La journée du 15 avait été employée à se rallier, à se mettre en

ligne, et à délibérer sur le plan d'attaque, sujet fort grave et le

seul sur lequel il y eût à discuter. Qu'il fallût livrer bataille,

personne ne le mettait en doute, dût-on être vaincu, car si on

laissait à Napoléon un jour, une heure de plus, il en profiterait pour

détruire les deux armées du Nord et de Silésie. Se battre

énergiquement en désespérés et tout de suite, était l'avis que la

situation inspirait et commandait à tout le monde. Restait le plan de

la bataille à livrer. À cet égard il y avait grande divergence entre

les généraux autrichiens d'une part, et les généraux russes et

prussiens de l'autre. En guerre, comme en toutes choses, l'opinion de

chacun est généralement dictée par la position qu'il occupe. Les

Russes et les Prussiens, sous Barclay de Tolly, ayant débouché

directement sur Liebert-Wolkwitz, Wachau et Mark-Kleeberg, devant

Murat, sur la rive droite de la Pleisse et de l'Elster, voulaient

qu'on portât l'attaque sur ce point, qu'on l'y portât résolûment, et

avec presque toutes ses forces. À peine admettaient-ils qu'on fît une

diversion à leur droite par Gross-Pösnau, Seyffertshayn, pour déborder

notre gauche, et essayer de tendre une main vers Blucher à travers la

plaine de Leipzig. Ils admettaient aussi qu'à leur gauche, entre la

Pleisse et l'Elster, on fît quelques démonstrations pour tendre la

main à Blucher à travers la plaine de Lutzen, s'il cherchait par

hasard à percer de ce côté. Mais là encore ils ne voulaient qu'une

simple démonstration.

[En marge: Avis des généraux autrichiens.]

Les Autrichiens ayant été conduits par les routes qu'ils avaient

suivies à déboucher en grande partie entre la Pleisse et l'Elster,

accordaient sans doute qu'on dirigeât une attaque vigoureuse contre

Liebert-Wolkwitz, Wachau et Mark-Kleeberg, mais ils espéraient peu de

cette attaque de front, et demandaient qu'on portât le gros des forces

dans l'angle formé par la Pleisse et l'Elster, que protégés par les

deux côtés de cet angle dont le sommet s'appuyait à Leipzig, on s'y

enfonçât, et qu'on essayât d'enlever à coups d'hommes le pont de

Dölitz, placé sur la droite des Français en arrière de Mark-Kleeberg.

Sans doute, disaient-ils, on y rencontrerait de grandes difficultés,

car la Pleisse, coupée en mille bras, présentait des ponts, des corps

de ferme, des enclos à forcer, et ensuite un terrain assez escarpé à

gravir. Mais ces obstacles vaincus, on se trouverait sur les derrières

des Français, la position de ceux-ci ne serait plus tenable, et ce

serait un miracle s'ils pouvaient se retirer sains et saufs sur

Leipzig. Aussi les généraux autrichiens voulaient-ils que

non-seulement on employât à cette opération l'armée autrichienne, mais

que les réserves de Barclay de Tolly, composées de la garde impériale

russe, et de la garde royale prussienne, fussent chargées d'agir entre

la Pleisse et l'Elster. Il y avait certainement quelques raisons à

faire valoir pour ce plan, mais il y avait deux fortes objections à

lui opposer: la première, c'est qu'avec peu de monde Napoléon pourrait

en arrêter beaucoup à la position de Dölitz, et la seconde, c'est

qu'en voyant combien était peu considérable la masse chargée de le

combattre de front, il se rabattrait par sa gauche sur elle, et la

jetterait dans la Pleisse. Or, lorsqu'il aurait anéanti comme à Dresde

un tiers de l'armée alliée au moins, la question serait évidemment

décidée en sa faveur.

[En marge: Transaction entre les opinions diverses, et attaque sur

trois points, à la droite de la Pleisse et de l'Elster, entre la

Pleisse et l'Elster, et à la gauche de ces rivières.]

