NAPOLÉON.

[Note 2: Art. 2. La couronne d'Italie est héréditaire dans sa

descendance directe et légitime, soit naturelle, soit adoptive, de mâle

en mâle, et à l'exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance,

sans néanmoins que son droit d'adoption puisse s'étendre sur une autre

personne, qu'un citoyen de l'empire français ou du royaume d'Italie

(_Statut constitutionnel du royaume d'Italie_, 19 mars 1805).]

Paris, le 2 mars 1806.

_Discours prononcé par l'empereur à l'ouverture du corps législatif._

«Messieurs les députés des départemens au corps législatif, messieurs

les tribuns et les membres de mon conseil d'état, depuis votre dernière

session, la plus grande partie de l'Europe s'est coalisée avec

l'Angleterre. Mes armées n'ont cessé de vaincre que lorsque je leur ai

ordonné de ne plus combattre. J'ai vengé les droits des états faibles,

opprimés par les forts. Mes alliés ont augmenté en puissance et en

considération; mes ennemis ont été humiliés et confondus; la maison de

Naples a perdu sa couronne sans retour; la presqu'île de l'Italie toute

entière fait partie du grand empire. J'ai garanti, comme chef suprême,

les souverains et les constitutions qui en gouvernent les différentes

parties.

«La Russie ne doit le retour des débris de son armée, qu'au bienfait de

la capitulation que je lui ai accordée. Maître de renverser le trône

impérial d'Autriche, je l'ai raffermi. La conduite du cabinet de Vienne

sera telle, que la postérité ne me reprochera pas d'avoir manqué de

prévoyance. J'ai ajouté une entière confiance aux protestations qui

m'ont été faites par son souverain. D'ailleurs, les hautes destinées de

ma couronne ne dépendent pas des sentimens et des dispositions des

cours étrangères. Mon peuple maintiendra toujours ce trône à l'abri

des efforts de la haine et de la jalousie; aucun sacrifice ne lui sera

pénible pour assurer ce premier intérêt de la patrie.

«Nourri dans les camps, et dans des camps toujours triomphans, je dois

dire cependant que, dans ces dernières circonstances, mes soldats ont

surpassé mon attente; mais il m'est doux de déclarer aussi que mon

peuple a rempli tous ses devoirs. Au fond de la Moravie, je n'ai

pas cessé un instant d'éprouver les effets de son amour et de son

enthousiasme. Jamais il ne m'en a donné des marques qui aient pénétré

mon coeur de plus douces émotions. Français! je n'ai pas été trompé dans

mon espérance. Votre amour, plus que l'étendue et la richesse de votre

territoire, fait ma gloire. Magistrats, prêtres, citoyens, tous se sont

montrés dignes des hautes destinées de cette belle France, qui, depuis

deux siècles, est l'objet des ligues et de la jalousie de ses voisins.

«Mon ministre de l'intérieur vous fera connaître les événemens qui se

sont passés dans le cours de l'année. Mon conseil-d'état vous présentera

des projets de lois pour améliorer les différentes branches de

l'administration. Mes ministres des finances et du trésor public vous

communiqueront les comptes qu'ils m'ont rendus, vous y verrez l'état

prospère de nos finances. Depuis mon retour, je me suis occupé sans

relâche de rendre à l'administration ce ressort et cette activité qui

portent la vie jusqu'aux extrémités de ce vaste empire. Mon peuple

ne supportera pas de nouvelles charges, mais il vous sera proposé de

nouveaux développemens au système des finances, dont les bases ont été

posées l'année dernière. J'ai l'intention de diminuer les impositions

directes qui pèsent uniquement sur le territoire, en remplaçant une

partie de ces charges par des perceptions indirectes.

«Les tempêtes nous ont fait perdre quelques vaisseaux après un combat

imprudemment engagé. Je ne saurais trop me louer de la grandeur d'âme et

de l'attachement que le roi d'Espagne a montrés dans ces circonstances

pour la cause commune. Je désire la paix avec l'Angleterre. De mon

côté, je n'en retarderai jamais le moment. Je serai toujours prêt à la

conclure, en prenant pour base les stipulations du traité d'Amiens.

Messieurs les députés du corps législatif, l'attachement que vous m'avez

montré, la manière dont vous m'avez secondé dans les dernières sessions

ne me laissent point de doute sur votre assistance. Rien ne vous sera

proposé qui ne soit nécessaire pour garantir la gloire et la sûreté de

mes peuples.»

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV. · 第 10 / 96 题