NAPOLÉON.

Bamberg, le 8 octobre 1806.

_Premier bulletin de la grande armée._

La paix avec la Russie, conclue et signée le 20 juillet, des

négociations avec l'Angleterre, entamées et presque conduites à leur

maturité, avaient porté l'alarme à Berlin. Les bruits vagues qui se

multiplièrent, et la conscience des torts de ce cabinet envers toutes

les puissances qu'il avait successivement trahis, le portèrent à ajouter

croyance aux bruits répandus qu'un des articles secrets du traité conclu

avec la Russie, donnait la Pologne au prince Constantin, avec le titre

de roi; la Silésie à l'Autriche, en échange de la portion autrichienne

de la Pologne, et le Hanovre à l'Angleterre. Il se persuada enfin que

ces trois puissances étaient d'accord avec la France, et que de cet

accord résultait un danger imminent pour la Prusse.

Les torts de la Prusse envers la France remontaient à des époques fort

éloignées. La première, elle avait armé pour profiter de nos dissensions

intestines. On la vit ensuite courir aux armes au moment de l'invasion

du duc d'Yorck en Hollande; et, lors des événemens de la guerre,

quoiqu'elle n'eût aucun motif de mécontentement contre la France, elle

arma de nouveau, et signa, le 1er octobre 1805, ce fameux traité de

Potsdam, qui fut, un mois après, remplacé par le traité de Vienne.

Elle avait des torts envers la Russie, qui ne peut oublier l'inexécution

du traité de Potsdam et la conclusion subséquente du traité de Vienne.

Ses torts envers l'empereur d'Allemagne et le corps germanique, plus

nombreux et plus anciens, ont été connus de tous les temps. Elle se tint

toujours en opposition avec la diète. Quand le corps germanique était

en guerre, elle était en paix avec ses ennemis. Jamais ses traités

avec l'Autriche ne recevaient d'exécution, et sa constante étude était

d'exciter les puissances au combat, afin de pouvoir, au moment de la

paix, venir recueillir les fruits de son adresse et de leurs succès.

Ceux qui supposeraient que tant de versatilité tient à un défaut de

moralité de la part du prince, seraient dans une grande erreur. Depuis

quinze ans, la cour de Berlin est une arène où les partis se combattent

et triomphent tour à tour; l'un veut la guerre, et l'autre veut la paix.

Le moindre événement politique, le plus léger incident donne l'avantage

à l'un ou à l'autre, et le roi, au milieu de ce mouvement des passions

opposées, au sein de ce dédale d'intrigues, flotte incertain sans cesser

un moment d'être honnête homme.

Le 11 août, un courrier de M. le marquis de Lucchesini arriva à Berlin,

et y porta, dans les termes les plus positifs, l'assurance de ces

prétendues dispositions par lesquelles la France et la Russie seraient

convenues, par le traité du 20 juillet, de rétablir le royaume de

Pologne, et d'enlever la Silésie à la Prusse. Les partisans de la guerre

s'enflammèrent aussitôt; ils firent violence aux sentimens personnels du

roi; quarante courriers partirent dans une seule nuit, et l'on courut

aux armes.

La nouvelle de cette explosion soudaine parvint à Paris le 20 du

même mois. On plaignit un allié si cruellement abusé; on lui donna

sur-le-champ des explications, des assurances précises, et comme une

erreur manifeste était le seul motif de ces armemens imprévus, on espéra

que la réflexion calmerait une effervescence aussi peu motivée.

Cependant le traité signé à Paris, ne fut pas ratifié à

Saint-Pétersbourg, et des renseignemens de toute espèce ne tardèrent pas

à faire connaître à la Prusse, que M. le marquis de Lucchesini avait

puisé ses renseignemens dans les réunions les plus suspectes de la

capitale, et parmi les hommes d'intrigues qui composaient sa société

habituelle. En conséquence il fut rappelé, on annonça pour lui succéder

M. le baron de Knobelsdorff, homme d'un caractère plein de droiture et

de franchise, et d'une moralité parfaite.

Cet envoyé extraordinaire arriva bientôt à Paris, porteur d'une lettre

du roi de Prusse, datée du 23 août.

Cette lettre était remplie d'expressions obligeantes et de déclarations

pacifiques, et l'empereur y répondit d'une manière franche et

rassurante.

Le lendemain du jour où partit le courrier porteur de cette réponse, on

apprit que des chansons outrageantes pour la France avaient été

chantées sur le théâtre de Berlin; qu'aussitôt après le départ de M. de

Knobelsdorff les armemens avaient redoublé, et que, quoique les hommes

demeurés de sang-froid eussent rougi de ces fausses alarmes, le parti

de la guerre soufflant la discorde de tous côtés, avait si bien exalté

toutes les tètes que le roi se trouvait dans l'impuissance de résister

au torrent.

On commença dès-lors à comprendre à Paris, que le parti de la paix ayant

lui-même été alarmé par des assurances mensongères et des apparences

trompeuses, avait perdu tous ses avantages, tandis que le parti de la

guerre mettant à profit l'erreur dans laquelle ses adversaires s'étaient

laissé entraîner, avait ajouté provocation à provocation, et accumulé

insulte sur insulte, et que les choses étaient arrivées à un tel point,

qu'on ne pourrait sortir de cette situation que par la guerre.