Il ne suffit pas cependant qu'une opinion ait contre elle des raisons

excellentes pour qu'on y renonce. Après l'avoir adoptée par position

et de bonne foi, on y persiste par amour-propre, et il est rare qu'une

opinion logiquement détruite soit une opinion abandonnée. On contesta

vivement, et suivant la coutume, bonne en politique, mais souvent

dangereuse à la guerre, on transigea. On répartit les forces avec une

certaine égalité. Le corps autrichien de Giulay, renforcé des troupes

légères de Lichtenstein et de Thielmann, dut, au delà de la Pleisse et

de l'Elster, se porter sur Lindenau, pour s'emparer de la

communication des Français avec Lutzen, c'est-à-dire avec Mayence. Ce

corps, de 20 à 25 mille hommes, pouvait, s'il était heureux, donner la

main à Blucher à travers la plaine de Lutzen. Le gros de l'armée

autrichienne, comptant 40 mille hommes environ, composé du corps de

Merfeld et de toutes les réserves tant de cavalerie que d'infanterie

du prince de Hesse-Hombourg, devait s'enfoncer dans l'angle formé par

la Pleisse et l'Elster, et essayer de déboucher par Dölitz sur les

derrières des Français. À la droite des deux rivières, sur le front

des Français, devant les positions de Mark-Kleeberg, Wachau,

Liebert-Wolkwitz, les armées prussienne et russe, appuyées de toutes

leurs réserves et présentant une force d'environ 70 mille hommes,

devaient se ruer sur la ligne occupée par Napoléon, tandis que le

général autrichien Klenau, comptant à peu près 25 mille hommes avec le

renfort d'une brigade prussienne et de la cavalerie de Platow,

déborderait au loin Liebert-Wolkwitz par la plaine de Leipzig,

tâcherait de tourner notre gauche, et de tendre lui aussi la main aux

armées de Blucher et de Bernadotte.

Tel fut le plan adopté le 15 au soir pour être exécuté le lendemain 16

dès neuf heures du matin. On essaya de faire parvenir à Blucher, dont

on avait appris l'arrivée au nord de Leipzig, l'avis qu'on allait

attaquer le 16, afin que s'il entendait le canon, il se portât

lui-même au feu, et ne laissât aux Français que le moindre nombre

possible de troupes inoccupées.

[En marge: Dernières dispositions de Napoléon.]

Le 16 octobre était donc le jour choisi par les deux armées pour cette

grande et terrible lutte, de laquelle allait dépendre l'empire du

monde. Napoléon avait déjà disposé ses troupes dès la veille.

Macdonald et Sébastiani étant arrivés, il les avait dirigés sur

Holzhausen, à gauche de Liebert-Wolkwitz, afin de faire face à Klenau.

Quant à Ney et à Reynier, ils ne devaient être rendus à Leipzig, le

premier que dans la matinée du 16, et le second que dans celle du 17.

Blucher ne se montrant pas encore sur la route de Halle, ce qui était

naturel puisqu'il fallait que le canon l'attirât sur le champ de

bataille pour qu'il osât s'y aventurer, Napoléon supposa que peut-être

il ne l'aurait pas sur les bras dans cette journée, et il enjoignit à

Marmont de quitter sa position au nord de Leipzig, de traverser le

faubourg de Halle, et de venir se placer sur les derrières de la

grande armée, afin de coopérer à la manoeuvre décisive contre la

droite de Schwarzenberg, par laquelle il espérait assurer le gain de

la bataille. Il prescrivit à Ney de prendre la position laissée

vacante par Marmont, et d'être prêt, de concert avec Bertrand, à

contenir l'ennemi qui se montrerait au nord de Leipzig. Ces ordres

donnés, Napoléon était dès la pointe du jour à cheval au milieu

de sa garde, sur un tertre élevé, à la bergerie de Meusdorf,

d'où il dominait le champ de bataille, et voyait à sa gauche

Liebert-Wolkwitz, au centre et un peu dans le fond Wachau, à droite et

dans le fond aussi Mark-Kleeberg, plus à droite enfin la Pleisse et

l'Elster, entre lesquelles s'avançaient les Autrichiens pour forcer le

pont de Dölitz. Il avait, comme nous l'avons dit, environ 160 mille

hommes devant lui, et environ 115 mille pour les combattre, Macdonald

et Sébastiani compris. Le reste de l'armée française était à deux

lieues en arrière, pour faire face aux éventualités qui pouvaient se

présenter sur d'autres points.

[En marge: Première bataille de Leipzig, dite journée du 16.]

