«Nous avons ordonné qu'un projet de sénatus-consulte, ayant pour objet
d'appeler dès ce moment la conscription de 1808, vous soit présenté.
«Le rapport que nous a fait notre ministre de la guerre vous donnera à
connaître les avantages de toute espèce qui résulteront de cette mesure.
«Tout s'arme autour de nous. L'Angleterre vient d'ordonner une levée
extraordinaire de deux cent mille hommes; d'autres puissances ont
recours également à des recrutemens considérables. Quelque formidables,
quelque nombreuses que soient nos armées, les dispositions contenues
dans ce projet de sénatus-consulte nous paraissent, sinon nécessaires,
du moins utiles et convenables. Il faut qu'à la vue de cette triple
barrière de camps qui environnera notre territoire, comme à l'aspect
du triple rang de places fortes qui garantissent nos plus importantes
frontières, nos ennemis ne conçoivent l'espérance d'aucun succès, se
découragent, et soient ramenés enfin, par l'impuissance de nous nuire, à
la justice, à la raison.
«L'empressement avec lequel nos peuples ont exécuté les
sénatus-consultes du 24 septembre 1805 et du 4 décembre 1806, a vivement
excité en nous le sentiment de la reconnaissance. Tout Français se
montrera également digne d'un si beau nom.
«Nous avons appelé à commander et à diriger cette intéressante jeunesse,
des sénateurs qui se sont distingués dans la carrière des armes, et nous
désirons que vous reconnaissiez dans cette détermination la confiance
sans bornes que nous mettons en vous. Ces sénateurs enseigneront aux
jeunes conscrits, que la discipline et la patience à supporter les
fatigues et les travaux de la guerre, sont les premiers garans de la
victoire. Ils leur apprendront à tout sacrifier pour la gloire du trône
et le bonheur de la patrie, eux, membres d'un corps qui en est le plus
ferme appui.
«Nous avons été victorieux de tous nos ennemis. En six mois, nous avons
passé le Mein, la Saale, l'Elbe, l'Oder, la Vistule; nous avons conquis
les places les plus formidables de l'Europe, Magdebourg, Hameln,
Spandau, Stettin, Custrin, Glogau, Breslau, Schweidnitz, Brieg; nos
soldats ont triomphé dans un grand nombre de combats et dans plusieurs
grandes batailles rangées; ils ont pris plus de huit cents pièces de
canon sur le champ de bataille; ils ont dirigé vers la France quatre
mille pièces de siége, quatre cents drapeaux prussiens ou russes, et
plus de deux cent mille prisonniers de guerre; les sables de la Prusse,
les solitudes de la Pologne, les pluies de l'automne, les frimas de
l'hiver, rien n'a ralenti leur ardent désir de parvenir à la paix par la
victoire, et de se voir ramener sur le territoire de la patrie par des
triomphes. Cependant nos armées d'Italie, de Dalmatie, de Naples, nos
camps de Boulogne, de Bretagne, de Normandie, du Rhin sont restés
intacts.
«Si nous demandons aujourd'hui à nos peuples de nouveaux sacrifices pour
ranger autour de nous de nouveaux moyens de puissance, nous n'hésitons
pas à le dire, ce n'est point pour en abuser en prolongeant la guerre.
Notre politique est fixe: nous avons offert la paix à l'Angleterre,
avant qu'elle eût fait éclater la quatrième coalition; cette même paix,
nous la lui offrons encore. Le principal ministre qu'elle a employé dans
ses négociations a déclaré authentiquement dans ces assemblées publiques
que cette paix pouvait être pour elle honorable et avantageuse; il a
ainsi mis en évidence la justice de notre cause. Nous sommes prêts à
conclure avec la Russie aux mêmes conditions que son négociateur avait
signées, et que les intrigues et l'influence de l'Angleterre l'ont
contrainte à repousser. Nous sommes prêts à rendre à ces huit millions
d'habitans conquis par nos armes, la tranquillité; et au roi de
Prusse sa capitale. Mais si tant de preuves de modération si souvent
renouvelées ne peuvent rien contre les illusions que la passion suggère
à l'Angleterre; si cette puissance ne peut trouver la paix que dans
notre abaissement, il ne nous reste plus qu'à gémir sur les malheurs
de la guerre, et à rejeter l'opprobre et le blâme sur cette nation qui
alimente son monopole avec le sang du continent. Nous trouverons dans
notre énergie, dans le courage, le dévouement et la puissance de nos
peuples, des moyens assurés pour rendre vaines les coalitions qu'ont
cimentées l'injustice et la haine, et pour les faire tourner à la
confusion de leurs auteurs. Français! nous bravons tous les périls pour
la gloire et pour le repos de nos enfans.