L'empereur vit alors que telle était la force des circonstances, qu'il

ne pouvait éviter de prendre les armes contre son allié. Il ordonna ses

préparatifs.

Tout marchait à Berlin avec une grande rapidité: les troupes prussiennes

entrèrent en Saxe, arrivèrent sur les frontières de la confédération, et

insultèrent les avant-postes.

Le 24 septembre, la garde impériale partit de Paris pour Bamberg, où

elle est arrivée le 6 octobre. Les ordres furent expédiés pour l'armée,

et tout se mit en mouvement.

Ce fut le 25 septembre que l'empereur quitta Paris; le 28 il était à

Mayence, le 2 octobre à Wurtzbourg, et le 6 à Bamberg.

Le même jour, deux coups de carabine furent tirés par les hussards

prussiens sur un officier de l'état-major français. Les deux armées

pouvaient se considérer comme en présence.

Le 7, S. M. l'empereur reçut un courrier de Mayence, dépêché par le

prince de Bénévent, qui était porteur de deux dépêches importantes:

l'une était une lettre du roi de Prusse, d'une vingtaine de pages, qui

n'était réellement qu'un mauvais pamphlet contre la France, dans le

genre de ceux que le cabinet anglais fait faire par ses écrivains à cinq

cents livres sterling par an. L'Empereur n'en acheva point la lecture,

et dit aux personnes qui l'entouraient: «Je plains mon frère le roi

de Prusse, il n'entend pas le français, il n'a sûrement pas lu

cette rapsodie.» A cette lettre était jointe la célèbre note de M.

Knobelsdorff. «Maréchal, dit l'Empereur au maréchal Berthier, on nous

donne un rendez-vous d'honneur pour le 8; jamais un Français n'y a

manqué; mais comme on dit qu'il y a une belle reine qui veut être témoin

des combats, soyons courtois, et marchons, sans nous coucher, pour la

Saxe.» L'empereur avait raison de parler ainsi, car la reine de Prusse

est à l'armée, habillée en amazone, portant l'uniforme de son régiment

de dragons, écrivant vingt lettres par jour pour exciter de toute part

l'incendie. Il semble voir Armide dans son égarement, mettant le feu à

son propre palais; après elle le prince Louis de Prusse, jeune prince

plein de bravoure et de courage, excité par le parti, croit trouver une

grande renommée dans les vicissitudes de la guerre. A l'exemple de ces

deux grands personnages, toute la cour crie à la guerre; mais quand

la guerre se sera présentée, avec toutes ses horreurs, tout le monde

s'excusera d'avoir été coupable, et d'avoir attiré la foudre sur

les provinces paisibles du Nord; alors par une suite naturelle des

inconséquences des gens de cour, ou verra les auteurs de la guerre, non

seulement la trouver insensée, s'excuser de l'avoir provoquée, et dire

qu'ils la voulaient, mais dans un autre temps; mais même en faire

retomber le blâme sur le roi, honnête homme, qu'ils ont rendu la dupe de

leurs intrigues et de leurs artifices.

Voici la disposition de l'armée française:

L'armée doit se mettre en marche par trois débouchés.

La droite, composée des corps des maréchaux Soult et Ney et d'une

division des Bavarois, part d'Amberg et de Nuremberg, se réunit à

Bayreuth, et doit se porter sur Hoff, où elle arrivera le 9.

Le centre, composé de la réserve du grand-duc de Berg, du corps du

maréchal prince de Ponte-Corvo et du maréchal Davoust, et de la garde

impériale, débouche par Bamberg sur Cronach, arrivera le 8 à Saalbourg,

et de là se portera par Saalbourg et Schleitz sur Géra.

La gauche, composée des corps des maréchaux Lannes et Augereau, doit se

porter de Schwenfurth sur Cobourg, Graffental et Saalfed.

De mon camp impérial de Géra, le 12 octobre 1806.

_Au roi de Prusse._

«Monsieur mon frère, je n'ai reçu que le 7 la lettre de V. M., du 25

septembre. Je suis fâché qu'on lui ait fait signer cette espèce de

pamphlet[3]. Je ne lui réponds que pour lui protester que jamais je

n'attribuerai à elle les choses qui y sont contenues; toutes sont

contraires à son caractère et à l'honneur de tous deux. Je plains et

dédaigne les rédacteurs d'un pareil ouvrage. J'ai reçu immédiatement

après la note de son ministre, du 1er octobre. Elle m'a donné

rendez-vous le 8: en bon chevalier, je lui ai tenu parole; je suis au

milieu de la Saxe. Qu'elle m'en croie, j'ai des forces telles que toutes

ses forces ne peuvent balancer longtemps la victoire. Mais pourquoi

répandre tant de sang? A quel but? Je tiendrai à V. M. le même langage

que j'ai tenu à l'empereur Alexandre deux jours avant la bataille

d'Austerlitz. Fasse le ciel que des hommes vendus ou fanatisés, plus

les ennemis d'elle et de son règne, qu'ils ne sont les miens et de ma

nation, ne lui donnent pas les mêmes conseils pour la faire arriver au

même résultat!

