--Mon père, murmura-t-il, mon père...
Il ne l'entendit seulement pas. S'exaltant de plus en plus, et donnant
enfin un libre cours à ses colères si longtemps contenues:
--Et c'est à l'homme, continuait-il, auquel vous avez infligé cet
abominable supplice, que vous, maître Roberjot, que l'on dit homme
d'esprit, vous venez demander un service!... Vous avez donc perdu la
tête! Vous n'avez donc pas compris que c'est la revanche que vous venez
enfin m'offrir!... Ah! vous vous intéressez à M. Philippe de Maillefert,
à Mlle Simone et à M. Raymond Delorge!... Cela suffit pour que je
leur voue une haine implacable, pour que je me venge sur eux de vous!...
Uniquement parce que vous exécrez Combelaine, je serai son ami fidèle et
dévoué, je le soutiendrai de mon argent et de mon crédit... Maintenant,
c'est irrévocable, le duc de Maillefert ira au bagne et sa soeur
épousera le comte de Combelaine...
Son accent trahissait une si mortelle haine et en même temps une telle
conviction, que le docteur Legris et Raymond frissonnaient.
Seul Me Roberjot restait calme.
--Prenez garde, monsieur Verdale, fit-il froidement, prenez garde!...
L'ancien architecte était hors de lui.
--A quoi donc voulez-vous que je prenne garde!... s'écria-t-il. Le temps
n'est plus où vos menaces me faisaient trembler. Cette lettre que,
pendant dix-huit ans, vous m'avez tenue comme un poignard sur la gorge,
elle n'existe plus, je l'ai brûlée...
Me Roberjot s'était levé, craignant peut-être que, dans un accès de
rage folle, son ancien copain ne se jetât sur lui.
Accoudé au dossier de son fauteuil:
--Êtes-vous sûr, cher monsieur Verdale, fit-il, que cette lettre fût la
seule preuve qui existât contre vous?...
--Parbleu!
--Eh bien! permettez-moi de vous le dire, vous vous trompez.