Après avoir enveloppé notre trésor, nous reprîmes à travers les collines
la route de la maison. Chemin faisant, Tom me conta qu’au temps où il
étudiait le droit à Middle-Temple, il avait trouvé dans la bibliothèque
une brochure poudreuse d’un certain Jans Van Hounym, qui racontait une
aventure fort semblable à la nôtre, et qui était arrivée à ce brave
Hollandais vers la fin du XVIIe siècle, aventure qui avait abouti à la
découverte d’un diamant lumineux.
Ce récit s’était représenté à l’esprit de Tom pendant qu’il écoutait
l’histoire de fantôme de l’honnête Dick Wharton.
Quant aux moyens inventés pour vérifier la supposition, ils étaient
sortis de son fertile cerveau d’Irlandais.
Nous le porterons au Cap, dit Tom, et si nous ne pouvons nous en défaire
avantageusement dans cette ville, nous gagnerons bien notre voyage en
nous embarquant pour Londres. Tout de même allons d’abord chez Madison;
il se connaît un peu en ces choses, et peut-être nous donnera quelque
idée de ce que nous pouvons regarder comme un prix équitable pour notre
trésor.
En conséquence, nous quittâmes notre route, au lieu de retourner à notre
butte, pour prendre le sentier étroit qui conduisait à la ferme de
Madison.
Nous le trouvâmes en train de déjeuner.
Une minute après, nous étions assis à sa table, grâce à l’hospitalité
sud-africaine.
--Eh bien, dit-il, quand les domestiques furent partis, qu’y a-t-il
sous roche? Vous avez quelque chose à me dire, je le vois. Qu’est-ce que
c’est?
Tom tira son paquet, dénoua d’un air solennel les mouchoirs qui
l’enveloppaient.
--Voilà, dit-il, en posant le cristal sur la table, quel prix vous
paraîtrait-il honnête d’offrir pour ceci?
Madison prit l’objet et l’examina d’un air de connaisseur.
--Eh bien, dit-il, en le remettant sur la table, à l’état brut, cela
vaudrait douze shillings la tonne.
--Douze shillings, s’écria Tom, en se dressant d’un bond. Ne voyez-vous
pas ce que c’est?
--Du sel gemme.
--Au diable le sel gemme! C’est du diamant.
--Goûtez-y, dit Madison.
Tom le porta à ses lèvres, le jeta à terre en poussant un juron
terrible, et sortit aussitôt de la chambre.
Je me sentais moi-même attristé, déçu, mais me rappelant ce que Tom
avait dit au sujet du révolver, je sortis aussi et retournai à la hutte,
plantant là Madison, muet, abasourdi.
Quand j’entrai, je trouvai Tom couché dans sa caisse, la figure tournée
vers le mur, et l’air trop découragé pour accepter mes paroles de
consolation.
Maudissant Dick et Madison, le démon de Sasassa et tout le reste,
j’allai faire un tour hors de la hutte et me réconfortai de notre
pénible mésaventure en fumant une pipe.
J’étais arrivé à cinquante pas de la hutte quand j’en entendis partir le
bruit auquel je m’attendais le moins de ce côté-là.
Si ce son avait été un gémissement ou un juron, je l’aurais trouvé tout
naturel, mais celui qui me fit m’arrêter et retirer ma pipe de ma bouche
était un bruyant éclat de rire.
L’instant d’après, Tom en personne sortait de la hutte, la figure toute
rayonnante de joie.