NAPOLÉON.

Arensdorf, le 5 février 1807.

_Cinquante-sixième bulletin de la grande armée._

Après le combat de Mohringen, où elle avait été battue et mise en

déroute, l'avant-garde de l'armée russe se retira sur Liebstadt. Mais le

surlendemain, 27 janvier, plusieurs divisions russes la joignirent, et

toutes étaient en marche pour porter le théâtre de la guerre sur le bas

de la Vistule.

Le corps du général Essen, accouru du fond de la Moldavie, où il était

d'abord destiné à servir contre les Turcs, et plusieurs régimens qui

étaient en Russie, mis en marche depuis quelque temps des extrémités de

ce vaste empire, avaient rejoint les corps d'armée.

L'empereur donna ordre au prince de Ponte-Corvo de battre en retraite,

et de favoriser les opérations offensives de l'ennemi, en l'attirant sur

le bas de la Vistule. Il ordonna en même temps la levée de ses quartiers

d'hiver.

Le cinquième corps commandé par le général Savary, le maréchal Lannes

étant malade, se trouva réuni le 31 janvier à Brok, devant tenir en

échec le corps du général Essen cantonné sur le Haut-Bug.

Le troisième corps se trouva réuni à Mysiniez;

Le quatrième corps à Willenberg;

Le sixième corps à Gilgenburg;

Le septième corps à Neidenburg.

L'empereur partit de Varsovie, et arriva le 31 au soir à Willenberg. Le

grand-duc s'y était rendu depuis deux jours, et y avait réuni toute sa

cavalerie.

Le prince de Ponte-Corvo avait successivement évacué Osterode, Tobau, et

s'était jeté sur Strasburg.

Le maréchal Lefebvre avait réuni le dixième corps à Thorn pour la

défense de la gauche de la Vistule et de cette ville.

Le 1er février, on se mit en marche. On rencontra à Passenheim

l'avant-garde ennemie qui prenait l'offensive et se dirigeait déjà sur

Willenberg. Le grand-duc, avec plusieurs colonnes de cavalerie, la fit

charger et entra de vive force dans la ville.

Le corps du maréchal Davoust se porta à Ortelsburg.

Le 2, le grand-duc de Berg se porta à Allenstein avec le corps du

maréchal Soult.

Le corps du maréchal Davoust marcha sur Whastruburg.

Les corps des maréchaux Augereau et Ney arrivèrent dans la journée du 3

à Allenstein.

Le 3 au matin, l'armée ennemie, qui avait rétrogradé en toute hâte, se

voyant tournée par son flanc gauche et jetée sur cette Vistule qu'elle

s'était tant vanté de vouloir passer, parut rangée en bataille, la

gauche appuyée au village de Moudtken, le centre à Joukowe, couvrant la

grande route de Liebstadt.

_Combat de Bergfrield._

L'empereur se porta au village de Getkendorf, et plaça en bataille le

corps du maréchal Ney sur la gauche, le corps du maréchal Augereau au

centre, et le corps du maréchal Soult à la droite, la garde impériale

en réserve. Il ordonna au maréchal Soult de se porter sur le chemin de

Custad, et de s'emparer du pont de Bergfried, pour déboucher sur les

derrières de l'ennemi avec tout son corps d'armée, manoeuvre qui donnait

à cette bataille un caractère décisif. Vaincu, l'ennemi était perdu sans

ressource.

Le maréchal Soult envoya le général Guyot, avec sa cavalerie légère,

s'emparer de Gustadt, où il prit une grande partie du bagage de

l'ennemi, et fit successivement seize cents prisonniers russes. Gustadt

était son centre des dépôts. Mais au même moment le maréchal Soult se

portait sur le pont de Bergfried avec les divisions Leval et Legrand.

L'ennemi, qui sentait que cette position importante protégeait la

retraite de son flanc gauche, défendait ce pont avec douze de ses

meilleurs bataillons. À trois heures après midi, la canonnade s'engagea.

Le quatrième régiment de ligne et le vingt-quatrième d'infanterie

légère, eurent la gloire d'aborder les premiers l'ennemi. Ils soutinrent

leur vieille réputation. Ces deux régimens seuls et un bataillon du

vingt-huitième en réserve, suffirent pour débusquer l'ennemi, passèrent

au pas de charge le pont, enfoncèrent les douze bataillons russes,

prirent quatre pièces de canon, et couvrirent le champ de bataille de

morts et de blessés. Le quarante-sixième et le cinquante-cinquième,

qui formaient la seconde brigade, étaient derrière, impatiens de se

déployer; mais déjà l'ennemi en déroute abandonnait, épouvanté, toutes

ses belles positions, heureux présage pour la journée du lendemain.

Dans le même temps, le maréchal Ney s'emparait d'un bois où l'ennemi

avait appuyé sa droite; la division St.-Hilaire s'emparait du village du

centre, et le grand-duc de Berg, avec une division de dragons placée

par escadrons au centre, passait le bois et balayait la plaine, afin

d'éclaircir le devant de notre position. Dans ces petites attaques

partielles, l'ennemi fut repoussé et perdit une centaine de prisonniers.

La nuit surprit ainsi les deux armées en présence.

Le temps est superbe pour la saison; il y a trois pieds de neige, le

thermomètre est à deux et trois degrés de froid.

