NAPOLÉON.

Elbing, le 8 mai 1807.

_Soixante-treizième bulletin de la grande armée._

L'ambassadeur persan a reçu son audience de congé. Il a apporté de

très-beaux présens h l'empereur de la part de son maître, et a reçu en

échange le portrait de l'empereur, enrichi de très-belles pierreries.

Il retourne en Perse directement: c'est un personnage très-considérable

dans son pays, et un homme d'esprit et de beaucoup de sagacité; son

retour dans sa patrie était nécessaire. Il a été réglé qu'il y aurait

désormais une légation nombreuse de Persans à Paris, et de Français à

Téhéran.

L'empereur s'est rendu à Elbing, et a passé la revue de dix-huit à vingt

mille hommes de cavalerie, cantonnés dans les environs de cette ville

et dans l'île de Nogat, pays qui ressemble beaucoup à la Hollande. Le

grand-duc de Berg a commandé la manoeuvre. A aucune époque, l'empereur

n'avait vu sa cavalerie en meilleur état et mieux disposée.

Le journal du siége de Dantzick fera connaître qu'on s'est logé dans le

chemin couvert, que les feux de la place sont éteints, et donnera les

détails de la belle opération qu'a dirigée le général Drouet, et qui

a été exécutée par le colonel Aimé, le chef de bataillon Arnault, du

deuxième léger, et le capitaine Avy. Cette opération a mis en notre

pouvoir une île que défendaient mille Russes, et cinq redoutes garnies

d'artillerie, et qui est très-importante pour le siége, puisqu'elle

prend de revers la position que l'on attaque. Les Russes ont été surpris

dans leurs corps-de-garde: quatre cents ont été égorgés à la baïonnette,

sans avoir le temps de se défendre, et six cents ont été faits

prisonniers. Cette expédition qui a eu lieu dans la nuit du 6 au 7,

a été faite en grande partie par les troupes de Paris, qui se sont

couvertes de gloire.

Le temps devient plus doux, les chemins sont excellens, les bourgeons

paraissent sur les arbres, l'herbe commence à couvrir les campagnes;

mais il faut encore un mois pour que la cavalerie puisse trouver à

vivre.

L'empereur a établi à Magdebourg, sous les ordres du maréchal Brune,

un corps d'observation qui sera composé de près de quatre-vingt mille

hommes, moitié Français, et l'autre moitié Hollandais et confédérés du

Rhin; les troupes hollandaises sont au nombre de vingt mille hommes.

Les divisions françaises Molitor et Boudet, qui font aussi partie de ce

corps d'observation, arrivent le 15 mai a Magdebourg. Ainsi on est en

mesure de recevoir l'expédition anglaise sur quelque point qu'elle se

présente. S'il est certain qu'elle débarquera, il ne l'est pas qu'elle

puisse se rembarquer.

Finckenstein, le 16 mai 1807.

_Soixante-quatorzième bulletin de la grande armée._

Le prince Jérôme ayant reconnu que trois ouvrages avancés de Neiss,

qui étaient le long de la Biélau, gênaient les opérations du siége, a

ordonné au général Vandamme de les enlever. Ce général à la tête des

troupes wurtembergeoises, a emporté ces ouvrages dans la nuit du 30

avril au premier mai, a passé au fil de l'épée les troupes ennemies qui

les défendaient, a fait cent vingt prisonniers et, pris neuf pièces de

canon. Les capitaines du génie Depouthou et Prost, le premier, officier

d'ordonnance de l'empereur, ont marché à la tête des colonnes, et ont

fait preuve de grande bravoure. Les lieutenans Hohendorff, Bawer et

Mulher, se sont particulièrement distingués.

Le 2 mai, le lieutenant-général Camrer a pris le commandement de la

division wurtembergeoise.

Depuis l'arrivée de l'empereur Alexandre à l'armée, il paraît qu'un

grand conseil de guerre a été tenu à Bartenstein, auquel ont assisté le

roi de Prusse et le grand-duc Constantin; que les dangers que courait

Dantzick ont été l'objet des délibérations de ce conseil; que l'on a

reconnu que Dantzick ne pouvait être sauvé que de deux manières: la

première en attaquant l'armée française, en passant la Passarge, en

courant la chance d'une bataille générale, dont l'issue, si l'on avait

du succès, serait d'obliger l'armée française à découvrir Dantzick;

l'autre en secourant la place par mer. La première opération paraît

n'avoir pas été jugée praticable, sans s'exposer à une ruine et à une

défaite totale; et on s'est arrêté au plan de secourir Dantzick par mer.