[En marge: Attaque des coalisés sur Mark-Kleeberg, Wachau et

Liebert-Wolkwitz.]

À neuf heures du matin, trois coups de canon tirés du côté des alliés

devinrent le signal d'une épouvantable canonnade. De Mark-Kleeberg à

Liebert-Wolkwitz, les coalisés s'avancèrent sur notre front en trois

fortes colonnes précédées par 200 bouches à feu. Ils avaient eu

l'idée, très-bien entendue, de mêler ensemble les troupes de toutes

les nations, pour que les dangers fussent également répartis, et que

le voisinage excitât l'émulation. À notre droite, le général Kleist

avec la division prussienne du prince Auguste de Prusse, plusieurs

bataillons russes et les cuirassiers de Levachoff, marcha par Cröbern

et Crostewitz sur Mark-Kleeberg. Au centre, le prince Eugène de

Wurtemberg, avec la division russe qu'il commandait et la division

prussienne de Klüx, marcha sur Wachau. À notre gauche et à la droite

des coalisés, le prince Gortschakoff avec son corps et la division

prussienne Pirch marcha sur Liebert-Wolkwitz, que Klenau, avec une

quatrième colonne, essayait de tourner par Seyffertshayn. Ces diverses

colonnes s'avançaient résolûment, en gens décidés à surmonter tous

les obstacles. Notre artillerie, fort nombreuse, mise en batterie sur

la pente du terrain, les couvrit de projectiles, mais ne les arrêta

point, et elles arrivèrent sans chanceler jusqu'au pied de nos

positions.

[En marge: Poniatowski après avoir vaillamment résisté au général

Kleist, est obligé de se replier un peu en arrière.]

[En marge: Le maréchal Victor dispute victorieusement le village de

Wachau au prince Eugène de Wurtemberg.]

[En marge: Lauriston se maintient à Liebert-Wolkwitz.]

La colonne de Kleist, dirigée sur Mark-Kleeberg à notre droite, fut

bientôt engagée avec Poniatowski, et malgré la résistance de celui-ci,

parvint à emporter ce village situé sur la Pleisse. Elle n'était pas

de moins de 18 mille hommes, tandis que Poniatowski n'en avait que

huit ou neuf mille. Ce dernier fut obligé de se retirer sur le terrain

un peu dominant qui formait l'extrémité droite de notre ligne.

Augereau porté alors en avant vint appuyer Poniatowski. Une forte

artillerie fut dirigée contre Kleist qui cherchait à gravir le terrain

sur lequel nous nous étions repliés. Au centre, le prince Eugène de

Wurtemberg avec son infanterie russe et la division de Klüx, arriva

devant Wachau sous une grêle de mitraille, et tenta d'y pénétrer. Mais

le maréchal Victor, occupant ce village, lui résista opiniâtrement.

Enfin à notre gauche, Gortschakoff partant de Störmthal, point de

départ plus éloigné que celui des autres colonnes, était encore à

quelque distance de Liebert-Wolkwitz, que Klenau avec les Autrichiens

de Mohr était prêt à déborder. Mais le corps de Lauriston se trouvait

à Liebert-Wolkwitz, favorisé par l'élévation du terrain, et devant

être bientôt soutenu par Macdonald qui débouchait de Holzhausen.

[En marge: Canonnade épouvantable.]

[En marge: Les Français se défendent sur toute la ligne, sans perdre

aucune portion de terrain.]

Cette première marche des coalisés fut ferme et résolue, et s'exécuta

sous une grêle de boulets lancés par les trois cents bouches à feu que

nous avions de Mark-Kleeberg à Liebert-Wolkwitz. La canonnade de part

et d'autre était si violente que personne, parmi nos vieux généraux,

ne se souvenait d'en avoir entendu une pareille, et que Napoléon,

quoique placé un peu en arrière à la bergerie de Meusdorf, vit tomber

autour de lui quantité d'officiers et de chevaux. Avec son ordinaire

assurance, il demeura impassible, et laissa la bataille s'engager

davantage avant de prendre aucune résolution décisive. À gauche,

Liebert-Wolkwitz bâti sur une éminence, et vigoureusement occupé par

Lauriston, pouvait se défendre longtemps. Au centre, le prince Eugène

de Wurtemberg ne semblait pas en état de surmonter la résistance des

trois divisions de Victor. À droite seulement, la nécessité où avait

été Poniatowski d'abandonner Mark-Kleeberg, et de céder un peu de

terrain, avait amené notre ligne à se courber légèrement en arrière.

