Le cousin Bastien était venu pour huit jours; il se plut si bien chez
nous que le carnaval l’y trouva encore. Il ne parlait plus de partir. Au
commencement de mars, il prit mes parents en particulier, et, après
force façons cérémonieuses, il leur demanda comme une grâce la
permission de demeurer avec nous, moyennant le paiement d’une petite
pension. Pour lui enlever tout scrupule et le mettre à l’aise, mon père
consentit à cet arrangement, et on l’installa au premier étage dans une
chambre qui donnait sur le jardin. C’était une pièce très modestement
meublée de quelques chaises, d’un lit de noyer, d’un bureau massif en
chêne noirci, et tapissée d’un papier bleu commun. D’autres l’auraient
trouvée trop nue; elle plaisait précisément au cousin par son extrême
simplicité. Même il avait obtenu de ma mère que Scolastique enlevât les
rideaux de la croisée.
--J’aime, disait-il, à voir en m’éveillant le ciel à travers les vitres;
du reste, il y a là un grand acacia dont les branches frôlent ma
fenêtre, et dont le feuillage en été sera un rideau suffisant.
Bien qu’il payât très exactement cette pension mensuelle dont j’ai
parlé, il se croyait encore notre obligé, et s’ingéniait à reconnaître
notre hospitalité en nous rendant quantité de petits services. Il
écussonnait des rosiers, dévidait les écheveaux de ma mère, servait de
secrétaire à mon père et me faisait répéter mes leçons. Très timide,
d’une discrétion excessive, il marchait comme sur des œufs, écartait les
pans de sa redingote lorsqu’il passait près d’un meuble, et ne disait
jamais un mot plus haut que l’autre. Ses journées étaient réglées comme
par une horloge: dès le matin, après avoir avalé une tasse de lait
chaud, il allait entendre la première messe à l’église Saint-Nicolas, et
au retour il s’enfermait dans sa chambre jusqu’au repas de midi; après
dîner, il fumait lentement une pipe de terre, et pour cela il se cachait
comme s’il eût commis un péché.
Cette fumerie de midi était son seul plaisir, et encore nous remarquâmes
qu’à partir du mercredi des Cendres jusqu’à Pâques, il se priva de cette
innocente volupté par esprit de pénitence.
Nous l’aimions tous, même Scolastique, qui cependant n’avait pas
l’engouement facile, et il nous rendait amplement notre affection.
--Je suis si heureux, répétait-il un jour à ma mère, si heureux, d’avoir
retrouvé une famille!...
En même temps il passait amicalement sa main sur ma tête.
--Ah! les enfants, soupira-t-il, j’en étais fou autrefois!... je les
aime encore, malgré tout...
Puis il s’éloigna brusquement comme pour prévenir une question.
--Le pauvre homme ne se consolera jamais, murmura ma mère, quand la
porte se fut refermée sur le cousin. Quel malheur! perdre un fils tout
élevé!...
--Oui, reprit mon père, un garçon de dix-sept ans, et le perdre de cette
façon!...
De quelle façon le cousin avait-il donc perdu son fils? Je me le
demandais souvent en regardant à la dérobée la figure maigre et les yeux
rougis de M. Bastien, et j’aurais bien voulu questionner là-dessus mon
père et ma mère, mais ils éludaient l’un et l’autre mes questions et se
renfermaient dans une mystérieuse réserve. Scolastique elle-même, bien
qu’elle eût l’habitude d’écouter aux portes, n’en savait pas plus long
que moi. Le cousin du reste n’aimait pas à parler de l’époque de sa vie
où cet évènement avait eu lieu. Dès qu’à certains tours de la
conversation il pressentait qu’il pourrait être amené à toucher ce sujet
pénible, il rompait les chiens et ne soufflait plus mot. Alors, pendant
des heures, il restait distrait et taciturne. On avait peine à lui
arracher une parole, et ce morne silence causait une impression
douloureuse; on devinait que les tristes souvenirs d’autrefois le
hantaient comme des fantômes, et que s’il redoutait de les voir évoqués
par d’autres, ce n’était point pour y échapper, mais par une sorte de
religieux respect, par crainte de les voir profanés dans une
conversation banale.
