1º Les Suffragettes et la Réclame

Nous ne citerons point de noms; nous pourrons ainsi concilier la

pénible obligation de dire aux femmes de cruelles vérités tout en

n'abandonnant point le champ agréable de la galanterie. Et personne

n'étant visé, ces dames pourront se donner l'illusion de voir ces

lignes écrites pour leurs voisines.

Il existe à l'heure actuelle une question palpitante d'intérêt: c'est

le suffrage des femmes. Comme de toutes les nouveautés, des personnes

s'en sont emparées, l'ont exploitée, pensant s'en faire un tremplin

de gloire et de célébrité. Il est si difficile de percer de nos jours.

Les hommes féministes ont sauté à pieds joints sur ce nouveau thème

qui leur permet, journalistes d'exposer un sujet inédit, romanciers

d'intéresser leur clientèle par des idées modernes, auteurs

dramatiques d'éviter le four sensationnel par la hardiesse de la

thèse!

Pour quelques-uns, un succès de curiosité a répondu à cette nouvelle

«exploitation littéraire»; pour beaucoup le désintéressement et le

bon sens de la majorité des Français ont fait justice de cette levée

de boucliers féministes. Ces Messieurs avaient en effet oublié une

chose essentielle, principale: d'éclairer la lanterne, c'est-à-dire

d'étudier la question. Ils croyaient pouvoir traiter le sujet du

suffrage des femmes dans quelques articles de journaux ou aux feux

de la rampe. Et quand on s'aperçut que leurs raisons n'étaient que

des raisons sentimentales, que leurs phrases claironnantes étaient de

magnifiques ciselures vides de sens, on haussa les épaules et l'on se

mit à rire!

C'était la seule conclusion qui s'imposait!

Quant aux femmes, elles ont été superbes d'audace et de désinvolture.

Elles ont tout d'abord donné l'impression de grandes héroïnes, témoin

Olympe de Gouges! La femme, disait-elle, a le droit de monter sur

l'échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune!

Son désir fut sinistrement exaucé et nous ne pouvons que saluer très

bas une victime innocente de la Révolution!

A cette héroïne succéda une floraison de féministes convaincues et

exaltées, ne rêvant que plaies et bosses, luttes, barricades, avec le

désir public de devenir à leur tour des martyres, mais avec aussi le

secret espoir de demeurer tout simplement des femmes.

L'idée de ces revendications, comme du reste toute idée neuve et

hardie, faisant en France son petit bonhomme de chemin, ces dames se

crurent tout d'un coup les Messies d'une nouvelle société; à l'instar

des Saint-Simoniens elles tâchèrent de fonder un nouveau dogme

de régénération sociale! Et du jour au lendemain, les féministes

furent célèbres, on leur prit des interviews, elles écrivirent

leurs impressions, quelques-unes même leurs mémoires. Les grands

quotidiens publièrent des articles sensationnels sur leur compte;

et à part quelques esprits calmes et pondérés, l'escouade de ces

militantes fut grisée, fut éblouie! Songez donc! on publiait en

première page leurs articles, leurs noms; on donnait même leurs

photographies!

«Ah! l'on ne connaît pas l'influence de la photographie retouchée sur

la femme! Elles se font photographier dans toutes les positions, face

à l'Océan; celle-là, partant à la conquête de la littérature, sur

un dos de chameau; telle se costume en impératrice, telle autre en

bédouine!»[72].

[72] Louise Faure Favier: _Figaro_, 21 février 1910.

Et toutes ces dames, prises tout à coup d'un furieux accès de

production, écrivirent, chaque jour, dans tous les journaux, dans

toutes les revues, dans tous les quotidiens!

Oh! cette littérature féministe! De l'opium! de la guimauve ou de la

pâte... épilatoire!

Les hommes-féministes! Des convaincus! des champions de

l'émancipation! Allons donc! dites plutôt des esprits brillants

et distingués! soit, mais aussi des vendeurs de littérature, des

lanceurs d'affaires, des hommes subtils et adroits, ayant compris

tout le profit qu'ils pourraient retirer de ces idées modernes et

toute la gloires qui rejaillirait sur eux de les avoir fait connaître

et exalter!

Les femmes féministes! Des convaincues! Allons donc; des assoiffées

de réclame, des ambitieuses, dont le suprême bonheur est de présider

un congrès ou de lire leur nom dans un journal.

«Ce qui perce à travers la propagande qu'elles mènent c'est, avec le

mauvais goût de la déclamation, une avidité impatiente de réclame, un

goût effréné de notoriété bruyante. La poule meurt d'envie de chanter

comme le coq, et c'est à qui s'époumonera pour mettre sa petite

personne en évidence sur le plus haut perchoir du poulailler»[73].

[73] Turgeon: _Le féminisme français_.

Oui, Mesdames les féministes, voilà ce que vous êtes, des petits

esprits étroits et bornés, ayant au cœur un seul désir, celui de

paraître sur la scène de la vie, de taper à coups redoublés sur la

grosse caisse de vos revendications afin que l'on parle et que l'on

cause de vous, que l'on vous interviewe ou que l'on mette votre

photographie dans un illustré, devant une réclame de rasoir ou de

corricide!