En conséquence, le lieutenant-général Kaminski, fils du feld-maréchal de

ce nom, avec deux divisions russes, formant douze régimens, et plusieurs

régimens prussiens, ont été embarqués à Pilau. Le 13, soixante-six

bâtimens de transport, escortés par trois frégates, ont débarqué les

troupes à l'embouchure de la Vistule, au port de Dantzick, sous la

protection du fort de Weischelmunde.

L'empereur donna sur le champ l'ordre au maréchal Lannes, commandant

le corps de réserve de la grande-armée, de se porter à Marienbourg, où

était son quartier-général, avec la division du général Oudinot, pour

renforcer l'armée du maréchal Lefebvre. Il arriva en une marche, dans le

même temps que l'armée ennemie débarquait. Le 13 et le 14, l'ennemi fît

des préparatifs d'attaque; il était séparé de la ville par une espace

de moins d'une lieue, mais occupé par les troupes françaises. Le 15, il

déboucha du fort sur trois colonnes; il projetait de déboucher par la

droite de la Vistule. Le général de brigade Schramm, qui était aux

avant-postes avec le deuxième régiment d'infanterie légère, et un

bataillon de Saxons et de Polonais, reçut les premiers feux de l'ennemi,

et le contint à portée de canon de Weischelmunde.

Le maréchal Lefebvre s'était porté au pont situé au bas de la Vistule,

avait fait passer le douzième d'infanterie légère et des Saxons, pour

soutenir le général Schramm. Le général Gardanne, chargé de la défense

de la droite de la Vistule, y avait également appuyé le reste de ses

forces. L'ennemi se trouvait supérieur et le combat se soutenait avec

une égale opiniâtreté. Le maréchal Lannes, avec la réserve d'Oudinot,

était placé sur la gauche de la Vistule, par où il paraissait la veille

que l'ennemi devait déboucher; mais voyant les mouvemens de l'ennemi

démasqués, le maréchal Lannes passa la Vistule, avec quatre bataillons

de la réserve d'Oudinot. Toute la ligne et la réserve de l'ennemi furent

mises en déroute et poursuivies jusqu'aux palissades, et à neuf heures

du matin l'ennemi était bloqué dans le fort de Weischelmunde. Le champ

de bataille était couvert de morts. Notre perte se monte à vingt-cinq

hommes tués et deux cents blessés. Celle de l'ennemi est de neuf cents

hommes tués, quinze cents blessés et deux cents prisonniers. Le soir

on distinguait un grand nombre de blessés, qu'on embarquait sur les

bâtimens qui, successivement, ont pris le large pour retourner à

Koenigsberg. Pendant cette action, la place n'a fait aucune sortie, et

s'est contentée de soutenir les Russes par une vive canonnade. Du haut

de ses remparts délabrés et à demi démolis, l'ennemi a été témoin de

toute l'affaire. Il a été consterné de voir s'évanouir l'espérance qu'il

avait d'être secouru. Le général Oudinot a tué de sa propre main trois

Russes. Plusieurs de ses officiers d'état-major ont été blessés. Le

douzième et le deuxième régimens d'infanterie légère se sont distingués.

Les détails de ce combat n'étaient pas encore arrivés à l'état-major.

Le journal du siège de Dantzick fera connaître que les travaux se

poursuivent avec une égaie activité, que le chemin couvert est couronné,

et que l'on s'occupe des préparatifs du passage du fossé.

Dès que l'ennemi sut que son expédition maritime était arrivée devant

Dantzick, ses troupes légères observèrent et inquiétèrent toute la

ligne, depuis la position qu'occupe le maréchal Soult le long de la

Passarge, devant la division du général Morand, sur l'Alle. Elles furent

reçues à bout portant par les voltigeurs, perdirent un bon nombre

d'hommes, et se retirèrent plus vite qu'elles n'étaient venues.

