nous est le plus familier, l'Exode des Hébreux; pour les Egyptiens
eux-mêmes, le fait n'était ni glorieux ni important, aussi ne faut-il
pas s'étonner qu'ils n'en font pas la moindre mention; dans les livres
de Moïse, le roi sous lequel eut lieu l'Exode n'est pas nommé, aussi la
date ne peut-elle être fixée de façon certaine. L'opinion
traditionnelle, presque universellement acceptée aujourd'hui, est que la
persécution des Juifs eut lieu à partir de Ramsès II et la sortie
d'Egypte sous Menephtah; cependant dans la stèle racontant son triomphe
en Syrie, en l'an 5, ce dernier roi parle d'Israël--le mot est écrit en
toutes lettres--comme étant fixé dans ce pays, et fortement atteint par
la victoire égyptienne. Il est bien difficile de concilier ce fait
précis avec la tradition. Une solution qui est à mon avis plus plausible
est celle de M. Lieblein qui reporte l'Exode vers la fin de la XVIIIme
dynastie: Thoutmès III serait le pharaon de l'oppression et les Juifs
auraient quitté l'Egypte sous Amenophis III; deux cents ans plus tard,
sous Menephtah, ils devaient donc être installés en Palestine. Ce
système a l'avantage d'expliquer la présence sur les frontières de la
Palestine, sous Amenophis IV, de tribus belliqueuses et envahissantes
que les lettres des gouverneurs appellent les Khabirou. Ces Khabirou
seraient simplement les Hébreux qui, sous la conduite de Josué,
commençaient la conquête de la terre promise.
B. MONUMENTS
La masse énorme de monuments du Nouvel Empire qui nous sont parvenus
appartiennent presque tous à la période thébaine, tandis que celle des
rois du Delta est à peine représentée jusqu'à la XXVIme dynastie,
l'époque saïte, qui présente un caractère un peu différent. Ce sera donc
surtout d'après les documents thébains, de la XVIIIme à la XXme
dynastie, que nous étudierons maintenant la différence qui existe entre
le Nouvel Empire et les deux grandes périodes qui le précédèrent.
_Architecture_
En Orient, chaque roi nouveau se construit généralement une résidence
qui n'est pas destinée à durer beaucoup plus longtemps que lui. En
Egypte, les palais étaient des constructions légères en briques et bois,
couvrant un vaste espace, avec cours centrales, grandes pièces à
colonnes et chambres plus petites, bien aérées, dont la disposition
devait varier constamment; l'ornementation, qui se faisait sur stuc,
était souvent très riche; ainsi, dans les grandes salles d'apparat, le
sol, était couvert d'un enduit entièrement peint, représentant un étang
plein de poissons, entouré de touffes de plantes et de buissons couverts
de fleurs sur lesquels volent des multitudes d'oiseaux, thème décoratif
traité avec la fantaisie la plus charmante.
[Illustration: _Fig. 218._ Fragment d'un dallage peint (d'après PETRIE.
_Tell-el-Amarna_, pl. II).]
De même que leurs princes, les gens aisés cherchaient à avoir des
maisons fraîches et bien aérées, sortes de villas à un ou deux étages
placées au milieu de beaux jardins pleins d'arbres fruitiers et qui,
avec leurs pièces d'eau et la régularité de leur disposition, font
parfois penser aux jardins à la française. Les communs, greniers et
pressoir, sont à côté de la maison.
[Illustration: _Fig. 219._ Maison et jardin (d'après BOUSSAC. _Le
Tombeau d'Anna_).]
L'Egypte n'ayant pas d'invasion à craindre sous les rois thébains ne fit
aucune construction militaire; ce n'est que sous les Saïtes que nous
trouvons à la frontière des forteresses comme celle de Daphnae, destinée
à la garnison grecque, énorme massif de maçonnerie qui rappelle beaucoup
les forts du Moyen Empire. Les monuments nous font par contre connaître
les fortifications syriennes avec leurs terrasses et leurs créneaux, et
Ramsès III eut même la fantaisie de construire en avant de son temple
de Medinet-Habou, en souvenir de ses campagnes, un vrai fort syrien qui
est aujourd'hui admirablement conservé.