«Sire, j'ai été ami de V. M. depuis six ans. Je ne veux point profiter

de cette espèce de vertige qui anime ses conseils, et qui lui ont fait

commettre des erreurs politiques dont l'Europe est encore tout étonnée,

et des erreurs militaires de l'énormité desquelles l'Europe ne tardera

pas à retentir. Si elle m'eût demandé des choses possibles, par sa note,

je les lui eusse accordées; elle a demandé mon déshonneur, elle devait

être certaine de ma réponse. La guerre est donc faite entre nous,

l'alliance rompue pour jamais. Mais pourquoi faire égorger nos sujets?

Je ne prise point une victoire qui sera achetée par la vie d'un bon

nombre de mes enfans. Si j'étais à mon début dans la carrière militaire,

et si je pouvais craindre les hasards des combats, ce langage serait

tout à fait déplacé. Sire, votre majesté sera vaincue; elle aura

compromis le repos de ses jours, l'existence de ses sujets sans l'ombre

d'un prétexte. Elle est aujourd'hui intacte, et peut traiter avec moi

d'une manière conforme à son rang; elle traitera avant un mois dans une

situation différente. Elle s'est laissé aller à des irritations qu'on a

calculées et préparées avec art; elle m'a dit qu'elle m'avait souvent

rendu des services; eh bien! je veux lui donner la plus grande preuve

du souvenir que j'en ai; elle est maîtresse de sauver à ses sujets les

ravages et les malheurs de la guerre; à peine commencée, elle peut la

terminer, et elle fera une chose dont l'Europe lui saura gré. Si elle

écoute les furibonds qui, il y a quatorze ans, voulaient prendre Paris,

et qui aujourd'hui l'ont embarquée dans une guerre, et immédiatement

après dans des plans offensifs également inconcevables, elle fera à son

peuple un mal que le reste de sa vie ne pourra guérir. Sire, je n'ai

rien à gagner contre V. M.; je ne veux rien et n'ai rien voulu d'elle;

la guerre actuelle est une guerre impolitique. Je sens que peut-être

j'irrite dans cette lettre une certaine susceptibilité naturelle à tout

souverain; mais les circonstances ne demandent aucun ménagement; je lui

dis les choses comme je les pense; et d'ailleurs, que V. M. me permette

de le lui dire, ce n'est pas pour l'Europe une grande découverte que

d'apprendre que la Francs est du triple plus populeuse et aussi brave et

aguerrie que les États de V. M. Je ne lui ai donné aucun sujet réel de

guerre. Qu'elle ordonne à cet essaim de malveillans et d'inconsidérés

de se taire à l'aspect de son trône dans le respect qui lui est dû; et

qu'elle rende la tranquillité à elle et à ses États. Si elle ne retrouve

plus jamais en moi un allié, elle retrouvera un homme désireux de ne

faire que des guerres indispensables à la politique de mes peuples, et

de ne point répandre le sang dans une lutte avec des souverains qui

n'ont avec moi aucune opposition d'industrie, de commerce et de

politique. Je prie V. M. de ne voir dans cette lettre que le désir

que j'ai d'épargner le sang des hommes, et d'éviter à une nation qui,

géographiquement, ne saurait être ennemie de la mienne, l'amer repentir

d'avoir trop écouté des sentimens éphémères qui s'excitent et se calment

avec tant de facilité parmi les peuples. «Sur ce, je prie Dieu, monsieur

mon frère, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

«De votre majesté, le bon frère, NAPOLÉON.»

[Note 3: Ceci a rapport à une lettre du roi de Prusse, composée de

vingt pages, véritable rapsodie, et que très-certainement le roi n'a pu

ni lire ni comprendre. Nous ne pouvons l'imprimer, attendu que tout ce

qui tient à la correspondance particulière des souverains, reste dans

le portefeuille de l'empereur, et ne vient point à la connaissance

du public. Si nous publions celle de S. M., c'est parce que beaucoup

d'exemplaires en ayant été faits au quartier-général des Prussiens,

où on la trouve très-belle, une copie en est tombée entre nos mains.

(_Moniteur_)]

Auma, le 13 octobre 1806.

_Deuxième bulletin de la grande armée._

L'empereur est parti de Bamberg le 8 octobre, à trois heures du matin,

et est arrivé à neuf heures à Cronach. Sa majesté a traversé la forêt de

Franconie à la pointe du jour du 9, pour se rendre a Ebersdorff, et de

là elle s'est portée sur Schleitz, où elle a assisté au premier combat

de la campagne. Elle est revenue coucher à Ebersdorff, en est repartie

le 10 pour Schleitz, et est arrivée le 11 à Auma, où elle a couché après

avoir passé la journée à Gera. Le quartier-général part dans l'instant

même pour Gera. Tous les ordres de l'empereur ont été parfaitement

exécutés.

