LXVI

Quelques jours après, Marchenoir reçut de Périgueux la lettre suivante

du notaire de sa famille, en réponse à une réclamation sans espoir, déjà

vieille de plusieurs semaines:

«Monsieur, j'ai l'honneur de répondre à votre lettre du 25 mai, relative

au règlement définitif de la succession de feu monsieur votre père,

règlement que je n'ai pu mener plus tôt à bonne fin, malgré mon désir de

vous être agréable, à cause des formalités à remplir et des difficultés

que nous avons eues à réaliser la vente de l'immeuble.

«Tout étant enfin terminé dans les meilleures conditions possibles, je

vous adresse, sous ce pli, le compte détaillé de la succession, duquel

il résulte qu'il vous revient _Deux mille cinq cents francs_. Comme vous

m'avez laissé procuration et quittance en blanc, je vous envoie cette

somme par lettre chargée.

«Veuillez agréer, Monsieur et cher client, mes salutations empressées.

«CHARLEMAGNE VOBIDON.»

Ce message inattendu produisit sur Marchenoir l'effet admirable de lui

restituer aussitôt toute son énergie. Il y avait en ce Périgourdin un

tel ressort, qu'on pouvait toujours s'attendre à quelque surprenante

manifestation de sa force, au moment même où il paraissait le plus

renversé sur lui-même et le plus irrémédiablement déconfit. Dans la même

heure, il se releva de toutes ses poussières et prit une résolution

formidable, qu'il commença, sur-le-champ, d'exécuter.

Puisque tous les journaux lui étaient fermés et que son livre futur

était une opération financière très lointaine, d'un insuccès à peu près

certain, il allait risquer cette somme qui lui tombait du ciel, dans une

entreprise des plus hasardeuses, mais capable, après tout,--en supposant

un sourire de la Fortune,--de rémunérer le téméraire. Car les ressources

allaient lui manquer, et cette angoisse trop connue s'ajoutait à toutes

les autres.

Il décida de publier, à ses frais, un pamphlet périodique dont il serait

l'unique rédacteur, qu'il remplirait de toutes les indignations de sa

pensée et qu'il lancerait, chaque semaine, sur Paris, comme un tison.

Qui sait? Paris s'allumerait peut-être par quelque endroit.

Approximativement, il calcula qu'avec son argent seul, sans la balance

d'aucune recette fructueuse, il pourrait tenir environ deux mois. Il

faudrait vraiment que tous les démons s'en mêlassent, pour que l'inouïe

vocifération dont il méditait d'assaillir ses contemporains ne produisît

aucun résultat. Une circonstance favorable, assurément, sortirait de

l'ombre, jusqu'alors implacable, de sa destinée. Une commandite, une

adhésion efficace quelconque, lui permettrait de pousser plus avant et

de se rendre aussi redoutable par la durée que par la vigueur sauvage de

ses revendications et de ses anathèmes.

Et puis, il fallait surtout qu'il changeât d'hygiène morale, s'il tenait

à ne pas périr, et l'activité endiablée d'une lutte si terrible

découragerait infailliblement l'obsession mortelle qui l'assassinait.

Il s'estima sauvé et courut chez Leverdier qui trembla de crainte, en

voyant un semblant de joie sur le visage habituellement désolé de son

ami. Ce fut bien autre chose quand il connut son dessein.

--Mais, insensé, lui dit-il, tu veux donc tenter Dieu? Ton pamphlet sera

étouffé par la presse entière. Tu perdras, sans aucun profit, l'argent

que tu viens de recevoir, lequel vous ferait vivre, une année entière,

Véronique et toi, en te permettant d'achever ton livre. Il faudrait

cinquante mille francs de réclames et la complicité de tous les

journaux, pour lancer une pareille machine. Le marchand le plus habile

et commissionné de la façon la plus onéreuse, ne t'en vendra pas dix

exemplaires sur cent.