_Temples_
Les temples égyptiens du Nouvel Empire sont très nombreux et le plus
souvent de dimensions colossales; les dispositions de détails varient de
l'un à l'autre, mais le plan d'ensemble est toujours le même, et
comporte trois parties principales placées l'une derrière l'autre et
donnant au monument la forme d'un rectangle à peu près deux fois plus
long que large. En avant est une cour souvent entourée d'une colonnade
et précédée d'un double pylone très élevé, flanquant les deux côtés de
la porte centrale; puis vient la salle, ou les salles hypostyles où se
faisaient les cérémonies publiques du culte, et enfin le sanctuaire,
isolé par un couloir sur lequel s'ouvrent encore une série de pièces
secondaires destinées à servir de magasins ou de trésors. Dans ce
sanctuaire on conservait l'image sainte du dieu, enfermée dans un riche
naos ou placée sur une barque qu'on apportait devant la foule pendant
les grandes cérémonies. Devant le pylone se dressaient deux obélisques,
de hauts mâts portant des banderoles, et souvent des statues colossales
de rois; parfois une avenue bordée de sphinx y aboutissait; des statues
en plus ou moins grand nombre étaient déposées dans toutes les parties
du temple.
[Illustration: _Fig. 220._ Pavillon de Ramsès III, à Medinet Habou.]
[Illustration: _Fig. 221._ Plan du temple de Khonsou, à Karnak (d'apr.
LEPSIUS. _Denkmäler_, Text III, p. _54_).]
Une riche décoration traitée en bas-relief ou en creux, et le plus
souvent rehaussée de couleur, couvre toutes les parois, tant à
l'extérieur qu'à l'intérieur; à l'intérieur, c'est-à-dire dans les
salles hypostyles aussi bien que dans les pièces accessibles aux prêtres
seuls, ce sont des scènes d'adoration, d'offrandes ou de cérémonies
cultuelles, tandis que dans les cours, sur les pylones et sur les murs
extérieurs, les rois faisaient de préférence représenter leurs hauts
faits guerriers et l'écrasement de leurs ennemis, avec des inscriptions
historiques, visibles ainsi pour tout le monde.
[Illustration: _Fig. 222._ Pylone du temple de Louxor.]
[Illustration: _Fig. 223._ Temple de Khonsou, à Karnak.]
[Illustration: _Fig. 224._ Cour du temple de Louxor (Aménophis III).]
[Illustration: _Fig. 225._ Cour du temple de Medinet-Habou (Ramsès
III).]
[Illustration: _Fig. 226._ Salle hypostyle de Karnak (Séti I).]
[Illustration: _Fig. 227._ Salle hypostyle du Ramessoum (Ramsès II).]
[Illustration: _Fig. 228._ Bas-reliefs du temple de Karnak (Séti I).]
[Illustration: _Fig. 229._ Bas-reliefs du temple de Séti I à Abydos.]
Au point de vue construction, la maçonnerie est très soignée, formée de
grands blocs de calcaire ou de grès, parfois même de granit, posés sur
le sol presque sans fondations; les colonnes sont également en matériaux
appareillés et non plus monolithes, ce qui permet de leur donner de
beaucoup plus grandes dimensions.
Les temples des dieux présentent souvent un tout extrêmement complexe,
provenant des adjonctions que les rois ont successivement apportées au
plan primitif; la chose est surtout évidente pour le grand temple d'Amon
à Karnak, dont l'ensemble mesure 400 mètres de longueur, et où presque
tous les rois du Nouvel Empire ont tenu à laisser une trace de leur
activité. Par contre les temples funéraires, bâtis par un seul souverain
et pour lui seul, qui sont construits suivant le même principe et sur le
même plan que ceux des dieux, sont beaucoup plus simples. Ces temples
funéraires situés dans la vallée, très loin des tombeaux eux-mêmes, qui
sont creusés dans la montagne, remplacent les anciennes chapelles
funéraires dépendant des pyramides, dont les dimensions étaient plus
restreintes et le plan très différent; il y a donc dans ce domaine un
changement très important à signaler, qui provient d'une évolution dans
les idées relatives à la vie future. Le seul temple funéraire qui
s'écarte du modèle ordinaire est le plus ancien, celui de Hatshepsou à
Deir-el-Bahari, avec ses terrasses, ses colonnades et son sanctuaire
creusé dans la montagne, sa décoration est du reste, comme celle des
autres temples, composée de scènes religieuses et de représentations des
événements saillants du règne.
