Ajoutons en terminant ce douloureux récit, que le seul homme qu'on eût

un moment opposé jadis à Napoléon, Moreau, expirait tout près de lui,

à Tann. On lui avait coupé les deux jambes, et il avait supporté cette

opération avec le courage tranquille qui était sa qualité distinctive.

Pourtant il avait horriblement souffert. Transporté sur les épaules

des soldats ennemis de sa patrie, il avait fait un trajet d'une

vingtaine de lieues au milieu de douleurs cruelles. De l'autre côté

des monts, tous les souverains, le roi de Prusse, l'empereur

d'Autriche, l'empereur Alexandre, s'étaient rendus auprès de son lit

de mort, et lui avaient prodigué les marques d'estime et de regret.

Les plus grands personnages, M. de Metternich, le prince de

Schwarzenberg, les généraux de la coalition, étaient venus le visiter

à leur tour; Alexandre l'avait tenu longtemps serré dans ses bras, car

il avait conçu pour lui une amitié véritable. Plutôt embarrassé que

fier de ces témoignages, Moreau, dont l'âme un instant égarée avait

toujours été honnête, Moreau s'interrogeant lui-même sur le mérite de

sa conduite, disait sans cesse: Et pourtant je ne suis pas coupable,

je ne voulais que le bien de ma patrie!.... Je voulais l'arracher à un

joug humiliant!...--Ainsi, tandis qu'on entourait son agonie de

respects, lui, tout occupé d'autre chose, s'examinait, se jugeait au

tribunal de sa propre conscience, et n'avait de repos que lorsqu'il

s'était trouvé des excuses pour une conduite qui lui valait de si

hauts témoignages. Un autre cri lui échappa plusieurs fois, ce fut

celui-ci: Ce Bonaparte est toujours heureux!--Il avait proféré ces

mots au moment où le boulet l'avait frappé, et il les répéta souvent

avant d'expirer!... Bonaparte heureux!... Il l'avait été, il pouvait

le paraître encore aux yeux d'un rival expirant, mais la Providence

allait bientôt prononcer sur son propre sort, et lui infliger une fin

plus triste peut-être que celle de Moreau, s'il y a une fin plus

triste que de mourir dans les rangs des ennemis de sa patrie! Funestes

illusions de la haine! On s'envie, on se hait, on se poursuit en

croyant heureux l'adversaire qu'on déteste, tandis que tous, la tête

courbée sous le fardeau de la vie, on marche au milieu des mêmes

douleurs à des malheurs presque pareils! les hommes s'envieraient

moins, s'ils savaient combien avec des apparences différentes leur

fortune est souvent égale, et au lieu de se diviser sous la main du

destin, s'uniraient au contraire pour en soutenir en commun le poids

accablant!

FIN DU LIVRE QUARANTE-NEUVIÈME.

LIVRE CINQUANTIÈME.

LEIPZIG ET HANAU.