Les Russes se présentèrent aussi à Malga, devant le général Zayonchek,

commandant le corps d'observation polonais, et enlevèrent un poste de

Polonais. Le général de brigade Fischer marcha à eux, les culbuta, leur

tua une soixantaine d'hommes, un colonel et deux capitaines. Ils se

présentèrent également devant le cinquième corps, insultèrent les

avant-postes du général Gazan à Willenberg; ce général les poursuivit

pendant plusieurs lieues. Ils attaquèrent plus sérieusement la tête du

pont de l'Omulew de Drenzewo. Le général de brigade Girard marcha à eux

avec le quatre-vingt-huitième et les culbuta dans la Narew. Le général

de division Suchet arriva, poussa les Russes l'épée dans les reins, les

culbuta dans Ostrolenka, leur tua une soixantaine d'hommes, et leur

prit cinquante chevaux. Le capitaine du soixante-quatrième Laurin, qui

commandait une grand'garde, cerné de tous côtés par les Cosaques, fît la

meilleure contenance, et mérita d'être distingué. Le maréchal Masséna,

qui était monté à cheval avec une brigade de troupes bavaroises, eut

lieu d'être satisfait du zèle et de la bonne contenance de ces troupes.

Le même jour 13, l'ennemi attaqua le général Lemarrois, à l'embouchure

du Bug. Ce général avait passé cette rivière le 10 avec une brigade

bavaroise et un régiment polonais, avait fait construire en trois

jours des ouvrages de tête de pont, et s'était porté sur Wiskowo, dans

l'intention de brûler les radeaux auxquels l'ennemi faisait travailler

depuis six semaines. Son expédition a parfaitement réussi, tout a été

détruit; et dans un moment, ce ridicule ouvrage de six semaines fut

anéanti.

Le 13, à neuf heures du matin, six mille Russes, arrivés de Nur,

attaquèrent le général Lemarrois dans son camp retranché. Ils furent

reçus par la fusillade et la mitraille; trois cents Russes restèrent sur

le champ de bataille: et quand le général Lemarrois vit l'ennemi, qui

était arrivé sur les bords du fossé, repoussé, il fit une sortie et

le poursuivit l'épée dans les reins. Le colonel du quatrième de ligne

bavarois, brave militaire, a été tué. Il est généralement regretté. Les

Bavarois ont perdu vingt hommes, et ont eu une soixantaine de blessés.

Toute l'armée est campée par divisions en bataillons carrés, dans des

positions saines.

Ces événemens d'avant-postes n'ont occasionné aucun mouvement dans

l'armée. Tout est tranquille au quartier-général.

Cette attaque générale de nos avant-postes, dans la journée du 13,

paraît avoir eu pour but d'occuper l'armée française, pour l'empêcher de

renforcer l'armée qui assiège Dantzick.

Cette espérance de secourir Dantzick par une expédition maritime

paraîtra fort extraordinaire à tout militaire sensé, et qui connaîtra le

terrain et la position qu'occupé l'armée française.

Les feuilles commencent à pousser. La saison est comme au mois d'avril

en France.

Finckenstein, le 18 mai 1807.

_Soixante-quinzième bulletin de la grande-armée._

Voici de nouveaux détails sur la journée du 15. Le maréchal Lefebvre

fait une mention, particulière du général Schramm, auquel il attribue en

grande partie le succès du combat de Weischelmunde.

Le 15, depuis deux heures du matin, le général Schramm était en

bataille, couvert par deux redoutes construites vis-à-vis le fort de

Weischelmunde. Il avait les Polonais à sa gauche, les Saxons au centre,

le deuxième régiment d'infanterie légère à sa droite, et le régiment de

Paris en réserve. Le lieutenant-général russe Kaminski déboucha du

fort à la pointe du jour, et après deux heures de combat, l'arrivée du

douzième d'infanterie légère, que le maréchal Lefebvre expédia de la

rive gauche, et un bataillon saxon, décidèrent l'affaire. De la

brigade Oudinot, un seul bataillon put donner. Notre perte a été peu

considérable. Un colonel polonais, M. Paris, a été tué. La perte de

l'ennemi est plus forte qu'on ne pensait. On a enterré plus de neuf

cents cadavres russes. On ne peut pas évaluer la perte de l'ennemi à

moins de deux mille cinq cents hommes. Aussi ne bouge-t-il plus, et

parait-t-il très-circonspect derrière l'enceinte de ses fortifications.