Idéal combien ridicule et banal! Cela classe tout de suite le

féminisme!

2º Les suffragettes et la beauté!

Il existe chez les féministes femmes un point faible, très faible; un

point tout petit et qui, cependant, malgré les haussements d'épaules

de ces dames, a une grande importance! C'est la question de la beauté!

Jusqu'ici, les féministes n'ont recueilli que des suffrages

restreints, et cela tient beaucoup au manque d'élégance et

d'esthétique des candidates. Cette raison qui, à première vue, peut

paraître puérile est cependant, après discussion, sérieuse et fondée!

Vous nous direz: Mais toute femme jolie est bête! et pour être

intelligente nul besoin n'est d'avoir une figure fine et gracieuse!

C'est vrai, mais enfin c'est un grand défaut d'être laide, Madame!

«La femme n'a qu'un droit, avons-nous lu quelque part, celui d'être

jolie!» L'auteur exagérait, évidemment, mais il ne mentait pas!

«Qui décrira les nez en pied de marmite, chevauchés par de calamiteux

lorgnons, et les mentons crochus, les bouches édentées, où

n'apparaissent plus, au coin d'un redoutable sourire, que quelques

vieux chicots crénelés; et les visages couperosés ou jaunâtres, les

physionomies en coin de rue et les petits yeux vérons ou pers,

laissant filtrer un regard réfrigérant comme un courant d'air!»[74].

[74] _Journal_, 6 juin. Ludovic Naudeau.

Mme Nelly-Roussel, en rapportant et commentant ce passage

photographié et pris sur le vif, devient triste et amère! Touchée

au vif, elle n'a pour le correspondant du _Journal_ que des paroles

mordantes!

Et parce que M. Ludovic Naudeau a montré, dans toute sa vérité et

toute son horreur un type presque universel de féministe, parce qu'il

souligne d'une plume minutieuse et humouristique le grave et éternel

défaut de ces dames, Mme Nelly-Roussel, avec un esprit mélancolique,

nous répond: «Ah! quel amusant jeu de massacre nous fournirait le

Parlement de n'importe quel pays! mais nous sommes meilleures que

vous, nous nous reconnaissons le droit à la laideur... bien que de

celui-là, comme des autres, vous abusiez volontiers»[75].

[75] _Quelques lances rompues en faveur de nos libertés_, Nelly

Roussel.

Eh! bien, à vous! mesdames, nous ne vous reconnaissons pas ce droit!

Un homme peut être laid, cela n'influe en rien sur son caractère ou

son énergie, mais vous! femmes, si vous voulez réussir, triompher!

vous devez être belles, car le jour où vous niez cette qualité, vous

supprimez la moitié de vous-mêmes!

Oui, n'oubliez pas, Mesdames, «dont les héroïques campagnes en faveur

du féminisme et de l'amour libre sont inscrites dans la lassitude

de vos bajoues et le découragement de vos seins»[76], que la femme

qui veut avoir un nom, être connue, faire parler d'elle, quand sa

cause est mauvaise ou que la vive intelligence lui fait défaut, doit

racheter tout cela par sa beauté. Pour vous, c'est une arme devant

laquelle peu d'hommes résistent, une force qui plie tout à sa volonté!

[76] Jean Lorrain.

La laideur, Mesdames les féministes, voilà votre ennemi mortel! Nous

contemplions vos traits dans le numéro de _Fémina_ du 15 avril 1910.

Quelle impression doit produire sur les électeurs la silhouette

hommasse ou le facies exsangue de certaines candidates! Quel piètre

succès malgré toute votre éloquence (_?_) et que de sourires

ironiques doivent souligner vos périodes échevelées!

Peut être allons-nous faire mourir de jalousie certaines

concurrentes! A quoi attribuer le succès de Mme Marguerite Durand?

à ses idées féministes? Non! loin de là, mais simplement à son

élégance, à sa joliesse, à sa beauté distinguée!

Vous voyez, Mesdames, nous avions raison de vous dire: Soyez jolies!

Soyez jolies!

Admirons profondément, sincèrement, ce journaliste, féministe

convaincu, John-Antoine Nau qui, dans le _Petit Niçois_ du 18 janvier

1909, parlant de la laideur des suffragettes anglaises écrit: «La

prochaine fois que je rencontre une féministe anglaise ou non,

élégante ou malpropre, même bottée comme un égoutier, même laide

comme un pou, même un peu émêchée, sentant le schnik, le tord-boyaux,

voire le tabac à chiquer, je l'embrasse fût-ce en pleine rue!»

Je ne croyais pas qu'il existât de par le monde des hommes capables

d'un tel courage!

Quant à nous, le jour où nous rencontrerons une féministe de tous

points semblable à l'idéal de M. Nau, qui voudra se venger de nos

attaques, nous lui dirons simplement: Embrassez-moi. Et vous pouvez

croire, Mesdames, que nous serons cruellement puni!

La Femme doit-elle voter? (Le pour et le contre) Thèse pour le doctorat ès sciences politiques et économiques · 第 31 / 52 题