Elles ne sauroient y être comprises: l'esprit de la loi y repugne.

Le moyen de l'interpreter avec elle même, c'est d'en etudier les

differentes dispositions. Or, on y en lit une dont l'application

doit se faire à l'espèce presente. Les chirurgiens des Provinces

qui etoient en droit et possession d'exercer la _barberie_ et qui

n'y ont pas renoncé, y sont maintenus[230]; Sa Majesté attribue

aux perruquiers la frisure et l'accommodage, sans exception ni

restriction, mais aussi sans prejudice du droit dont sont en

possession les chirurgiens qui n'ont pas renoncé à la barbarie, d'en

continuer l'exercice comme par le passé.

[Note 230: Les barbiers, comme on sait, étoient aussi

chirurgiens, et les chirurgiens barbiers, «par la raison,

dit M. de Paulmy, qu'il falloit que celui qui se trouvoit

continuellement dans le cas de faire quelque blessure

sût au moins les guérir.» Quand l'art de la chirurgie

eut été honoré, au 17e et au 18e siècle, de nombreuses

distinctions, on dédaigna de s'y abaisser au métier

vulgaire de la barberie, et «surtout de l'accommodage des

cheveux». Ce fut désormais, à Paris du moins, la profession

spéciale des barbiers. Ils n'eurent plus rien de commun

avec les chirurgiens, sauf sur un point. Le premier

chirurgien du roi, qui étoit en même temps son premier

barbier, resta chef de la barberie et de la chirurgie

réunies, ce qui lui permit de ne pas renoncer à ses

honoraires sur les deux communautés. (_Mélanges tirés d'une

grande bibliothèque_, t. XXXII, p. 270.)]

Cette attention scrupuleuse du legislateur à conserver les droits

des chirurgiens sera la sauve garde des maitresses coëffeuses de

Rouen; leur droit etoit legitime, il etoit etabli et respecté lors

des lettres patentes. Ce ne sauroit donc être l'intention de Sa

Majesté de prejudicier, par ce reglement general, à cette prerogative

particulière, que l'origine la plus ancienne, la possession la plus

longue et les titres les plus solennels consacrent egalement. Tout

ce qui emane de l'autorité souveraine doit porter le caractère de

l'equité suprême. Cette equité seroit blessée par la derogation

que les maitres perruquiers de Rouen voudroient trouver dans

ces lettres au droit des maitresses coëffeuses, derogation qui

ne s'y trouve point et qu'on ne sauroit y supposer, puisqu'elle

seroit contradictoire avec la reserve qui y est faite du droit des

chirurgiens-barbiers.

La pretention des maitres perruquiers de Rouen est donc absolument

injuste et mal fondée; tout, malgré leurs efforts, se reunit pour

solliciter en faveur des maitresses coëffeuses, des lettres patentes

de confirmation de leurs priviléges, qui établissent une exception

favorable à la disposition dont on pretend inferer l'aneantissement

de ces privileges.

Toutes les communautés sont egalement sous la protection bienfaisante

du Gouvernement; tous les citoyens sont les enfants d'un même père.

Il est trop bon pour enrichir les uns de la substance des autres; il

est trop juste pour satisfaire la jalousie des maitres perruquiers de

Rouen par la ruine de la communauté des coëffeuses.

Tel est le resumé de ce memoire. Depuis 1478, les coëffeuses

jouissent du droit qu'on leur dispute, les lettres-patentes du 12

décembre 1772 ne leur ont pas enlevé ce droit immemorial. Elles ne

peuvent pas être censées l'avoir detruit; rien ne s'oppose donc à

ce que la puissance, qui lui a donné l'être et la forme, le munisse

encore du sceau de la confirmation la plus authentique. Il est

même de la bonté equitable de Sa Majesté d'empêcher que la fausse

interpretation d'un reglement dicté par sa sagesse ne donne atteinte

à l'existence d'une communauté etablie sous l'autorité et l'empire de

la loi.

CONSEIL DES DEPÊCHES.

M. BERTIN, Ministre Secretaire d'ETAT.

M{e} DE MIREBECK, avocat[231].

* * * * *

_De l'imprimerie de_ P. M. LE PRIEUR, _imprimeur du Roi, rue

Saint-Jacques_.

1773.

[Note 231: Je ne sais quel fut le résultat de ce mémoire.