Le nombre de bateaux chargés de blessés qui ont mis à la voile, est de

quatorze.

Dans la journée du 14, une division de cinq mille hommes prussiens et

russes, mais en majorité prussiens, partie de Koenigsberg, débarqua à

Pilau, longea la langue de terre dite le Nehrung, et arriva à Havelberg

devant nos premiers postes de grand'garde de cavalerie légère, qui se

replièrent jusqu'à Furtenswerder.

L'ennemi s'avança jusqu'à l'extrémité du Frich-Haff. On s'attendait à

le voir pénétrer par là sur Dantzick. Un pont jeté sur la Vistule à

Furtenswerder facilitait le passage à l'infanterie cantonnée dans l'île

de Nogat pour filer sur les derrières de l'ennemi. Mais les Prussiens

furent plus avisés, et n'osèrent pas s'aventurer. L'empereur donna ordre

au général Beaumont, aide de camp du grand-duc de Berg, de les attaquer.

Le 16, à deux heures du malin, ce général déboucha, avec le général

de brigade Albert, à la tête de deux bataillons de grenadiers de la

réserve, le troisième et le onzième régimens de chasseurs et une brigade

de dragons. Il rencontra l'ennemi entre Passenwerder et Stege, à la

petite pointe du jour, l'attaqua, le culbuta et le poursuivit l'épée

dans les reins pendant onze lieues, lui prit onze cents hommes, lui en

tua un grand nombre, et lui enleva quatre pièces de canon. Le général

Albert s'est parfaitement comporté; les majors Chemineau et Salmon se

sont distingués. Le troisième et le onzième régimens de chasseurs ont

donné avec la plus grande intrépidité. Nous avons eu un capitaine du

troisième régiment de chasseurs et cinq ou six hommes tués, et huit ou

dix blessés. Deux bricks ennemis qui naviguaient sur le Haff, sont venus

nous harceler. Un obus, qui a éclaté sur le pont de l'un d'eux, les a

fait virer de bord.

Ainsi, depuis le 12, sur les différens points, l'ennemi a fait des

pertes notables.

L'empereur a fait manoeuvrer, dans la journée du 17, les fusiliers de

la garde, qui sont campés près du château de Finckenstein dans d'aussi

belles baraques qu'à Boulogne.

Dans les journées des 18 et 19, toute la garde va également camper au

même endroit.

En Silésie, le prince Jérôme est campé avec son corps d'observation à

Frankenstein, protégeant le siège de Neiss.

Le 12, ce prince apprit qu'une colonne de trois mille hommes était

sortie de Glatz pour surprendre Breslau. Il fit partir le général

Lefebvre avec le premier régiment de ligne bavarois, excellent régiment,

cent chevaux et trois cents Saxons. Le général Lefebvre atteignit la

queue de l'ennemi le 14, à quatre heures du matin, au village de Cauth;

il l'attaqua aussitôt, enleva le village à la baïonnette, et fit cent

cinquante prisonniers; cent chevau-légers du roi de Bavière taillèrent

en pièces la cavalerie ennemie, forte de cinq cents hommes, et la

dispersèrent. Cependant l'ennemi se plaça en bataille et fit résistance.

Les trois cents Saxons lâchèrent pied, conduite extraordinaire qui doit

être le résultat de quelque malveillance; car les troupes saxonnes,

depuis qu'elles sont réunies aux troupes françaises; se sont toujours

bravement comportées. Cette défection inattendue mit le premier régiment

de ligne bavarois dans une situation critique. Il perdit cent cinquante

hommes gui furent faits prisonniers et dut battre en retraite, ce qu'il

fit cependant en ordre. L'ennemi reprit le village de Cauth. A onze

heures du matin, le général Dumuy, qui était sorti de Breslau à la tête

d'un millier de Français, dragons, chasseurs et hussards à pied, qui

avaient été envoyés en Silésie pour être montés, et dont une partie

l'était déjà, attaqua l'ennemi en queue: cent cinquante hussards à pied

enlevèrent le village de Cauht à la baïonnette, firent cent prisonniers,

et reprirent tous les Bavarois qui avaient été faits prisonniers.