Le maréchal Soult se portait le 7 à Bayreuth, se présentait le 9 à

Hoff, a enlevé tous les magasins de l'ennemi, lui a fait plusieurs

prisonniers, et s'est porté sur Planen le 10.

Le maréchal Ney a suivi son mouvement à une demi-journée de distance.

Le 8, le grand duc de Berg a débouché avec la cavalerie légère,

de Cronach, et s'est porté devant Saalbourg, ayant avec lui le

vingt-cinquième régiment d'infanterie légère. Un régiment prussien

voulut défendre le passage de la Saale; après une canonnade d'une

demi-heure, menacé d'être tourné, il a abandonné apposition et la Saale.

Le 9, le grand duc de Berg se porta sur Schleitz; un général prussien y

était avec dix mille hommes. L'empereur y arriva à midi, et chargea

le maréchal prince de Ponte-Corvo d'attaquer et d'enlever le village,

voulant l'avoir avant la fin du jour. Le maréchal fit ses dispositions,

se mit à la tête de ses colonnes; le village fut enlevé et l'ennemi

poursuivi. Sans la nuit, la plus grande partie de cette division eût été

prise. Le général Walter, avec le quatrième régiment de hussards et

le cinquième régiment de chasseurs, fit une belle charge de cavalerie

contre trois régimens prussiens; quatre compagnies du vingt-septième

d'infanterie légère se trouvant en plaine, furent chargées par les

hussards prussiens; mais ceux-ci virent comme l'infanterie française

reçoit la cavalerie prussienne. Deux cents cavaliers prussiens restèrent

sur le champ de bataille. Le général Maisons commandait l'infanterie

légère. Un colonel ennemi fut tué, deux pièces de canon prises, trois

cents hommes furent faits prisonniers, et quatre cents tués. Notre perte

a été de peu d'hommes; l'infanterie prussienne a jeté ses armes, et a

fui, épouvantée, devant les baïonnettes françaises. Le grand-duc de Berg

était au milieu des charges, le sabre à la main.

Le 10, le prince de Ponte-Corvo a porté son quartier-général à Auma;

le 11, le grand-duc de Berg est arrivé à Gera. Le général de brigade

Lasalle, de la cavalerie de réserve, a culbuté l'escorte des bagages

ennemis; cinq cents caissons et voitures de bagage ont été pris par

les hussards français. Notre cavalerie légère est couverte d'or. Les

équipages de pont et plusieurs objets importans font partie du convoi.

La gauche a eu des succès égaux. Le maréchal Lannes est entré à Cobourg

le 8, se portait le 9 sur Graffenthal. Il a attaqué, le 10, à Saalfeld,

l'avant-garde du prince Hohenlohe, qui était commandée par le prince

Louis de Prusse, un des champions de la guerre. La canonnade n'a duré

que deux heures; la moitié de la division du général Suchet a seule

donné. La cavalerie prussienne a été culbutée par les neuvième et

dixième régimens d'hussards; l'infanterie prussienne n'a pu conserver

aucun ordre de retraite; partie a été culbutée dans un marais, partie

dispersée dans les bois. On a fait mille prisonniers, six cents hommes

sont restés sur le champ de bataille; trente pièces de canon sont

tombées au pouvoir de l'armée.

Voyant ainsi la déroute de ses gens, le prince Louis de Prusse, en brave

et loyal soldat, se prit corps à corps avec un maréchal-des-logis

du dixième régiment de hussards. _Rendez vous, colonel,_ lui dit le

hussard, _ou vous êtes mort._ Le prince lui répondit par un coup de

sabre; le maréchal-des-logis riposta par un coup de pointe, et le prince

tomba mort. Si les derniers instans de sa vie ont été ceux d'un mauvais

citoyen, sa mort est glorieuse et digne de regrets. Il est mort comme

doit désirer de mourir tout bon soldat. Deux de ses aides-de-camp ont

été tués à ses côtés. Ou a trouvé sur lui des lettres de Berlin, qui

font voir que le projet de l'ennemi était d'attaquer incontinent, et que

le parti de la guerre, à la tête duquel étaient le jeune prince et la

reine, craignait toujours que les intentions pacifiques du roi, et

l'amour qu'il porte à ses sujets ne lui fissent adopter des tempéramens,

et ne déjouassent leurs cruelles espérances. On peut dire que les

premiers coups de la guerre ont tué un de ses auteurs.

Dresde ni Berlin ne sont couverts par aucun corps d'armée. Tournée par

sa gauche, prise en flagrant délit au moment où elle se livrait aux

combinaisons les plus hasardées, l'armée prussienne se trouve, dès le

début, dans une position assez critique. Elle occupe Eisenach, Gotha,

Erfurt, Weimar. Le 12, l'armée française occupe Saalfed et Gera, et

marche sur Naumbourg et Jena. Des coureurs de l'armée française inondent

la plaine de Leipsick.

Toutes les lettres interceptées peignent le conseil du roi déchiré

par des opinions différentes, toujours délibérant et jamais d'accord.

L'incertitude, l'alarme et l'épouvante paraissent déjà succéder à

l'arrogance, à l'inconsidération et à la folie.