Ce qui me confirmait dans cette opinion, c’est qu’à certains jours de
l’année, surtout aux veilles des fêtes, l’humeur de M. Bastien se
modifiait visiblement, son caractère si égal d’ordinaire devenait
bizarre et irritable. Il demeurait des après-midi entières confiné dans
sa chambre, qu’il fermait à double tour. Ces jours-là, quand on passait
sur le palier du premier étage, on était tout étonné d’entendre dans la
chambre bleue des fragments de conversation et des éclats de voix, comme
si M. Bastien se fût entretenu avec quelqu’un; parfois même à ces propos
murmurés d’une voix enfantine et caressante succédaient de longs soupirs
et des sanglots étouffés.
--Allons, grognait la grosse Scolastique en descendant les marches sur
la pointe des pieds, voilà M. Bastien qui est dans ses lunes!... Oh
bien! je n’ai pas besoin de me casser la tête pour chercher ce que je
lui donnerai ce soir à souper... Dans ces moments-là, on lui servirait
des coquecigrues, qu’il ne s’en apercevrait tant seulement pas!
C’était sans doute à ce culte persistant pour l’enfant qu’il avait
perdu, que je devais l’affection toute spéciale que me prodiguait le
cousin. Mes espiègleries d’écolier curieux et indiscipliné, mes
continuelles gambades à travers la maison et le jardin, lui rappelaient
évidemment les choses d’autrefois. Ce n’était pas moi qu’il voyait,
c’était l’enfant toujours pleuré en secret que mes sauteries, mes jeux,
mes bavardages, lui remettaient devant les yeux. Il me savait gré de le
ramener, sans m’en douter, aux jours heureux de sa vie, à l’époque
lointaine dont il n’aimait pas à parler, et à laquelle il pensait
toujours. Il me passait toutes mes fantaisies, et je l’avais
insensiblement amené à faire avec moi d’interminables parties de billes,
où je trichais d’une façon éhontée, sans qu’il eût l’air de s’en
apercevoir.
Quand la belle saison revint, et que les merles recommencèrent à siffler
au fond de nos charmilles, le cousin me prit pour compagnon de ses
longues promenades dans la campagne. Après midi, aussitôt ma version ou
mon thème bâclé, M. Bastien mettait en poche un gros couteau à manche de
corne et un solide chanteau de pain de ménage, puis nous partions.
Quelles bonnes courses nous faisions alors à travers bois! Notre forêt
d’Argonne commence à une demi-lieue de Varennes. Elle est accidentée à
souhait et pleine de surprises. Partout des sentiers taillés en escalier
dans le roc; des gorges étroites aux talus sablonneux, où croissent des
houx et des genêts, et au fond desquelles bourdonnent de rapides
ruisseaux, que les pluies d’hiver changent en torrents; puis, sur les
hauteurs, parfois les chênes et les charmes plus clairsemés s’écartent
pour laisser voir entre leurs massifs une longue perspective de côtes
grises, à l’extrémité desquelles le bourg de Montfaucon apparaît, perché
à la cime de sa montagne pelée.
Pendant ces tièdes après-midi de printemps, tout semblait se mettre de
la partie pour nous faire fête. Les primevères et les anémones sylvies
revêtaient d’un tapis blanc et jaune les flancs des ravins; les pommiers
sauvages éparpillaient sur nos têtes les fleurons roses de leurs
branches épanouies; une balsamique odeur de pins emplissait l’air, et
tous les petits oiseaux des grands couverts; mésanges, sitelles et
pouliots, nous réjouissaient avec les notes répétées de leur musique
ténue et rapide. Bien qu’il marchât le dos voûté et le nez penché vers
le sol, le cousin ne perdait rien des détails intimes de la vie
forestière, et il me faisait tout remarquer.
