[En marge: Les trois corps ne marchant pas assez près les uns des

autres, le 4e arrive le premier.]

[En marge: Position prise par le 4e corps au delà du ruisseau de

Dennewitz.]

La division italienne Fontanelli marchait en tête. Son général suivi

de quelques bataillons entra dans Dennewitz en passant sur le corps

d'un détachement prussien, et franchit ainsi le ruisseau. Mais ce

n'était pas dans le village même de Dennewitz, c'était au delà, dans

d'assez belles positions s'étendant en face de notre gauche, que

l'ennemi avait résolu de résister, en nous opposant ce qu'il avait de

forces actuellement réunies. Heureusement il n'y avait de présent sur

les lieux que le corps de Tauenzien; celui de Bulow s'avançait en

toute hâte, les Suédois et les Russes faisaient aussi grande

diligence, mais ils étaient plus loin encore. Si de leur côté tous les

corps français précipitaient leur marche, il se pouvait qu'ils

arrivassent à temps pour traverser le défilé en écrasant Tauenzien,

peut-être Bulow lui-même.

[En marge: Long combat soutenu en avant de Dennewitz par les divisions

Morand et Fontanelli.]

[En marge: Belle conduite du général Morand.]

[En marge: La plus grande partie de l'armée prussienne réunie contre

le 4e corps, tandis que le 7e et le 12e sont encore en marche.]

[En marge: Le 4e corps se maintient vaillamment dans la position qu'il

a prise.]

À peine la division italienne avait-elle dépassé le village de

Dennewitz, que des milliers de cavaliers avec beaucoup d'artillerie

fondirent sur elle. Mais elle ne se laissa point ébranler. À la sortie

de Dennewitz nous étions dans une plaine bordée à l'horizon par des

bois, et terminée à gauche par quelques mamelons surmontés d'un

moulin. À droite, dans le lointain, on apercevait Juterbock. Ney,

toujours fort habile sur le terrain, dirigea lui-même toutes les

dispositions. À gauche il plaça près du moulin de Dennewitz la belle

division Morand, dont le général Morand doublait la valeur par sa

présence, au centre la division italienne, à droite dans la direction

de Juterbock la division wurtembergeoise. Notre artillerie bien postée

sur les parties saillantes du terrain, contint celle de Tauenzien, et

réussit même à la faire taire. Alors la cavalerie ennemie

très-nombreuse se jeta sur la nôtre, qui rendit la charge, mais fut

culbutée. Quelques-uns même de nos escadrons vivement poursuivis, se

précipitèrent à travers les intervalles des bataillons italiens, qui

n'osèrent tirer de peur de tirer sur les nôtres. Deux de ces

bataillons se privant ainsi de leurs feux furent renversés par la

cavalerie ennemie, ce qui amena quelque désordre dans notre ligne. À

ce spectacle, le général Morand prit deux bataillons du 13e, se porta

en avant à gauche, et couvrant notre ligne ébranlée lui donna le temps

de se remettre. Toute la cavalerie prussienne et russe fondit sur lui,

mais il la reçut en carrés, et rendit impuissants tous ses efforts.

Cependant il aurait fallu que nos corps arrivassent, car ceux de

l'ennemi approchaient, et déjà du village de Niedergörsdorf, situé

au-dessus de Dennewitz, on voyait déboucher le corps de Bulow, fort de

vingt-cinq mille Prussiens très-animés. Le général Bulow, comme à

Gross-Beeren, devançant les ordres de Bernadotte, avait marché en

toute hâte, et ses têtes de colonnes apparaissaient vers notre gauche,

tandis que sur nos derrières on n'apercevait encore ni Reynier ni

Oudinot. Bientôt les colonnes de Bulow débouchant de Niedergörsdorf,

rencontrèrent les deux bataillons du 13e, que Morand avait postés sur

une éminence à gauche pour servir d'appui à notre ligne de bataille.

Ces deux bataillons tinrent ferme, mais accablés par le nombre, ils

furent forcés de céder le terrain sur lequel ils étaient établis.