[Illustration: _Fig. 230._ Barque sacrée d'Amon, à Abydos.]
Le culte ne se pratiquait pas de la même manière dans tous les temples,
mais il consistait toujours en un certain nombre de cérémonies
analogues; la principale, celle du culte journalier, était présidée en
principe par le roi lui-même, grand prêtre de tous les dieux d'Egypte,
en réalité par un prêtre auquel il déléguait ses pouvoirs. L'officiant
commençait par se purifier dans la cour du temple, revêtait les
ornements sacrés, s'avançait en grande pompe vers le sanctuaire où il
ouvrait la châsse divine; il se prosternait devant le dieu, l'adorait,
pratiquait les rites qui devaient faire descendre l'âme de la divinité
dans la statue, l'encensait, l'oignait, lui présentait des victuailles
diverses, en entremêlant tous ces gestes rituels d'hymnes et de formules
magiques; puis il prenait congé du dieu et refermait le naos. Dans les
grandes solennités, le dieu, monté sur sa barque et porté sur les
épaules des prêtres, sortait et se présentait au peuple massé dans les
salles hypostyles et les cours, faisait le tour du temple ou allait
voguer sur le lac sacré; parfois même, toujours accompagné d'un cortège
solennel, il s'en allait passer quelques jours dans un autre de ses
sanctuaires, ou faire une courte visite de cérémonie à l'un des dieux
ses voisins, ses parents ou ses amis.
_Tombeaux_
Le changement qui s'était accompli dans les coutumes funéraires est plus
sensible encore dans les tombeaux mêmes des rois; c'est sans doute
ensuite du pillage systématique des tombes, commis sous les Hyksos,
qu'on éprouva le besoin de changer le mode de sépulture et de rendre la
dernière retraite des rois aussi inaccessible et aussi secrète que
possible. On choisit dans ce but une vallée isolée et sauvage dans la
montagne de Thèbes et on y creusa ces tombeaux qui sont une des choses
les plus impressionnantes que l'Egypte nous ait léguées, vastes syringes
descendant tout droit dans le flanc de la montagne, recoupées de salles
de diverses grandeurs avant d'arriver à la chambre funéraire, au milieu
de laquelle se dresse un énorme sarcophage de granit. Les parois sont
couvertes d'inscriptions et de scènes en relief peint, d'une fraîcheur
et d'un travail admirables, toutes relatives aux cérémonies funéraires
et à la vie de l'autre monde, et représentant les êtres fantastiques que
le mort devait rencontrer dans les enfers. Une fois l'ensevelissement
terminé, on fermait l'entrée du tombeau et on la dissimulait aussi
soigneusement que possible avec des éboulis de roches, ce qui n'empêcha
pas les violateurs de sépultures d'y pénétrer et de faire main basse sur
les richesses amoncelées autour des rois défunts; à un moment donné,
sous la XXIme dynastie, on recueillit pieusement ce qui restait des
momies royales et de leur mobilier pour les enfermer pêle-mêle dans une
nouvelle cachette qui les a gardées jusqu'à nos jours, et n'a livré son
précieux dépôt qu'à des savants capables d'en faire le meilleur usage
scientifique: c'est ainsi que nous possédons maintenant les corps,
admirablement embaumés, de presque tous les grands rois de la deuxième
époque thébaine.
[Illustration: _Fig. 231._ Plan du tombeau de Ramsès IV (d'après
LEFÉBURE. _Hypogées royaux de Thèbes_, II, 3, pl. I).]
[Illustration: _Fig. 232._ Tombeau d'un particulier (photogr. de M. H.
Pieron).]