--Tiens, me disait-il, regarde cet arbuste tout couvert de grappes
couleur de carmin, c’est le daphné _garou_, une des raretés de la flore
de l’Argonne... Et à l’extrémité de cette branche, cette excroissance
qui semble faite avec des feuilles de papier gris, c’est un nid de
guêpes... Admire comme ces insectes-là travaillent!... Et ce n’est rien
encore auprès des grandes fourmilières, comme celle que tu vois là-bas
avec son cône formé par des milliers d’aiguilles de pin. Le monde des
bois est plein de merveilles, mon camarade!
Parfois nous nous asseyions, jambes pendantes, au-dessus d’un ruisseau.
M. Bastien prenait son couteau, taillait une branche de saule, en
battait l’écorce juteuse avec précaution pour la faire glisser sur le
bois, et fabriquait adroitement une sorte de rustique pipeau, qu’il
posait sur ses lèvres. Il en tirait des sons égaux, très doux et
mélancoliques; c’était avec un plaisir toujours nouveau que j’écoutais
cette plaintive mélodie monter lentement vers les hautes branches de la
forêt silencieuse. Je regardais la singulière figure que faisait le
cousin, enflant et rentrant alternativement ses joues pâles
soigneusement rasées; j’éprouvais une joie tranquille en suivant les
modulations peu variées de cette musique primitive.
Une des nombreuses manies de M. Bastien consistait, lorsque nous étions
dans un sentier, à le suivre infatigablement «pour voir le bout»,
disait-il. Cela nous entraînait parfois fort loin.
Un soir de juin, nous étions allés ainsi presque en vue du village de La
Chalade, quand, au carrefour de la _Grande-Chevauchée_, nous aperçûmes,
au pied d’un hêtre, deux petits paysans très affairés à regarder nous ne
savions quoi. En nous approchant, nous vîmes trois écureuils encore tout
jeunets, que l’un des gamins avait été dénicher dans un creux formé à
l’une des fourches du hêtre. Ils avaient à peine huit jours; deux
étaient complètement roux, le troisième légèrement moucheté de noir.
--Oh! cousin Bastien, m’écriai-je émerveillé, des écureuils, venez voir!
[Illustration: L’ÉCUREUIL.]
Le cousin tressaillit tout d’abord, puis interpellant les deux gamins
d’une voix sévère:
--Drôles, dit-il, pourquoi avez-vous déniché ces malheureuses bêtes?
Les enfants, surpris, se bornaient à nous regarder et à se gratter la
tête sans répondre.
--Vous serez bien avancés, continua le cousin, quand ils seront morts de
faim, car vous ne saurez pas les nourrir.
--_Veulé-v’ les acheti?_ répondit en patois le plus effronté des deux
garnements, en clignant de l’œil d’une façon peu respectueuse pour M.
Bastien.
Cette proposition m’avait tout allumé. Je tâtai le fond de ma poche, où
se trouvaient cinq sous mêlés à mes billes, et tournant vers mon
compagnon des yeux pleins de convoitise:
--Oh! cousin, m’écriai-je, achetons-les, je les apprivoiserai. Tenez,
j’ai des sous!
Mais M. Bastien hochait la tête en signe de dénégation.
--A quoi bon? murmura-t-il, tu ne pourras non plus les nourrir; ils
tettent encore, et, une fois dans ta chambre, ils crèveront de faim et
de froid.
--Nenni, j’en aurai grand soin, vous verrez... je leur ferai boire du
lait moi-même.
A force d’obstination et de prières, je triomphai de l’opposition du
cousin, qui se laissa fléchir. Il songea sans doute qu’entre les mains
des deux drôles le sort des écureuils serait encore pire qu’entre les
miennes, et ce motif d’humanité l’emporta sur ses répugnances. Le marché
fut conclu. M. Bastien donna en rechignant dix sous aux petits paysans,
qui s’éloignèrent enchantés.
