De plus en plus la peinture tend à redevenir ce qu'elle était à

l'origine, un art indépendant, et à s'affranchir de la tutelle du

bas-relief dont elle est en réalité la soeur aînée. Les peintres ont

plus souvent l'occasion d'exercer leur talent, maintenant que les

tombeaux sont généralement creusés dans une roche friable, qui ne

permet pas l'emploi de la sculpture pour la décoration; ils ont acquis

une sûreté de main remarquable, et se laissent aller plus librement à

leur imagination et à leur fantaisie. Les scènes présentent toujours les

mêmes sujets, mais la manière de les traiter est plus personnelle, la

recherche du motif pittoresque plus fréquente; on continue néanmoins,

pour les principales figures tout au moins, à procéder par teintes

plates, simples, sans ombres, avec un léger sertissage noir ou rouge;

les détails sont faits en surcharge. Les motifs végétaux abondent, qu'il

s'agisse de bouquets ou de guirlandes faisant partie des scènes

elles-mêmes, de plantes agrémentant le paysage ou de frises courant au

haut des parois. Sur les plafonds, des motifs réguliers reproduisent les

modèles employés pour les étoffes ou la vannerie en couleur.

[Illustration: _Fig. 241._ Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha (photogr.

de l'auteur).]

[Illustration: _Fig. 242._ Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna

(photographie de l'auteur).]

[Illustration: _Fig. 243._ Cueillette des raisins (tombeau de

Pehsoukher, Thèbes, XVIIIe dyn.).]

C'est aussi la peinture qui contribue pour la plus large part à la

décoration des édifices civils, ainsi ces palais de Tell el Amarna et de

Medinet Habou, dont il ne reste que les dallages en stuc, où sont peints

avec une verve charmante des étangs entourés de buissons où s'ébattent

des animaux de tout genre. (Fig. _218_).

Quant aux scènes peintes sur les très nombreux sarcophages de l'époque,

elles n'ont pas à proprement parler un caractère artistique. Par contre

les enluminures des papyrus funéraires, Livre des Morts ou compositions

mythologiques, sont souvent d'une réelle beauté.

_Arts industriels_

Les progrès continuent à s'affirmer pour tout ce qui rentre de près ou

de loin dans la catégorie des arts industriels, sauf cependant en ce qui

concerne les bijoux et les vases en pierre: le trésor d'Aahhotep et les

autres objets de parure du musée du Caire, même les splendides pièces du

Serapeum, aujourd'hui au Louvre, ne sont pas comparables, pour la

perfection du travail, aux bijoux de Dahchour, de la XIIme dynastie; les

procédés sont cependant les mêmes, sauf que dans l'incrustation, les

pierres sont toujours remplacées par des émaux et que la ciselure est

aussi moins fine et moins délicate.

[Illustration: _Fig. 244._ Bijou de la XIXe dyn. (d'apr. MARIETTE.

_Serapeum_, pl. XII).]

Les vases de pierre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et l'on

se contente le plus souvent de déposer dans les tombes de faux vases en

bois peint de manière à imiter les pierres les plus rares; il ne nous

est guère parvenu que des vases d'albâtre, très beaux du reste de forme

et de facture. Par contre les vases en métal sont de plus en plus en

faveur, et surtout les vases d'apparat en or et en argent, aux formes

les plus variées, importées en Egypte de Syrie, de Phénicie, de Crète et

des îles grecques; les peintures et les bas-reliefs nous permettent

d'apprécier ces merveilles d'orfèvrerie.

[Illustration: _Fig. 245._ Vases d'albâtre. XVIIIe dynastie (d'après

PETRIE. _Photographs_, No _186_).]

L'industrie de l'émail prend au Nouvel Empire un développement

inattendu; très habiles à manier cette matière, les ouvriers égyptiens

en font des vases de formes diverses, de ce beau bleu profond qui est

presque inimitable des statuettes funéraires, et plus tard quantité de

petites figurines de divinités, sans parler des innombrables perles et

autres objets de parure; enfin ils appliquent les émaux polychromes à la

décoration de certains édifices. C'est de cette époque aussi que date

l'invention du verre, non pas encore du verre soufflé, mais du verre

multicolore fondu, dont on faisait de charmants petits vases, à

décoration ondulée; ces vases étaient non seulement employés dans le

pays même, mais servaient surtout d'objets d'exportation et ont été

retrouvés un peu partout dans les pays méditerranéens. Il est reconnu

maintenant que cette importante invention, attribuée autrefois à tort

aux Phéniciens, doit être restituée aux Egyptiens.

[Illustration: _Fig. 246._ Fauteuil en bois doré (d'après QUIBELL. _Tomb

of Yuaa_, pl. XXXII).]

Les meubles sont généralement simples de lignes et de formes, sobres

d'ornementation, exactement appropriés à leur destination. Il en est

cependant de plus soignés de travail, qui ont appartenu à des rois ou à

des princes, et qui peuvent être considérés comme de véritables oeuvres

d'art; ce sont des fauteuils, des lits, des coffrets, même des chariots

dans lesquels n'entre pas seulement le travail de l'ébéniste, mais aussi

celui du stuqueur, qui les couvre de délicats bas-reliefs en gesso, et

celui de l'ouvrier en cuir qui les orne de panneaux en cuir repoussé ou

incrusté de diverses couleurs.