Notre artillerie de 12 placée un peu en arrière et au-dessus, les

protégea en accablant les Prussiens de mitraille. Ney, de général en

chef devenu général de division, prit deux bataillons du 8e,

appartenant également à la division Morand, les porta en avant, et

reconquit le terrain qu'avaient cédé malgré eux les deux bataillons du

13e. En même temps il dépêcha officiers sur officiers à Reynier et à

Oudinot pour presser leur arrivée. Le corps entier de Bulow se

déploya, mais la division Morand successivement engagée tint tête à

toutes les forces de l'ennemi. Pressée par des flots de cavalerie,

elle les reçut en carrés, et se fit autour d'elle un rempart de

cavaliers ennemis, tués ou démontés. Le combat se soutint ainsi avec

quinze mille hommes contre près de quarante.

[En marge: Causes de la lente arrivée des 7e et 12e corps.]

Commencée à midi, il y avait trois heures que cette lutte inégale

durait avec des chances variées, sans qu'on pût nous faire abandonner

le débouché conquis au delà du ruisseau de Dennewitz. Cependant on

apercevait distinctement l'armée russe et suédoise s'avançant à

marches forcées sur le village de Gölsdorf situé à notre gauche, en

deçà du ruisseau que nous avions franchi, et faisant avec ce ruisseau

un angle droit. Bulow y avait déjà un détachement, et si le progrès de

l'ennemi continuait, la communication pouvait être coupée entre nos

troupes engagées, et celles qui étaient encore en route. Reynier et

Oudinot que Ney avait eu le tort de laisser à une trop grande distance

de Bertrand, entendant le canon, mais l'ayant entendu de même la

veille, et enveloppés par un nuage de poussière qui leur dérobait la

vue des objets, ne s'étaient pas crus obligés de doubler le pas.

Avertis enfin, ils s'étaient hâtés davantage, et le 7e devançant le

12e, était venu diminuer l'inégalité de forces sous laquelle le 4e

corps avait failli succomber.

[En marge: Le 7e, arrivé en ligne, se place en potence sur la gauche

du 4e.]

D'après l'ordre de Ney, qui lui avait enjoint de se former en potence

sur notre gauche pour contenir Bulow, et faire face aux Suédois et aux

Russes qui s'approchaient, Reynier retardé un moment par les bagages

du 4e corps, poussa en avant la division française sur laquelle il

comptait le plus, celle de Durutte, et l'établit en arrière de

Dennewitz, en deçà du ruisseau. Cette division placée là sur une

légère éminence pouvait faire un grand usage de son artillerie, et

elle n'y manqua point. Reynier dirigea la division saxonne Lecoc sur

Gölsdorf, et tint en réserve sa seconde division saxonne, celle de

Lestoc. À peine ces dispositions étaient-elles exécutées, que le

général Durutte, se portant au sommet de l'angle décrit par notre

ligne, arrêta court les Prussiens qui débouchaient de Niedergörsdorf.

De son côté la brigade Mellentin de la division saxonne Lestoc,

pénétra dans Gölsdorf, en chassa les Prussiens, et empêcha ainsi

l'ennemi de s'établir sur notre gauche. Le combat se soutint de la

sorte avec acharnement au milieu de nuages de poussière qui ne

laissaient voir autre chose que les troupes qu'on avait immédiatement

devant soi.

[En marge: Arrivée du 12e corps.]

[En marge: Il se place derrière le 7e pour soutenir notre gauche qui

est menacée par 40 mille Russes et Suédois.]

Enfin Oudinot arriva, passa derrière les corps qui l'avaient précédé,

et apercevant l'orage qui nous menaçait à gauche, car de ce côté

quarante mille Suédois et Russes marchaient sur Gölsdorf, plaça deux

de ses divisions derrière les Saxons de Lestoc, et garda la troisième

en réserve. Grâce à ce renfort, et sauf accident, il était possible

encore que les 50 mille soldats de Ney tinssent tête aux 80 mille

ennemis qu'ils avaient sur les bras, et qu'ils parvinssent à gagner

Juterbock sans échec.

