NAPOLÉON.

De notre camp impérial de Finckenstein, le 28 mai 1807.

_Message de S.M. l'empereur et roi au sénat._

«Sénateurs, par nos décrets du 30 mars de l'année 1806, nous avons

institué des duchés pour récompenser les grands services civils et

militaires qui nous ont été ou qui nous seront rendus, et pour donner de

nouveaux appuis à notre trône, et environner notre couronne d'un nouvel

éclat.

«C'est à nous à songer à assurer l'état et la fortune des familles qui

se dévouent entièrement à notre service, et qui sacrifient constamment

leurs intérêts aux nôtres. Les honneurs permanens, la fortune légitime,

honorable et glorieuse que nous voulons donner à ceux qui nous rendent

des services éminens, soit dans la carrière civile, soit dans la

carrière militaire, contrasteront avec la fortune illégitime,

cachée, honteuse de ceux qui, dans l'exercice de leurs fonctions, ne

chercheraient que leur intérêt, au lieu d'avoir en vue celui de nos

peuples et le bien de notre service. Sans doute, la conscience d'avoir

fait son devoir, et les biens attachés à notre estime, suffisent pour

retenir un bon Français dans la ligne de l'honneur; mais l'ordre de

notre société est ainsi constitué, qu'à des distinctions apparentes, à

une grande fortune sont attachés une considération et un éclat dont

nous voulons que soient environnés ceux de nos sujets grands par leurs

talens, par leurs services, et par leur caractère, ce premier don de

l'homme.

Celui qui nous a le plus secondé dans cette première journée de

notre règne, et qui, après avoir rendu des services dans toutes les

circonstances de sa carrière militaire, vient d'attacher son nom à un

siége mémorable où il a déployé des talens et un brillant courage,

nous a paru mériter une éclatante distinction. Nous avons voulu

aussi consacrer une époque si honorable pour nos armes, et par les

lettres-patentes dont nous chargeons notre cousin l'archi-chancelier de

vous donner communication, nous avons créé notre cousin le maréchal

et sénateur Lefebvre, duc de Dantzick. Que ce titre porté par ses

descendans, leur retrace les vertus de leur père, et qu'eux-mêmes ils

s'en reconnaissent indignes, s'ils préféraient jamais un lâche repos et

l'oisiveté de la grande ville aux périls et à la noble poussière des

camps, si jamais leurs premiers sentimens cessaient d'être pour la

patrie et pour nous! Qu'aucun d'eux ne termine sa carrière sans avoir

versé son sang pour la gloire et l'honneur de notre belle France; que

dans le nom qu'ils portent, ils ne voient jamais un privilège, mais

des devoirs envers nos peuples et envers nous. A ces conditions, notre

protection et celle de nos successeurs les distinguera dans tous les

temps.

«Sénateurs, nous éprouvons un sentiment de satisfaction en pensant

que les premières lettres-patentes qui, en conséquence de notre

sénatus-consulte du 14 août 1806, doivent être inscrites sur vos

registres, consacrent les services de votre préteur.»

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV. · 第 40 / 96 题