A la tombée de la nuit, un violent orage a passé sur nous. Les éclairs
se succédaient sans interruption. Les voiles goélettes établies pour
diminuer les mouvements de roulis ont dû être serrées, non sans peine;
une pluie battante a contraint de fermer les panneaux. Nos estomacs
commencent à faiblir, des catastrophes sont imminentes. Nous nous
réfugions dans nos cabines en proie à de vives émotions.
Tristes épreuves qui nous ont fait oublier en un moment et patrie et
famille! Notre maître coq, un démissionnaire du Splendide hotel, s’il
vous plaît, est complètement navré, et nous le sommes encore plus que
lui. Que d’excellentes choses il nous avait servies et dont nous n’avons
pas pu profiter!
La dunette, où nous nous sommes réfugiés après le grain, étendus sur de
longs fauteuils en osier, inertes et comme anéantis, ressemble à s’y
méprendre à une ambulance, avec cette complication que notre jeune
docteur est également gisant. Quelle meilleure excuse peut-il nous
donner! Impuissant à nous guérir, il veut au moins partager nos maux.
Quel mémorable exemple offert à tous ses confrères!
Terre! Ce sont les îles Baléares. Voici la grande île Majorque, puis
Iviça, là-bas, dans la brume, Minorque, Formentera et Cabrera sont
invisibles. Peu nous importe. Un peu moins de tangage et pas du tout de
Baléares ferait bien mieux notre affaire.