[En marge: Le 4e corps, affaibli par une longue lutte, est obligé de

céder du terrain.]

[En marge: Ney, pour le remplacer à Dennewitz, ordonne un mouvement de

gauche à droite, qui amène une sorte de confusion.]

[En marge: Les Saxons se débandent, et il s'ensuit une déroute

générale.]

[En marge: Tristes résultats de la bataille de Dennewitz.]

Mais en ce moment un effort combiné de Tauenzien et d'une moitié de

Bulow sur le corps de Bertrand affaibli par une longue lutte, obligea

celui-ci à se replier, et vers quatre heures, ayant déjà perdu plus de

trois mille hommes, il céda du terrain, non en repassant le ruisseau

de Dennewitz, mais en appuyant un peu à droite vers Rohrbeck, et en

restant toujours en avant de ce ruisseau. Ney, trop préoccupé de ce

qu'il avait sous les yeux, et ne songeant pas assez à l'ensemble de la

bataille, craignit que Dennewitz ne fût découvert par le mouvement de

Bertrand, et enjoignit à Reynier de placer la division Durutte à

Dennewitz même. Il ordonna en même temps à Oudinot de se reporter de

Gölsdorf, où il servait d'appui aux Saxons, à Rohrbeck, pour former

réserve derrière Bertrand. C'était une double faute, car notre droite

depuis que Bertrand s'était rapproché de Rohrbeck, était moins en

danger que notre gauche repliée en potence et menacée par l'irruption

de quarante mille ennemis. Le général Durutte, sur l'ordre transmis

par Reynier, quitta avec une de ses deux brigades la bonne position où

il était en arrière de Dennewitz, passa le ruisseau, et s'empara du

moulin de Dennewitz abandonné par Bertrand. Sa seconde brigade réduite

à elle seule ne fut plus suffisante pour garder le sommet de notre

angle. Au même instant Oudinot quitta le côté gauche de cet angle,

dont il formait l'appui indispensable, pour se porter vers le côté

droit. Alors la division prussienne Borstell, appuyée par une nuée de

cavalerie et toute l'artillerie russe et suédoise, attaqua Gölsdorf et

l'enleva à la brigade saxonne Mellentin. Oudinot essaya bien avant de

se retirer d'aider les Saxons à reprendre Gölsdorf, mais obligé de

continuer son mouvement il les livra bientôt à eux-mêmes. Les Saxons

qui par honneur s'étaient jusque-là bien comportés, mais dans le coeur

desquels la haine était toujours prête à faire taire l'honneur, se

croyant abandonnés des Français pour lesquels ils se battaient, voyant

devant eux s'avancer la masse des Suédois et des Russes, commencèrent

à reculer. De perfides alarmistes apercevant les flots de poussière

que les troupes d'Oudinot soulevaient dans leur mouvement de Gölsdorf

vers Rohrbeck, dirent que c'était la cavalerie ennemie qui avait

tourné l'armée française. À ce bruit les Saxons se débandèrent malgré

les efforts de Reynier, désertèrent Gölsdorf, laissèrent notre gauche

entièrement à découvert, et se jetèrent confusément sur Oudinot à

travers les rangs duquel ils passèrent. Par malheur tous les parcs et

bagages s'étaient accumulés dans l'intérieur de l'angle formé par

notre ligne de bataille. Une affreuse confusion se produisit alors, et

une véritable déroute commença de toutes parts. Néanmoins la division

Durutte, contrainte de quitter Dennewitz, se retira avec ordre;

Oudinot, sur lequel la gauche s'était repliée confusément, ne

s'ébranla point, et Bertrand put repasser sain et sauf au village de

Rohrbeck le ruisseau tant disputé. Pourtant la bataille était perdue,

car on avait cédé le terrain du combat, la route de Juterbock était

fermée, et dès lors le but était manqué. Six à sept mille des nôtres

jonchaient la plaine, et huit ou neuf du côté de l'ennemi la

couvraient également. Mais dix à douze mille de nos soldats, surtout

les Saxons et les Bavarois, s'enfuyant à toutes jambes, s'en allaient

dire sur l'Elbe que l'armée française était en déroute, et même

détruite. Le désordre, fort accru par la fâcheuse circonstance d'une

poussière épaisse, était tel, que plusieurs bataillons saxons

entendant galoper autour d'eux, et croyant que c'était la cavalerie

française, ne se mirent pas en défense, et ne s'aperçurent de leur

méprise que lorsqu'il n'était plus temps de se former en carrés.