L'ennemi, pour rentrer avec plus de facilité dans Glatz, s'était séparé

en deux colonnes. Le général Lefebvre, qui était parti de Schweidnitz le

15, tomba sur une de ces colonnes, lui tua cent hommes et lui fit quatre

cents prisonniers, parmi lesquels trente officiers.

Un régiment de lanciers polonais, arrivé la veille à Frankenstein, et

dont le prince Jérôme avait envoyé un détachement au général Lefebvre,

s'est distingué.

La seconde colonne de l'ennemi avait cherché à gagner Glatz par

Siberberg; le lieutenant-colonel Ducoudras, aide-de-camp du prince, la

rencontra et la mit en déroute. Ainsi cette colonne de trois à quatre

mille hommes, qui était sortie de Glatz, ne put y rentrer. Elle a été

toute entière prise, tuée ou éparpillée.

Finckenstein, le 30 mai 1807.

_Soixante-seizième bulletin de la grande armée._

Une belle corvette anglaise doublée en cuivre, de vingt-quatre canons,

montée par cent vingt Anglais, et chargée de poudre et de boulets, s'est

présentée pour entrer dans la ville de Dantzick. Arrivée à la hauteur

de nos ouvrages, elle a été assaillie par une vive fusillade des deux

rives, et obligée d'amener. Un piquet du régiment de Paris a sauté le

premier à bord. Un aide-de-camp du général Kalkreuth, qui revenait du

quartier-général russe, plusieurs officiers anglais ont été pris à bord.

Cette corvette s'appelle _le Sans-Peur_.

Indépendamment de cent vingt Anglais, il y avait soixante Russes sur ce

bâtiment.

La perte de l'ennemi au combat de Weischelmunde du 15, a été plus forte

qu'on ne l'avait d'abord pensé, une colonne russe qui avait longé la

mer, ayant été passée au fil de la baïonnette. Compte fait, on a enterré

treize cents cadavres russes.

Le 16, une division de sept mille Russes, commandée par le général

Turkow, s'est portée de Broc sur le Bug, sur Pultusk, pour s'opposer

à de nouveaux travaux qui avaient été ordonnés pour rendre plus

respectable la tête de pont.

Ces ouvrages étaient défendus par six bataillons bavarois, commandés par

le prince royal de Bavière.

L'ennemi a tenté quatre attaques. Dans toutes, il a été culbuté par les

Bavarois, et mitraillé par les batteries des différens ouvrages.

Le maréchal Masséna évalue la perte de l'ennemi à trois cents morts et

au double de blessés.

Ce qui rend l'affaire plus belle, c'est que les Bavarois étaient moins

de quatre mille hommes.

Le prince royal se loue particulièrement du baron de Wreden,

officier-général au service de Bavière, d'un mérite distingué. La perte

des Bavarois a été de quinze hommes tués et de cent cinquante blessés.

Il y a autant de déraison dans l'attaque faite contre les ouvrages du

général Lemarrois, dans la journée du 13, et dans l'attaque du 16 sur

Pultusk, qu'il y en avait il y a six semaines, dans la construction de

ce grand nombre de radeaux auxquels l'ennemi faisait travailler sur le

Bug.

Le résultat a été que ces radeaux, qui avaient coûté six semaines de

travail, ont été brûlés en deux heures, quand on l'a voulu, et que ces

attaques successives contre des ouvrages bien retranchés et soutenus de

bonnes batteries, leur ont valu des pertes considérables sans espoir de

profit.

Il paraîtrait que ces opérations ont pour but d'attirer l'attention de

l'armée française sur sa droite, mais les positions de l'armée française

sont raisonnées sur toutes les bases et dans toutes les hypothèses,

défensives comme offensives.

Pendant ce temps, l'intéressant siège de Dantzick continue à marcher.

L'ennemi éprouvera un notable dommage en perdant cette place importante

et les vingt mille hommes qui y sont renfermés.