A la pointe du jour du 4, le général de cavalerie légère Lasalle battit

la plaine avec ses hussards. Une ligne de cosaques et de cavalerie

ennemie vint sur-le-champ se placer devant lui. La canonnade s'engagea,

mais bientôt on acquit la certitude que l'ennemi avait profité de la

nuit pour battre en retraite, et n'avait laissé qu'une arrière garde

de la droite, de la gauche et du centre. On marcha à elle, et elle fut

menée battant pendant six lieues. La cavalerie ennemie fut culbutée

plusieurs fois; mais les difficultés d'un terrain montueux et inégal

s'opposèrent aux efforts de la cavalerie. Avant la fin du jour du 4,

l'avant-garde française vint coucher à Deppen. L'empereur coucha à

Schlett.

Le 5, à la pointe du jour, toute l'armée française vint coucher à

Deppen. L'empereur coucha à Schlett.

Le 5, à la pointe du jour, toute l'armée française fut en mouvement à

Deppen, l'empereur reçut le rapport qu'une colonne ennemie n'avait pas

encore passé l'Alle, et se trouvait ainsi débordée par notre gauche,

tandis que l'armée russe rétrogradait toujours sur les routes

d'Arensdorf et de Landsberg. Sa majesté donna l'ordre au grand-duc de

Berg et aux maréchaux Soult et Davoust de poursuivre l'ennemi dans cette

direction. Elle fit passer l'Alle au corps du maréchal Ney, avec la

division de cavalerie légère du général Lasalle et une division de

dragons, et lui donna l'ordre d'attaquer le corps ennemi qui se trouvait

coupé.

_Combat de Waterdorf._

Le grand-duc de Berg, arrivé sur la hauteur de Waterdorf, se trouva en

présence de huit à neuf mille hommes de cavalerie. Plusieurs charges

successives eurent lieu, et l'ennemi fit sa retraite.

_Combat de Deppen._

Pendant ce temps, le maréchal Ney se canonnait et était aux prises avec

le corps ennemi qui était coupé. L'ennemi voulut un moment essayer

de forcer le passage, mais il vint trouver la mort au milieu de nos

baïonnettes. Culbuté au pas de charge et mis dans une déroute complète,

il abandonna canons, drapeaux et bagages. Les autres divisions de ce

corps voyant le sort de leur avant-garde, battirent en retraite. A la

nuit, nous avions déjà fait plusieurs milliers de prisonniers, et pris

seize pièces de canon.

Cependant, par ces mouvemens, la plus grande partie des communications

de l'armée russe a été coupée. Ses dépôts de Gunstadt et de Liebstadt

et une partie de ses magasins de l'Alle avaient été enlevés par notre

cavalerie légère.

Notre perte a été peu considérable dans tous ces petits combats; elle se

monte à quatre-vingts ou cent morts, et à trois ou quatre cents blessés.

Le général Gardanne, aide-de-camp de l'empereur et gouverneur des pages,

a eu une forte contusion à la poitrine. Le colonel du quatrième

régiment de dragons a été grièvement blessé. Le général de

brigade Latour-Maubourg a été blessé d'une balle dans le bras.

L'adjudant-commandant, Lauberdière, chargé du détail des hussards, a été

blessé dans une charge. Le colonel du quatrième régiment de ligne a été

blessé.

A Preussich-Eylau, le 7 février 1807.

_Cinquante-septième bulletin de la grande armée._

Le 6 au matin, l'armée se mit en marche pour suivre l'ennemi: le

grand-duc de Berg avec le corps du maréchal Soult sur Landsberg, le

corps du maréchal Davoust sur Heilsberg, et celui du maréchal Ney sur

Worenditt, pour empêcher le corps coupé à Deppen de s'élever.

_Combat de Hoff._

Arrivé à Glodau, le grand-duc de Berg rencontra l'arrière-garde ennemie,

et la fit charger entre Glodau et Hoff. L'ennemi déploya plusieurs

lignes de cavalerie qui paraissaient soutenir cette arrière-garde,

composée de douze bataillons, ayant le front sur les hauteurs de

Landsberg. Le grand-duc de Berg fit ses dispositions. Après différentes

attaques sur la droite et sur la gauche de l'ennemi, appuyées à un

mamelon et à un bois, les dragons et les cuirassiers de la division du

général d'Hautpoult firent une brillante charge, culbutèrent et mirent

en pièces deux régimens d'infanterie russe. Les colonels, les drapeaux,

les canons et la plupart des officiers et soldats furent pris. L'armée

ennemie se mit en mouvement pour soutenir son arrière-garde. Le maréchal

Augereau prit position sur la gauche, et le village de Hoff fut occupé.

L'ennemi sentit l'importance de cette position, et fit marcher dix

bataillons pour la reprendre. Le grand-duc de Berg fit exécuter une

seconde charge par les cuirassiers, qui les prirent en flanc et les

écharpèrent. Ces manoeuvres sont de beaux faits d'armes et font le plus

grand honneur à ces intrépides cuirassiers. Cette journée mérite une

relation particulière; une partie des deux armées passa la nuit du 6 au

7 en présence. L'ennemi fila pendant la nuit.

A la pointe du jour, l'avant-garde française se mit en marche, rencontra

l'arrière-garde ennemie entre le bois et la petite ville d'Eylau.

Plusieurs régimens de chasseurs à pied ennemis qui la défendaient furent

chargés et en partie pris. On ne tarda pas à arriver à Eylau, et à

reconnaître que l'ennemi était en position derrière cette ville.

Preussich-Eylau, le 9 février 1807.