L'honnête séide, qui ne savait pas la détresse d'âme du désespéré,

épuisa vainement les trésors de sa sagesse. Marchenoir avait pris son

parti. Il fallut, en gémissant, préparer encore ce naufrage.

Ils dépensèrent l'un et l'autre une activité si fiévreuse qu'au bout de

huit jours, en pleine semaine de la fête nationale, parut le premier

numéro du CARCAN _hebdomadaire_, dans le format de l'ancienne

_Lanterne_, à couverture couleur de feu, offrant cet étrange dessin,

dicté par l'auteur à Félicien Rops, que Leverdier lui avait fait

connaître: Un chèvre-pieds riant aux larmes, fixé par le cou à un

immense poteau noir, allant de la terre au ciel, et ses immondes sabots

sur un tas de morts.

Ce pamphlet, qui eut le sort annoncé par Leverdier, et que le silence

des journaux éteignit sans peine, fut, néanmoins, remarqué de tous les

artistes, et son insuccès postiche est encore regardé, par quelques

indépendants, comme l'une des iniquités les plus déplorables de ce temps

maudit.

Il suffira d'en citer deux articles pour donner l'idée de cette œuvre de

haute justice et de magnifique fureur, qui n'allait à rien moins qu'à

faire dérailler le train des opinions contemporaines,--si n'importe quel

effet du Verbe simplement humain pouvait accomplir ce désirable prodige!

Voici donc le premier, celui par lequel Marchenoir ouvrit sa trop courte

campagne:

_LE PÉCHÉ IRRÉMISSIBLE_

«Ce soir, 14 juillet, s'achève enfin, dans les moites clartés lunaires

de la plus délicieuse des nuits, la grande fête nationale de la

République des Vaincus. Ah! c'est peu de chose, maintenant, cette

allégresse de calendrier, et nous voilà terriblement loin des

anachroniques frénésies de la première année! Ce début,--légendaire

déjà!--de la plus crapuleuse des solennités républicaines, je m'en suis,

aujourd'hui, trop facilement souvenu, devant l'universel effort constipé

d'un patriotisme, évidemment indéfécable, et d'un enthousiasme qui se

déclarait lui-même désormais incombustible.

«La nuit avait eu beau se faire désirable comme une prostituée, et

l'entremetteuse municipalité parisienne avait eu beau multiplier ses

incitations murales à la joie parfaite, on s'embêtait manifestement. Les

pisseux drapeaux des précédentes commémorations flottaient

lamentablement sur de rares et fuligineux lampions, dont l'afflictive

lueur offensait le masque poncif des Républiques en plâtre, que la

goujate piété de quelques fidèles avait clairsemées sous des frondaisons

postiches. Comme toujours, de nobles arbres avaient été mutilés ou

détruits, pour abriter de leurs expirants feuillages les soulographies

sans conviction ou les sauteries en plein air achalandées par les

putanats ambiants. Nulle invention, nulle fantaisie, nulle tentative de

nouveauté, nulle infusion d'inédite jocrisserie dans cette imbécile

apothéose de la Canaille.

«On avait été trop sublime, la première fois! Chaque acéphale avait

tenu, alors, à se faire une tête, pour honorer l'épouvantable salope

dont la France moderne fut engendrée. La nation entière s'était ruée au

pillage du trésor commun de la stupidité universelle. Mais, à présent,

c'est bien fini, tout cela. On continue de célébrer l'anniversaire de la

victoire de trois cent mille hommes sur quatre-vingts invalides, parce

qu'on a de l'honneur et qu'on est fidèle aux grands souvenirs, et aussi,

parce que c'est une occasion de débiter de la litharge et du pissat

d'âne. On y tient, surtout, pour affirmer la royauté du Voyou qui peut

au moins, ce jour-là, vautrer sa croupe sur les gazons, contaminer la

Ville de ses excréments et terrifier les femmes de ses insolents

pétards. Mais la foi est partie, avec l'espérance de ne pas crever de

faim sous une république dont l'affamante ignominie décourage jusqu'aux

souteneurs austères qui lui ont livré le plus bel empire du monde.