Une mine a joué sur le Blockhausen et l'a fait sauter. On a débouché,

sur le chemin couvert, par quatre amorces, et on exécute la descente du

fossé.

L'empereur a passé aujourd'hui l'inspection du cinquième régiment

provisoire. Les huit premiers ont subi leur incorporation.

On se loue beaucoup dans ces régimens des nouveaux conscrits génois, qui

montrent de la bonne volonté et de l'ardeur.

Finckenstein, le 28 mai 1807.

_Soixante-dix-septième bulletin de la grande armée._

Dantzick a capitulé. Cette belle place est en notre pouvoir. Huit cents

pièces d'artillerie, des magasins de toute espèce, plus de cinq

cents mille quintaux de grains, des caves considérables, de grands

approvisionnemens de draps et d'épiceries, des ressources de toute

espèce pour l'armée, et enfin une place forte du premier ordre appuyant

notre gauche, comme Thorn appuie notre centre et Prag notre droite;

tels sont les avantages obtenus pendant l'hiver et qui ont signalé les

loisirs de la grande armée: c'est le premier, le plus beau fruit de la

victoire d'Eylau. La rigueur de la saison, la neige qui a couvert nos

tranchées, la gelée qui y a ajouté de nouvelles difficultés, n'ont pas

été des obstacles pour nos travaux. Le maréchal Lefebvre a tout bravé;

il a animé d'un même esprit les Saxons, les Polonais, les Badois, et

les à fait marcher à son but. Les difficultés que l'artillerie a eues

à vaincre étaient considérables. Cent bouches à feu, cinq à six cent

milliers de poudre, une immense quantité de boulets ont été tirés

de Stettin et des places de la Silésie. Il a fallu vaincre bien des

difficultés de transport, mais la Vistule a offert un moyen facile et

prompt. Les marins de la garde ont fait passer les bateaux sous le

fort de Graudentz avec leur habileté et leur résolution ordinaires.

Le général Chasseloup, le général Kirgener, le colonel Lacoste, et en

général tous les officiers du génie ont servi de la manière la plus

distinguée. Les sapeurs ont montré une rare intrépidité. Tout le

corps d'artillerie commandé par le général Lariboissière a soutenu sa

réputation. Le deuxième régiment d'infanterie légère, le douzième et les

troupes de Paris, le général Schramm et le général Puthod se sont fait

remarquer.

Un journal détaillé de ce siége sera rédigé avec soin. Il consacrera un

grand nombre de faits de bravoure dignes d'être offerts comme exemples,

et faits pour exciter l'enthousiasme et l'admiration.

Le 17, la mine fit sauter un blockhaus de la place d'armes du chemin

couvert.

Le 19, la descente et le passage du fossé furent exécutés à sept heures

du soir.

Le 21, le maréchal Lefebvre ayant tout préparé pour l'assaut, on y

montait lorsque le colonel Lacoste, qui avait été envoyé le matin

dans la place pour affaires de service, fit connaître que le général

Kalkreuth demandait à capituler aux mêmes conditions qu'il avait

autrefois accordées à la garnison de Mayence. On y consentit.

Le Hakelsberg aurait été enlevé d'assaut sans une grande perte, mais le

corps de place était encore entier; un large fossé rempli d'eau courante

offrait assez de difficultés pour que les assiégés prolongeassent leur

défense pendant une quinzaine de jours. Dans cette situation, il a paru

convenable de leur accorder une capitulation honorable.

Le 27, la garnison a défilé, le général Kalkreuth à sa tête.

Cette forte garnison, qui d'abord était de seize mille hommes, est

réduite à neuf mille, et sur ce nombre, quatre mille ont déserté. Il y

a même des officiers parmi les déserteurs. «Nous ne voulons pas,

disent-ils, aller en Sibérie.» Plusieurs milliers de chevaux nous ont

été remis; mais ils sont en fort mauvais état.

On dresse en ce moment les inventaires des magasins. Le général Rapp est

nommé gouverneur de Dantzick.

Le lieutenant-général russe Kamenski, après avoir été battu le 15,

s'était acculé sous les fortifications de Weischelmunde; il y est

demeuré sans rien oser entreprendre, et il a été spectateur de la

reddition de la place. Lorsqu'il a vu que l'on établissait des batteries

à boulets rouges pour brûler ses vaisseaux, il est monté à bord et s'est

retiré. Il est retourné à Pilau.