_Cinquante-huitième bulletin de la grande armée._

_Combat d'Eylau._

A un quart de lieue de la petite ville de Preussich-Eylau, est un

plateau qui défend le débouché de la plaine. Le maréchal Soult ordonna

au quarante-sixième et au dix-huitième régimens de ligne de l'enlever.

Trois régimens qui le défendaient furent culbutés, mais au même moment

une colonne de cavalerie russe chargea l'extrémité de la gauche du

dix-huitième, et mit en désordre un de ses bataillons. Les dragons de la

division Klein s'en aperçurent à temps; les troupes s'engagèrent dans

la ville d'Eylau. L'ennemi avait placé dans une église et un cimetière

plusieurs régimens. Il fit là une opiniâtre résistance, et après un

combat meurtrier de part et d'autre, la position fut enlevée à dix

heures du soir. La division Legrand prit ses bivouacs au-devant de la

ville, et la division Saint-Hilaire à la droite. Le corps du maréchal

Augereau se plaça sur la gauche, le corps du maréchal Davoust avait, dès

la veille, marché pour déborder Eylau, et tomber sur le flanc gauche de

l'ennemi, s'il ne changeait pas de position. Le maréchal Ney était en

marche pour le déborder sur son flanc droit. C'est dans cette position

que la nuit se passa.

_Bataille d'Eylau._

A la pointe du jour, l'ennemi commença l'attaque par une vive canonnade

sur la ville d'Eylau et sur la division Saint-Hilaire.

L'empereur se porta à la position de l'église que l'ennemi avait tant

défendue la veille. Il fit avancer le corps du maréchal Augereau, et fit

canonner le monticule par quarante pièces d'artillerie de sa garde. Une

épouvantable canonnade s'engagea de part et d'autre.

L'armée russe, rangée en colonnes, était à demi-portée de canon;

tout coup frappait. Il parut un moment, aux mouvemens de l'ennemi,

qu'impatienté de tant souffrir, il voulait déborder notre gauche. Au

même moment, les tirailleurs du maréchal Davoust se firent entendre, et

arrivèrent sur les derrières de l'armée ennemie; le corps du maréchal

Augereau déboucha en même temps en colonnes, pour se porter sur le

centre de l'ennemi, et, partageant ainsi son attention, l'empêcher de

se porter tout entier contre le corps du maréchal Davoust. La division

Saint-Hilaire déboucha sur la droite, l'une et l'autre devant manoeuvrer

pour se réunir au maréchal Davoust: à peine le corps du maréchal

Augereau et la division Saint-Hilaire eurent-ils débouché, qu'une neige

épaisse, et telle qu'on ne distinguait pas à deux pas, couvrit les deux

armées.

Dans cette obscurité, le point de direction fut perdu, et les colonnes,

appuyant trop à gauche, flottèrent incertaines. Cette désolante

obscurité dura une demi-heure. Le temps s'étant éclairci, le grand-duc

de Berg, à la tête de sa cavalerie, et soutenu par le maréchal Bessières

à la tête de la garde, tourna la division Saint-Hilaire, et tomba sur

l'armée ennemie: manoeuvre audacieuse, s'il en fut jamais, qui couvrit

de gloire la cavalerie, et qui était devenue nécessaire dans la

circonstance où se trouvaient nos colonnes. La cavalerie ennemie, qui

voulut s'opposer à cette manoeuvre, fut culbutée; le massacre fut

horrible. Deux lignes d'infanterie russe furent rompues; la troisième

ne résista qu'en s'adossant à un bois. Des escadrons de la garde

traversèrent deux fois toute l'armée ennemie.

Cette charge brillante et inouïe qui avait culbuté plus de vingt mille

hommes d'infanterie, et les avait obligés à abandonner leurs pièces,

aurait décidé sur-le-champ la victoire sans le bois et quelques

difficultés de terrain. Le général de division d'Hautpoult fut blessé

d'un biscaïen. Le général Dalhmann, commandant les chasseurs de la

garde, et un bon nombre de ses intrépides soldats moururent avec gloire.

Mais les cent dragons, cuirassiers ou soldats de la garde que l'on

trouva sur le champ de bataille, on les y trouva environnés de plus de

mille cadavres ennemis. Cette partie du champ de bataille fait horreur à

voir. Pendant ce temps, le corps du maréchal Davoust débouchait derrière

l'ennemi. La neige, qui, plusieurs fois dans la journée, obscurcit le

temps, retarda aussi sa marche et l'ensemble de ses colonnes.

Le mal de l'ennemi est immense, celui que nous avons éprouvé est

considérable. Trois cents bouches à feu ont vomi la mort de part et

d'autre pendant douze heures. La victoire, long-temps incertaine, fut

décidée et gagnée lorsque le maréchal Davoust déboucha sur le plateau

et déborda l'ennemi, qui, après avoir fait de vains efforts pour le

reprendre, battit en retraite. Au même moment, le corps du maréchal Ney

débouchait par Altorff sur la gauche, et poussait devant lui le reste de

la colonne prussienne échappée au combat de Deppen. Il vint se placer le

soir au village de Schnaditten, et par-là l'ennemi se trouva tellement

serré entre les corps des maréchaux Ney et Davoust, que, craignant de

voir son arrière-garde compromise, il résolut, à huit heures du soir, de

reprendre le village de Schnaditten. Plusieurs bataillons de grenadiers

russes, les seuls qui n'eussent pas donné, se présentèrent à ce village;

mais le sixième régiment d'infanterie légère les laissa approcher à bout

portant, et les mit dans une entière déroute. Le lendemain l'ennemi a

été poursuivi jusqu'à la rivière de Frischling. Il se retire au-delà de

la Pregel. Il a abandonné sur le champ de bataille seize pièces de canon

et ses blessés. Toutes les maisons des villages qu'il a parcourus la

nuit en sont remplies.