Hier 11, en passant à Gera devant le vingt-septième régiment

d'infanterie légère, l'empereur a chargé le colonel de témoigner sa

satisfaction à ce régiment, sur sa bonne conduite.

Dans tous ces combats, nous n'avons à regretter aucun officier de

marque: le plus élevé en grade est le capitaine Campobasso, du

vingt-septième régiment d'infanterie légère, brave et loyal officier.

Nous n'avons pas eu quarante hommes tués et soixante blessés.

Gera, le 13 octobre 1806.

_Troisième bulletin de la grande armée._

Le combat de Schleitz, qui a ouvert la campagne, et qui a été

très-funeste à l'armée prussienne, celui de Saalfeld qui l'a suivi le

lendemain, ont porté la consternation chez l'ennemi. Toutes les lettres

interceptées disent que la consternation est à Erfurt, où se trouvent

encore le roi et la reine, le duc de Brunswick, etc.; qu'on discute sur

le parti à prendre sans pouvoir s'accorder. Mais pendant qu'on délibère,

l'armée française marche. A cet esprit d'effervescence, à cette

excessive jactance, commencent à succéder des observations critiques

sur l'inutilité de cette guerre, sur l'injustice de s'en prendre à la

France, sur l'impossibilité d'être secouru, sur la mauvaise volonté

des soldats, sur ce qu'on n'a pas fait ceci, et mille et une autres

observations qui sont toujours dans la bouche de la multitude, lorsque

les princes sont assez faibles pour la consulter sur les grands intérêts

politiques au-dessus de sa portée.

Cependant, le 12 au soir, les coureurs de l'armée française étaient aux

portes de Leipsick; le quartier-général du grand-duc de Berg, entre

Zeist et Leipzick; celui du prince de Ponte-Corvo, à Zeist; le quartier

impérial à Gera; la garde impériale et le corps d'armée du maréchal

Soult, à Gera; le corps d'armée du maréchal Ney, à Neustadt; en première

ligne, le corps d'armée du maréchal Davoust, à Naumbourg, celui du

maréchal Lannes, à Jena; celui du maréchal Augereau, à Kala. Le prince

Jérôme, auquel l'empereur a confié le commandement des alliés et d'un

corps de troupes bavaroises, est arrivé à Schleitz, après avoir fait

bloquer le fort de Culenbach par un régiment.

L'ennemi, coupé a Dresde, était encore le 11 à Erfurt, et travaillait à

réunir ses colonnes qu'il avait envoyées sur Cassel et Wurtzbourg, dans

des projets offensifs; voulant ouvrir la campagne par une invasion en

Allemagne. Le Weser, où il avait construit des batteries, la Saale qu'il

prétendait également défendre, et les autres rivières, sont tournées

à-peu-près comme le fut l'Iller l'année passée; de sorte que l'armée

française borde la Saale, ayant le dos à l'Elbe et marchant sur l'armée

prussienne qui, de son côté, a le dos sur le Rhin, position assez

bizarre, d'où doivent naître dès événemens d'une grande importance.

Le temps, depuis notre entrée en campagne, est superbe, le pays

abondant, le soldat plein de vigueur et de santé. On fait des marches de

dix lieues, et pas un traîneur; jamais l'armée n'a été si belle.

Toutes les intentions du roi de Prusse se trouvent exécutées: il voulait

que le 8 octobre l'armée française eût évacué le territoire de la

confédération, et elle l'avait évacué; mais au lieu de repasser le Rhin,

elle a passé la Saale.

Gera, le 14 octobre 1806.

_Quatrième bulletin de la grande armée._

Les événemens se succèdent avec rapidité. L'armée prussienne est prise

en flagrant délit, ses magasins enlevés: elle est tournée.

Le maréchal Davoust est arrivé à Naumbourg le 12, à neuf heures du soir,

y a saisi les magasins de l'armée ennemie, fait des prisonniers et pris

un superbe équipage de 18 pontons de cuivre attelés.

Il paraît que l'armée prussienne se met en marche pour gagner

Magdebourg; mais l'armée française a gagné trois marches sur elle.

L'anniversaire des affaires d'Ulm sera célèbre, dans l'histoire de

France.

Une lettre qui vient d'être interceptée, fait connaître la vraie

situation des esprits, mais cette bataille dont parle l'officier

prussien, aura lieu dans peu de jours. Les résultats décideront du sort

la guerre. Les Français doivent être sans inquiétude.

Jéna, 15 octobre 1806.

_Cinquième bulletin de la grande armée._

La bataille de Jéna a lavé l'affront de Rosbach et décidé, en sept

jours, une campagne qui a entièrement calmé cette frénésie guerrière qui

s'était emparée des têtes prussiennes.

Voici la position de l'armée au 13:

Le grand-duc de Berg et le maréchal Davoust, avec leurs corps d'armée,

étaient à Naumbourg, ayant des partis sur Leipsick et Halle.

Le corps du maréchal prince de Ponte-Corvo était en marche pour se

rendre à Dornbourg.

Le corps du maréchal Lannes arrivait à Iéna.

Le corps du maréchal Augereau était en position à Kala.