Les tombeaux des simples particuliers sont presque tous des hypogées
creusés dans le flanc de la montagne, et le type mastaba est pour ainsi
dire complètement abandonné; les dimensions sont très variables, suivant
la position sociale et la richesse du propriétaire. Quant à la
décoration, elle est parfois sculptée, mais plus souvent peinte sur
enduit, vu la mauvaise qualité de la pierre dans la montagne de Thèbes
où la plupart de ces tombes sont creusées; cette décoration comporte,
non pas seulement comme autrefois des scènes de la vie usuelle, qui sont
placées dans la première chambre et traitées avec une liberté et une
fantaisie plus grande encore que dans les mastabas de l'Ancien Empire,
mais aussi, dans la salle du fond, des figurations relatives aux
funérailles et aux cérémonies accomplies à cette occasion. C'est là une
innovation très caractéristique, correspondant à celle que nous avons
déjà signalée pour les tombes royales. A l'ancienne théorie du Ka, du
double vivant au fond du tombeau, tend de plus en plus à se substituer
celle de l'âme divine qui peut, après la mort, entrer dans le séjour des
dieux; autrefois les rois seuls avaient ce privilège, maintenant les
simples mortels veulent le partager avec eux. C'est comme un mouvement
de démocratisation qui se fait jour peu à peu dans les domaines les plus
abstraits et jusqu'alors les plus réservés de la spéculation
philosophique au sujet de la vie d'outre-tombe.
[Illustration: _Fig. 233._ Momie du roi Siphtah (d'après ELLIOT-SMITH.
_Royal Mummies_, pl. LXI).]
Au fond de l'hypogée s'ouvre un puits vertical qui descend au caveau
funéraire, grossièrement taillé dans le rocher, où reposait la momie
embaumée de façon plus soignée qu'aux périodes antérieures, bien
enveloppée dans ses bandelettes et ses linceuls et couchée dans le
cercueil anthropoïde plus ou moins richement décoré de scènes funéraires
ou religieuses. Parfois ce cercueil est placé dans un autre cercueil de
même forme, parfois même un grand sarcophage rectangulaire, également en
bois peint, les renferme tous deux. La mode du masque en cartonnage a
disparu, mais souvent cet accessoire est remplacé par une planchette
ayant la forme du couvercle du cercueil et posée directement sur la
momie. Sur le sarcophage même, il n'y a plus que peu de textes; par
contre les grandes compositions ayant pour but d'assurer aux défunts la
vie d'outre-tombe, comme celles que nous appelons _Livre des Morts_ et
_Livre de l'Am-Douat_, sont écrites sur des rouleaux de papyrus placés,
soit sur la momie elle-même, soit auprès d'elle, dans une statuette de
bois.
[Illustration: _Fig. 234._ Sarcophage, cercueils, caisse à canopes
(d'après MARIETTE. _Album du Musée de Boulaq_, pl. XV).]
Dans le caveau, on trouve encore le coffret contenant les quatre vases
canopes où sont les viscères embaumés du mort, puis une caisse où sont
empilées en plus ou moins grand nombre les statuettes funéraires ou
_oushabtis_, statuettes mummiformes en pierre, en bois ou en terre
émaillée destinées à remplacer les statues de serviteurs de l'époque
précédente et les statues du mort lui-même. A côté de ces objets vient
s'entasser tout le mobilier funéraire: lits, chaises, fauteuils,
coffrets, vases pleins de parfums, vêtements, linges de toute sorte,
perruques et ustensiles de toilette, aliments divers, viandes, légumes
et fruits: il y a peu d'années, on a retrouvé une série complète de ces
objets dans une tombe de peu d'apparence, celle de l'ingénieur Kha et de
sa femme Merit, le tout dans un état de conservation si remarquable
qu'en se promenant dans la salle du musée de Turin où ces objets sont
installés, on est comme transporté à plus de 3000 ans en arrière et l'on
sent vivre encore autour de soi l'esprit de ces deux morts. Il en est de
même pour le mobilier, bien plus luxueux, des beaux-parents d'Amenophis
III, Youaa et Touâa, et surtout pour celui que contenait encore le
tombeau du roi Toutankhamon, et qui dépasse comme richesse et comme
splendeur tout ce qu'il était possible d'imaginer.