Le maréchal Augereau a été blessé d'une balle. Les généraux Desjardins,

Heudelet, Lochet, ont été blessés. Le général Corbineau a été enlevé

par un boulet. Le colonel Lacuée, du soixante-troisième, et le colonel

Lemarois, du quarante-troisième ont été tués par des boulets. Le colonel

Bouvières, du onzième régiment de dragons, n'a pas survécu à ses

blessures. Tous sont morts avec gloire. Notre perte se monte exactement

à dix-neuf cents morts et à cinq mille sept cents blessés, parmi

lesquels un millier qui le sont grièvement, seront hors de service. Tous

les morts ont été enterrés dans la journée du 10. On a compté sur le

champ de bataille sept mille Russes.

Ainsi l'expédition offensive de l'ennemi, qui avait pour but de se

porter sur Thorn en débordant la gauche de la grande armée, lui a été

funeste. Douze à quinze mille prisonniers, autant d'hommes hors de

combat, dix-huit drapeaux, quarante-cinq pièces de canon, sont les

trophées trop chèrement payés sans doute par le sang de tant de braves.

De petites contrariétés de temps, qui auraient paru légères dans toute

autre circonstance, ont beaucoup contrarié les combinaisons du général

français. Notre cavalerie et notre artillerie ont fait des merveilles.

La garde à cheval s'est surpassée; c'est beaucoup dire. La garde à pied

a été toute la journée l'arme au bras, sous le feu d'une épouvantable

mitraille, sans tirer un coup de fusil, ni faire aucun mouvement. Les

circonstances n'ont point été telles qu'elle ait dû donner. La blessure

du maréchal Augereau a été aussi un accident défavorable, en laissant,

pendant le plus fort de la mêlée, son corps d'armée sans chef capable de

le diriger.

Ce récit est l'idée générale de la bataille. Il s'est passé des

faits qui honorent le soldat français: l'état-major s'occupe de les

recueillir.

La consommation en munitions à canon a été considérable; elle a été

beaucoup moindre en munitions d'infanterie.

L'aigle d'un des bataillons du dix-huitième régiment ne s'est pas

retrouvée; elle est probablement tombée entre les mains de l'ennemi. On

ne peut en faire un reproche à ce régiment; c'est, dans la position

où il se trouvait, un accident de guerre; toutefois l'empereur lui en

rendra une autre lorsqu'il aura pris un drapeau à l'ennemi.

Cette expédition est terminée, l'ennemi, battu, est rejeté à cent lieues

de la Vistule. L'armée va reprendre ses cantonnements, et rentrer dans

ses quartiers-d'hiver.

A Preussich-Eylau, le 14 février 1807.

_Cinquante-neuvième bulletin de la grande armée_.

L'ennemi prend position derrière la Pregel. Nos coureurs sont sur

Koenigsberg, mais l'empereur a jugé convenable de mettre son armée en

quartiers, en se tenant à portée de couvrir la ligne de la Vistule.

Le nombre des canons qu'on a pris depuis le combat de Bergfried se

monte à près de soixante. Les vingt quatre que l'ennemi a laissés à la

bataille d'Eylau viennent d'être dirigés sur Thorn.

L'ennemi a fait courir la notice ci-jointe: tout y est faux. L'ennemi a

attaqué la ville, et a été constamment repoussé; il avoue avoir perdu

vingt mille hommes tués ou blessés. Sa perte est beaucoup plus forte. La

prise de neuf aigles est aussi fausse que la prise de la ville.

Le grand-duc de Berg a toujours son quartier-général à Wittemberg, tout

près de la Prégel.

Le général d'Hautpoult est mort de ses blessures. Il a été généralement

regretté. Peu de soldats ont eu une fin plus glorieuse. Sa division de

cuirassiers s'est couverte de gloire à toutes les affaires. L'empereur a

ordonné que son corps serait transporté à Paris.

Le général de cavalerie Bouardi-Saint-Sulpice, blessé au poignet, ne

voulut pas aller à l'ambulance, et fournit une seconde charge. Sa

majesté a été si contente de ses services, qu'elle l'a nommé général de

division.

Le maréchal Lefebvre s'est porté le 12 sur Marienwerder. Il y a trouvé

sept escadrons prussiens, les a culbutés, leur a pris trois cents

hommes, parmi lesquels un colonel, un major et plusieurs officiers, et

deux cent cinquante chevaux. Ce qui a échappé à ce combat s'est réfugié

dans Dantzick.

A Preussich-Eylau, le 17 février 1807.

_Soixantième bulletin de la grande armée._

La reddition de la Silésie avance. La place de Schweidnitz a capitulé.

Ci-joint la capitulation. Le gouvernement prussien de la Silésie a été

cerné dans Glatz, après avoir été forcé dans la position de Frankenstein

et de Neubrode par le général Lefebvre. Les troupes de Wurtemberg se

sont fort bien comportées dans cette affaire. Le régiment bavarois de la

Tour-et-Taxis, commandé par le colonel Teydis, et le sixième régiment de

ligne bavarois, commandé par le colonel Baker, se sont fait remarquer.

