NAPOLÉON.

Au quartier impérial de Bamberg, le 7 octobre 1806.

_Au sénat conservateur._

«Sénateurs,

«Nous avons quitté notre capitale, pour nous rendre au milieu de notre

armée d'Allemagne, dès l'instant que nous avons su avec certitude

qu'elle était menacée sur ses flancs par des mouvemens inopinés. A

peine arrivé sur les frontières de nos états, nous avons eu lieu de

reconnaître combien notre présence y était nécessaire, et de nous

applaudir des mesures défensives que nous avons prises avant de quitter

le centre de notre empire. Déjà les armées prussiennes, portées au grand

complet de guerre, s'étaient ébranlées de toutes parts; elles avaient

dépassé leurs frontières, la Saxe était envahie, et le sage prince qui

gouverne était forcé d'agir contre sa volonté, contre l'intérêt de ses

peuples. Les armées prussiennes étaient arrivées devant les cantonnemens

de nos troupes. Des provocations de toutes espèces, et mêmes des voies

de fait avaient signalé l'esprit de haine qui animait nos ennemis, et

la modération de nos soldats, qui, tranquilles à l'aspect de tous ces

mouvemens, étonnés seulement de ne recevoir aucun ordre, se reposaient

dans la double confiance que donnent le courage et le bon droit. Notre

premier devoir a été de passer le Rhin nous-même, de former nos camps,

et de faire entendre le cri de guerre. Il a retenti au coeur de tous

nos guerriers. Des marches combinées et rapides les ont portés en un

clin-d'oeil au lieu que nous leur avons indiqué. Tous nos camps sont

formés; nous allons marcher contre les armées prussiennes, et repousser

la force par la force. Toutefois, nous osons le dire, notre coeur est

péniblement affecté de cette prépondérance constante qu'obtient en

Europe le génie du mal, occupé sans cesse à traverser les desseins que

nous formons pour la tranquillité de l'Europe, le repos et le bonheur de

la génération présente, assiégeant tous les cabinets par tous les genres

de séductions, et égarant ceux qu'il n'a pu corrompre, les aveuglant sur

leurs véritables intérêts, et les lançant au milieu des partis, sans

autre guide que les passions qu'il a su inspirer. Le cabinet de Berlin

lui-même n'a point choisi avec délibération le parti qu'il prend; il y

a été jeté avec art et une malicieuse adresse. Le roi s'est trouvé

tout-à-coup à cent lieues de sa capitale, aux frontières de la

confédération du Rhin, au milieu de son armée et vis-à-vis des troupes

françaises dispersées dans leurs cantonnemens, et qui croyaient devoir

compter sur les liens qui unissaient les deux états, et sur les

protestations prodiguées en toutes circonstances par la cour de Berlin.

Dans une guerre aussi juste, où nous ne prenons les armes que pour

nous défendre, que nous n'avons provoquée par aucun acte, par aucune

prétention, et dont il nous serait impossible d'assigner la véritable

cause, nous comptons entièrement sur l'appui des lois et sur celui des

peuples, que les circonstances appellent à nous donner de nouvelles

preuves de leur dévouement et de leur courage. De notre côté, aucun

sacrifice personnel ne nous sera pénible, aucun danger ne nous arrêtera,

toutes les fois qu'il s'agira d'assurer les droits, l'honneur et la

prospérité de nos peuples.

«Donné en notre quartier-impérial de Bamberg, le 7 octobre 1806.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV. · 第 25 / 96 题