Événements accomplis en Silésie et dans les environs de Berlin

pendant les opérations des armées belligérantes autour de

Dresde. -- Forces et instructions laissées au maréchal Macdonald

lorsque Napoléon était revenu du Bober sur l'Elbe. -- Pressé

d'exécuter ses instructions et craignant de perdre les avantages

de l'offensive, ce maréchal avait mis ses trois corps en

mouvement le 26 août. -- Le général Blucher s'était jeté sur la

division Charpentier et la cavalerie Sébastiani, et les avait

culbutées du plateau de Janowitz. -- Cet accident avait entraîné

la retraite de toute l'armée, qu'une pluie torrentielle de

plusieurs jours avait rendue presque désastreuse. -- Prise et

destruction de la division Puthod. -- Le maréchal Macdonald

réduit de 70 mille hommes à 50 mille. -- Son mouvement rétrograde

sur le Bober. -- Événements du côté de Berlin. -- Marche du

maréchal Oudinot à la tête des 4e, 12e et 7e corps. --

Composition et force de ces corps. -- Armée du prince royal de

Suède. -- Arrivée devant Trebbin. -- Premières positions de

l'ennemi enlevées dans les journées des 21 et 22 août. --

Isolement des trois corps français dans la journée du 23, et

combat malheureux du 7e corps à Gross-Beeren. -- Retraite du

maréchal Oudinot sur Wittenberg. -- Beaucoup de soldats se

débandent, surtout parmi les alliés. -- C'est la connaissance de

ces graves échecs qui le 28 août avait ramené Napoléon de Pirna

sur Dresde, et avait détourné son attention de Kulm. -- Ne

sachant pas encore ce qui était arrivé à Vandamme, il avait formé

le projet de déplacer le théâtre de la guerre et de le

transporter dans le nord de l'Allemagne. -- Vastes conséquences

qu'aurait pu avoir ce projet. -- À la nouvelle du désastre de

Kulm, Napoléon, obligé de restreindre ses vues, réorganise le

corps de Vandamme, en confie le commandement au comte de Lobau,

envoie le maréchal Ney pour remplacer le maréchal Oudinot dans le

commandement des trois corps retirés sur Wittenberg, et se

propose de s'établir avec ses réserves à Hoyerswerda, afin de

pousser d'un côté le maréchal Ney sur Berlin, et de prendre de

l'autre une position menaçante sur le flanc du général Blucher.

-- Départ de la garde pour Hoyerswerda. -- Nouvelles inquiétantes

de Macdonald, qui détournent encore Napoléon de l'exécution de

son dernier projet, et l'obligent à se porter tout de suite sur

Bautzen. -- Arrivée de Napoléon à Bautzen le 4 septembre. --

Prompte retraite de Blucher dans les journées des 4 et 5

septembre. -- À peine Napoléon a-t-il rétabli le maréchal

Macdonald sur la Neisse, qu'une seconde apparition de l'armée de

Bohême sur la chaussée de Péterswalde le ramène à Dresde. -- Son

entrevue aux avant-postes avec le maréchal Saint-Cyr dans la

journée du 7. -- Projet pour le lendemain 8 septembre. -- Dans

cet intervalle, Napoléon apprend un nouveau malheur arrivé sur la

route de Berlin. -- Le maréchal Ney ayant reçu l'ordre de se

porter sur Baruth, avait fait dans la journée du 5 septembre un

mouvement de flanc devant l'ennemi, avec les 4e, 12e et 7e corps.

-- Ce mouvement, qui avait réussi le 5, ne réussit pas le 6, et

amène la malheureuse bataille de Dennewitz. -- Retraite le 7

septembre sur Torgau. -- Débandade d'une partie des Saxons. --

Napoléon reçoit cette nouvelle avec calme, mais commence à

concevoir des inquiétudes sur sa situation. -- Avis indirect,

donné par l'intermédiaire de M. de Bassano, au ministre de la

guerre pour l'armement et l'approvisionnement des places du Rhin.

-- Conformément au plan convenu le 7 avec le maréchal Saint-Cyr,

Napoléon, dans la journée du 8, pousse vivement les Prussiens et

les Russes, afin de les rejeter en Bohême. -- Sur l'avis du

maréchal Saint-Cyr, on suit le 9 et le 10 la vieille route de

Bohême, celle de Furstenwalde, par laquelle on a l'espérance de

tourner l'ennemi. -- L'impossibilité de faire passer l'artillerie

par le Geyersberg empêche d'achever le mouvement projeté. --

Ignorant qu'en ce moment les Autrichiens sont séparés des

Prussiens et des Russes, et pressé de réparer les échecs de ses

lieutenants, Napoléon s'arrête et revient à Dresde. -- Évidence

du plan des coalisés, consistant à courir sur les armées

françaises dès que Napoléon s'en éloigne, et à se retirer dès

qu'il arrive, à fatiguer ainsi ses troupes, pour l'envelopper

ensuite, et l'accabler lorsqu'on le jugera suffisamment affaibli.