L'ennemi a perdu dans ces combats une centaine d'hommes tués, trois

cents faits prisonniers.

Le siége de Kosel se poursuit avec activité.

Depuis la bataille d'Eylau, l'ennemi s'est rallié derrière la Prégel. On

concevait l'espoir de le forcer dans cette position, si la rivière fût

restée gelée; mais le dégel continue, et cette rivière est une barrière

au-delà de laquelle l'armée française n'a pas intérêt de le jeter.

Du côté de Willemberg, trois mille prisonniers russes ont été délivrés

par un parti de mille Cosaques.

Le froid a entièrement cessé; la neige est partout fondue, et la saison

actuelle nous offre le phénomène, au mois de février, du temps de la fin

d'avril.

L'armée entre dans ses cantonnemens.

Preussich-Eylau, le 16 février 1807.

_Proclamation._

Soldats!

Nous commencions à prendre un peu de repos dans nos quartiers d'hiver,

lorsque l'ennemi a attaqué le premier corps et s'est présenté sur la

Basse-Vistule. Nous avons marché à lui; nous l'avons poursuivi l'épée

dans les reins pendant l'espace de quatre-vingts lieues. Il s'est

réfugié sous les remparts de ses places, et a repassé la Prégel. Nous

lui avons enlevé, aux combats de Bergfried, de Deppen, de Hoff, à la

bataille d'Eylau, soixante-cinq pièces de canon, seize drapeaux, et tué,

blessé ou pris plus de quarante mille hommes. Les braves qui, de

notre côté, sont restés sur le champ d'honneur, sont morts d'une mort

glorieuse: c'est la mort des vrais soldats. Leurs familles auront des

droits constans à notre sollicitude et à nos bienfaits.

Ayant ainsi déjoué tous les projets de l'ennemi, nous allons nous

approcher de la Vistule, et rentrer dans nos cantonnements. Qui osera

en troubler le repos, s'en repentira; car au-delà de la Vistule

comme au-delà du Danube, au milieu des frimas de l'hiver, comme au

commencement de l'automne, nous serons toujours les soldats français, et

les soldats français de la grande armée.

Landsberg, le 18 février 1807.

_Soixante-unième bulletin de la grande armée._

La bataille d'Eylau avait d'abord été présentée par plusieurs officiers

ennemis comme une victoire. On fut dans cette croyance à Koenigsberg

toute la matinée du 9. Bientôt le quartier-général et toute l'armée

russe arrivèrent. L'alarme alors devint grande. Peu de temps après, ou

entendit des coups de canon, et on vit les Français maîtres d'une petite

hauteur qui dominait tout le camp russe.

Le général russe a déclaré qu'il voulait défendre la ville; ce qui

a augmenté la consternation des habitans, qui disaient: Nous allons

éprouver le sort de Lubeck. Il est heureux pour cette ville qu'il ne

soit pas entré dans les calculs du général français de forcer l'armée

russe dans cette position.

Le nombre des morts dans l'armée russe, en généraux et en officiers, est

extrêmement considérable.

Par la bataille d'Eylau, plus de cinq mille blessés russes restés sur le

champ de bataille ou dans les ambulances environnantes, sont tombés au

pouvoir du vainqueur. Partie sont morts, partie légèrement blessés, ont

augmenté le nombre des prisonniers. Quinze cents prisonniers viennent

d'être rendus à l'armée russe. Indépendamment des cinq mille blessés qui

sont restés au pouvoir de l'armée française, on calcule que les Russes

en ont eu quinze mille.

L'armée vient de prendre ses cantonnemens. Les pays d'Elbing, de

Liebstadt, d'Osterode sont les plus belle parties de ces contrées. Ce

sont eux que l'empereur a choisis pour établir sa gauche.

Le maréchal Mortier est entré dans la Poméranie suédoise. Stralsund a

été bloqué. Il est à regretter que l'ennemi ait mis le feu sans raison

au beau faubourg de Kniper. Cet incendie offrait un spectacle horrible.

Plus de deux mille individus se trouvent sans maisons et sans asile.

Liebstadt, le 21 février 1807.

_Soixante-deuxième bulletin de la grande armée._

La droite de la grande armée a été victorieuse, comme le centre et la

gauche. Le général Essen, à la tête de vingt-cinq mille hommes, s'est

porté sur Ostrolenka, le 13, par les deux rives de la Narew. Arrivé au

village de Flacies-Lawowa, il rencontra l'avant-garde du général Savary,

commandant le cinquième corps.

Le 16, à la pointe du jour, le général Gazan se porta avec une partie

de sa division à l'avant-garde. A neuf heures du matin, il rencontra

l'ennemi sur la route de Nowogrod, l'attaqua, le culbuta et le mit en

déroute. Mais au même moment, l'ennemi attaquait Ostrolenka par la rive

gauche. Le général Campana, avec une brigade de la division Gazan, et

le général Ruffin, avec une brigade de la division du général Oudinot,

défendaient cette petite ville.

Le général Savary y envoya le général de division Reille, chef de

l'état-major du corps d'armée. L'infanterie russe, sur plusieurs

colonnes, voulut emporter la ville. On la laissa avancer jusqu'à la

moitié des rues; on marcha à elle au pas de charge; elle fut culbutée

trois fois, et laissa les rues couvertes de morts. La perte de l'ennemi

fut si grande, qu'il abandonna la ville et prit position derrière les

monticules de sable qui la recouvrent.