Je me décoiffai, et je déposai les trois jeunes écureuils au fond de ma
casquette, après leur avoir dressé préalablement un douillet lit de
mousse.
Nous revînmes à Varennes, M. Bastien cheminant lentement et poussant de
bruyants soupirs; moi lui emboîtant le pas et tenant avec force
précautions ma casquette dans mes deux mains. Je me sentais si heureux
de ma trouvaille, que j’étais presque choqué du mutisme du cousin. Il ne
partageait nullement mon enthousiasme; au contraire, il paraissait
soucieux, et vingt pas plus loin il s’arrêta indécis, en murmurant:
--J’ai eu tort de te laisser prendre ces bêtes... Si j’étais assez leste
pour grimper à l’arbre, j’y retournerais volontiers pour les replacer
dans leur trou.
--Oh! cousin! m’exclamai-je, suffoqué et indigné.
--Je n’aime pas qu’on enferme les animaux, sous prétexte de les
apprivoiser... Oui, je me repens d’avoir pris ces écureuils, il ne nous
en arrivera rien de bon, tu verras... L’écureuil est une bête qui ne
porte pas chance aux gens!...
--Pourquoi?
Il ne répondait pas et s’était remis à marcher, les mains sous les
basques de sa redingote noisette, le dos voûté, le nez penché vers le
sol. Ses mâchoires s’agitaient avec une grimace pareille à celle d’un
lapin qui rumine; il poussa un nouveau soupir et marmotta, comme s’il se
parlait à lui-même:
--J’ai connu quelqu’un qui a cruellement pâti d’avoir gardé chez lui un
écureuil.
Le son de sa voix était devenu plaintif. Je m’étais rapproché, flairant
une histoire, et je marchais maintenant de niveau avec lui dans l’étroit
sentier bordé de fraisiers sauvages. J’aimais les histoires du cousin
Bastien; elles étaient toujours amusantes, il les disait avec un tel
accent de bonhomie naïve qu’on sentait bien qu’elles avaient dû arriver,
et cela en doublait l’intérêt. Seulement, lorsqu’il était en humeur de
conter, il fallait se garder de le presser en lui adressant des
questions indiscrètes, car alors il s’arrêtait net et retombait dans son
mutisme. On n’avait qu’à demeurer coi et à l’écouter rêver tout haut.
--Oui, poursuivit-il, celui dont je parle avait eu longtemps un
écureuil, puis, l’animal étant mort, on l’avait fait empailler, et il
ornait une des consoles de la salle à manger. Le maître de la maison
avait un fils, un beau garçon de dix-sept ans, remuant et espiègle comme
toi, Joseph...
--Comment s’appelait-il, cousin?
--Il s’appelait _La Bise_... C’était un surnom qu’on lui avait donné à
cause de sa pétulance... Aux vacances, lorsqu’il rentrait du collège, la
maison devenait joyeuse et très vivante. Les camarades de _La Bise_
venaient le visiter, et on faisait des parties de chasse. Le père
accompagnait les jeunes gens et chassait avec eux. La chasse était sa
passion, à cet homme, une passion malheureuse, car il était fort mauvais
tireur, manquait les plus belles pièces et revenait bredouille, ce qui
amusait fort cette jeunesse, toujours disposée à rire des vieux. Un jour
qu’on partait pour une chasse au bois, après avoir bien déjeuné, La
Bise, en quittant la salle à manger, avisa l’écureuil sur la console.
Une idée de gamin lui traversa le cerveau; il détacha de son perchoir
l’animal empaillé, le mit dans son carnier, et tandis que les chasseurs
avaient le dos tourné, il grimpa jusqu’à l’une des maîtresses branches
d’un hêtre qui se dressait à la corne du taillis, et y fixa l’écureuil à
l’aide d’un fil de fer... On battit le bois toute l’après-midi, chacun
tua son lièvre, sauf le père, qui fit buisson creux, selon son habitude.