-- Déplorable réalisation de ces vues. -- Les forces de Napoléon

réduites de 360 mille hommes de troupes actives sur l'Elbe à 250

mille. -- En considération de cet état de choses, Napoléon

resserre le cercle de ses opérations, ramène Macdonald avec les

8e, 5e, 11e, 3e corps près de Dresde, établit le comte de Lobau

et le maréchal Saint-Cyr au camp de Pirna, derrière de bons

ouvrages de campagne, afin que l'ennemi ne puisse plus se faire

un jeu de ses apparitions sur la route de Péterswalde, envoie un

fort détachement de cavalerie sur ses derrières pour disperser

les troupes de partisans, réorganise le corps de Ney sur l'Elbe,

place le maréchal Marmont et Murat à Grossenhayn pour protéger

l'arrivée de ses approvisionnements, et se concentre à Dresde

avec toute la garde, de manière à ne plus être mis en mouvement

par de vaines démonstrations de l'ennemi. -- Troisième apparition

des Prussiens et des Russes sur Péterswalde. -- Les ouvrages

ordonnés entre Pirna, Gieshübel et Dohna, n'étant pas achevés,

Napoléon est obligé d'accourir encore une fois sur la route de

Péterswalde pour rejeter l'ennemi en Bohême. -- Prompte retraite

des coalisés. -- Retour de Napoléon à Pirna, et ses soins pour

bien asseoir sa position, afin de ne plus s'épuiser en courses

inutiles. -- Sa résolution de s'établir sur l'Elbe, de Dresde à

Hambourg, pour la durée de l'hiver. -- Projets de l'ennemi. --

Napoléon étant partout resserré sur l'Elbe, et la saison

avançant, les souverains coalisés songent à mener la guerre à fin

par une tentative décisive sur les derrières de notre position.

-- Blucher fait prévaloir l'idée d'employer en Bohême la réserve

du général Benningsen, et, après avoir ainsi renforcé la grande

armée des alliés, de la faire descendre sur Leipzig, tandis qu'il

ira lui-même joindre Bernadotte, passer l'Elbe avec lui aux

environs de Wittenberg, et remonter sur Leipzig avec les armées

du Nord et de Silésie. -- Premiers mouvements en exécution de ce

dessein. -- Napoléon découvre sur-le-champ l'intention de ses

adversaires, et fait repasser toutes ses troupes sur la gauche de

l'Elbe. -- Il ne laisse sur la droite de ce fleuve que Macdonald

avec le 11e corps; il achemine Marmont et Souham, l'un par

Leipzig, l'autre par Meissen, sur le bas Elbe, afin d'appuyer

Ney; il envoie Lauriston et Poniatowski sur la route de Prague à

Leipzig pour soutenir Victor contre l'armée de Bohême. -- Attente

de quelques jours pour laisser dessiner plus clairement les

projets de l'ennemi. -- Blucher s'étant dérobé pour se joindre à

Bernadotte et passer l'Elbe à Wartenbourg, Napoléon quitte Dresde

le 7 octobre avec la garde et Macdonald, et descend sur

Wittenberg dans le dessein de battre Blucher et Bernadotte

d'abord, et puis de se reporter sur la grande armée de Bohême. --

Belle et profonde conception de Napoléon tendant à refouler

Blucher et Bernadotte sur Berlin, et à surprendre ensuite

Schwarzenberg en remontant la rive droite de l'Elbe pour repasser

ce fleuve à Torgau ou à Dresde. -- Mouvement prononcé de Blucher

et de Bernadotte sur Leipzig, qui change tous les projets de

Napoléon. -- Celui-ci voyant les coalisés près de se réunir tous

sur Leipzig, se hâte d'y arriver le premier pour s'interposer

entre eux, et empêcher leur jonction. -- Retour de la grande

armée française sur Leipzig. -- Terrible bataille, la plus grande

du siècle et probablement des siècles, livrée pendant trois jours

sous les murs de Leipzig. -- Retraite de Napoléon sur Lutzen. --

Explosion du pont de Leipzig, qui amène la destruction ou la

captivité d'une partie de l'armée française. -- Mort de

Poniatowski. -- Marche sur Erfurt. -- Défection de la Bavière et

arrivée de l'armée austro-bavaroise dans les environs de Hanau.

-- Mouvement accéléré de l'armée française et bataille de Hanau.

-- Humiliation de l'armée austro-bavaroise. -- Rentrée des

Français sur le Rhin. -- Leur état déplorable en arrivant à

Mayence. -- Opérations du maréchal Saint-Cyr sur l'Elbe. --

Triste capitulation de Dresde. -- Situation, forces, conduite

héroïque, et malheurs des garnisons françaises, inutilement

laissées sur la Vistule, l'Oder et l'Elbe. -- Caractère de la

campagne de 1813. -- Effrayants présages qu'on en peut tirer.

