sans doute pas apparenté à la famille royale, ne fit qu'une très courte
apparition sur le trône, vers 1250 probablement. Son fils Séti I est à
tous les points de vue un des plus grands parmi les pharaons. Il
consacra toutes les premières années d'un règne dont nous ignorons la
longueur, et qui dura peut-être un demi-siècle, à reprendre les colonies
asiatiques que possédait l'Egypte avant la crise des rois hérétiques.
Horemheb avait déjà rétabli son autorité sur la Nubie, et il lui suffit
d'une très brève campagne dans ce pays pour bien marquer sa puissance,
puis il se jeta avec toutes ses forces sur la Syrie, qu'il traversa
triomphalement du sud au nord, écrasant à plusieurs reprises les
indigènes qui avaient repris leur indépendance, et il atteignit les
confins du pays des Hittites en Asie Mineure et des royaumes de
Babylonie et d'Assyrie, sur le Haut Euphrate. Une expédition contre les
tribus libyennes du désert enleva à celles-ci toute velléité de faire
des incursions dans la vallée du Nil. L'Egypte avait en apparence, et
pour un temps du moins, reconquis toute sa puissance, et Séti pouvait
s'occuper en paix de travaux intérieurs; il nous est parvenu des témoins
très remarquables de cette activité parmi lesquels figurent son
tombeau, le temple d'Abydos et surtout la grande salle hypostyle de
Karnak, sur les parois extérieures de laquelle il fit sculpter en
tableaux immenses les péripéties de ses campagnes.
[Illustration: _Fig. 205._ Tête de la momie de Séti I (d'après
ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, frontispice).]
[Illustration: _Fig. 206._ Campagnes de Séti I (Temple de Karnak).]
[Illustration: _Fig. 207._ Tête de la momie de Ramsès II (d'ap.
ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLIV).]
De tous les anciens rois d'Egypte, le seul dont l'humanité ait conservé
un souvenir vivant est Ramsès II, fils de Séti I, qu'on confond
volontiers avec le légendaire Sesostris, et qui jouit en somme d'une
réputation très supérieure à son oeuvre. Il eut un très long règne,
construisit beaucoup, et, en plus de cela, il s'appropria sans le
moindre scrupule tous les monuments de ses prédécesseurs, effaçant même
parfois leurs cartouches pour y mettre le sien, aussi n'y a-t-il guère
de site antique en Egypte où l'on ne trouve son nom. Dès le début de son
règne il eut à lutter, dans les provinces asiatiques de son empire,
contre un royaume devenu progressivement très puissant et qui occupait
une grande partie de l'Asie Mineure, celui des Hittites. Il sut
habilement jouer d'un succès qu'il remporta dans sa première campagne et
où sa valeur personnelle avait décidé de la victoire; sur la façade de
tous ses temples, il fit sculpter cet épisode accompagné d'un poème
dithyrambique, le fameux poème de Pentaour, et acquit ainsi une auréole
de gloire qui est, sinon imméritée, du moins un peu surfaite. En effet,
son succès ne devait pas être décisif, et nous voyons Ramsès, quelques
années plus tard, conclure avec ces mêmes rois hittites un traité dont
il fait de nouveau très grand état et qui, à tout prendre, met sur un
pied d'égalité les deux parties contractantes au lieu d'assurer la
supériorité de l'Egypte. Ramsès sut du reste, semble-t-il, maintenir
l'intégrité de ses états, et l'orage qui s'approchait de ses frontières
n'éclata qu'après sa mort.
[Illustration: _Fig. 208._ Tête de la momie de Menephtah (d'ap.
ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLVIII).]
Un grand mouvement se préparait en effet contre l'Egypte; avec l'appui
des tribus libyennes cantonnées dans le désert, dans la Cyrénaïque et
peut-être plus loin encore, du côté de la Tunisie, certains peuples du
nord, venant des îles grecques et de la côte d'Asie Mineure,
traversèrent la mer, débarquèrent et tentèrent d'envahir la vallée du
Nil, dont le souverain était en ce moment Menephtah, le soi-disant
pharaon de l'Exode. Ce roi était le trentième fils de Ramsès II, auquel
il succéda étant lui-même déjà presque un vieillard, inhabile à conduire
des armées. Les généraux auxquels il délégua ses pouvoirs se
comportèrent vaillamment et repoussèrent l'invasion; plus tard, ils
firent une campagne victorieuse en Syrie, pays également menacé par les
ennemis de l'Egypte, et qui n'était sans doute déjà plus vassal des
pharaons, à en juger par les termes que Menephtah emploie en parlant des
habitants de la contrée, qu'il ne considère plus comme des sujets ou des
rebelles, mais comme des adversaires indépendants. Pendant quelques
siècles, la monarchie égyptienne avait fait de brillantes conquêtes et
les avait défendues âprement, mais elle n'avait pas le caractère d'une
puissance expansive et ses colonies asiatiques lui échappèrent sans que
nous puissions bien nous rendre compte de quelle façon. Désormais
l'Egypte sera réduite à son territoire africain, et si quelques rois,
d'un esprit plus aventureux, veulent plus tard tenter des expéditions
lointaines, leurs succès ne seront jamais que momentanés et n'auront
aucun lendemain.