La division Semelé, du corps d'Augereau, était déjà venue au secours

de Poniatowski. Napoléon ordonna de se servir de la nombreuse et

excellente cavalerie qu'on avait de ce côté, celle des Polonais et de

Pajol (4e et 5e corps) pour arrêter l'infanterie de Kleist sur la

pente du terrain qu'elle essayait de gravir.

[En marge: Charge des dragons de Kellermann et des cuirassiers de

Levachoff.]

Le général Kellermann, qui dirigeait ce jour-là les 4e et 5e corps, se

jeta avec ses dragons sur l'infanterie du prince Auguste, et la

contint. Mais les cuirassiers de Levachoff, lancés à propos et avec

habileté, franchirent un ravin qui était au pied de nos positions,

prirent en flanc les dragons de Kellermann et les ramenèrent.

Accueillis à leur tour par le feu plongeant de notre artillerie, les

cuirassiers de Levachoff furent obligés de revenir sur leurs pas. On

se contint réciproquement, les Prussiens ne gagnant pas plus de

terrain qu'ils n'en avaient conquis d'abord, nous, ne pouvant

recouvrer Mark-Kleeberg, mais restant sur les points dominants que

nous avions occupés. Une masse formidable d'artillerie arrêtait

l'ennemi, et bien que notre ligne ne fût pas redressée, elle ne

paraissait pas devoir se courber davantage.

[En marge: Carnage horrible à Wachau et à Liebert-Wolkwitz.]

Au centre, c'est-à-dire à Wachau, à gauche, c'est-à-dire à

Liebert-Wolkwitz, le combat ne cessait pas d'être opiniâtre et

sanglant. À plusieurs reprises le prince de Wurtemberg et le général

Kleist avaient pénétré dans Wachau, qui était dans un fond, mais à

chaque fois les divisions de Victor fondant sur eux en colonnes

serrées, les en avaient repoussés. Ce village avait été en deux heures

pris et repris cinq fois. Il ne présentait plus qu'un monceau de

ruines et de cadavres. À Liebert-Wolkwitz, Lauriston, abordé de front

par Gortschakoff, de gauche par Klenau, les avait reçus de manière à

ne pas leur donner le goût d'y revenir. Klenau s'étant montré le

premier sur la gauche avec la brigade Spleny, le général Rochambeau

l'avait chargé et culbuté, tandis qu'on canonnait Gortschakoff éloigné

encore, et longeant le bois de l'Université. Après avoir criblé de

boulets les Russes de Gortschakoff, les Prussiens de Pirch, le général

Maison leur avait laissé gravir le terrain saillant sur lequel

s'élevait Liebert-Wolkwitz, puis les avait chargés avec vigueur, et

rejetés partie sur le bois de l'Université à gauche, partie sur

Gülden-Gossa à droite, et, chaque fois qu'ils avaient voulu

reparaître, les avait couverts de mitraille.

[En marge: Vers midi, 18 à 20 mille hommes avaient déjà succombé.]

À midi, 18 mille hommes avaient déjà succombé dans l'une et l'autre

armée, mais les deux tiers de ce nombre du côté de l'ennemi, et notre

ligne invincible partout semblait ne pouvoir être forcée, sauf à

droite, où, comme nous l'avons dit, elle s'était légèrement ployée.

[En marge: Le canon se faisant entendre tout à coup à Lindenau et à

Möckern, nous apprend qu'il se livre trois batailles à la fois.]