[Date en marge: Août 1813.]

[En marge: Événements qui s'étaient passés sur le Bober et sur la

route de Berlin.]

Les événements graves et peu prévus qui attirant tout à coup

l'attention de Napoléon l'avaient détournée de Kulm, s'étaient passés

sur la Katzbach en Silésie, et à Gross-Beeren dans le Brandebourg. Le

maréchal Macdonald, que Napoléon avait laissé à la poursuite de

Blucher, venait d'éprouver subitement une sorte de désastre, et le

maréchal Oudinot, que Napoléon considérait comme près d'entrer à

Berlin, avait été, à la suite d'un combat malheureux, ramené sous le

canon de Wittenberg. Il faut savoir comment s'étaient produits ces

événements, pour se faire une idée exacte de la situation, et

comprendre les combinaisons qui avaient absorbé Napoléon pendant les

journées des 28, 29, 30 août, et l'avaient empêché d'accourir avec

toutes ses réserves auprès de l'infortuné Vandamme.

[En marge: Forces et instructions laissées au maréchal Macdonald par

Napoléon, lorsque celui-ci s'était reporté sur Dresde.]

[En marge: Le maréchal Macdonald avait 80 mille hommes, compris le

corps de Poniatowski.]

[En marge: Il avait pour instruction de garder le Bober, mais en

rejetant l'ennemi sur Jauer au delà de la Katzbach.]

Napoléon après avoir rejeté l'armée de Silésie du Bober sur la

Katzbach, avait laissé au maréchal Macdonald pour continuer à la

poursuivre le 3e corps, fort de 25 mille hommes et commandé par le

général Souham depuis le départ du maréchal Ney, le 5e corps, fort de

20 mille hommes et toujours placé sous les ordres du général

Lauriston, enfin le 11e, fort de 18 mille et confié au général Gérard

depuis que le maréchal Macdonald avait pris le commandement supérieur

des trois corps réunis. À cette masse d'infanterie il fallait ajouter

la cavalerie du général Sébastiani, qui pouvait présenter une réserve

de 5 à 6 mille chevaux, et qui était indépendante des détachements de

cavalerie légère attachés à chaque corps d'armée. Le total s'élevait

ainsi à environ 70 mille hommes, sans compter les 10 ou 11 mille

Polonais du prince Poniatowski, postés sur la frontière de Bohême en

arrière et à droite du maréchal Macdonald, pour garder le débouché de

Zittau. Napoléon avait donné pour instruction au maréchal Macdonald de

rejeter Blucher sur Jauer et au delà, puis de s'établir fortement sur

le Bober, entre Lowenberg et Buntzlau, de manière à tenir l'armée de

Silésie éloignée de Dresde, et à empêcher l'armée de Bohême de faire

des détachements sur Berlin. Napoléon ne doutait pas qu'avec 80 mille

hommes victorieux, Macdonald ne remplît parfaitement sa mission. Le

maréchal n'en doutait pas lui-même, et il continua de s'avancer

hardiment contre le général Blucher.

[En marge: Ordre mal donné, qui ramène l'ennemi deux jours plus tôt

qu'on ne s'y attendait.]

Un incident, peu important au premier aspect, apporta dès le début un

fâcheux changement à cette situation en apparence si avantageuse.

Napoléon en partant avait adressé au maréchal Ney l'ordre de le suivre

à Dresde; mais cet ordre ne spécifiant pas assez clairement qu'il

s'agissait de la personne du maréchal Ney et non de ses troupes, on

avait dirigé le 3e corps lui-même sur la route de Dresde, et l'armée

française vers son aile gauche avait semblé se mettre en retraite.

Blucher impatient par caractère et par position de reprendre

l'offensive, avait conclu du mouvement rétrograde d'une portion de

notre ligne que Napoléon n'était plus là, et qu'il fallait revenir sur

l'armée française privée de sa présence, et probablement aussi d'une

partie des forces qu'elle avait un moment déployées. De son côté

Macdonald avait voulu rendre à ses troupes l'attitude qu'elles

venaient de perdre, et s'était hâté, sans tenir assez compte des

circonstances, de se reporter en avant. Il devait de cette double

disposition résulter un choc violent et prochain.