Enfin les plus charmants peut-être des objets d'art sont de simples

ustensiles de toilette en bois sculpté ou ajouré, parfois en ivoire,

cuillères à parfums, pots à fard, oeuvres d'une fantaisie toute

personnelle, donnant la mesure de ce à quoi pouvaient arriver les

ouvriers d'art égyptiens.

C. CIVILISATION

_Royauté_

Qu'il soit tout-puissant et maître d'un immense empire, ou réduit à une

seule petite province, le roi est toujours pour ses sujets un être

d'extraction divine dont l'autorité n'est pas contestable. Cette

autorité repose sur la pureté du sang royal, et nous voyons la plupart

des rois du Nouvel Empire attacher plus de prix encore que leurs

prédécesseurs à cette question, et épouser de préférence une demi-soeur,

née d'une mère plus noble que la leur, pour diminuer la quantité de sang

vulgaire qui s'était introduit dans leur race; parfois même un dieu se

chargeait d'infuser lui-même à l'enfant royal un sang divin plus pur

encore, comme cela eut lieu pour Aménophis III. Quand un usurpateur

montait sur le trône, il se hâtait d'épouser une princesse de lignée

royale et légitimait ainsi en quelque sorte son accession à la couronne.

Lors du morcellement de l'Empire, les roitelets qui se partagèrent le

pouvoir se rattachaient tous plus ou moins à la vieille race pharaonique

et avaient des droits sensiblement égaux, mais il était curieux de

constater que le sang royal le plus pur se conservait non plus chez des

Egyptiens, mais chez des nègres, comme Piânkhi l'Ethiopien et sa

famille.

[Illustration: _Fig. 247._ Cuillère à parfums. Louvre (croquis de M. Th.

Delachaux).]

La reine, ou plutôt la favorite, puisque souvent les rois eurent

plusieurs femmes, avait à côté de son époux une place très importante et

souvent une grosse influence; il arriva même à certaines d'entre elles

de monter sur le trône en qualité de roi d'Egypte.

_Gouvernement_

Au moment où les rois de la XVIIIme dynastie réunissent de nouveau

toutes les parties du pays sous leur sceptre, la féodalité a entièrement

disparu et l'administration est centralisée entre les mains d'un grand

vizir et d'un nombre considérable de fonctionnaires subalternes; le roi

garde du reste la haute main dans le gouvernement et tout se fait en son

nom, qu'il s'agisse de travaux publics, de finances, d'affaires

étrangères ou de commerce. La justice, comme autrefois, est entre les

mains d'une magistrature spéciale, et les provinces asiatiques sont

gouvernées par des indigènes sous la surveillance d'officiers égyptiens,

tandis que la Nubie est administrée par un vice-roi nommé par le pharaon

et qui est souvent un de ses fils.

Nous avons vu l'influence grandissante du clergé d'Amon, arrêtée un

moment par la réforme de Khounaten, reprendre de plus belle, et les

grands prêtres se saisir successivement du pouvoir effectif, puis d'une

partie du pouvoir nominal. A partir de ce moment le pontificat cesse

d'être entre les mains d'une seule famille et chaque fois qu'une des

dynasties rivales prend la prédominance sur les autres, elle installe

sur le trône d'Amon un prince de sa race qui est plutôt un gouverneur de

la Haute Egypte qu'un grand prêtre. Enfin les rois éthiopiens suppriment

cette dignité et installent à Thèbes une grande prêtresse d'Amon,

princesse de la famille royale; les rois saïtes ne font que confirmer

cette charge en la confisquant au profit de leurs filles, afin que cet

état dans l'Etat demeure une force pour la couronne et non pas une

menace.

_Relations extérieures Commerce_

L'extension des frontières de l'Egypte vers le nord et le sud devait

nécessairement favoriser le commerce qui prend un développement

considérable dès le début du Nouvel Empire. Les produits étrangers

affluent dans la vallée du Nil, tant sous la forme de tributs livrés au

roi lui-même, que sous celle de marchandises d'échange, et là encore il

semble que tout se fasse par l'entremise du gouvernement. Ce ne sont pas

seulement les pays soumis à la suzeraineté de l'Egypte, comme la Syrie,

la Phénicie, la Palestine, la Nubie, qui y envoient leurs produits, mais

des contrées absolument indépendantes, comme Chypre, la Crète, les îles

grecques, le Soudan, le pays de Pount, grâce à des expéditions maritimes

qui avaient toujours un caractère officiel, l'Etat disposant seul de

moyens suffisants pour faire marcher le trafic extérieur; ainsi l'on

peut dire, presque avec certitude, que le gouvernement s'était réservé

le commerce international, ne laissant aux particuliers que le commerce

intérieur. A cet effet, des lois protégeaient les industries locales et

il était interdit aux ouvriers spécialistes de passer à l'étranger.