Les divisions des généraux Suchet et Oudinot avancèrent: à midi, leurs

têtes de colonne arrivèrent à Ostrolenka. Le général Savary rangea sa

petite armée de la manière suivante:

Le général Oudinot, sur deux lignes, commandait la gauche; le général

Suchet le centre; et le général Reille, commandant une brigade de

la division Gazan, formait la droite. Il se couvrit de toute son

artillerie, et marcha à l'ennemi. L'intrépide général Oudinot se mit à

la tête de la cavalerie, fit une charge qui eut du succès, et tailla en

pièces les cosaques de l'arrière-garde ennemie. Le feu fut très-vif,

l'ennemi ploya de tous côtés, et fut mené battant pendant trois lieues.

Le lendemain, l'ennemi a été poursuivi plusieurs lieues, mais sans qu'on

pût reconnaître que sa cavalerie avait battu, en retraite toute la nuit.

Le général Suwarow et plusieurs autres officiers ennemis ont été tués.

L'ennemi a abandonné un grand nombre de blessés. On en avait ramassé

douze cents; on en ramassait à chaque instant. Sept pièces de canon et

deux drapeaux sont les trophées de la victoire. L'ennemi a laissé treize

cents cadavres sur le champ de bataille. De notre côté, nous avons perdu

soixante hommes tués et quatre à cinq cents blessés; mais une perte

vivement sentie est celle du général de brigade Campana, qui était un

officier d'un grand mérite et d'une grande espérance. Il était né dans

le département de Marengo. L'empereur a été très-peiné de sa perte. Le

cent-troisième régiment s'est particulièrement distingué dans cette

affaire. Parmi les blessés sont le colonel Duhamel, du vingt-unième

régiment d'infanterie légère, et le colonel d'artillerie Nourrit.

L'empereur a ordonné au cinquième corps de s'arrêter et de prendre ses

quartiers d'hiver. Le dégel est affreux. La saison ne permet pas de rien

faire de grand: c'est celle du repos. L'ennemi a le premier levé ses

quartiers; il s'en repent.

Osterode, le 28 février 1807.

_Soixante-troisième bulletin de la grande armée._

Le capitaine des grenadiers à cheval de la garde impériale, Auzouï,

blessé à mort à la bataille d'Eylau, était couché sur le champ de

bataille. Ses camarades viennent pour l'enlever et le porter

à l'ambulance. Il ne recouvre ses esprits que pour leur dire:

«Laissez-moi, mes amis; je meurs content, puisque nous avons la

victoire, et que je puis mourir sur le lit d'honneur, environné de

canons pris à l'ennemi et des débris de leur défaite. Dites à l'empereur

que je n'ai qu'un regret; c'est que, dans quelques momens, je ne pourrai

plus rien pour son service et pour la gloire de notre belle France. A

elle mon dernier soupir.» L'effort qu'il fit pour prononcer ces paroles

épuisa le peu de forces qui lui restaient.

Tous les rapports que l'on reçoit s'accordent à dire que l'ennemi a

perdu à la bataille d'Eylau vingt généraux et neuf cents officiers tués

et blessés, et plus de trente mille hommes hors de combat.

Au combat d'Ostrolenka, du 16, deux généraux russes ont été tués et

trois blessés.

Sa Majesté a envoyé à Paris les seize drapeaux pris à la bataille

d'Eylau. Tous les canons sont déjà dirigés sur Thorn. Sa Majesté a

ordonné que ces canons seraient fondus, et qu'il en serait fait une

statue en bronze du général d'Hautpoult, commandant la deuxième division

de cuirassiers, dans son costume de cuirassier.

L'armée est concentrée dans ses cantonnemens, derrière la Passarge,

appuyant sa gauche à Marienwerder, à l'île du Nogat et à Elbing, pays

qui fournissent des ressources.

Instruit qu'une division russe s'était portée sur Braunsberg, à la tête

de nos cantonnemens, l'empereur a ordonné qu'elle fût attaquée. Le

prince de Ponte-Corvo chargea de cette expédition le général Dupont,

officier d'un grand mérite.

Le 26, à deux heures après-midi, le général Dupont se présenta devant

Braunsberg, attaqua la division ennemie, forte de dix mille hommes, la

culbuta à la baïonnette, la chassa de la ville et lui fit repasser la

Passarge, lui prit seize pièces de canon, deux drapeaux, et lui fit deux

mille prisonniers. Nous avons eu très-peu d'hommes tués.

Du côté de Gustadt, le général Léger-Belair se porta au village de

Peterswalde à la pointe du jour du 25, sur l'avis qu'une colonne russe

était arrivée dans la nuit à ce village, la culbuta, prit le

général baron de Korff qui la commandait, son état-major, plusieurs

lieutenans-colonels et officiers, et quatre cents hommes. Cette brigade

était composée de dix bataillons, qui avaient tellement souffert qu'ils

ne formaient que seize cents hommes présens sous les armes.

L'empereur a témoigné sa satisfaction au général Savary pour le combat

d'Ostrolenka, lui a accordé la grande décoration de la légion-d'honneur,

et l'a rappelé près de sa personne. Sa Majesté a donné le commandement

du cinquième corps au maréchal Masséna, le maréchal Lannes continuant à

être malade.