[En marge: Position des 3e, 5e et 11e corps, le 25 août au soir.]

Le 3e corps (général Souham) ayant fait d'abord une marche en arrière,

puis une nouvelle marche en avant, afin de revenir à Liegnitz, avait

laissé dans cet inutile déplacement un certain nombre d'hommes sur les

chemins. Le 25 août au soir il était de retour à sa première position.

Le 11e corps (général Gérard) formant le centre, n'avait pas quitté

Goldberg, et le 5e (général Lauriston) formant la droite, était

également demeuré immobile. Le maréchal Macdonald ayant tout son monde

en ligne, résolut de se porter dès le lendemain 26 sur Jauer, point

qu'il devait occuper pour obéir à ses instructions. Bien que Napoléon

ne voulût pas établir son armée de Silésie plus loin que le Bober, il

désirait cependant qu'elle eût ses avant-postes sur la Katzbach, de

Jauer à Liegnitz, afin de mieux vivre, et d'intercepter plus sûrement

tout détachement envoyé de la Bohême sur Berlin.

[En marge: Marche adoptée par Macdonald pour se porter sur Jauer.]

Voici comment le maréchal Macdonald s'y prit pour l'exécution de son

mouvement. Quoiqu'à Goldberg il fût sur l'un des bras de la Katzbach,

par conséquent fort au delà du Bober, il y avait sur sa droite un

point du Bober resté au pouvoir de l'ennemi, c'était celui de

Hirschberg, dans les montagnes. Il détacha une division du 11e corps,

celle du général Ledru, et lui ordonna de remonter le Bober de notre

côté, c'est-à-dire par la rive gauche, tandis que la division Puthod

du corps de Lauriston, le remonterait par la rive droite, de manière à

surprendre Hirschberg par les deux rives. Pendant que ce mouvement

s'opérait sur notre extrême droite, et tout à fait dans les

montagnes, le maréchal Macdonald prit le parti de marcher lui-même sur

Jauer, avec les corps de Lauriston et de Gérard, diminués chacun d'une

division. Il n'y avait pour arriver à Jauer aucun cours d'eau

important à franchir, mais seulement quelques ravins plus ou moins

profonds à traverser, sur lesquels on pouvait trouver l'ennemi en

force. Le maréchal Macdonald se flattait de le débusquer, soit par une

attaque directe des généraux Gérard et Lauriston sur Jauer même, soit

par un mouvement latéral des généraux Souham et Sébastiani sur

Liegnitz.

[En marge: Le 3e corps, partant de Liegnitz, doit prendre Jauer en

flanc, tandis que les 5e et 11e y marcheront directement.]

Il prescrivit en effet au général Souham de partir de Liegnitz avec le

3e corps, et de prendre la route de cette ville à Jauer, laquelle

vient donner dans le flanc même de Jauer en traversant le plateau de

Janowitz. Il espérait que vingt-cinq mille hommes menaçant l'ennemi en

flanc, lui ôteraient jusqu'à l'idée de résister à l'attaque de front

qu'exécuteraient contre lui les généraux Lauriston et Gérard.

Malheureusement il y avait une assez grande distance entre le chemin

qu'allait suivre le général Souham sur le plateau de Janowitz, et la

route qu'avaient à parcourir les généraux Gérard et Lauriston pour

marcher en droite ligne sur Jauer. Le général Gérard, le moins éloigné

des deux, devait remonter le ravin profond de la Wutten-Neiss, petite

rivière torrentueuse qui de Jauer va tomber dans la Katzbach, en

contournant le plateau de Janowitz. Pour établir quelque liaison entre

les deux principales masses de ses forces, le maréchal Macdonald

assigna au général Sébastiani une route intermédiaire, celle de

Buntzlau à Jauer, qui suivant d'abord le ravin de la Wutten-Neiss,

puis franchissant cette rivière, aboutit sur le plateau de Janowitz.

Tous les ordres furent expédiés pour être exécutés le 26 au matin sans

remise.