C'est à Thèbes même, sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent les
plus nombreux tombeaux du Nouvel Empire. Ceux qu'on rencontre ailleurs
que dans la capitale ne présentent pas de divergences bien
caractéristiques; il faut citer en particulier les tombes de Tell el
Amarna, restes de l'époque des rois hérétiques, creusées aussi dans le
rocher et décorées de bas-reliefs d'un style si particulier.
A l'époque saïte on trouve non seulement le tombeau rupestre avec de
nombreuses salles, mais un nouveau modèle, celui de la chambre funéraire
unique, voûtée et décorée exclusivement de textes religieux; cette
chambre est construite au fond d'un immense puits de plus de 30 mètres
de profondeur, soigneusement comblé après les travaux, avec puits plus
petit situé à côté et permettant l'accès du tombeau au moment des
funérailles. Nous ne connaissons aucun tombeau royal de cette époque.
Pendant cette période où l'on cherchait dans tous les domaines à revenir
aux anciennes coutumes, les grands sarcophages de pierre redeviennent à
la mode, mais ils sont généralement de forme anthropoïde et couverts
d'inscriptions. Les momies sont, à peu de chose près, semblables à
celles de l'époque thébaine, mais on recommence à les coiffer d'un
masque en cartonnage à figure humaine; ce n'est que plus tard, sous la
domination des Grecs et des Romains, qu'on en vint à orner le maillot
des momies d'un buste en plâtre colorié ou d'un panneau de bois peint à
la cire représentant le portrait du mort et fixé au moyen des derniers
tours de bandelettes.
_Sculpture_
Il n'est pas besoin d'une longue expérience pour distinguer les oeuvres
de la statuaire du Nouvel Empire de celles des époques antérieures, bien
que la pose du modèle et les lignes générales soient toujours à peu
près semblables. En plus des différences de costume qui sont très
appréciables, le style lui-même n'est plus exactement le même: alors que
les sculpteurs de l'Ancien et même du Moyen Empire s'appliquaient avant
tout à reproduire avec certitude la physionomie, l'expression même de
leur modèle, dans la mesure de leurs moyens, et souvent aux dépens du
reste du corps, ceux du Nouvel Empire ont une tendance moins réaliste et
cherchent surtout la grâce et l'élégance; les figures s'uniformisent et
n'ont plus un caractère aussi personnel, mais le corps entier est traité
avec le même soin que la tête, avec un souci beaucoup plus marqué du
modelé. Cette tendance est une tendance générale, qui n'exclut pas un
certain nombre d'oeuvres isolées, manifestations artistiques très
personnelles et de premier ordre. Le réalisme qui se fait jour à
l'époque des rois hérétiques est un peu un réalisme de convention,
puisque c'est la figure du roi qui reste le type dont les figures de ses
sujets doivent se rapprocher autant que possible.
[Illustration: _Fig. 235._ Statue de Ramsès II (Musée de Turin).]
[Illustration: _Fig. 236._ Ramsès II présentant une offrande (d'après
LEGRAIN. _Statues et statuettes_, II, pl. IV).]
Nous possédons des statues royales extrêmement nombreuses, surtout
depuis que la cachette du temple de Karnak nous en a livré plusieurs
centaines. Presque toutes étaient à l'origine déposées dans les temples
et contribuaient à l'ornementation de ceux-ci; elles représentaient
alors le double du roi qui pouvait, en assistant régulièrement aux
cérémonies du culte, prendre sa part des offrandes présentées au dieu:
en échange du don de sa statue que le roi faisait au dieu, celui-ci
avait la charge de le nourrir dans l'autre monde. D'autres statues
étaient sans doute déposées dans les tombeaux pour jouer le rôle de
support du _Ka_, rôle que nous avons étudié plus haut. Il y avait des
statues de toutes les tailles, depuis la statuette de bronze de quelques
centimètres de haut, jusqu'aux colosses placés à la porte des temples,
devant les pylones, qui peuvent atteindre 20 mètres de hauteur; mais les
plus fréquentes sont celles qui sont à peu près de grandeur naturelle.