Dans ce moment le canon avait tout à coup retenti au nord, puis on

l'avait bientôt entendu dans les autres directions, ce qui annonçait

que nous étions assaillis de tous les côtés à la fois. En effet, des

aides de camp arrivés au galop avaient appris d'une part que sur la

droite de Leipzig, Margaron était attaqué à Lindenau par Giulay, qui

voulait nous ôter notre ligne de communication avec Lutzen, et qu'en

arrière, c'est-à-dire au nord de Leipzig, Marmont était aux prises

avec Blucher accouru de Halle pour prendre part à la bataille

générale. Marmont mandait qu'il ne pouvait pas exécuter l'ordre de se

porter derrière Napoléon, car il lui fallait tenir tête à Blucher, et

même il réclamait du secours. Heureusement le maréchal Ney paraissait

en cet instant avec la division Dombrowski et le corps de Souham, et

Napoléon fit dire à ce maréchal, que tout en aidant Marmont, il

fallait envoyer derrière Macdonald, à l'appui de la grande armée,

celle de ses divisions dont il pourrait disposer. Ney commandait à la

fois le 4e corps (Bertrand), le 3e (Souham), le 7e (Reynier), plus la

division de Dombrowski. Il avait Bertrand dans Leipzig pour appuyer

Margaron; il lui arrivait Dombrowski et Souham pour soutenir Marmont

et se reporter sur Napoléon. Il ne pouvait avoir Reynier que le

lendemain.

[En marge: À midi, Napoléon se décide à prendre l'offensive.]

[En marge: Deux colonnes partant l'une de Wachau, l'autre de

Liebert-Wolkwitz, et ayant l'artillerie de la garde entre deux,

doivent fondre sur l'ennemi, pendant que Macdonald se rabattant de

gauche à droite, cherchera à le pousser vers la Pleisse.]

À midi la bataille s'étant plus clairement développée, Napoléon songea

enfin à quitter la défensive pour prendre une offensive vigoureuse. Il

résolut de déboucher à la fois de Liebert-Wolkwitz et de Wachau afin

d'écraser le centre de l'ennemi, tandis qu'à l'extrême gauche

Macdonald débouchant de Holzhausen par delà Liebert-Wolkwitz,

repousserait Klenau, le rejetterait le plus loin possible, puis se

rabattant de gauche à droite, se précipiterait sur le centre de

l'ennemi attaqué déjà de front par Liebert-Wolkwitz et Wachau. Pour

l'exécution de ce mouvement, Napoléon fit descendre d'un côté deux

divisions de la jeune garde sous Mortier, afin que réunies à Lauriston

elles tombassent sur Gortschakoff, et de l'autre côté deux autres

divisions de cette même jeune garde, sous Oudinot, pour fondre avec

Victor sur le prince Eugène de Wurtemberg. La réserve d'artillerie de

la garde formant une batterie de quatre-vingts pièces de canon, devait

s'avancer entre ces deux colonnes et les seconder de son feu. La

cavalerie de Latour-Maubourg fut disposée en arrière afin d'appuyer ce

mouvement, et de saisir les occasions de charger. Kellermann avec les

4e et 5e corps se tint également prêt sur la droite. La vieille garde

composée des divisions d'infanterie Curial et Friant et de la

cavalerie de Nansouty, vint prendre la position laissée vacante par la

jeune garde et par Latour-Maubourg. Tout s'ébranla donc pour ce

mouvement offensif, dans le moment même où Alexandre, frappé déjà de

ce qui se passait devant lui, avait envoyé un de ses officiers

allemands, M. de Wolzogen, pour supplier le prince de Schwarzenberg

de renoncer à son attaque entre la Pleisse et l'Elster, et de

s'occuper davantage de ce que les armées prussienne et russe avaient

sur les bras entre Liebert-Wolkwitz et Wachau.

[En marge: Succès de Lauriston et Mortier, précédés de la division

Maison.]

[En marge: Succès d'Oudinot et Victor, en avant de Wachau.]

[En marge: Macdonald refoule Klenau sur le bois de l'Université, mais

sans pouvoir y pénétrer.]

À peine le signal était-il donné que nos deux colonnes d'attaque

s'avancèrent, ayant entre elles la batterie formidable de la garde

dirigée par Drouot, et dont trente-deux pièces de 12 étaient

commandées par le brave colonel Griois. Le feu était épouvantable, et

tel qu'il semblait qu'aucune troupe n'y pût résister. D'un côté le

maréchal Mortier précédé par la division Maison descendit de

Liebert-Wolkwitz, aborda Gortschakoff, et le rejeta entre le bois de

l'Université et le village marécageux de Gülden-Gossa. De l'autre côté

Oudinot et Victor débouchant de Wachau, repoussèrent le prince Eugène

de Wurtemberg, lui firent repasser l'espèce de vallon qui nous

séparait, et le refoulèrent sur la bergerie d'Avenhayn, qui se

trouvait sur la droite du village de Gülden-Gossa. Tandis que l'on

s'avançait ainsi victorieusement vers le milieu de notre ligne,

Macdonald faisant irruption à gauche par delà Liebert-Wolkwitz, aborda

Klenau, et l'obligea de lui céder une grande étendue de terrain.

