_Nota._ Le dimanche était le 23 d'avril.
Paris, le 5 juin 1806.
_Réponse de l'empereur à un discours de l'ambassadeur de la
Porte-Ottomane._
Monsieur l'ambassadeur, votre mission m'est agréable. Les assurances que
vous me donnez des sentimens du sultan Sélim, votre maître, vont à mon
coeur. Un des plus grands, des plus précieux avantages que je veux
retirer des succès qu'ont obtenus mes armes, c'est de soutenir et
d'aider le plus utile comme le plus ancien de mes alliés. Je me plais à
vous en donner publiquement et solennellement l'assurance. Tout ce
qui arrivera d'heureux ou de malheureux aux Ottomans, sera heureux ou
malheureux pour la France. Monsieur l'ambassadeur, transmettez ces
paroles au sultan Sélim; qu'il s'en souvienne toutes les fois que mes
ennemis, qui sont aussi les siens, voudront arriver jusqu'à lui. Il ne
peut jamais rien avoir à craindre de moi; uni avec moi, il n'aura jamais
à redouter la puissance d'aucun de ses ennemis.
Paris, le 5 juin 1806.
_Réponse de l'empereur à une députation du corps législatif hollandais._
Messieurs les représentans du peuple batave,
J'ai toujours regardé comme le premier intérêt de ma couronne de
protéger votre patrie. Toutes les fois que j'ai dû intervenir dans vos
affaires intérieures, j'ai d'abord été frappé des inconvéniens attachés
à la forme incertaine de votre gouvernement. Gouvernés par une assemblée
populaire, elle eût été influencée par les intrigues, et agitée par les
puissances voisines. Gouvernés par une magistrature élective, tous les
renouvellemens de cette magistrature eussent été des momens de crise
pour l'Europe, et le signal de nouvelles guerres maritimes. Tous
ces inconvéniens ne pouvaient être parés que par un gouvernement
héréditaire. Je l'ai appelé dans votre patrie par mes conseils, lors
de l'établissement de votre dernière constitution; et l'offre que vous
faites de la couronne de Hollande au prince Louis, est conforme aux
vrais intérêts de votre patrie, aux miens, et propre à assurer le repos
général de l'Europe. La France a été assez généreuse pour renoncer à
tous les droits que les événemens de la guerre lui avaient donnés sur
vous; mais je ne pouvais confier les places fortes qui couvrent ma
frontière du Nord à la garde d'une main infidèle, ou même douteuse.
Messieurs les représentans du peuple batave, j'adhère au voeu de
LL.HH.PP. Je proclame roi de Hollande le prince Louis. Vous, prince,
régnez sur ces peuples; leurs pères n'acquirent leur indépendance que
par les secours constans de la France. Depuis, la Hollande fut l'alliée
de l'Angleterre; elle fut conquise; elle dut encore à la France son
existence. Qu'elle vous doive donc des rois qui protègent ses libertés,
ses lois et sa religion. Mais ne cessez jamais d'être Français. La
dignité de connétable de l'empire sera possédée par vous et vos
descendans: elle vous retracera les devoirs que vous avez à remplir
envers moi, et l'importance que j'attache à la garde des places fortes
qui garantissent le nord de mes états, et que je vous confie. Prince,
entretenez parmi vos troupes cet esprit que je leur ai vu sur les champs
de bataille. Entretenez dans vos nouveaux sujets des sentimens d'union
et d'amour pour la France. Soyez l'effroi des méchans et le père des
bons: c'est le caractère des grands rois.