Ces victoires devaient être les derniers moments de gloire de la XIXme
dynastie, et la fin du règne de Menephtah se perd dans l'oubli; ses
successeurs, Seti II, Amenmesès, Taousert, Siphtah ne sont guère pour
nous que des noms, des êtres sans consistance historique. Peu à peu,
sous eux, l'Egypte était tombée en pleine anarchie; des hordes syriennes
s'étaient abattues sur le pays et le rançonnaient sans pitié. La
décadence était complète au XIme siècle avant notre ère.
_XXe dynastie_
L'Egypte devait secouer cependant encore une fois le joug des barbares,
grâce à la valeur et à l'opiniâtreté de Setnekht et de Ramsès III, les
fondateurs de la XXme dynastie; Setnekht, un parent sans doute des rois
de la XIXme, rétablit l'ordre dans le pays même, mais mourut après un
très court règne, laissant le trône à son fils Ramsès III. La coalition
des peuples de la mer et des Libyens, dissoute par la victoire de
Menephtah, s'était reformée et devenait de nouveau menaçante; c'était
une vraie émigration de nations entières qui se dirigeaient vers
l'Egypte en suivant la côte de la Syrie et de la Palestine; Ramsès les
attendait près de la frontière et les défit une première fois, mais ils
revinrent à la charge trois ans après et, dans la même journée, leur
flotte fut anéantie par celle du roi d'Egypte et leur armée repoussée
définitivement; cette fois-ci, les Libyens s'étaient mis aussi en
campagne et, Ramsès, immédiatement après sa victoire dans l'est, se
retourna contre eux et leur infligea à eux aussi une défaite
retentissante. Il n'avait plus rien à craindre du dehors et fut assez
sage pour ne pas passer de la défensive à une politique offensive; il se
consacra donc exclusivement au bien-être et au développement de son
pays, où la paix et la sécurité régnaient de nouveau. Il édifia des
monuments splendides, comme ceux de Medinet-Habou, protégea le commerce
et l'industrie et combla les temples de richesses. Grâce au grand
papyrus Harris, qui contient l'énumération de ses dons et un résumé
historique de son oeuvre, nous sommes admirablement renseignés sur son
règne. Ramsès III cherchait en tout à imiter son illustre ancêtre et
homonyme Ramsès II; si son règne fut de moitié plus court, trente-trois
ans à peine, l'oeuvre qu'il accomplit pendant ce temps est supérieure,
semble-t-il, à celle de son célèbre modèle, et elle eût été vraiment
durable s'il avait eu des successeurs dignes de lui; malheureusement
ceux-ci se montrèrent aussi incapables que les successeurs de Ramsès II
et la XXme dynastie finit comme la XIXme, tristement et sans gloire. Les
neuf rois qui se succèdent à des intervalles plus ou moins longs et qui
portent tous le nom glorieux de Ramsès sont comme les rois fainéants
entre les mains des maires du palais, des fantoches sans valeur
personnelle, absolument dépendants des prêtres d'Amon; ceux-ci avaient
repris la place prépondérante que Khounaten avait cherché à leur
enlever, cependant les rois représentaient encore le lien traditionnel
qui assurait l'unité de l'Egypte, menacée de tous côtés par des
ambitieux désireux de s'arroger une partie du pouvoir suprême.
[Illustration: _Fig. 209._ Tête de la momie de Ramsès III (d'ap.
ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. LII).]
[Illustration: _Fig. 210._ Bataille contre les Philistins (d'après
CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXX).]
[Illustration: _Fig. 211._ Bataille navale sous Ramsès III (d'après
CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXXII).]