Il est probable qu'il fit accorder gain de cause aux

coiffeurs. Ce seroit, autrement, la seule affaire de ce

genre, à cette époque, où les perruquiers l'auroient

emporté. Il y avoit longtemps qu'ils se targuoient, mais

sans plus de succès, de prétentions semblables. En 1724,

les perruquiers de Rhétel avoient été jusqu'à faire un

procès au barbier du bourg de Vouzy-sur-Aisne, parce que,

disoient-ils, l'existence de tout barbier de village étoit

une illégalité. Les habitants de la campagne, tout éloignés

qu'ils fussent des villes, n'avoient pas, à les entendre,

le droit de se faire faire la barbe, ni les cheveux, ni

de faire poudrer leurs perruques. Ils devoient, de par la

loi, ne se faire accommoder qu'à la ville, sous peine de

porter une perruque hérissée, sans poudre, et une barbe de

capucin. Par arrêt du 4 septembre 1724, la Cour de Rhétel

débouta de leur prétention ces monopoleurs des barbes et

des perruques villageoises. (_Causes amusantes_, t. II, p.

257-272.)--Quant au procès intenté par les perruquiers de

Paris contre les coeffeurs des dames, ce furent encore une

fois ceux-ci qui le gagnèrent (V. p. 215, note). Le rimeur

qui s'etoit fait le rapporteur poétique de l'affaire les

félicita de ce succès dans la pièce que j'ai indiquée plus

haut (p. 216, note):

Thémis, qui n'a d'autre toilette

Qu'un siége illustre, où ses arrêts

Des Dieux même sont les décrets,

Par la vois de leur interprète

Des mains des tyrans perruquiers

Nous a délivrés par huissiers,

Et notre victoire est complète,

Le prevost, le garde et syndic

Barberie et perruquerie

Le sergent de la confrairie,

Ne se coefferont plus du tic

D'encoffrer notre coefferie.

Et chacun fera son trafic.

Par cette même pièce on apprend qu'en outre des coiffeurs

de dames il y avoit aussi à Paris, comme à Rouen, des

coiffeuses, qui partagèrent le succès de leurs confrères.

Si ce métier leur eût fait défaut, elles s'en fussent

consolées vite; elles n'en manquaient pas d'autres. Voici

ce qu'en dit le poëte des coiffeuses, comme s'il étoit

coiffeur lui-même:

Une étrangère ne fait pas

Sur le rempart le moindre pas

Que nos soeurs n'en soient enquesteuses.

Un élégant peigne en leurs mains

Se change en charmant caducée;

Les coeurs féminins sont humains,

Une coiffeuse est si rusée:

«--Eh bien! que pense-t-il de moi,

Lindor, dont tu parles sans cesse?

--Madame, sa noble tendresse

Ne peut vous inspirer d'effroi;

Il vous offre son pur hommage.

--Comment me trouve-t-il?--Au mieux,

A miracle, et, sans persifflage,

Il proteste que vos beaux yeux...

--Est-il riche?--Il donne équipage,

Maison montée, et, pour raison,

L'aimable petite maison.

--Achève ton accommodage!»

Ainsi nos soeurs dans ce canton

Font plus d'un galant personnage:

Coeffant les dames du bon ton

Et les nymphes du bel usage,

Officieuses de Cupidon

Et faiseuses de mariages

Par devant le dieu du plaisir

Et son confrère le Désir.]

FIN.

_Nouveaux complimens de la place Maubert, des halles, cimetière

S.-Jean[232], Marché-Neuf, et autres places publiques._

_Ensemble la resjouissance des harangères et poissonnières faite ces

jours passés au gasteau de leurs Reines._

M.DC.XLIII[233].

In-8.

[Note 232: Il y avoit, depuis le 14e siècle, un marché au

vieux cimetière Saint-Jean. Depuis quelques années, la

construction «de fort beaux logis qui rendoient de grands

revenus à la fabrique de Saint-Gervais», comme il est dit

dans le supplément aux _Antiquités de Paris_ de Du Breuil,

1639, in-4, p. 59, en avoit un peu diminué l'étendue, mais

l'avoit fort embelli.]

[Note 233: Cette pièce nous a semblé bonne à reproduire,

parce qu'elle est le véritable _Catéchisme_ des poissardes,

au commencement du règne de Louis XIV. Elle suffiroit à

prouver que le genre poissard n'a eu pour créateur ni

l'auteur de _Madame Engueule, ou Les accords poissards_,

comédie-parade, 1754, ni l'illustre Vadé. Voisenon,

d'ailleurs, avoit déjà contesté à celui-ci cette noble

gloire. (V. ses _Oeuvres_, t. IV, p. 72.) Au temps des

Valois, il étoit déjà de bon ton, comme au temps de Louis

XV, de bien entendre le langage de la place Maubert.

