NAPOLÉON.

Au palais de Saint-Cloud, le 5 juin 1806.

_Message au sénat conservateur._

Sénateurs,

Nous chargeons notre cousin l'archichancelier de l'empire de vous faire

connaître, qu'adhérant au voeu de leurs hautes puissances, nous avons

proclamé le prince Louis Napoléon, notre bien aimé frère, roi de

Hollande, pour ladite couronne être héréditaire en toute souveraineté,

par ordre de primogéniture, dans sa descendance naturelle, légitime et

masculine; notre intention étant en même temps que le roi de Hollande et

ses descendans conservent la dignité de connétable de l'empire. Notre

détermination dans cette circonstance nous a paru conforme aux intérêts

de nos peuples. Sous le point de vue militaire, la Hollande possédant

toutes les places fortes qui garantissent notre frontière du Nord, il

importait à la sûreté de nos états que la garde en fût confiée à des

personnes sur l'attachement desquelles nous ne pussions concevoir aucun

doute. Sous le point de vue commercial, la Hollande étant située à

l'embouchure des grandes rivières qui arrosent une partie considérable

de notre territoire, il fallait que nous eussions la garantie que le

traité de commerce que nous conclurons avec elle serait fidèlement

exécuté, afin de concilier les intérêts de nos manufactures et de notre

commerce avec ceux du commerce de ces peuples. Enfin, la Hollande est le

premier intérêt politique de la France. Une magistrature élective aurait

eu l'inconvénient de livrer fréquemment ce pays aux intrigues de nos

ennemis, et chaque élection serait devenue le signal d'une guerre

nouvelle.

Le prince Louis, n'étant animé d'aucune ambition personnelle, nous a

donné une preuve de l'amour qu'il nous porte, et de son estime pour les

peuples de Hollande, en acceptant un trône qui lui impose de si grandes

obligations.

L'archichancelier de l'empire d'Allemagne, électeur de Ratisbonne et

primat de Germanie, nous ayant fait connaître que son intention était

de se donner un coadjuteur, et que, d'accord avec ses ministres et les

principaux membres de son chapitre, il avait pensé qu'il était du bien

de la religion et de l'empire germanique qu'il nommât à cette place

notre oncle et cousin le cardinal Fesch, notre grand aumônier et

archevêque de Lyon, nous avons accepté ladite nomination au nom dudit

cardinal. Si cette détermination de l'électeur archichancelier de

l'empire germanique est utile à l'Allemagne, elle n'est pas moins

conforme à la politique de la France.

Ainsi, le service de la patrie appelle loin de nous nos frères et nos

enfans; mais le bonheur et les prospérités de nos peuples composent

aussi nos plus chères affections.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV. · 第 19 / 96 题