La dislocation du pays commença en effet dès la disparition du dernier
de ces princes, Ramsès XII, détrôné sans doute par le grand prêtre
Hrihor, qui tenait depuis longtemps les rênes du pouvoir et voulait
porter lui-même la couronne. Une ère nouvelle commence, celle du
morcellement de l'Egypte, assez semblable en principe à la période
féodale qui sépare l'Ancien du Moyen Empire, à cette différence près que
ces roitelets vivent le plus souvent en bonne harmonie les uns avec les
autres, s'unissent par des mariages et se repassent sans dispute la
prééminence, suivant que l'une ou l'autre des familles a plus de
puissance sur le moment. Il semble que l'Egypte soit épuisée par son
effort politique et militaire et qu'elle se recueille, attendant des
jours meilleurs qui du reste ne pourront être aussi glorieux que par le
passé; pendant le début de cette période qui reste encore confuse, bien
qu'elle nous ait transmis une foule de documents, aucun ennemi sérieux,
venant du dehors, ne menace l'Egypte, mais aucun roi ne domine les
autres par ses actes ou par ses capacités. Cette époque est une époque
de médiocrité à tous les points de vue, pendant laquelle la
civilisation, comme les arts, végète sans se développer, et qui dura de
trois à quatre siècles. Il faudrait pouvoir en donner un vaste tableau
d'ensemble, chose qui n'est pas encore possible, les éléments étant
insuffisants, et nous devons nous borner à suivre la classification de
Manéthon en dynasties; chacune de ces dynasties semble d'après lui
former un tout indépendant, tandis qu'en réalité elle est intimement
liée aux autres, dans un enchevêtrement bien difficile à débrouiller.
_XXIe dynastie_
Avec Hrihor, les grands prêtres d'Amon s'étaient, comme cela devait
fatalement arriver, élevés sur le trône d'Egypte, mais à peine y
furent-ils qu'ils se trouvèrent en face de compétiteurs qui n'étaient
point négligeables: ceux-ci, moins puissants peut-être que les
rois-prêtres qui occupaient Thèbes, avaient pour eux leur naissance,
étant parents très rapprochés des souverains déchus. Leur centre était à
Tanis, à l'extrême nord-est du Delta, une ville à laquelle Ramsès II
avait donné une grande importance comme boulevard de l'Egypte du côté de
la Syrie. Ces rois, Smendès, Si-Amon, les Psousennès, firent avec ceux
de Thèbes une sorte de compromis et vécurent en bons termes avec Hrihor
comme avec ses descendants, les Pânkhi, les Pinodjem, les Masaherta,
dont plusieurs du reste se contentèrent de leur titre de grand pontife
tandis que d'autres revendiquaient le cartouche royal. La XXIme dynastie
est donc double, mi-partie tanite, mi-partie thébaine.
_XXIIe dynastie_
La force militaire des grands conquérants, dès la XVIIIme dynastie,
réside pour une bonne part dans les troupes mercenaires qu'ils prenaient
à leur service, nègres, Shardanes et Libyens, races qui toutes étaient
plus belliqueuses que les Egyptiens. Parmi tous ces étrangers défenseurs
de l'Egypte, la tribu libyenne des Mashaouash prit rapidement une place
prépondérante, et ses chefs une haute position à la cour, puisqu'ils
entrèrent même par des mariages dans la famille royale; un descendant de
ces chefs, résidant à Bubastis dans la Basse Egypte, Sheshonq, prit lui
aussi le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte, peut-être au
moment même où Hrihor et Smendès se proclamaient rois chacun de son
côté. Cette dynastie bubastite qui compte dans ses rangs des Sheshonq,
des Osorkon, des Takelot, des Nimrod, fut généralement plus puissante
que les autres familles régnantes et nous a laissé beaucoup plus de
monuments, entre autres ceux dont elle dota sa capitale de Bubastis;
souvent même ces rois occupèrent Thèbes, y installèrent des grands
prêtres pris dans leur famille et firent des travaux importants dans le
grand temple d'Amon; cependant nous ne voyons pas qu'il y ait jamais eu
de luttes violentes entre eux et les autres dynasties collatérales. Le
fondateur de la dynastie, Sheshonq I, manifesta des velléités
conquérantes et fit campagne en Judée: c'est le Sisak de la Bible, qui
vainquit Roboam et pilla Jérusalem. Certains de ses successeurs, comme
Osorkon I, le Zerakh de la Bible, eurent aussi maille à partir avec les
Juifs, mais à part cela leurs règnes ne renferment aucun événement
vraiment digne de mémoire.