Catherine de Médicis y excelloit: «La royne-mère, lit-on

dans le _Scaligerana_ (1667, in-12, p. 46), parloit

aussi bien son _goffe_ parisien qu'une revendeuse de la

place Maubert, et l'on n'eust point dit qu'elle estoit

Italienne.» On disoit quelquefois _goiffe_ pour gof, quand

on parloit de ce langage populaire (V. le fragment d'une

lettre inédite de Maynard, dans le catalogue des autogr.

de M. Ch...; janv. 1856, p. 20). J'étois porté à croire

que de _goiffe_ on avoit fait _goiffeur_, puis _goipeur_;

mais ce dernier mot, qui désigne, comme on sait, un viveur,

dérive plutôt du mot espagnol, dont il est ainsi question

dans les _Mélanges d'histoire et de littérature_ de

Vigneul-Marville (1re édit., p. 325): «Il y a en Espagne

de jeunes seigneurs appelés _guaps_, qui ont rapport à nos

petits-maîtres. _Guap_, en espagnol, veut dire _brave_,

_galant_, _fanfaron_.»]

DES POISSONNIÈRES ET DES BOURGEOISES.

LA BOURGEOISE. Parlez, ma grand'amie, vostre marée est-elle fraîche?

LA POISSONNIÈRE. Et nennin, nennin, laissez cela là, ne la patené

pas tan; nos alauzes sont bonnes, mais note raye put; je panse

qu'aussi bien fait vote barbüe.

LA BOURGEOISE. Je ne m'offence pas de tout ce que vous pouvez dire:

car je sçay que celles de vostre condition sont fournies d'assez

bonnes repliques, et que vous avez tousjours le petit mot pour rire.

LA POISSONNIÈRE. Ouy, Madame a raison, le guièble a tort qu'il ne la

prend; il est vray que j'avon le mot pour rire et vous le mot pour

pleuré.

LA BOURGEOISE. Mamie, donnons trève à ces propos insolens, qui

ne valent pas grand argent; et me dites, en un mot, combien me

cousteront ces quatre solles, ces trois vives, ces deux morceaux

d'alauzes et ces macquereaux là?

LA POISSONNIÈRE. Vous en poirez en un mot traize francs. Et me

regardez l'oreille de ce poisson là: il est tout sanglant et en vie.

Est-il dodu! et qui vaut bien mieux bouté là son argent qu'à ste

voirie de raye puante qui sant le pissat à pleine gorge.

LA BOURGEOISE. Je voy bien qu'il est très excellent. Je vous en

donneray joyeusement six livres; je sçay que c'est honnestement, et

c'est ce que cela vaut.

LA POISSONNIÈRE. Parle, hé! Parrette! N'as-tu pas veu madame Crotée,

mademoiselle du Pont-Orson, la pucelle d'Orléans! Donnez-luy blancs

draps, à ste belle espousée de Massy, qui a les yeux de plastre! Ma

foy! si ton fruict desire de notre poisson, tu te peux bien frotter

au cul, car ton enfant n'en sera pas marqué!

UN POURVOYEUR, _voulant acheter du poisson, dit_: Ma bonne femme,

n'avez-vous point là de bon saumon frais?

LA POISSONNIÈRE. Samon framan! du saumon frais! en vous en va

cueilly, Parrette! Ste viande-là est un peu trop rare. Ce ne

sont point viande pour nos oyseux: car j'iré bouté de seize à

dix-huict francs à un meschant saumon, et vous m'en offrirez des

demy-pistoles. Et nennin, je ne somme pas si babillarde; je n'avon

pas le loisi d'allé pardre note argent pour donné des morciaux

friands à monsieur à nos despens[234]. Si vous voulez voir un sot

mont, allez vous en sur la butte de Montmartre, note homme dit que

c'est un sot mon[235]: car darnierement, quand il estet yvre, il se

laissit tombé du haut en bas, et si cela ne l'y coustit rien[236].

[Note 234: C'est, on le voit, tout à fait le style

poissard. La rime, c'est-à-dire l'assonnance, n'y manque

même pas.]

[Note 235: Voilà un calembour qui a été repris bien

souvent. M. de Bièvre fut le premier plagiaire.]

[Note 236: Montmartre et les poissardes furent toujours de

vieilles connaissances. Un des ouvrages classiques du genre

poissard est daté de ce _sot mont_: ce sont les _Lettres

écrites de Montmartre_ par Jeannot Georgin (Ant.-Urbain

Coustelier). Londres, 1750, in-12.]