[En marge: Pluie torrentielle le 26 août au matin, laquelle n'empêche

pas Macdonald de persister dans ses projets.]

Le 26, une pluie d'orage qui avait duré la nuit entière, avait fait

déborder toutes les rivières, et rendu les chemins presque

impraticables. Le maréchal Macdonald, pressé de reprendre l'offensive,

ne tint pas compte du mauvais temps, et exigea qu'il fût donné suite à

ses ordres. Tandis que les divisions Puthod et Ledru remontaient les

deux rives du Bober jusqu'à Hirschberg, les corps de Lauriston et de

Gérard marchaient sur Jauer, descendant, gravissant tour à tour les

bords des ravins qu'il fallait franchir pour arriver à cette petite

ville. Malgré les difficultés que la pluie leur opposait, nos agiles

tirailleurs, dépostant ceux de l'ennemi, les obligèrent partout à se

replier. À gauche, les choses furent moins faciles.

[En marge: Souham et Sébastiani n'ayant pu prendre la route de

Liegnitz à Jauer, s'engouffrent avec les troupes de Gérard dans le

ravin de la Wutten-Neiss.]

Le général Sébastiani après s'être mis en route un peu tard n'était

pas encore à l'entrée du ravin de la Wutten-Neiss, tandis que le

général Gérard y avait déjà pénétré, et que Lauriston marchant

parallèlement à celui-ci était fort en avant. Le général Souham, de

son côté, ayant trouvé à Liegnitz la Katzbach débordée, avait cherché

un passage au-dessus, et était ainsi venu prendre la même route que le

général Sébastiani. Il y eut là pendant quelque temps 23 à 24 mille

hommes d'infanterie, 5 à 6 mille chevaux, et plus de cent bouches à

feu engouffrés dans un ravin profond, jusqu'à ce que s'élevant sur le

bord de ce ravin ils pussent déboucher sur le plateau de Janowitz.

Dans ce moment la cavalerie prussienne en reconnaissance avait

descendu ce plateau, et n'apercevant pas nos troupes, s'était fort

avancée dans le ravin de la Wutten-Neiss. Le général Gérard cheminant

sur la rive opposée de cette rivière, découvrit les escadrons

prussiens qui avaient déjà dépassé sa gauche, et il fit tirer sur eux

par derrière. La pluie qui n'avait pas cessé fut cause qu'il partit à

peine une quarantaine de coups de fusil. Mais ils suffirent pour

avertir les escadrons prussiens du mauvais pas où ils s'étaient

engagés, et ils rebroussèrent chemin au galop. Le général Gérard ayant

fait amener son artillerie, et tirant d'une rive à l'autre, joncha le

défilé d'un bon nombre de ces imprudents cavaliers.

[En marge: Le maréchal Macdonald imagine de faire monter la division

Charpentier sur le plateau de Janowitz et de sortir ainsi du ravin de

la Wutten-Neiss.]

[En marge: Premier succès de la division Charpentier, et son

déploiement sur le plateau de Janowitz.]

Cet incident suggéra au maréchal Macdonald l'idée de lancer tout de

suite quelques bataillons de la division Charpentier, l'une des deux

du général Gérard, sur le plateau de Janowitz, afin de s'en emparer,

et d'aider ainsi les généraux Sébastiani et Souham à s'y déployer.

L'ordre donné fut exécuté sur-le-champ. Le général Charpentier, avec

l'une de ses brigades et une batterie de réserve de 12, passa la

Wutten-Neiss à Nieder-Krayn, gravit le plateau, et s'y déploya malgré

les avant-postes prussiens. Il fut immédiatement rejoint par la

cavalerie du général Sébastiani, qui vint successivement prendre

position sur sa gauche. Le général Souham s'apprêtait à la suivre,

mais lentement, ainsi que le comportaient le temps, la nature des

lieux, et le nombre de troupes accumulées dans cet étroit défilé.

[En marge: Blucher, prévenu à temps, porte quarante mille hommes à la

fois sur la division Charpentier.]

[En marge: Cette division, après une résistance héroïque, est rejetée

dans le ravin de la Wutten-Neiss.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 16 / 20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 27 / 52 段