[Illustration: _Fig. 212._ Osorkon I (d'ap. GONINO. _Proc. of the Soc.
of Bibl. Arch._, VI, p. _205_).]
_XXIIIe dynastie_
Quand la première famille de rois tanites, la XXIme dynastie,
s'éteignit, une autre famille de même origine prit possession de son
trône, mais ne laissa dans l'histoire qu'une trace insignifiante. Elle
régna donc pendant les derniers temps de la XXIIme dynastie bubastite. A
cette époque se place un événement important, la conquête de l'Egypte
entière par le roi éthiopien Piânkhi Meri-Amon. Ce prince, qui
descendait des anciens rois d'Egypte et qui se considérait comme leur
légitime successeur, rêvait d'une restauration du royaume des pharaons
tel qu'il était à la grande époque. Il descendit le Nil avec une flotte
et une armée, s'empara successivement de toutes les villes et de toutes
les places fortes d'Egypte, malgré la résistance opiniâtre des derniers
rois de la XXIIme et de la XXIIIme dynastie, Nimrod et Osorkon, de
Tafnekht, roi de Saïs et d'une série de petits roitelets, qui tous
durent finir par se soumettre et le reconnaître comme leur suzerain. Il
rendit lui-même solennellement hommage aux dieux de l'Egypte, mais ne
s'attarda pas dans le pays et remonta dans sa patrie, à Napata, au fond
du Soudan.
[Illustration: _Fig. 213._ Rois et princes faisant leur soumission à
Piânkhi (d'après MARIETTE. _Monuments divers_, pl. I).]
_XXIVe dynastie_
Le plus opiniâtre des adversaires de Piânkhi, Tafnekht, roi de Saïs,
s'arrogeait déjà, comme du reste les autres princes ses contemporains,
le protocole complet des rois d'Egypte. Son fils et successeur,
Bokenranf (Bocchoris), eut un pouvoir plus étendu et régna même quelques
années sur le pays entier, constituant à lui seul l'éphémère XXIVme
dynastie saïte. C'était un sage et un législateur, sur le compte duquel
la postérité racontait mainte anecdote. Comme guerrier, il tenta, en
Syrie, de s'opposer à la marche victorieuse de Sargon, roi d'Assyrie,
mais fut battu et dut s'estimer heureux que son royaume n'eût pas à
subir l'invasion. Peu après il fut attaqué, vaincu et mis à mort par le
roi éthiopien qui régnait encore à Thèbes, Sabacon.
_XXVe dynastie_
Piânkhi en effet, en rentrant en Ethiopie, avait laissé le royaume
reconquis par lui aux mains de membres de sa famille qui résidèrent à
Thèbes, mais qui n'eurent qu'une autorité très limitée jusqu'au jour où
l'un d'entre eux, Sabacon, se trouva maître de nouveau de tout le pays
par sa victoire sur Bocchoris. L'unité des deux royaumes pharaoniques
semblait reconstituée, mais elle ne devait pas être de longue durée. Un
ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qu'avait jusque-là connus
l'Egypte, le roi d'Assyrie, qui était déjà maître d'une bonne partie de
la Syrie, s'avançait progressivement. La politique que suivirent à son
égard les rois éthiopiens de la XXVme dynastie, et du reste aussi les
autres princes égyptiens, ne fut pas très franche et varia presque d'une
année à l'autre. Sabacon commença prudemment par payer tribut à ce
puissant rival; son fils Shabatoka prit le parti contraire, marcha
contre Sennakhérib, fut complètement battu, et l'Egypte n'évita
l'invasion que grâce au mystérieux événement relaté par la Bible et par
Hérodote, cette peste qui anéantit en une nuit l'armée assyrienne dans
les environs de Jérusalem, à Lakish, en l'an 701. Peu après, Shabatoka
fut détrôné et tué par son suzerain, le nouveau roi d'Ethiopie Taharqa,
qui s'installa à sa place comme pharaon, et donna à l'Egypte quelques
années de prospérité; ayant noué des intrigues avec les peuples syriens,
il s'attira la colère d'Asarhaddon, roi d'Assyrie, qui cette fois
pénétra en Egypte, le vainquit, pilla Memphis et reçut l'hommage des
princes du Delta, auprès desquels il établit des gouverneurs, en 670.