LE POURVOYEUR. Vous vous raillez donc ainsi des personnes, avec vos

équivoques? Mais parlons d'autre chose. Faites-moy voir une raye, la

plus douce et la plus fraische que vous ayez.

LA POISSONNIÈRE. J'en ay une belle et une bonne; mais, par ma

fiyguette! je la garde pour note homme: c'est pour son petit

ordinaire; il se rirole comme t'y faut.

LE POURVOYEUR. Ce n'est pas cela que je vous dit. Montrez-moi ce que

je vous demande, autrement je m'en iray autre part. N'avez-vous pas

là une bonne raye?

LA POISSONNIÈRE. Un peu, si vous le trouvez bon! Je pance, marcy

de ma vie! que j'en pouvon bien avoir, y nous en couste bon et bel

argent, bien plaqué, bien escrit, marqué et compté en preuf à

deux[237]. Monsieur, vla vote peti faict, comme dit l'autre, sans

aler aux halles.

[Note 237: Lisez _empreuf et deux_, comme nous le trouvons

dans une pièce de l'_Ancien théâtre_ (t. III, p. 54), ou

plutôt encore _empreu et deux_, comme dans la _Farce de

Pathelin_ (édit. 1662, p. 21). Cette locution, qui se

trouve aussi dans le _Ménagier de Paris_ (t. I, p. 141),

étoit la manière de compter en usage autrefois. On l'avoit

empruntée aux écoliers. Quand ils tiroient au sort, au

commencement d'une partie de jeu, ils disoient, pour le

premier sorti, _empereur_. C'étoit le terme classique.

_Empreu_ est une abréviation, qui en a amené une autre,

qu'on emploie toujours. Dans toute partie de lycéens, celui

qui joue le premier est le _preu_. Le nom de _preux_ donné

aux meilleurs chevaliers vient peut-être aussi de ce qu'ils

étoient les premiers, les _preux_ en courage.]

LE POURVOYEUR. Elle me semble bonne. Combien me coustera-telle?

LA POISSONNIÈRE. Sans vous surfaire la marchandise d'un degné, elle

vous coutra, au dernié mot, trente sous, à la charge qu'elle est

frache et bonne, et me l'emportés.

LE POURVOYEUR. Quelle apparence y a-til que je paye trente sous d'une

chose que j'aurois bien payé si j'en avois donné treize ou quatorze

sous tout au plus?

LA POISSONNIÈRE. En despit soit fait du beau marchand de marde! Hé!

je pense qu'ou estes enguieblé! Allez, de par tout les guièbles! à

vote joly collet, porté vote argent au trippes[238]! Vous ayrez

du mou pour vote chat. Pence-vous que je soyen icy pour vos biaux

rieux? Aga! ce monsieu crotté, ce guièble de frelempié, ce pauvre

poissart[239], ce detarminé[240] à la pierrette! Y voudret bien

porter des bottes à nos despans, ce biau monsieu de neige[241] et de

bran! Parlé hau, monsieur de trique et nique, parlé! Parlé, parlé,

monsieur de Trelique-Belique! A ga ce monsieu faict à la haste, ce

monsieu si tu l'est, ce degouté, ce jentre engoust! Parlé, Jean

de qui tout se mesle et rien ne vient à bout! Ce taste-poulle, le

guièble scait le benais et le fret au cu! Parlé, ho Dadouille! Helà!

qui la chaut! y su, ma foi! Ira-ty, le courtau? Parné-le, parné-le,

il a mangé la marde! Vien, vien, voicy une raye derrière moy au

service de ton nez! Allé! marci, guiène, va cherché une teste de

mouton cornüe qui pura comme vieille charongne, et des pances et des

caillettes plaine de gadou! Encore faura-ty qu'en ait la patience

qui ne scait point de jours maigres! Jesune, jesune, jusqu'à la

coquefredouille, pleure-pain, et ne t'attans pas de mangé de la

marée ce carresme à nos despens: car tu n'en airas pas, si je ne

m'abuse bien, ny toy ny ès autres! Nostre-dince, et qui m'a baillé

st'alteré-là?

[Note 238: Le vocabulaire de ces dames n'avoit pas été

refait depuis la harangère du Petit-Pont, qui combattit le

régent _à belles injures_: «Va, va, lui dit-elle, porte ton

liard aux tripes.» (_Oeuvres_ de Bon. Des Periers, édit L.

