Il est encore un point qui vous porte considérablement tort,
Mesdames, c'est votre tactique de combat. Aux attaques et aux coups
de vos adversaires vous ne savez répondre la plupart du temps que par
des insultes ou des procédés méchants.
Irritables et nerveuses à l'excès, vous ne savez pas mesurer vos
paroles, guider vos réponses, empreintes toujours de fiel et
d'amertume; à la discussion vous préférez la phrase emportée; à la
polémique, le ton rancunier et coléreux. Nous le répétons, vous avez
gravement tort!
Ayez au contraire le bon sourire franc des duellistes de journaux;
encaissez les coups sans mauvaise humeur; ayez la répartie fine,
vive, spirituelle, mordante; sachez retourner les arguments adverses
d'une plume alerte et émoustillante, mais de grâce ne prenez point
tout de suite cet air boudeur et cette mine rageuse; que vos
discussions et vos réponses ne disparaissent plus sous les flots
tumultueux et pressés des épithètes malsonnantes; vos arguments n'en
auront que plus de valeur (ils en ont du reste besoin), et désormais
vous n'aurez plus l'ennui de lire des articles si véridiques à votre
adresse, à l'instar du suivant:
«Chaque fois que je me suis permis de ne pas admirer les femmes qui
font de la politicaille, j'ai reçu toutes sortes de lettres et de
cartes injurieuses.
»Des mains sans doute charmantes ont écrit à mon adresse de
cette écriture fine et allongée et pointue,--marque d'une bonne
éducation--les mots de crétin, d'idiot, d'abruti (j'en passe et des
pires).
»Ma foi! j'ai tort de croire que les dames n'ont pas de dispositions
pour entrer dans l'arène électorale»[77].
[77] Clément Vautel, _Matin_, 11 février 1910.
En homme spirituel et aimable, Clément Vautel ne fait que vous
supposer des dispositions; il vaudrait bien mieux pour vous,
Mesdames, pour votre beauté, votre intelligence et votre élégance,
être obligées de reconnaître que vous n'êtes point faites pour les
luttes politiques!
Vous n'arriverez à ce résultat que le jour où vous reviendrez à ce
que vous avez toujours été, c'est-à-dire des femmes, par analogie des
êtres doux, affectueux et polis!
Et ce jour-là arrivera bientôt. Car vous reconnaîtrez votre erreur,
vous ne fausserez désormais plus vos caractères, vous ne serez plus
les politiciennes aux mots grossiers et injurieux, car cela n'est
point ni dans votre nature, ni dans votre caractère, ni dans votre
cœur! Vous redeviendrez des femmes.
Chassez le naturel, il revient au galop!