Taharqa revint à la charge un peu plus tard, mais cette fois les armées
d'Assourbanipal, qui venait de succéder à son père, pénétrèrent jusqu'à
Thèbes et firent peser un joug plus lourd sur les princes de la Basse
Egypte qui avaient profité de l'occasion pour se révolter de nouveau.
Le successeur de Taharqa, Tanoutamon, tenta une fois encore de repousser
les Assyriens, reprit le pays jusqu'au Delta, puis finit aussi par être
refoulé au delà de la cataracte, après que Thèbes eut été mise à sac.
Ceci se passait en 662; la domination assyrienne ne devait plus durer
que peu de temps, mais aucun roi éthiopien ne devait plus porter la
double couronne d'Egypte.
_XXVIe dynastie_
Parmi tous les princes et roitelets qui se partageaient le Delta et
formaient ce que les Grecs appelaient la dodécarchie, ceux de Saïs
avaient depuis Bocchoris une place dominante et prenaient toujours la
tête du mouvement, que ce mouvement fût dirigé contre les Ethiopiens ou
contre les Assyriens. Néchao, le véritable fondateur de cette nouvelle
dynastie saïte la XXVIme, avait déjà été reconnu par Asarhaddon, mais ce
fut son fils Psammétique qui, profitant de la retraite définitive de
Taharqa et de l'éloignement d'Assourbanipal, alors très occupé par sa
guerre contre l'Elam, arriva en un temps relativement court à affranchir
son pays de la domination étrangère, à en reconstituer l'unité et à lui
assurer de nouveau de longues années de prospérité et de gloire, comme
dans les beaux temps d'autrefois.
[Illustration: _Fig. 214._ Psammétique I (d'après SCHÄFER. _Zeitsch. für
aegypt. Sprache_, XXXIII, p. _116_).]
Ainsi que nous l'apprennent les historiens grecs, c'est en s'appuyant
sur des mercenaires ioniens et cariens que Psammétique I put obtenir ce
résultat et réunir tout le pouvoir dans sa main; certains soldats
égyptiens, blessés de cette préférence non déguisée qu'il accordait aux
soldats étrangers, l'abandonnèrent et s'expatrièrent, mais les autres
furent vite enrégimentés de nouveau. La puissance militaire de l'Egypte
était reconstituée, et le nouveau roi chercha d'abord à expérimenter sa
force en faisant des incursions en Syrie, puis adopta un autre système,
celui de fortifier ses frontières au nord-est et au sud pour pouvoir
s'occuper activement de réorganiser son royaume; son long règne lui
permit de mener à bien cette besogne.
Le royaume d'Assyrie avait disparu, aussi le fils de Psammétique, Néchao
II voulut-il reprendre la vieille politique syrienne des pharaons
conquérants; son expédition fut d'abord couronnée de succès, mais après
une défaite terrible qui lui fut infligée à Carchemis par le roi de
Babylone, Nabuchodonosor, il dut se replier sur l'Egypte où son
vainqueur n'osa le poursuivre et il se voua, à son tour, au
développement intérieur de son royaume. Il s'occupa aussi activement de
sa marine, et c'est sur son ordre qu'eut lieu le fameux périple, le
voyage d'une flotte égyptienne autour de l'Afrique, partant de la mer
Rouge pour revenir par la Méditerranée.
[Illustration: _Fig. 215._ Apriès (d'ap. PETRIE. _The Palace of Apries_,
pl. II).]
Psammétique II, puis Apriès, continuèrent l'oeuvre de leurs devanciers
jusqu'au moment où ce dernier, après une expédition désastreuse contre
les Libyens, eut suscité une vraie révolution populaire qui le renversa
et le remplaça sur le trône par Amasis, un de ses généraux, sans doute
son parent. Nabuchodonosor profita de cette crise pour enlever à
l'Egypte tout ce qu'elle pouvait encore posséder en Syrie, mais n'osa
pas tenter de pénétrer dans la vallée du Nil, et Amasis, s'appuyant de
plus en plus sur les Grecs, continua l'oeuvre civilisatrice commencée
avant lui; c'est grâce à lui surtout que s'élevèrent sur le sol égyptien
des villes purement grecques comme Naucratis, et que le commerce et
l'industrie helléniques y prospérèrent, faisant pénétrer peu à peu un
nouvel esprit dans cette vieille civilisation, aussi la figure d'Amasis
est-elle restée très vivante chez les Grecs, et une foule d'histoires
sont venues se greffer sur son nom, qu'elles popularisent encore en ce
jour. Jamais l'Egypte, paraît-il, n'avait été si riche et si prospère
que sous son habile gouvernement; il l'avait rendue si forte que Cyrus
lui-même n'osa pas l'attaquer. Ce dernier lui ayant, dit-on, demandé sa
fille en mariage, Amasis lui aurait envoyé la fille du pharaon détrôné
Apriès; cette tromperie devint plus tard le prétexte des revendications
de Cambyse au trône d'Egypte et de l'envahissement de la vallée du Nil,
dès que le faible Psammétique III eut remplacé au pouvoir son père
Amasis.