Le corps du maréchal Ney était à Roda.

Le quartier-général, à Gera.

L'empereur, en marche pour se rendre à Jéna.

Le corps du maréchal Soult, de Gera était en marche pour prendre une

position plus rapprochée, à l'embranchement des routes de Naumbourg et

d'Jéna.

Voici la position de l'ennemi:

Le roi de Prusse voulut commencer les hostilités au 9 octobre, en

débouchant sur Francfort par sa droite, sur Wurtzbourg par son centre,

et sur Bamberg par sa gauche, toutes les divisions de son armée étaient

disposées pour exécuter ce plan; mais l'armée française tournant sur

l'extrémité de sa gauche, se trouva en peu de jours à Saalbourg, à

Lobenstein, à Schleitz, à Gera, à Naumbourg. L'armée prussienne,

tournée employa, les journées des 9, 10, 11 et 12 à rappeler tous ses

détachemens, et le 13, elle se présenta en bataille entre Capelsdorf et

Auerstaedt, forte de près de cent cinquante mille hommes.

Le 13, à deux heures après-midi, l'empereur arriva à Iéna, et sur un

petit plateau qu'occupait notre avant-garde, il aperçut les dispositions

de l'ennemi qui paraissait manoeuvrer pour attaquer le lendemain, et

forcer les divers débouchés de la Saale. L'ennemi défendait en force,

et par une position inexpugnable, la chaussée de Jéna à Weimar, et

paraissait penser que les Français ne pourraient déboucher dans la

plaine, sans avoir forcé ce passage. Il ne paraissait pas possible en

effet de faire monter de l'artillerie sur le plateau, qui d'ailleurs

était si petit, que quatre bataillons pouvaient à peine s'y déployer. On

fit travailler toute la nuit à un chemin dans le roc, et l'on parvint à

conduire l'artillerie sur la hauteur.

Le maréchal Davoust reçut l'ordre de déboucher par Naumbourg pour

défendre les défilés de Koesen si l'ennemi voulait marcher sur

Naumbourg, ou pour se rendre à Apolda pour le prendre à dos, s'il

restait dans la position où il était.

Le corps du maréchal prince de Ponte-Corvo fut destiné à déboucher de

Dornbourg, pour tomber sur les derrières de l'ennemi, soit qu'il se

portât en force sur Naumbourg, soit qu'il se portât sur Jéna.

La grosse cavalerie qui n'avait pas encore rejoint l'armée, ne pouvait

la rejoindre qu'à midi; la cavalerie de la garde impériale était à

trente-six heures de distance, quelque fortes marches qu'elle eût faites

depuis son départ de Paris. Mais il est des momens à la guerre où aucune

considération ne doit balancer l'avantage de prévenir l'ennemi et de

l'attaquer le premier. L'empereur fit ranger sur le plateau qu'occupait

l'avant-garde, que l'ennemi paraissait avoir négligé, et vis-à-vis

duquel il était en position, tout le corps du maréchal Lannes; ce corps

d'armée fut rangé par les soins du général Victor, chaque division

formant une aile. Le maréchal Lefebvre fit ranger au sommet la garde

impériale en bataillon carré. L'empereur bivouaqua au milieu de ses

braves. La nuit offrait un spectacle digne d'observation, celui de deux

armées dont l'une déployait son front sur six lieues d'étendue, et

embrasait de ses feux l'atmosphère, l'autre dont les feux apparens

étaient concentrés sur un petit point; et dans l'une et l'autre armée,

de l'activité et du mouvement; les feux des deux armées étaient à une

demi-portée de canon; les sentinelles se touchaient presque, et il ne se

faisait pas un mouvement qui ne fut entendu.

Les corps des maréchaux Ney et Soult passaient la nuit en marche. A la

pointe du jour, toute l'armée prit les armes. La division Gazan était

rangée sur trois lignes, sur la gauche du plateau. La division Suchet

formait la droite; la garde impériale occupait le sommet du monticule;

chacun de ces corps ayant ses canons dans les intervalles. De la ville

et des vallées voisines on avait pratiqué des débouchés qui permettaient

le déploiement le plus facile aux troupes qui n'avaient pu être placées

sur le plateau; car c'était peut-être la première fois qu'une armée

devait passer par un si petit débouché.

Un brouillard épais obscurcissait le jour. L'empereur passa devant

plusieurs lignes. Il recommanda aux soldats de se tenir en garde contre

cette cavalerie prussienne qu'on peignait comme si redoutable. Il les

fit souvenir qu'il y avait un an qu'à la même époque ils avaient

pris Ulm; que l'armée prussienne, comme l'armée autrichienne, était

aujourd'hui cernée, ayant perdu sa ligne d'opérations, ses magasins;

qu'elle ne se battait plus dans ce moment pour la gloire, mais pour sa

retraite; que cherchant à faire une trouée sur différens points, les

corps d'armée qui la laisseraient passer, seraient perdus d'honneur et

de réputation. A ce discours animé, le soldat répondit par des cris de

_marchons_. Les tirailleurs engagèrent l'action, la fusillade devint

vive. Quelque bonne que fût la position que l'ennemi occupait, il en fut

débusqué, et l'armée française, débouchant dans la plaine, commença à

prendre son ordre de bataille.