La matière aussi est très diverse: le bois, le métal, les pierres de
toute sorte et jusqu'à la brique recouverte d'enduit. La position la
plus fréquemment employée est la position classique du roi assis sur un
trône, les mains sur ses genoux; à côté de cela, on trouve le roi
debout, marchant ou tenant des enseignes divines, le roi agenouillé
présentant des vases d'offrandes, le roi prosterné, bref le roi dans
toutes les positions qu'il a l'habitude de prendre, soit en présence de
ses sujets, soit quand il célèbre le culte divin.
[Illustration: _Fig. 237._ Statuette en bois du Musée de Turin (d'après
PETRIE. _Photographs_, no _278_).]
Quelques grands personnages avaient le privilège de déposer, comme les
rois, leur propre statue dans un temple. Quant à l'usage qui consistait
à placer dans les tombeaux des statues du mort destinées à servir de
support à son double, il tend de plus en plus à disparaître; on trouve
bien encore des groupes taillés à même la roche du tombeau, représentant
le mari et la femme assis côte à côte, ou des statuettes de bois
finement sculptées, mais pas de façon constante. Nous avons déjà vu, à
propos des tombeaux eux-mêmes, qu'il s'était produit une évolution très
marquée dans les doctrines relatives à la vie de l'au-delà, et cette
évolution est encore plus sensible ici; la doctrine du _Ka_ ou du
double, remplacée par celle de l'âme, passe graduellement au second
plan. Cette âme ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume
d'Osiris, dans ce canton riant et fertile de l'autre monde qu'on appelle
les champs d'Ialou, et les statuettes funéraires ou _oushabtis_, déjà
mentionnées plus haut, sont des espèces de serviteurs magiques qui
doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs
divins.
[Illustration: _Fig. 238._ _Oushabtis_ du Nouvel Empire (d'ap. PETRIE.
_Photographs_, No _267_).]
Après la grande époque thébaine, soit de la XXIme à la XXVme dynastie,
la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples
qui nous en sont parvenus, en général de petites dimensions, nous
montrent un progrès constant dans la recherche patiente qui aboutira à
ce remarquable épanouissement de l'art sous les rois saïtes, la
renaissance du réalisme antique, mais d'un réalisme épuré, plein
d'élégance et de souplesse, ayant à son service une technique des plus
perfectionnée.
[Illustration: _Fig. 239._ Groupe d'époque saïte (d'après MARIETTE.
_Album du Musée de Boulaq_, pl. X).]
C'est aussi surtout à partir de l'époque saïte que se développe une
branche nouvelle de la statuaire: jusqu'alors le métal, et surtout le
bronze, était rarement employé par les sculpteurs; ils en usent
maintenant de préférence à toute autre matière, pour modeler des
statuettes de divinités qui nous sont parvenues en quantité
innombrables, témoignant ainsi d'une nouvelle transformation dans le
domaine religieux. Chacun sans doute voulait avoir dans sa maison
l'image de la divinité à laquelle il vouait un culte spécial, ce qui
n'était pas le cas aux époques antérieures. On faisait aussi parfois des
statuettes de rois ou de particuliers en bronze, mais en bronze incrusté
d'argent, et cela déjà sous les dynasties qui précédèrent les saïtes.
[Illustration: _Fig. 240._ La reine Karomama Bronze incrusté (d'après
CHASSINAT. _Monuments Piot_, IV, pl. III).]
Dans les bas-reliefs qui couvrent les parois de certains tombeaux, le
haut des stèles et divers autres monuments, on retrouve la même
recherche d'élégance et de grâce, la même perfection du modelé, qualités
réelles mais qui rendent ces bas-reliefs un peu moins puissants que ceux
des périodes antérieures, parfois moins expressifs. Dans les temples, où
la surface à couvrir était immense, la décoration est traitée
généralement d'une façon plus large, souvent plus sommaire, en relief à
l'intérieur du monument, en creux ou en relief dans le creux sur les
façades extérieures, en raison de la vive lumière et suivant une méthode
exclusivement égyptienne.
_Peinture_