Lacour, I, 224.)]

[Note 239: Ce mot étoit alors une injure, comme on voit.

Il ne se prenoit pas encore pour marchand des halles, il

étoit synonyme de _vaurien_, _voleur_. C'est d'ailleurs le

sens qu'il avoit déjà du temps de Roger de Collerye (V. ses

_Oeuvres_, édit. Ch. d'Héricault, p. 272), et de Jacques du

Bois (_Jacobus Sylvius_), qui, dans son _Isagoge_ (1581,

in-4, p. 4), dit positivement que _poissard_ se disoit pour

voleur (_pro fure_); à cause de cela, il le fait venir de

_picare_, mot latin, dont les dérivés sont notre verbe

_picorer_ et le _picaro_ espagnol. Les voleurs antiques se

_poissoient_ les mains, afin de saisir les pièces d'argent

au simple toucher. (V. Martial, liv. VIII, épigr. 59.)

C'est ce qui avait fait donner au verbe _picare_ (poisser)

le sens que nous lui trouvons, et que le mot _poissard_

perpétua si longtemps chez nous. (V. encore notre article

sur ce mot dans l'_Encyclopédie du XIXe siècle_, t. XIX, p.

711.)]

[Note 240: Cette façon de prononcer, en faisant sonner un

_a_ au lieu d'un _e_, étoit purement parisienne au 16e

siècle: «Vela pourquoy vous voulez avoir un _sarment_»,

fait dire Henri Estienne à Philosaune; à quoi Celtophile

répond: «Pardonnez-moy, je ne pense ni à sarment, ni à

vigne.--PHILOS.: J'ay dit sarment pour serment; c'est un

petit parisianisme de la place Maubart.» (_Deux Dialogues

du nouveau langage françois italianisé_, p. 398.)]

[Note 241: Ces mots: _de neige_, mis à la suite d'un autre,

étoient une sorte de particule méprisante. Quand, dans

le _Dépit amoureux_ (acte IV, sc. 5), Gros-René rend à

Marinette «son beau galant _de neige_», il veut faire voir

à sa maîtresse le peu de cas qu'il fait du cadeau, qu'il

lui rejette au nez, et non pas, comme on le croit, lui

rappeler la couleur de ce noeud de ruban. Cela ne veut,

d'aucune façon, dire que ce _galant_ est de couleur de

_neige_; aussi, tous les Gros-René de la Comédie-Française,

qui se croient obligés de se mettre invariablement un

pompon blanc sur l'oreille, feroient bien de ne plus s'en

tenir à cette cocarde.]

Vla qui me porte bien la mène d'un godenos[242]. Tené, vla Pierre

Dupuis[243], vla laquet. Est-y creté! L'effronté! il est encore

tout estourdy du batiau. Hé! qu'est-ce? Je pence, ma foy, qui nous

trouve belle? Y nous regarde tant qui peu à tou ses deux rieux.

Voyez st'ecuyé de cuisaine à la douzaine, le vla aussi estonné tout

ainsi que s'il estet cheu des nuës. Y! Allons! Ira-telle, la pauvre

haridelle? Fricassé-luy quatre oeufs. Le vela arrivé! Quand s'en

retournera-t'y? Par la mercy de ma vie! ce tu ne t'oste de devan moy,

je t'iray la devisagé! Ne pense pas que je me mocque!

[Note 242: Le _godenot_, dit Richelet, étoit le petit

marmouset de bois dont se servoient les joueurs de gobelet.

On en avoit fait un mot satirique, à l'adresse de tous

les faiseurs de tours de passe-passe, quel que fût leur

métier, qu'ils fussent procureurs ou prédicateurs: c'est

à ceux-ci surtout que le mot s'appliquoit. (V., parmi les

mazarinades, _L'Enfer burlesque_, 1649, in-4, et _Le Rabais

du pain_, 1649, in-4.)]

[Note 243: V., sur ce type alors populaire, t. 3, p. 273.]

LE POURVOYEUR. En verité, je ne m'ebahis plus si le peuple commun

vous appelle muettes des halles! Je suis tout confus, et m'estonne

où il est possible de trouver le quart des injures qui m'ont esté

vomies, sous ombre de n'avoir pas assez offert au gré de cette femme

sans raison.