[Illustration: _Fig. 216._ Amasis (d'après PETRIE. _Meydum and Memphis_,
III, pl. XXIX).]
La XXVIme dynastie, ou, comme nous l'appelons aussi pour bien la
distinguer du Nouvel Empire thébain avec lequel elle n'a plus aucun
rapport, l'époque saïte, présente un caractère tout particulier qu'on
peut qualifier d'un seul mot, celui de renaissance. Longtemps contenue,
l'Egypte s'épanouit de nouveau; dans tous les domaines, elle cherche à
retrouver ce qui a fait autrefois sa grandeur et sa force. Elle reprend
la vieille tradition à laquelle elle insuffle un peu de cet esprit
nouveau qui commence à se manifester grâce au contact permanent avec des
peuples plus jeunes. Trop tôt coupé par l'invasion persane, ce grand
effort qui se manifeste aussi bien au point de vue politique que dans le
domaine de l'art, n'eut pas le temps de donner tout ce qu'on eût été en
droit d'en attendre.
_Epoque perse (dynasties XXVII-XXX)_
L'histoire de la conquête de l'Egypte par Cambyse et des rois ses
successeurs, est trop connue pour qu'il y ait lieu d'y revenir ici. La
vallée du Nil est désormais englobée dans l'empire perse, et il est à
remarquer qu'elle ne fut jamais administrée comme les autres provinces
ou satrapies, mais qu'elle bénéficia de certains privilèges et conserva,
nominalement au moins, son ancienne organisation. Le grand roi se
considérait comme le légitime successeur des pharaons, il enfermait son
nom dans un cartouche, se donnait les titres de roi de la Haute et de la
Basse Egypte et même celui d'Horus, adorait officiellement tous les
dieux égyptiens et leur dressait des temples, mais toutes ces
prévenances ne suffirent pas à lui gagner le coeur de ses nouveaux
sujets qui aspiraient à la liberté et cherchèrent maintes fois à la
reconquérir.
[Illustration: _Fig. 217._ Nectanébo I (d'apr. AYRTON. _Abydos_, III,
pl. XXVIII).]
Les premières révoltes furent réprimées, mais enfin sous Darius II
Ochus, en 405, les Egyptiens secouèrent le joug et substituèrent à la
XXVIIme dynastie perse une série de dynasties indigènes, la XXVIIIme
d'abord, qui ne compte qu'un seul roi, Amyrtée, d'origine saïte, puis
la XXIXme, de Mendès, qui avec Nepherites et Hakoris acheva la
délivrance. Des luttes intestines marquèrent seules les courts règnes de
leurs successeurs qui furent détrônés en 379 par un prince originaire de
Sebennytos, Nekhthorheb ou Nectanébo I, le fondateur de la XXXme
dynastie. Ce roi, puis ses successeurs Téos et Nectanébo II, tout en
travaillant activement au bien-être intérieur du pays, eurent
continuellement à lutter contre les Perses qui voulaient reconquérir
leur province perdue. Pendant des années, avec le secours des
mercenaires grecs, ils bataillèrent avec héroïsme, mais ils finirent par
être écrasés sous le nombre, et en 342, le dernier roi égyptien
s'enfuyait en Ethiopie; l'antique monarchie avait jeté son dernier
éclat.
Les Perses saccagèrent consciencieusement le pays qui, au cours de la
XXXme dynastie, s'était remis à prospérer, mais ils ne devaient jouir de
leur triomphe que dix ans à peine et quand Alexandre parut, il fut salué
comme un sauveur. C'était une Egypte toute nouvelle qui commençait,
l'Egypte grecque, désormais intimement liée à l'histoire du monde
méditerranéen, de ce monde à la civilisation duquel elle avait si
largement contribué.
_L'Exode des Hébreux_