* * * * *

«Ce mensonge de fête idiote, ce puant remous de honte nationale dans le

sillage de la banqueroute, me fit venir, une fois de plus, la pensée peu

folâtre, que cette misérable nation française est bien décidément

vaincue de toutes les manières imaginables, puisqu'elle est vaincue même

comme cela, dans l'opprobre de ses infertiles réjouissances.

«Cette Vomie de Dieu n'a même plus la force de s'amuser ignoblement. De

toutes ses anciennes supériorités qui faisaient d'elle la régulatrice

des peuples, une seule, en vérité, lui est demeurée,--mais tellement

méconnue d'elle-même, tellement méprisée, décriée, déshonorée, jetée à

l'égout, qu'il se trouve que c'est précisément comme une autre façon

d'être vaincue qu'elle a inventée, ayant trouvé le moyen de faire

tourner à son irréparable déconfiture l'unique richesse qui pouvait

encore payer sa rançon!

«La France est vaincue militairement et politiquement, en Orient comme

en Occident; elle est vaincue dans ses finances, dans son industrie et

dans son commerce; vaincue encore scientifiquement, par un tas

d'étrangers dont elle ne sait pas même utiliser les découvertes; elle

est vaincue partout et toujours, à ce point de ne pouvoir jamais,

semble-t-il, se relever.

«Elle n'a pas même su conserver la supériorité du Vice. Les plus

irréfragables documents attestent que des villes protestantes, telles

que Londres, Berlin ou Lausanne, ont le droit de considérer comme rien

la juvénile débauche de Paris, où le voluptueux repli d'une savante

cafardise est à peine soupçonné.

«Ah! nous sommes fièrement vaincus, archi-vaincus de cœur et d'esprit!

Nous jouissons comme des vaincus et nous travaillons comme des vaincus.

Nous rions, nous pleurons, nous aimons, nous spéculons, nous écrivons et

nous chantons comme des vaincus. Toute notre vie intellectuelle et

morale s'explique par ce seul fait, que nous sommes de lâches et

déshonorés vaincus. Nous sommes devenus tributaires de tout ce qui a

quelque ressort d'énergie dans ce monde en chute, épouvanté de notre

inexprimable dégradation.

«Nous sommes comme une cité de honte assise sur un grand fleuve de

stupre, descendu pour nous, des montagnes conspuées de l'antique

histoire des nations que le genre humain a maudites.

* * * * *

«Mais enfin, une supériorité nous reste, une seule, incontestable, il

est vrai, et absolue: la supériorité littéraire. Ascendant tellement

victorieux, que personne au monde ne prend plus la peine de l'affirmer,

et que tout ce qui est capable d'une vibration intellectuelle, en

quelque lieu que ce soit, sollicite humblement une niche à chiens sous

le gras évier de la cuisine où se condimente la littérature française.

«On pourrait croire que la France, éperdue de gratitude, ne sait plus de

quel duvet de phénix renaissant capitonner le lit de la demi-douzaine

d'enfants merveilleux qui lui font cette suprême gloire. On devrait

supposer, au moins, qu'elle les comble de richesses et d'honneurs et

qu'ensuite, elle se déclare tout à fait indigne de lécher la trace de

leurs pas ... Elle les fait simplement crever de misère dans

l'obscurité.

«Elle n'a pas de mépris et d'avanies assez énormes pour les abreuver.

Depuis Baudelaire jusqu'à Verlaine, toutes les abominations et toutes

les ordures ont été versées en cataractes de déluge sur tous les fronts

de lumière. Les journaux, pleins de terreur, se sont barricadés avec

furie contre ces pestiférés d'idéal, dont le contact épouvantait la

muflerie contemporaine. Cette horreur est si grande et la répression

qu'elle exige est si attentive, qu'on a pu voir d'infortunés imbéciles

condamnés à périr de désespoir, sur une mensongère inculpation de talent

ou d'originalité.