UNE AUTRE POISSONNIÈRE, _reprenant la parole pour la precedente,

toute pasmée de colère, luy tint ces paroles_: Samon, ma foy! vela

un homme bien vuidé pour tourner quatre broche! Vo nous en velé bien

conté! Vote mère grand est en fiançaille! N'a vou point veu Dadais,

vendeur de fossets? Tené, vela Guillemin croque-solle, carleux de

sabots. Donnez ste marée pour la moitié moins qu'elle nous couste!

Vrament! c'est pour vote nez! Ma foy! ce ne sert pas là le moyen

de porté bague d'or aux doigs ny de donné des riche mariage à nos

filles. Aguieu, Jocrisse! Qu'on s'oste bien vite de devant note

marchandise, sur peine d'avoir du gratin!

Tellement que le pourvoyeur, tout confus, se contenta de la condition

qu'il possedoit, s'esquiva fort honnestement, apprehendant une charge

plus grande, qui eust possible esté d'une gresle de coups de poings.

* * * * *

LA RENCONTRE ET COMPLIMENTS DE DEUX FRUICTIÈRES.

LA PREMIÈRE. Bon vespre, dame Quienette! Hé! qu'est-ce, comme va la

santé? Comment se porte sthomme et vos enfants? Je n'ay pas velu

passé dans ce quarqué-ci sans avoir le bon-heur de vous voüer!

LA DEUXIÈME. Je nous portons bien, guieu marci! tretou cheu nou, à

vot sarvice; mais que bien vou sçait, vou voyé la plus malade. Queulé

bonne affaires ou queu bon van vous amène en ces quarquiez?

LA PREMIÈRE. C'est que je vien de la halle, faire marché à note

garnetière de tras ou quatre sequiez de poüas. Ce n'est pas que

n'en ayains faite notre bonne fournication dez le moüas d'oux;

mais j'avons peur que je n'en ayain pas assé, et je tramblon

d'apprehendation qu'on ne nou les rancherisse. Et pis après ne dit en

pas _beati-geniti_ vau bien pus mieux que _beati quorum_.

LA DEUXIÈME. C'est pourquoy je vous sçay bon gré d'avoir fait le

voyage que vous vené de faire. Je pance, pour moy, que j'en auron

assé: car nous n'en vendon qu'à des pauve personnes, et je les faison

cuire à la grosse mode, en pleine yau: je bouton tras sciaux d'yau

dans un grand chaudron, puis j'y metton environ demy boiciau de

poüas, et quan ty sont un peu trop clairs, j'y laissons les ecales et

meslons avec cela des chapelures de pain salé, cela les fait senty

un peu de sé, et pi j'y bouton un petit tantinet de faines harbes.

Mamie, y trouvon cela si bon qui en lichon leur doigts, encore trop

heureux à qui en aira.

LA PREMIÈRE. Je n'oseriain faire cela à note quarqué, y sont trop

friandes, et si faineman madrées, seulement quan li trouvon queuque

gra voüas croquez sous lieus dans, y nous faison de grosses repluches

dans note bouticle, soit qu'en lieu donne des colles; y s'en von tou

grondans en nou donnan des fièvre quartaine. Mais pour les espinars,

j'y on faict un peu note petit comte, et si j'y hachiain des fueilles

de poirée, m'amie, je n'en on pas à demy.

LA DEUXIÈME. A guieu! C'est trop babillé. En vous remarciant.

LA PREMIÈRE. Et attendez, en ira au vin.

LA DEUXIÈME. Nennin, je ne boiray pas davantage. C'est la mode de

Paris: quand on est à la porte on prie de boire. Et aguieu; je me

recommande.

Vostre très-humble et affectionné serviteur.

LE BOITEUX,

_Dit le Beau Chanteur_.

FIN.

_Discours veritable de la vie, mort, et des os du Geant Theutobocus,

roy des Theutons, Cimbres et Ambrosins, lequel fut deffaict 105 ans

avant la venue de nostre Seigneur Jesus-Christ._

_Avec son armée, qui estoit en nombre de quatre cents mille

combatans, deffaicte par Marius, consul romain, et fust enterré près

un chasteau nommé Chaumon, et à present Langon, proche la ville de

Romans, en Daulphiné._

_Là où on a trouvé sa tumbe, de la longueur de trente pieds, sur

laquelle son nom estoit escrit en lettre romaine, et les os tirez

excèdent 25 pieds, y ayant une des dents d'yceluy pesant 11 livres,

comme au vray on vous les fera voir en ceste ville, qui est du tout

monstrueux tant en hauteur qu'en grosseur._

_A Lyon, par Jean Poyet, 1613._

_Avec Permission_[244].

Variétés Historiques et Littéraires (09/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 11 / 19 段