A la bataille d'Eylau, le maréchal Augereau couvert de rhumatismes,

était malade et avait à peine connaissance; mais le canon réveille les

braves: il revole au galop à la tête de son corps, après s'être fait

attacher sur son cheval. Il a été constamment exposé au plus grand feu,

et a même été légèrement blessé. L'empereur vient de l'autoriser à

rentrer en France pour y soigner sa santé.

Les garnisons de Colberg et de Dantzick profitant du peu d'attention

qu'on avait fait à elles, s'étaient encouragées par différentes

excursions. Un avant-poste de la division italienne a été attaqué, le

16, à Stutgard, par un parti de huit cents hommes de la garnison de

Colberg. Le général Bonfanti n'avait avec lui que quelques compagnies du

premier régiment de ligne italien, qui ont pris les armes à temps, ont

marché avec résolution sur l'ennemi, et l'ont mis en déroute.

Le général Teulié, de son côté, avec le gros de la division italienne,

le régiment de fusiliers de la garde et la première compagnie de

gendarmes d'ordonnance, s'est porté pour investir Colberg. Arrivé à

Naugarten, il a trouvé l'ennemi retranché, occupant un fort hérissé de

pièces de canon. Le colonel Boyer, des fusiliers de la garde, est

monté à l'assaut. Le capitaine de la compagnie des gendarmes, M. de

Montmorency, a fait une charge qui a eu du succès. Le fort a été pris,

trois cents hommes faits prisonniers et six pièces de canon enlevées.

L'ennemi a laissé cent hommes sur le champ de bataille.

Le général Dabrowsky a marché contre la garnison de Dantzick; il l'a

rencontrée à Dirschau, l'a culbutée, lui a fait six cents prisonniers,

pris sept pièces de canon, et l'a poursuivie plusieurs lieues l'épée

dans les reins. Il a été blessé d'une balle. Le maréchal Lefebvre était

arrivé, sur ces entrefaites, au commandement du dixième corps: il y

avait été joint par les Saxons, et il marchait pour investir Dantzick.

Le temps est toujours variable. Il gelait hier; il dégèle aujourd'hui.

L'hiver s'est ainsi passé. Le thermomètre n'a jamais été à plus de cinq

degrés.

Osterode, le 2 mars 1807.

_Soixante-quatrième bulletin de la grande armée._

La ville d'Elbing fournit de grandes ressources à l'armée: on y a

trouvé une grande quantité de vins et d'eaux-de-vie. Ce pays de la

Basse-Vistule est très-fertile.

Les ambassadeurs de Constantinople et de Perse sont entrés en Pologne,

et arrivent à Varsovie.

Après la bataille d'Eylau, l'empereur a passé tous les jours plusieurs

heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, mais que le devoir

rendait nécessaire. Il a failli beaucoup de travail pour enterrer tous

les morts. On a trouvé un grand nombre de cadavres d'officiers russes

avec leurs décorations. Il paraît que parmi eux il y avait un prince

Repnin. Quarante-huit heures encore après la bataille, il y avait plus

de cinq cents russes blessés qu'on n'avait pas encore pu emporter. On

leur faisait porter de l'eau-de-vie et du pain, et successivement on les

a transportés à l'ambulance.

Qu'on se figure sur un espace d'une lieue carrée, neuf ou dix mille

cadavres, quatre ou cinq mille chevaux tués, des lignes de sacs russes,

des débris de fusils et de sabres, la terre couverte de boulets, d'obus,

de munitions, vingt-quatre pièces de canon auprès desquelles on voyait

les cadavres des conducteurs tués au moment où ils faisaient des efforts

pour les enlever: tout cela avait plus de relief sur un fond de neige.

Ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et

l'horreur de la guerre.

Les cinq mille blessés que nous avons eus ont été tous évacués sur Thorn

et sur nos hôpitaux de la rive gauche de la Vistule, sur des traîneaux.

Les chirurgiens ont observé avec étonnement que la fatigue de cette

évacuation n'a point nui aux blessés.

Voici quelques détails sur le combat de Braunsberg.

Le général Dupont marcha à l'ennemi sur deux colonnes. Le général

Bruyer, qui commandait la colonne de droite, rencontra l'ennemi à

Ragern, le poussa sur la rivière qui se trouve en avant de ce village.

La colonne de gauche poussa l'ennemi sur Villenberg, et toute la

division ne tarda pas à déboucher hors du bois. L'ennemi, chassé de sa

première position, fut obligé de se replier sur la rivière qui couvre la

ville de Braunsberg: il a d'abord tenu ferme; mais le général Dupont a

marché à lui, l'a culbuté au pas de charge, et est entré avec lui dans

la ville, qui a été jonchée de cadavres russes.

Le neuvième d'infanterie légère, le trente-deuxième, le

quatre-vingt-seizième de ligne qui composent cette division, se sont

distingués. Les généraux Barrois, Lahoussaye, le colonel Semelle du

vingt-quatrième de ligne, le colonel Meunier du neuvième d'infanterie

légère, le chef de bataillon Bouge du trente-deuxième de ligne, et le

chef d'escadron Hubinet du neuvième de hussards, ont mérité des éloges

particuliers.

Depuis l'arrivée de l'armée française sur la Vistule, nous avons pris

aux Russes, aux affaires de Pultusk et de Golymin, quatre vingt-neuf

pièces de canon; au combat de Bergfried, quatre pièces, dans la retraite

d'Allenstein, cinq pièces; au combat de Deppen, seize pièces; au combat

de Hoff, douze pièces; à la bataille d'Eylau, vingt-quatre pièces; au

combat de Braunsberg, seize pièces; au combat d'Ostrolenka, neuf pièces:

total, cent soixante-quinze pièces de canon.

