples. Ceux-là seuls

sont dangereux, ceux-là seuls appellent les dangers qu'ils feignent de

craindre. Avec une conduite droite, franche et simple, Votre Majesté

rendra ses peuples heureux, jouira elle-même du bonheur dont elle doit

sentir le besoin après tant de troubles, et sera sûre d'avoir en moi un

homme décidé à ne jamais rien faire contre ses principaux intérêts.

Que ses démarches montrent de la confiance, elles en inspireront. La

meilleure politique aujourd'hui, c'est la simplicité et la vérité.

Qu'elle me confie ses inquiétudes, lorsqu'on parviendra à lui en donner,

je les dissiperai sur-le-champ. Que Votre Majesté me permette un dernier

mot: qu'elle écoute son opinion, son sentiment, il est bien supérieur à

celui de ses conseils.

Je prie Votre Majesté de lire ma lettre dans un bon sens; et de n'y voir

rien qui ne soit pour le bien et la tranquillité de l'Europe et de Votre

Majesté.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV. · 第 64 / 96 题