Quelques-uns furent sabrés, le plus grand nombre pris. Pour ceux-ci

c'était la délivrance plutôt que la captivité, et il faut se plaindre

de leur fidélité plus que de leur courage, car ils se battirent bien,

jusqu'au moment où ils purent nous quitter pour aller dans les rangs

où les attiraient leurs affections. Dans la soirée et le lendemain, il

partit la moitié du corps saxon, et au moins une portion égale de la

division bavaroise. Les Saxons se cachant dans les villages n'eurent

pas de peine à regagner leur pays, qui était près de là. Les Bavarois

coururent vers l'Elbe pour retourner dans leur patrie en maraudeurs.

Il n'y avait plus moyen de se replier sur Wittenberg qu'on avait

laissé à sept ou huit lieues sur la gauche dans la marche de l'armée

vers Juterbock, et il n'y avait de retraite possible que sur Torgau,

qu'on devait rencontrer derrière soi en revenant sur l'Elbe. Le

maréchal Ney s'y retira donc en assez bon ordre, mais après avoir

perdu une vingtaine de bouches à feu dont les chevaux avaient été

tués, et plus de quinze mille hommes, dont la moitié au moins se

composait de déserteurs. Il était réduit à 32 mille combattants

environ. Les Italiens nous étaient restés fidèles suivant leur

coutume, et s'étaient bien battus. Les Wurtembergeois avaient conservé

leur excellente tenue militaire. Parmi les débandés on comptait bien

quelques jeunes soldats français, mais en petit nombre, et ne

s'éloignant guère de l'armée, qui dans ces pays lointains était pour

eux une véritable patrie.

[En marge: Amères récriminations entre les chefs de l'armée.]

Le 8 septembre, le maréchal Ney se trouva réuni avec toutes ses

troupes sous le canon de Torgau. Comme il fallait s'y attendre, une

aigreur extrême régnait entre les divers états-majors. Ney se

plaignait de la lenteur de Reynier et d'Oudinot, mais surtout du

faible concours de Reynier, dont les divisions saxonnes avaient lâché

pied. Reynier défendant les Saxons, accusait au contraire le maréchal

Ney d'avoir lui-même tout compromis par une fausse manoeuvre, celle

qui avait porté les divisions d'Oudinot de gauche à droite. Oudinot,

le moins aigre des trois, disait qu'il avait marché aussi vite qu'on

le lui avait prescrit, et rejetait la faute de sa lenteur sur le

général en chef, qui n'ayant pas su prévoir la bataille, n'avait pas

dans cette journée tenu ses corps assez rapprochés.

[En marge: Véritables causes de la perte de la bataille de Dennewitz.]

Ce qu'il y avait de vrai dans ces tristes récriminations, tout le

monde peut l'apercevoir par le seul récit des faits qui précèdent. Le

rendez-vous de Baruth assigné par Napoléon d'une manière générale,

pris trop à la lettre par le maréchal Ney qui s'était hâté d'exécuter

un mouvement de flanc hasardeux et infiniment prolongé; ce mouvement

bien exécuté le premier jour, moins bien le second, et sans les

précautions suffisantes; la lente arrivée des corps, imputable au

général en chef, mais un peu aussi aux lieutenants qui auraient dû de

leur côté prévoir une bataille, et y croire en entendant la canonnade;

la circonstance fâcheuse du vent et de la poussière qui plaçait entre

tous les corps un nuage impénétrable à la vue; l'ardeur de Ney au feu,

qui l'avait porté à s'absorber dans le commandement d'un seul corps au

lieu de s'occuper de l'ensemble; l'ordre regrettable donné à Oudinot

de quitter la gauche pour la droite, et enfin le penchant des alliés

à la débandade, telles avaient été les causes de la perte de cette

bataille, causes dont quelques-unes étaient sans doute accidentelles,

mais dont la plupart se rattachaient aux causes générales que nous

avons signalées tant de fois, et qui menaçaient nos affaires d'une

ruine prochaine.