Chemin faisant, il arriva devant une vieille redoute, dite des

Suédois, d'où pleuvaient des flots de mitraille, la masqua au moyen de

la division Charpentier, et avec les divisions Ledru et Gérard enleva

Seyffertshayn. L'ennemi se défendit vigoureusement, mais on le rejeta

d'un côté sur Klein-Pössnau, de l'autre sur Gross-Pössnau et le bois

de l'Université. Là favorisé par les difficultés locales, il

s'arrêta, et nous tint tête. Si un corps de réserve appuyant alors

Macdonald, était venu l'aider à se rabattre de gauche à droite, on

aurait pu culbuter une partie de Klenau sur Gortschakoff, l'un et

l'autre sur le prince de Wurtemberg et sur Kleist, et tous ensemble

dans la Pleisse. Mais Marmont était en ce moment aux prises avec

Blucher, Margaron avec Giulay; Bertrand entre deux, se réservait pour

aller au secours du plus menacé. Ney n'osait disposer de Souham, tant

Marmont lui paraissait attaqué violemment, laissait Dombrowski sur la

droite de Marmont, pour faire face à des masses qu'on voyait

confusément dans le lointain, et enfin attendait encore Reynier. Il

fallait donc que Napoléon remportât la victoire avec ce qu'il avait

sous la main.

[En marge: Danger des alliés.]

[En marge: M. de Wolzogen envoyé au prince de Schwarzenberg pour le

ramener de la gauche à la droite de la Pleisse, au secours des armées

russe et prussienne.]

[En marge: En attendant, Alexandre et Frédéric-Guillaume font donner

toutes leurs réserves.]

[En marge: Charge de la cavalerie russe repoussée par Lauriston et

Mortier d'un côté, par Oudinot et Victor de l'autre.]

Les ennemis après avoir perdu toute la largeur du champ de bataille en

disputaient pied à pied l'extrême limite. Klenau résistait soit à

Gross-Pössnau, soit à la tête du bois de l'Université. Gortschakoff

rejeté sur l'autre côté de ce bois s'y défendait, et cherchait en même

temps à s'appuyer au village de Gülden-Gossa, qui, étant enfoncé en

terre, et présentant une suite de bois et de mares d'eau assez

allongée, était très-propre à la défensive. Le prince Eugène de

Wurtemberg placé tout auprès, à la bergerie d'Avenhayn, tâchait de s'y

maintenir avec les débris de son corps. À l'aspect du danger qui les

menaçait, les souverains alliés étaient dans la plus grande

perplexité. M. de Wolzogen, comme nous venons de le dire, avait été

envoyé au prince de Schwarzenberg, le général Jomini s'était joint à

lui, et sur les vives observations de tous deux, le prince

reconnaissant la difficulté d'emporter Dölitz pour déboucher sur nos

derrières, et le péril pressant des armées russe et prussienne, avait

consenti à faire passer sur la rive droite de la Pleisse la réserve du

prince de Hesse-Hombourg, forte de plus de 20 mille hommes. Mais ce

n'était pas avant trois heures de l'après-midi que ces renforts

pouvaient être arrivés. En attendant les souverains se décidèrent à

engager toutes leurs réserves, certains qu'ils étaient de les

remplacer bientôt par une partie de l'armée autrichienne. On lança

d'abord les cuirassiers russes sur notre infanterie, tandis qu'on

porta en ligne les dix mille grenadiers de Rajeffsky, dont une colonne

fut dirigée sur Gülden-Gossa, et l'autre sur la bergerie d'Avenhayn.

[En marge: Les dix mille grenadiers de Rajeffsky viennent se mettre en

ligne, de la bergerie d'Avenhayn à Gülden-Gossa.]

[En marge: Drouot les démolit à coups de canon.]

[En marge: Dubreton enlève la bergerie d'Avenhayn.]

[En marge: Maison attaque Gülden-Gossa avec la dernière violence.]

[En marge: Le 22e léger enlève la redoute des Suédois.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 16 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 41 / 52 段