De son côté, le gros de l'armée ennemie, qui n'avait eu le projet

d'attaquer que lorsque le brouillard serait dissipé, prit les armes. Un

corps de cinquante mille hommes de la gauche, se posta pour couvrir les

défilés de Naumbourg et s'emparer des débouchés de Koesen; mais il avait

déjà été prévenu par le maréchal Davoust. Les deux autres corps formant

une force de 80,000 hommes, se portèrent en avant de l'armée française

qui débouchait du plateau de Jéna. Le brouillard couvrit les deux armées

pendant deux heures, mais enfin il fut dissipé par un beau soleil

d'automne. Les deux armées s'aperçurent à petite portée de canon. La

gauche de l'armée française, appuyée sur un village et des bois, était

commandée par le maréchal Augereau. La garde impériale la séparait du

centre qu'occupait le maréchal Lannes. La droite était formée par le

corps du maréchal Soult; le maréchal Ney n'avait qu'un simple corps de

trois mille hommes, seules troupes qui fussent arrivées de son corps

d'armée.

L'armée ennemie était nombreuse et montrait une belle cavalerie. Ses

manoeuvres étaient exécutées avec précision et rapidité. L'empereur eût

désiré retarder de deux heures d'en venir aux mains, afin d'attendre

dans la position qu'il venait de prendre après l'attaque du matin, les

troupes qui devaient le joindre, et surtout sa cavalerie; mais l'ardeur

française l'emporta. Plusieurs bataillons s'étant engagés, au village de

Hollstedt, il vit l'ennemi s'ébranler pour les en déposter. Le maréchal

Lannes reçut ordre sur-le-champ de marcher en échelons pour soutenir ce

village. Le maréchal Soult avait attaqué un bois sur la droite; l'ennemi

ayant fait un mouvement de sa droite sur notre gauche, le maréchal

Augereau fut chargé de le repousser; en moins d'une heure, l'action

devint générale; deux cent cinquante ou trois cent mille hommes avec

sept ou huit cents pièces de canon, semaient partout la mort, et

offraient un de ces spectacles rares dans l'histoire. De part et

d'autre, on manoeuvra constamment comme à une parade. Parmi nos troupes,

il n'y eut jamais le moindre désordre, la victoire ne fut pas un moment

incertaine. L'empereur eut toujours auprès de lui, indépendamment de la

garde impériale, un bon nombre de troupes de réserve pour pouvoir parer

à tout accident imprévu.

Le maréchal Soult ayant enlevé le bois qu'il attaquait depuis deux

heures, fit un mouvement en avant. Dans cet instant, on prévint

l'empereur que la division de cavalerie française de réserve commençait

à se placer, et que deux divisions du corps du maréchal Ney se plaçaient

en arrière sur le champ de bataille. On fit alors avancer toutes les

troupes qui étaient en réserve sur la première ligne, et qui, se

trouvant ainsi appuyées, culbutèrent l'ennemi dans un clin-d'oeil, et le

mirent en pleine retraite. Il la fit en ordre pendant la première heure;

mais elle devint un affreux désordre du moment que nos divisions de

dragons et nos cuirassiers, ayant le grand-duc de Berg à leur tête,

purent prendre part à l'affaire. Ces braves cavaliers, frémissant de

voir la victoire décidée sans eux, se précipitèrent partout où ils

rencontrèrent l'ennemi. La cavalerie, l'infanterie prussienne ne purent

soutenir leur choc. En vain l'infanterie ennemie se forma en bataillons

carrés, cinq de ces bataillons furent enfoncés; artillerie, cavalerie,

infanterie, tout fut culbuté et pris. Les Français arrivèrent à Weimar

en même temps que l'ennemi, qui fut ainsi poursuivi pendant l'espace de

six lieues.

A notre droite, le corps du maréchal Davoust faisait des prodiges.

Non-seulement il contint, mais mena battant pendant plus de trois

lieues, le gros des troupes ennemies qui devait déboucher du côté de

Koesen. Ce maréchal a déployé une bravoure distinguée et de la fermeté

de caractère, première qualité d'un homme de guerre. Il a été secondé

par les généraux Gudin, Friant, Morand, Daultanne, chef de l'état-major,

et par la rare intrépidité de son brave corps d'armée.

Les résultats de la bataille sont trente à quarante mille prisonniers;

il en arrive à chaque moment; vingt-cinq à trente drapeaux, trois cents

pièces de canon, des magasins immenses de subsistances. Parmi les

prisonniers, se trouvent plus de vingt généraux, dont plusieurs

lieutenants-généraux, entr'autres le lieutenant-général Schmettau. Le

nombre des morts est immense dans l'armée prussienne. On compte qu'il y

a plus de vingt mille tués ou blessés; le feld-maréchal Mollendorff a

été blessé; le duc de Brunswick a été tué; le général Rüchel a été tué;

le prince Henri de Prusse grièvement blessé. Au dire des déserteurs, des

prisonniers et des parlementaires, le désordre et la consternation sont

extrêmes dans les débris de l'armée ennemie.