«Mais cette guerre serait mal faite si elle se contentait d'être

défensive. On a donc suscité des catins de lettres pour la supplantation

du génie. Trois cents journaux vont en avant pour leur balayer le haut

du pavé, d'une diligente nageoire, et le suffrage universel est leur

dispensaire. Vieilles ou jeunes, croûtonnantes ou chauves, liquides ou

pulvérulentes, il suffit que leur bêtise ou leur ignobilité soit

irréprochable. On ira même jusqu'à leur passer un semblant de fraîcheur,

si c'est un ragoût de plus pour les séniles concupiscences dont

l'éréthisme est ambitionné.

«À Baudelaire agonisant dans l'indigence et quasi fou, on oppose, par

exemple, un Jean Richepin rutilant de gloire et gorgé d'or. Celui-là,

d'ailleurs, parfaitement assuré d'être le premier d'entre les fils de la

femme, juge sa part insuffisante et vocifère, sous sa casquette, contre

le client détroussé. Le délectable Paul Bourget, _préfacier_ chéri des

baronnes, se dresse en sifflotant sur sa petite queue, contre l'immense

artiste Barbey d'Aurevilly, qui se couche, formidable, dans le fond des

cieux, et ... il l'efface. Flaubert, à son tour, est dépecé et grignoté

par l'acarus Maupassant, engendré de ses testicules magnanimes, lequel,

devenu poulain, promulgue littérairement le maquerellage et l'étalonnat.

«Nul, parmi les grands, n'est excepté. Le boueur passe dans la rue et

réclame les gens de talent. La reine du monde n'en veut plus. Elle a mal

au cœur de ces tubéreuses. Il lui faut, à l'heure présente,

exclusivement, l'huile de bêtise et le triple extrait de pourrissoir,

qui lui sont offerts par les tripotantes mains des vendeurs de jus que

sa propre déliquescence est en train de saturer.

* * * * *

«Il serait long, le défilé des médiocres et des abjects, que le fromage

de notre décadence a spontanément enfantés pour l'inexorable dévoration

du sens esthétique!

«Et d'abord, le plus glorieux de tous ces élus,--le Jupiter tonnant de

l'imbécillité française,--Georges Ohnet, le squalide bossu millionnaire,

dont la prose soumise opère une succion de cent mille écus par an, sur

l'obscène pulpe du bourgeois contempteur de l'art. Immédiatement après,

son illustre fils, Albert Delpit, le virtuose du foyer correct et le

peseur vanté de fécule psychologique, Lovelace châtré, au strabisme

innocemment déprédateur.

