3 août.

A la tombée de la nuit, un violent orage a passé sur nous. Les éclairs

se succédaient sans interruption. Les voiles goélettes établies pour

diminuer les mouvements de roulis ont dû être serrées, non sans peine;

une pluie battante a contraint de fermer les panneaux. Nos estomacs

commencent à faiblir, des catastrophes sont imminentes. Nous nous

réfugions dans nos cabines en proie à de vives émotions.

Tristes épreuves qui nous ont fait oublier en un moment et patrie et

famille! Notre maître coq, un démissionnaire du Splendide hotel, s’il

vous plaît, est complètement navré, et nous le sommes encore plus que

lui. Que d’excellentes choses il nous avait servies et dont nous n’avons

pas pu profiter!

La dunette, où nous nous sommes réfugiés après le grain, étendus sur de

longs fauteuils en osier, inertes et comme anéantis, ressemble à s’y

méprendre à une ambulance, avec cette complication que notre jeune

docteur est également gisant. Quelle meilleure excuse peut-il nous

donner! Impuissant à nous guérir, il veut au moins partager nos maux.

Quel mémorable exemple offert à tous ses confrères!

Terre! Ce sont les îles Baléares. Voici la grande île Majorque, puis

Iviça, là-bas, dans la brume, Minorque, Formentera et Cabrera sont

invisibles. Peu nous importe. Un peu moins de tangage et pas du tout de

Baléares ferait bien mieux notre affaire.

A bord de la Junon · 第 10 / 38 题