LE ROY DE SAINT-ARNAUD.»

C'était bref, précis et significatif.

C'était en six lignes toute la politique du coup d'État du 2 décembre

1851.

--Oh! faisait M. Ducoudray consterné et révolté: oh!...

Et cependant, bien loin d'éteindre la résistance, cette menaçante

proclamation semblait l'attiser.

--C'est ce qu'on veut, ricanait un homme à barbe blanche; il faut bien

un prétexte pour engager les troupes!...

Presque au même moment, et comme pour lui donner raison, une violente

fusillade pétilla dans la direction du quartier des Gravilliers.

Et peu après, un jeune homme passa haletant, qui criait:

--C'est rue Aumaire, et on se cogne dur, allez; je vais chercher un

fusil.

Plus d'un devait avoir eu la même idée, car deux pas plus loin, M.

Ducoudray vit un boutiquier fermer ses volets, et écrire dessus à la

craie: «Armes données.»

Pourtant la nuit était venue, la fusillade s'éteignait peu à peu, on

n'entendait plus que des coups de feu isolés...

A force de jouer des coudes dans la cohue qui roulait à plein trottoir,

le digne rentier était arrivé au Château-d'Eau, lorsque soudain un cri

terrible sortit de mille poitrines à la fois, immédiatement suivi d'un

sourd roulement... et il se trouva entraîné par un irrésistible remous

de la foule...

Une femme dont le chapeau avait été arraché, et qui traînait une petite

fille, s'accrochait à lui désespérément en criant:

--Au nom du ciel! sauvez mon enfant!

Il essaya de lui porter secours, mais un choc violent le jeta contre un

arbre, un tourbillon passa devant lui, et il vit luire au-dessus de sa

tête l'éclair d'un sabre... Il ferma les yeux.

Quand il les rouvrit, plus rien.

Le terrain était vide autour de lui, la foule fuyait éperdue dans toutes

les directions, et quelques hommes ramassaient les blessés restés sur le

carreau.

Les lanciers avaient chargé.

--Ah! cela ne se passera pas ainsi, grondait le digne bourgeois en

crispant les poings, et demain... demain!...

Tout, en effet, pour lui qui connaissait si bien son Paris, présageait

pour le lendemain une journée de revanche.

Jamais mouvement révolutionnaire ne lui avait paru si accentué ni si

puissant que celui qui se prononçait en cette soirée du 2 décembre 1851.

A tous les coins de toutes les rues qu'il traversait, des groupes se

formaient, sombres, menaçants, d'où s'élevaient tantôt la voix d'un

orateur, tantôt de véhémentes protestations. Et ce n'était plus

seulement la bourgeoisie qui se révoltait, les blouses se mêlaient aux

paletots, et les mains calleuses serraient les mains gantées. Puis, de

distance en distance des ébauches de barricades s'élevaient...

Mais sa hâte était grande de retrouver Mme Delorge, et un fiacre

étant venu à passer, vide, il le prit...

La dégringolade · 第 32 / 157 题