De notre côté, nous n'avons à regretter parmi les généraux que la perte

du général de brigade de Billy, excellent soldat; parmi les blessés,

le général de brigade Conroux. Parmi les colonels morts, les colonels

Vergès, du douzième régiment d'infanterie de ligne; Lamotte, du

trente-sixième; Barbenègre, du neuvième de hussards; Marigny, du

vingtième de chasseurs; Harispe, du seizième d'infanterie légère;

Dulembourg, du premier de dragons; Nicolas, du soixante-unième de ligne;

Viala, du quatre-vingt-unième; Higonet, du cent-huitième.

Les hussards et les chasseurs ont montré dans cette journée une audace

digne des plus grands éloges. La cavalerie prussienne n'a jamais tenu

devant eux; et toutes les charges qu'ils ont faites devant l'infanterie,

ont été heureuses.

Nous ne parlons pas de l'infanterie française; il est reconnu depuis

long-temps que c'est la meilleure infanterie du monde. L'empereur

a déclaré que la cavalerie française, après l'expérience des deux

campagnes et de cette dernière bataille, n'avait pas d'égale.

L'armée prussienne a dans cette bataille perdu toute retraite et toute

sa ligne d'opérations. Sa gauche, poursuivie par le maréchal Davoust,

opéra sa retraite sur Weimar, dans le temps que sa droite et son centre

se retiraient de Weimar sur Naumbourg. La confusion fut donc extrême. Le

roi a dû se retirer à travers les champs, à la tête de son régiment de

cavalerie.

Notre perte est évaluée à mille ou douze cents tués et à trois mille

blessés. Le grand-duc de Berg investit en ce moment la place d'Erfurth,

où se trouve un corps d'ennemis que commandent le maréchal de

Mollendorff et le prince d'Orange.

L'état-major s'occupe d'une relation officielle, qui fera connaître dans

tous ses détails cette bataille et les services rendus par les différens

corps d'armée et régimens. Si cela peut ajouter quelque chose aux titres

qu'a l'armée à l'estime et à la considération de la nation, rien ne

pourra ajouter au sentiment d'attendrissement qu'ont éprouvé ceux qui

ont été témoins de l'enthousiasme et de l'amour qu'elle témoignait à

l'empereur au plus fort du combat. S'il y avait un moment d'hésitation,

le seul cri de vive l'empereur! ranimait les courages et retrempait

toutes les ames. Au fort de la mêlée, l'empereur voyant ses ailes

menacées par la cavalerie, se portait au galop pour ordonner des

manoeuvres et des changemens de front en carrés; il était interrompu à

chaque instant par des cris de _vive l'empereur!_ La garde impériale à

pied voyait avec un dépit qu'elle ne pouvait dissimuler, tout le monde

aux mains et elle dans l'inaction. Plusieurs voix firent entendre les

mots _en avant_? «Qu'est-ce? dit l'empereur; ce ne peut être qu'un jeune

homme qui n'a pas de barbe qui peut vouloir préjuger ce que je dois

faire; qu'il attende qu'il ait commandé dans trente batailles rangées,

avant de prétendre me donner des avis.» C'étaient effectivement des

vélites, dont le jeune courage était impatient de se signaler.

Dans une mêlée aussi chaude, pendant que l'ennemi perdait presque tous

ses généraux, on doit remercier cette Providence qui gardait notre

armée. Aucun homme de marque n'a été tué ni blessé. Le maréchal Lannes a

eu un biscaïen qui lui a rasé le poitrine sans le blesser. Le maréchal

Davoust a eu son chapeau emporté et un grand nombre de balles dans ses

habits. L'empereur a toujours été entouré, partout où il a paru, du

prince de Neufchâtel, du maréchal Bessières, du grand maréchal du

palais, Duroc, du grand-écuyer Caulincourt, et de ses aides-de-camp et

écuyers de service. Une partie de l'armée n'a pas donné, ou est encore

sans avoir tiré un coup de fusil.

De notre camp impérial de Weimar, le 15 octobre 1806.

_Aux archevêques et évêques de l'empire._

«Monsieur l'évêque, le succès que nous venons de remporter sur nos

ennemis, avec l'aide de la divine providence, imposent à nous et à

notre peuple l'obligation d'en rendre au Dieu des armées de solennelles

actions de graces. Vous avez vu, par la dernière note du roi de Prusse,

la nécessité où nous nous sommes trouvé de tirer l'épée pour défendre le

bien le plus précieux de notre peuple, l'honneur. Quelque répugnance que

nous ayons eue, nous avons été poussé à bout par nos ennemis; ils ont

été battus et confondus. Au reçu de la présente, veuillez donc réunir

nos peuples dans les temples, chanter un _Te Deum_, et ordonner des

prières pour remercier Dieu de la prospérité qu'il a accordée à nos

armes. Cette lettre n'étant pas à une autre fin, je prie Dieu, M.

l'évêque, qu'il vous ait en sa sainte garde.»

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV. · 第 26 / 96 题