[En marge: Ney, retiré à Torgau, adresse de vives instances à Napoléon

pour être exonéré du commandement.]

Arrivé à Torgau, Ney y trouva ce qu'il appelait une _sorte d'enfer_.

Outre le mécontentement des soldats et les récriminations des chefs

qu'il lui fallait subir, outre la cohue des fuyards qu'il lui fallait

faire rentrer dans l'ordre, outre la difficulté de pourvoir à tout ce

qui manquait, surtout à l'approche de l'ennemi déjà presque aux portes

de Torgau, Ney avait encore la crainte de voir les Saxons s'insurger.

Peu contenus par Reynier, qui dans sa mauvaise humeur se faisait trop

leur avocat, ils menaçaient tout haut de défection. On avait ordonné

de ramener du bétail sur la rive droite de l'Elbe pour former les

approvisionnements de la place de Torgau, et ceux de l'armée

elle-même. Les Saxons non-seulement s'y étaient refusés, mais

s'étaient emparés d'un parc qu'on venait de réunir, et avaient

distribué les têtes de bétail aux paysans saxons du voisinage. D'une

pareille désobéissance à une révolte ouverte il n'y avait pas loin. Du

reste il n'était pas surprenant que dans une armée composée d'éléments

si divers, deux batailles perdues en douze jours eussent produit cet

ébranlement moral: il aurait fallu s'étonner au contraire s'il en eût

été autrement. Ney, comme Macdonald, comme Oudinot, écrivit à

l'Empereur pour lui demander d'être exonéré du commandement.--J'aime

mieux, disait-il noblement, être grenadier que général dans de telles

conditions: je suis prêt à verser tout mon sang, mais je désire que ce

soit utilement[20].--Appuyé sur Torgau et sur l'Elbe, Ney pouvait bien

empêcher le passage du fleuve quelques jours, il ne pouvait pas le

disputer longtemps, du moins sans de nouveaux secours, surtout contre

la réunion de forces qu'il était facile de prévoir vers cette partie

de notre ligne de défense.

[Note 20: Voici cette lettre curieuse, qui peint la

situation mieux que tout ce qu'on pourrait dire:

_Le prince de la Moskowa au major général._

«Wurtzen, 10 septembre 1813.

»C'est un devoir pour moi de déclarer à V. A. S. qu'il est

impossible de tirer un bon parti des 4e, 7e et 12e corps

d'armée dans l'état actuel de leur organisation. Ces corps

sont réunis par le droit, mais ils ne le sont pas par le

fait: chacun des généraux en chef fait à peu près ce qu'il

juge convenable pour sa propre sûreté; les choses en sont au

point qu'il m'est très-difficile d'obtenir une situation. Le

moral des généraux et en général des officiers est

singulièrement ébranlé: commander ainsi n'est commander qu'à

demi, et j'aimerais mieux être grenadier. Je vous prie,

monseigneur, d'obtenir de l'Empereur ou que je sois seul

général en chef, ayant seulement sous mes ordres des

généraux de division d'aile, ou que Sa Majesté veuille bien

me retirer de cet enfer. Je n'ai pas besoin, je pense, de

parler de mon dévouement, je suis prêt à verser tout mon

sang, mais je désire que ce soit utilement.--Dans l'état

actuel, la présence de l'Empereur pourrait seule rétablir

l'ensemble, parce que toutes les volontés cèdent à son

génie, et que les petites vanités disparaissent devant la

majesté du trône.