On a fait à ce sujet la remarque que l'empereur n'a jamais perdu de

canons dans les armées qu'il a commandées, soit dans les premières

campagnes d'Italie et d'Égypte, soit dans celle de l'armée de réserve,

soit dans celle d'Autriche et de Moravie, soit dans celle de Prusse et

de Pologne.

Osterode, le 10 mars 1807.

_Soixante-cinquième bulletin de la grande armée._

L'armée est cantonnée derrière la Passarge:

Le prince de Ponte-Corvo, à Holland et à Braunsberg;

Le maréchal Soult, à Liebstadt et Mohringen;

Le maréchal Ney, à Guttstadt;

Le maréchal Davoust, à Allenstein, Hohenstein et Deppen;

Le quartier-général, à Osterode;

Le corps d'observation polonais, que commande le général Zayonchek, à

Neidenbourg;

Le corps du maréchal Lefebvre devant Dantzick;

Le cinquième corps, sur l'Omulew;

Une division de Bavarois, que commande le prince royal de Bavière, à

Varsovie;

Le corps du prince Jérôme, en Silésie;

Le huitième corps, en observation dans la Poméranie suédoise.

Les places de Breslau, de Schweidnitz et de Brieg sont en démolition.

Le général Rapp, aide-de-camp de l'empereur, est gouverneur de Thorn.

On jette des ponts sur la Vistule, à Marienbourg et à Dirschau.

Ayant été instruit, le 1er mars, que l'ennemi, encouragé par les

positions qu'avait prise l'armée, faisait voir des postes tout le long

de la rive droite de la Passarge, l'empereur ordonna aux maréchaux Soult

et Ney de faire des reconnaissances en avant pour repousser l'ennemi. Le

maréchal Ney marcha sur Guttstadt; le maréchal Soult passa la Passarge

à Worditt. L'ennemi fit aussitôt un mouvement général, et se mit en

retraite sur Koenigsberg; ses postes, qui s'étaient retirés en toute

hâte, furent poursuivis à huit lieues.

Voyant ensuite que les Français ne faisaient plus de mouvemens, et

s'apercevant que ce n'étaient que des avant-gardes qui avaient quitté

leurs régimens, deux régimens de grenadiers russes se rapprochèrent et

se portèrent de nuit sur le cantonnement de Zechern. Le cinquantième

régiment les reçut à bout portant; le vingt-septième et le

trente-neuvième se comportèrent de même. Dans ces petits combats, les

Russes ont eu un millier d'hommes blessés, tués ou prisonniers.

Après s'être ainsi assurée des mouvemens de l'ennemi, l'armée est entrée

dans ses cantonnemens.

Le grand-duc de Berg, instruit qu'un corps de cavalerie s'était porté

sur Villenberg, l'a fait attaquer dans cette ville par le prince

Borghèse, qui, à la tête de son régiment, a chargé huit escadrons

russes, les a culbutés et mis en déroute, et leur a fait une centaine

de prisonniers, parmi lesquels se trouvent trois capitaines et huit

officiers.

Le maréchal Lefebvre a cerné entièrement Dantzick, et a commencé les

ouvrages de circonvallation de la place.

Osterode, le 14 mars 1807.

_Soixante-sixième bulletin de la grande armée._

La grande armée est toujours dans ses cantonnemens, où elle prend du

repos.

De petits combats ont lieu souvent entre les avant-postes des deux

armées.

Deux régimens de cavalerie russe sont venus, le 12, inquiéter le

soixante-neuvième régiment d'infanterie de ligne dans son cantonnement

de Liguau, en avant de Guttstadt.

Un bataillon de ce régiment prit les armes, s'embusqua, et tira à bout

portant sur l'ennemi, qui laissa quatre-vingts hommes sur la place.

Le général Guyot, qui commande les avant-postes du maréchal Soult, a eu

de son côté quelques engagemens qui ont été à son avantage.

Après le petit combat de Villenberg, le grand-duc de Berg a chassé

les cosaques de toute la rive droite de l'Alle, afin de s'assurer

que l'ennemi ne masquait pas quelque mouvement. Il s'est porté à

Wartembourg, Seeburg, Meusguth et Bischoffburg. Il a eu quelques

engagemens avec la cavalerie ennemie, et a fait une centaine de cosaques

prisonniers.

L'armée russe paraît concentrée du côté de Bartenstein sur l'Alle; la

division prussienne du côté de Creutsbourg.

L'armée ennemie a fait un mouvement de retraite, et s'est rapprochée

d'une marche de Koenigsberg.

Toute l'armée française est cantonnée; elle est approvisionnée par les

villes d'Elbing, de Braunsberg, et par les ressources que l'on tire de

l'île du Nogat, qui est d'une très-grande fertilité.

Deux-ponts ont été jetés sur la Vistule: un à Marienbourg, et l'autre

à Marienwerder. Le maréchal Lefebvre a achevé l'investissement de

Dantzick; le général Tenlié a investi Colberg. L'une et l'autre de ces

garnisons ont été rejetées dans ces places après de légères attaques.

Une division de douze mille Bavarois, commandée par le prince royal de

Bavière, a passé la Vistule à Varsovie, et vient joindre l'armée.

De notre camp impérial d'Osterode, le 20 mars 1807.

_Message de S.M. au Sénat._

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV. · 第 36 / 96 题