«Puis, une sale tourbe: Bonnetain, le Paganini des solitudes, dont la

main frénétique a su faire écumer l'archet;--Armand Sylvestre, l'éternel

rapsode du pet, que ses latrinières idylles ont fait adorer des

multitudes;--le virginal Fouquier, moraliste hautain, héritier du bois

de lit de feu Feydeau, ferré aux quatre pieds sur toutes les disciplines

conjugales et juge rigide en matière de dignité littéraire;--l'aquatique

Mendès, aux squammes d'azur, ami de Judas par _charité_ et lapidateur de

l'adultère par esprit de justice, espèce de bifront sémite à double

sexe, l'un pour empoisonner, l'autre pour trahir;--Dumas fils, le

législateur du divorce et du relevage, qui inventa de remplacer la Croix

par le speculum, pour la rédemption des sociétés;--Alphonse Daudet, le

Tartarin sur les Alpes du succès, pour avoir pris la peine de naître

copiste de Dickens, eunuque trop fécond qu'il trouve le moyen de

tronçonner encore depuis quinze ans;--les deux batraciens oraculaires,

Wolff et Sarcey, de qui relèvent tous les jugements humains et dont la

disparition calamiteuse, en la supposant conjecturable, produirait

immédiatement l'universelle cécité;--enfin, pour n'en pas nommer

cinquante autres, Ernest Renan, le sage entripaillé, la fine tinette

scientifique, d'où s'exhale vers le ciel, en volutes redoutées des

aigles, l'onctueuse odeur d'une âme exilée des commodités qui l'ont vu

naître, et regrettant sa patrie au sein des papiers qu'il en rapporta,

comme des reliques à jamais précieuses, pour l'éducation critique des

siècles futurs!...

* * * * *

«Après cela, que voulez-vous qu'il fasse, le petit troupeau des vrais

artistes, qui ne savent rien du tout que frémir dans la lumière et qui

ne furent jamais capables de cuisiner les gros ragoûts de la populace?

Ils ne sont pas nombreux, aujourd'hui, cinq ou six, à grand'peine, et

l'immonde avalanche a peu de mérite à les engloutir.

«Ce serait assez, pourtant, si la France avait un reste de cœur, pour

lui restituer, intellectuellement, la première place. L'Europe n'a aucun

écrivain vivant, parmi les jeunes, à mettre en balance avec deux ou

trois romanciers de génie, qui périssent actuellement de faim, dans le

cachot volontaire de leur probité d'artistes. La mort de Dostoïewsky a

fait l'universel silence autour de Paris, et Paris, à genoux devant les

cabotins qui le déshonorent, n'a pas même un morceau de pain à donner à

ceux-là qui empêchent encore son vieux bateau symbolique de chavirer

dans les étrons!...

«Si ce n'est pas là le Péché irrémissible dont il est parlé dans

l'Évangile, je demande ce qu'il peut être, ce fameux péché, ce blasphème

contre l'Esprit, que rien ne pourra, dit-on, faire pardonner....

«Il n'est pas croyable que la Providence ait fait des hommes de génie

tout exprès pour être vomis. L'aventure, je le sais bien, est arrivée à

un fameux prophète. Mais cette Vomissure s'est ramassée d'elle-même et

s'en est allée parler à la plus terrible ville de tout l'Orient, qui l'a

écoutée avec respect. Paris n'aurait écouté Jonas d'aucune manière et

cet infortuné serviteur de Dieu eût été peut-être forcé de supplier son

requin de le réavaler.

«Les hommes assez malheureux, aujourd'hui, pour être de grands

écrivains, doivent attendre la mort et la désirer diligente et sûre, car

leur vie est désormais sans saveur comme sans objet. Tout ce qu'ils

pourraient faire, en les supposant des saints, serait de supplier le

Dieu terrible--et trop longanime!--de les considérer, à son tour, comme

moins que rien et de ne pas ouvrir, pour leur vengeance, les stercorales

écluses qui menacent évidemment Paris du seul déluge qu'il ait mérité,

et qu'on s'étonne de voir si obstinément fermées!»

* * * * *

L'autre article qui parut dans le sixième et dernier numéro du _Carcan_,

fut, pour Marchenoir, la plus atroce de toutes les dérisions de son

enragé destin. Cet article eut un succès retentissant, énorme, et ce

succès lui fut inutile. La recette du numéro, le seul qui se soit vendu,

ne couvrit qu'à peine ses derniers frais, sans lui donner aucun moyen de

continuer. L'imprimeur, plein de défiance, et peut-être menacé, refusa

obstinément tout crédit.

Le pamphlétaire vit ainsi la fortune se dérober en riant, au moment même

où elle paraissait s'offrir et dut renoncer, définitivement, à toute

espérance, avec l'aggravation de cette cuisante certitude que son

triomphe aurait été assuré, s'il avait eu la pensée de débuter par ce

grand coup.

_L'HERMAPHRODITE PRUSSIEN_

Le Désespéré · 第 69 / 74 题