»V. A. S. doit être aussi instruite que les troupes

étrangères de toutes nations manifestent le plus mauvais

esprit, et qu'il est douteux si la cavalerie que j'ai avec

moi n'est pas plus nuisible qu'utile.»]

[En marge: Pendant les fâcheux événements qui se passaient entre

Wittenberg et Torgau, Napoléon revient le 8 septembre au matin à

Pirna.]

Pendant que ces événements avaient lieu, Napoléon rentré à Dresde le 7

au soir, avait été rappelé dès le 8 au matin à Pirna, auprès du

maréchal Saint-Cyr, pour y tenir tête aux Russes et aux Prussiens qui

paraissaient insister dans leur attaque, au point de rendre

vraisemblable une entreprise sérieuse. Napoléon aurait bien voulu

qu'il en fût ainsi, mais, hélas! il ne l'espérait guère. Son grand

tact militaire ne lui permettait pas de croire que lorsqu'il y aurait

une opération sérieuse elle pût être tentée sur Dresde, après ce qui

s'était passé les 26 et 27 août. Il ne croyait donc qu'à une simple

démonstration; toutefois il était parti pour Pirna avec sa garde et

une portion de la cavalerie de réserve revenues de Bautzen le matin

même, et s'était encore transporté auprès du maréchal Saint-Cyr, pour

combiner avec lui ce qu'il y aurait à faire en cette nouvelle

occurrence.

[En marge: Forces réunies par Napoléon en avant de Pirna et de Dohna.]

[En marge: Projet d'une offensive vigoureuse si l'ennemi tient bon.]

[En marge: On le pousse toute la journée du 8, sans savoir s'il

résistera sérieusement le lendemain.]

Les Russes et les Prussiens n'ayant pas aperçu la garde et la réserve

de cavalerie qui signalaient toujours la présence de l'Empereur,

avaient persisté dans leur mouvement offensif, et Saint-Cyr, qui en

rétrogradant était arrivé jusqu'au bord de la petite rivière de la

Müglitz près de Mugeln, ne voulait pas la repasser. Cette rivière

coulant des montagnes de Bohême, vient se perdre près de Mugeln dans

l'Elbe. En la repassant on abandonnait définitivement les hauteurs, et

on était tout à fait rejeté dans la plaine. Le maréchal Saint-Cyr dans

la vue d'un prochain retour offensif, avait voulu se maintenir au delà

de la Müglitz et en avait défendu le bord en restant à Dohna. Napoléon

s'étant rendu sur les lieux le 8 au matin, bien avant les renforts qui

le suivaient, avait pensé comme le maréchal Saint-Cyr, qu'avec la

certitude d'être prochainement appuyé le 14e corps pouvait, sans

laisser de réserve, marcher tout entier contre l'ennemi. Sur-le-champ

en effet trois des divisions du 14e corps s'étaient formées en

colonnes d'attaque et avaient vigoureusement poussé de bas en haut les

troupes de Wittgenstein et de Kleist. On avait d'un côté sur la route

de Péterswalde recouvré le plateau de Gieshübel, et de l'autre, sur la

route de Furstenwalde, refoulé dans la direction de Liebstadt les

masses qu'on avait devant soi. Toutefois les coalisés s'étaient

repliés sans précipitation, et de manière à laisser du doute sur

l'attitude qu'ils prendraient le lendemain. Se retireraient-ils, ou

tiendraient-ils ferme? Telle était la question que Napoléon et le

maréchal Saint-Cyr n'étaient point en mesure de résoudre encore. Bien

décidés du reste à marcher vigoureusement sur l'ennemi s'il voulait

tenir le lendemain, ils passèrent la soirée ensemble, et firent avec

Murat et Berthier un repas, comme on les fait à la guerre et pour

ainsi dire au bivouac.

[En marge: Sang-froid de Napoléon en apprenant la malheureuse bataille

de Dennewitz, et son indulgence pour le maréchal Ney.]

[En marge: Curieux entretien avec le maréchal Saint-Cyr sur l'art de

la guerre.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 16 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 32 / 52 段