M. de Boursonne ne répliqua pas.

Plus il observait Raymond, lui qui se piquait d'observation, moins il

s'expliquait son attitude et les brusques variations de son humeur.

--Il faut, pensait-il, qu'il y ait dans l'existence de ce garçon quelque

mystère que je ne connais pas...

Il n'en vidait pas moins lestement un verre de vin des coteaux, quand

une voix le fit retourner, qui disait:

--Il est l'heure, monsieur l'ingénieur, et me voici.

C'était le conducteur choisi par M. de Boursonne pour être le second

témoin de Raymond qui arrivait, exact comme un chronomètre et tout de

noir habillé.

--Partons donc, dit le vieil ingénieur.

Le rendez-vous avait été fixé de l'autre côté de la Loire, au-dessus de

Gennes, à l'entrée d'un petit bois où se trouvait une clairière qu'on

eût juré préparée pour une rencontre.

Et, tout en cheminant, après avoir passé le pont de fil de fer:

--Je parierais que nous nous dérangeons inutilement, grommelait M. de

Boursonne, et qu'une fois sur le terrain, le sieur Bizet va nous faire

des excuses.

C'était la bonne envie qu'il en avait qui le faisait s'exprimer ainsi.

Son erreur était grande.

Les Angevins, en général, n'ont pas grand' peur d'un bout de fer pointu.

A Saumur particulièrement et aux environs, presque tous les jeunes gens

font des armes et se souviennent assez volontiers des jolis coups d'épée

que fournissaient leurs pères lors de la conspiration Berton.

La dégringolade · 第 86 / 157 题