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Des _Annales politiques et littéraires_:
Je crois que le suffrage universel serait moins mauvais pendant
quelque temps si les femmes votaient, mais d'autre part le suffrage
universel me paraît idiot! Alors!
Jules LEMAITRE, de l'Académie Française.
J'ai dit bien des fois que je suis partisan du suffrage politique
des femmes et de leur éligibilité, voulant l'absolue égalité des
droits des deux sexes. Je suis même partisan du vote des enfants (le
père votant pour les garçons et la mère pour les filles!) ce qui
donnerait aux pères et mères la prépondérance sociale qu'ils doivent
avoir. Je crois que pour tout pays, le vote serait moralisateur
et conservateur, les femmes étant à les considérer d'ensemble un
peu moins sensuelles, beaucoup moins cruelles et infiniment moins
alcooliques que les hommes.
Emile FAGUET, de l'Académie Française.
En vérité, pourquoi ne voterait-elle pas puisque si elle ne
vote point elle fait voter ceux qui votent? Vous verrez que les
suffragettes, ces midinettes du vote, auront raison tôt ou tard du
préjugé. Elles sont l'avant-garde du féminisme et leurs promenades
boulevardières, d'abord raillées, finiront quelque jour par le vote
de leur droit au vote. Ce n'est pas demain! Et qui sait? Demain vient
vite et la France nouvelle, celle qui date de 20 ans seulement, est
déjà assez différente de l'ancienne pour qu'on s'attende à bien des
transformations encore.
Jules CLARETIE, de l'Académie Française.
Je ne saurais vous cacher que je suis résolument opposé au vote
des femmes. Je craindrais qu'elles ne se jetassent dans les luttes
politiques avec une ardeur qui augmenterait encore les divisions de
la France, et nous sommes assez divisés comme cela.
Comte d'HAUSSONVILLE, de l'Académie Française.
Je veux bien que les femmes votent et je crois qu'elles voteront dès
qu'elles s'aviseront de le désirer; mais je n'y vois pas d'utilité
générale, puisqu'elles n'ont indiqué jusqu'ici aucune vue politique
propre. Faut-il être franc? Dans la minute présente, les femmes
qui veulent voter me semblent des agitées. Leur véritable activité
se satisfait de cent autres manières. Cependant si elles tiennent à
voter, si elles se croient humiliées de n'être pas électrices, il
n'y a pas d'objection sérieuse à leur opposer et quand elles auront
conquis leur bulletin de vote, elles l'auront mérité tout aussi bien
que les hommes.
Maurice BARRÈS, de l'Académie Française.
Ce sont de bien grosses questions et c'est seulement par des points
d'interrogation que je me permettrai d'y répondre!
Est-il logique, est-il juste qu'une femme devenue chef de famille
par le fait de son veuvage ne soit jamais appelée à dire un mot
quelconque dans les grands débats qui intéressent la destinée de sa
propre famille, aussi bien que la destinée des familles voisines,
politiquement représentées par le vote du père?
Est-il logique, est-il juste que les travailleuses organisées en
syndicat n'aient aucun moyen direct d'assurer la répercussion de
leur volonté dans les assemblées politiques et que l'émancipation
économique ainsi assurée à la femme n'ait aucune sanction dans le
domaine politique?