--Que vous avais-je dit? soufflait-il à l'oreille de Raymond.
Mais voici que maître Béru contait bien autre chose vraiment, et
qu'ignoraient Raymond et le vieil ingénieur.
Il pensait que les grands sacrifices qu'avait faits Mlle Simone
n'étaient qu'un commencement, et qu'après avoir emprunté, elle allait
sans doute vendre.
--Diable! interrompit M. de Boursonne, vous croyez cela, vous?
Le digne hôte regarda autour de lui pour s'assurer que nul n'était aux
écoutes, et d'un air mystérieux:
--On sait ce qu'on sait! prononça-t-il.
--Sans doute. Après?...
--Eh bien, une supposition: quand vous voyez des corbeaux tourner
au-dessus d'une oseraie, qu'est-ce que vous dites?... Vous dites: Il y a
là quelque chose à déchiqueter pour ces bêtes voraces. Pour lors, il
tourne des gens autour des terres de Mlle Simone.
Au point où en étaient Raymond et M. de Boursonne, la moindre lueur
pouvait leur éclairer la situation.
--Quelles gens? firent-ils vivement.
--D'abord, un de ces messieurs qui sont arrivés l'autre soir au château,
un gros, bien nourri, rouge, luisant, avec une chaîne d'or épaisse comme
le pouce lui battant la bedaine, respirant comme s'il soufflait des pois
et regardant les gens du haut en bas, comme s'il était assis sur une
nue...
--M. Verdale! murmura Raymond.
--Enfin, interrogea M. de Boursonne, qu'a-t-il fait?
--Lui personnellement, rien. Mais minute: hier, sur les midi, voilà mon
particulier qui arrive aux Rosiers en voiture. S'il se fût promené seul,
dans le bourg, on n'y eût pas pris garde; on ne le connaît pas. Mais il
avait rendez-vous au _Café du commerce_ avec des gens qu'on connaît, un
gaillard de la bande noire, vous savez, un marchand de biens de Saumur,
une espèce d'homme d'affaires de Saint-Mathurin, et enfin un ancien
garde de Mlle Simone. Pour lors, ils sont allés tous ensemble chez un
notaire, pas celui de Mlle Simone, bien entendu, et de là chez le
percepteur. Un ancien huissier d'ici les a rejoints et ils sont
partis...