Ils s’en revenaient tous au logis, le soir, les jeunes gens très joyeux,
lui l’oreille basse, quand, à la lisière de la forêt, La Bise tira
doucement le pan de la veste du père:
--Papa, dit-il à mi-voix, un écureuil, là, sur ce _fayard_!
--Oui, je le vois, murmura l’autre, enchanté de pouvoir, avant de
rentrer, décharger son fusil sur un gibier quelconque; laissez-moi, mes
camarades, je vais lui régler son compte!
En même temps, pendant que les jeunes gens faisaient cercle autour de
lui, il épaula, visa lentement et tira ses deux coups sur l’écureuil,
qui reçut la volée de plomb et pirouetta.
--Touché! s’écria-t-il triomphant. Quand la fumée fut dissipée, il vit
que la bête avait glissé autour de la branche et s’y maintenait pendue
la tête en bas.--Ah! tu te raccroches, murmura-t-il, attends,
attends!...--Il mit fièvreusement double charge dans les deux canons du
fusil, et tira l’un des deux coups, qui fit voler le poil de la
bête.--Mais elle ne tombait toujours pas, c’était étrange!--Alors,
s’adressant à un gamin qui avait servi de _rabatteur_, il lui ordonna de
monter à l’arbre et de lui rapporter l’écureuil. Celui-ci s’exécuta, il
y eut un moment de silence, puis d’en haut l’enfant cria d’une voix
goguenarde:
--M’sieu, l’écureuil est attaché!
--Comment, attaché?
--Ma parole, m’sieu, il est empaillé... Tenez, le v’là!
Et la bête tomba aux pieds du père, qui reconnut l’écureuil de la salle
à manger.
A ce moment la chose me parut si drôle, que je ne pus retenir un éclat
de rire. M. Bastien me lança un regard attristé.
--Tu trouves cela plaisant, n’est-ce pas? reprit-il; les autres aussi
riaient, ils se tenaient les côtes... Mais celui qu’on mystifiait ne
riait pas, lui. Il avait mauvais caractère et s’emportait facilement.
Furieux d’être ainsi joué en public, il fut pris d’un de ses accès de
méchante colère, et voyant son fils qui riait plus haut que les autres:
Ah! garnement, lui cria-t-il, je t’apprendrai à te moquer de moi!--Ne se
possédant plus, il courut vers La Bise, mais celui-ci, plus leste,
l’esquivait tout en le narguant de ses mines espiègles, et tournait
autour des buissons. L’autre, aveuglé par l’irritation, brandissait
nerveusement son fusil, dont l’un des canons était encore chargé. Il se
jeta à travers deux cépées de noisetiers pour essayer de joindre le
mauvais plaisant, soudainement le fusil s’accrocha, le coup partit, et
La Bise poussa un cri déchirant.
--Ah! mon Dieu, m’écriai-je à mon tour, est-ce qu’il était blessé?
--Il avait reçu la charge en plein poumon, et si violemment, qu’il en
mourut le lendemain, reprit M. Bastien d’un air sombre.
Il s’était redressé; sa figure avait de nouveau cette expression
tragique que j’avais remarquée le soir de son arrivée chez nous. Entre
les arbres, le soleil se couchait et, sur le ciel rougi, le maigre
profil du bonhomme se découpait nettement. Il leva un moment ses deux
longs bras, puis les laissa retomber contre son corps. Le silence était
devenu profond. L’attitude navrée du cousin, les couleurs sanglantes du
ciel, le funèbre dénouement de cette histoire à la fois terrible et
burlesque, tout cela joint à l’impression anxieuse produite sur les
enfants par la venue du crépuscule dans les bois, m’avait fait passer un
frisson dans le dos. Je serrais avec inquiétude contre ma poitrine la
casquette où dormaient les trois jeunes écureuils, et, devinant que M.
Bastien était sous le coup de quelque mystérieuse émotion, je n’osais
plus articuler une parole.
Et ainsi, à travers la nuit tombante, nous regagnâmes silencieusement la
maison.