Le fort de Weischelmunde tenait encore. Le maréchal Lefebvre l'a fait

sommer le 29, et pendant que l'on réglait la capitulation, la garnison

est sortie du fort et s'est rendue. Le commandant, abandonné, s'est

sauvé par mer, ainsi nous sommes maîtres de la ville et du port de

Dantzick. Ces événemens sont d'un heureux présage pour la campagne.

L'empereur de Russie et le roi de Prusse étaient à Heiligenberg. Ils ont

pu conjecturer de la reddition de la place, par la cessation du feu. Le

canon s'entendait jusque-là.

L'empereur, pour témoigner sa satisfaction à l'armée assiégeante, a

accordé une gratification à chaque soldat.

Le siége de Graudentz commence sous le commandement du général Victor.

Le général Lazowski commande le génie, et le général Danthouard

l'artillerie. Graudentz est fort par sa grande quantité de mines.

La cavalerie de l'armée est belle. Les divisions de cavalerie légère,

deux divisions de cuirassiers et une de dragons ont été passées en revue

à Elbing, le 26, par le grand-duc de Berg. Le même jour, S.M. s'est

rendue à Bischoffverder et à Strasburg, où elle a passé en revue la

division de cuirassiers d'Hautpoult et la division de dragons du général

Grouchy. Elle a été satisfaite de leur tenue et du bon état des chevaux.

L'ambassadeur de la Porte, Seid-Mohammed-Emen-Vahid, a été présenté le

28 à deux heures après-midi, par M. le prince de Bénévent, à l'empereur,

auquel il a remis ses lettres de créance. Il est resté une heure dans

le cabinet de S.M.; il est logé au château, et occupe l'appartement du

grand-duc de Berg, absent pour la revue. On assure que l'empereur lui a

dit que lui et l'empereur Sélim étaient désormais inséparables, comme la

main droite et la main gauche. Toutes les bonnes nouvelles des succès

d'Ismaïl et de Valachie venaient d'arriver. Les Russes ont été obligés

de lever le siége d'Ismaïl et d'évacuer la Valachie.

De notre camp impérial de Finckenstein, le 28 mai 1807.

_Lettre de S.M. aux archevêques et évêques de France._

«Monsieur l'évêque de .... après la mémorable victoire d'Eylau, qui a

terminé la dernière campagne, l'ennemi, chassé à plus de quarante lieues

de la Vistule, n'a pu porter aucun secours à la ville de Dantzick.

Malgré la rigueur de la saison, nous en avons fait sur-le-champ

commencer le siége. Après quarante jours de tranchée, cette importante

place est tombée au pouvoir de nos armes. Tout ce que nos ennemis ont pu

entreprendre pour la secourir, a été déjoué. La victoire a constamment

suivi nos drapeaux. Des magasins immenses de subsistances et

d'artillerie, une des villes les plus riches et les plus commerçantes du

monde se trouvent par-là en notre pouvoir dès le début de la campagne.

Nous ne pouvons attribuer des succès si prompts et si éclatans qu'à

cette protection spéciale, dont la divine Providence nous a donné tant

de preuves. Notre volonté est donc qu'au reçu de la présente, vous

ayez à vous concerter avec qui de droit, et à réunir nos peuples pour

adresser de solennelles actions de grâces au Dieu des armées, afin qu'il

daigne continuer à favoriser nos armes et à veiller sur le bonheur

de notre patrie. Que nos peuples prient aussi pour que ce cabinet

persécuteur de notre sainte religion, tout autant qu'ennemi éternel

de notre nation, cesse d'avoir de l'influence dans les cabinets du

continent, afin qu'une paix solide et glorieuse, digne de nous et de

notre grand peuple, console l'humanité, et nous mette à même de donner

un plein essor à tous les projets que nous méditons pour le bien de la

religion et de nos peuples. Cette lettre n'étant pas à autre fin, nous

prions Dieu qu'il vous ait, monsieur l'évêque, en sa sainte garde.»

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV. · 第 39 / 96 题