L'évaluation des marchandises se faisait en or ou en argent, au poids,

et on se servait pour les échanges d'anneaux de métal qui, n'étant pas

poinçonnés par l'Etat, devaient être pesés à nouveau chaque fois; le

plus souvent, du reste, on procédait simplement par échange de denrées,

après entente.

[Illustration: _Fig. 248._ Syriens apportant des vases, XVIIIe dyn.

(photographie de l'auteur).]

Quant à la nature des marchandises importées, c'étaient surtout, comme

autrefois, des matières premières, métaux, bois précieux, ivoire, peaux

et plumes, encens, et aussi des matières ouvrées, entre autres ces

merveilleux vases d'orfèvrerie dont nous avons déjà parlé. En échange,

on donnait de la verrerie, des émaux, sans doute des bijoux, en un mot

tous les produits de l'industrie égyptienne, mais surtout des grains.

_Vie civile Vêtement_

Il n'y a pas de transformation notable à enregistrer dans les conditions

de la vie ordinaire, qu'il s'agisse des grands personnages ou des gens

du commun; de même les habitations n'ont guère varié. Par contre le

costume subit un changement important: les gens du peuple ont bien

toujours le pagne simple enroulé autour des hanches, mais tout individu

appartenant à une classe un peu plus élevée porte par-dessus ce pagne

une ample robe en toile fine, parfois presque transparente, dont la

forme et la coupe sont variables. De même les femmes ne portent plus

volontiers la robe courte et étroite des anciens temps, mais un vêtement

analogue à celui des hommes, un peu plus collant néanmoins sur le buste,

élargi du bas et tombant jusqu'à terre; les manches sont parfois très

courtes, parfois longues et larges. L'un et l'autre sexe porte la

perruque, des bijoux aux couleurs vives, colliers, bracelets et

périscélides, et aux pieds de longues sandales en papyrus ou en cuir. Le

costume royal est sensiblement le même, bien qu'un peu plus riche, que

celui des sujets.

_Armée_

Les rois hyksos avaient amené de Syrie en Egypte le cheval, et cet

animal qui s'était rapidement acclimaté dans le pays, offrait aux

Egyptiens du Nouvel Empire un mode de locomotion nouveau; jamais ils ne

songèrent à le monter, semble-t-il, mais ils l'attelaient à de légers

chariots à deux roues avec lesquels les grands personnages faisaient

leurs tournées dans le pays. C'est cependant surtout au point de vue

militaire que l'introduction du cheval eut pour les Egyptiens une grande

importance, puisque désormais la charrerie joua dans leurs armées le

principal rôle et qu'elle fut pour beaucoup dans la conquête de la

Syrie. La méthode de combat subit donc une transformation: avant le choc

qui devait amener la fin d'une bataille, la charge des escadrons de

chars, les soldats qui montaient ces chars combattaient de loin avec

leurs grands arcs; c'est même la raison pour laquelle l'arc était devenu

l'arme favorite des rois.

[Illustration: _Fig. 249._ Soldats égyptiens (Tombeau d'Amemheb. Thèbes.

XVIIIe dynastie).]

L'infanterie est toujours composée en partie d'Egyptiens, en partie de

mercenaires étrangers qui sont sa véritable force, que ce soient, comme

sous les Thébains, des Soudanais, des Shardanes ou des Libyens, ou,

comme plus tard sous les Saïtes, des Grecs. Cette armée royale, déjà

instituée sous le Moyen Empire, a été complètement réorganisée en corps

d'armées bien distincts sous un commandement commun, mieux équipée et

mieux armée et surtout bien exercée. Après une campagne officiers et

soldats recevaient leur part du butin, souvent en captifs qui étaient

employés à la culture de terres mises par le gouvernement à la

disposition des soldats, et ces captifs, qui n'étaient pas de véritables

esclaves, se mêlaient rapidement à la population indigène. Le roi

décernait aussi, pour récompenser les hauts faits de guerre, de

véritables décorations et autres distinctions honorifiques.

_Marine_

Les rois d'Egypte avaient sous le Nouvel Empire une vraie marine de

guerre que nous voyons parfois jouer le rôle décisif dans une bataille,

mais c'était surtout la marine marchande qui, avec l'extension du

commerce, tendait à prendre toujours plus de développement. Les navires

destinés à la mer étaient semblables de forme et de gréement à ceux

employés sur le Nil, mais plus grands et plus solidement construits; ils

remontaient du reste le fleuve, même jusqu'à Thèbes, et ainsi nous

voyons sous Hatshepsou les mêmes bateaux charger des marchandises dans

le pays de Pount, au sud de la mer Rouge, et les débarquer dans le port

de la capitale: un canal souvent ensablé et aujourd'hui disparu, faisait

alors communiquer un des bras du Nil, dans le Delta, avec le fond du

golfe de Suez. Enfin les marins égyptiens donnent la mesure de leur

audace et de leurs capacités quand, sous Néchao, ils s'embarquent pour

leur grand voyage de découverte autour de l'Afrique, la première en date

de toutes les grandes expéditions maritimes.

[Illustration: _Fig. 250._ Vaisseaux de l'expédition de Hatshepsou au

pays de Pount (d'après DUMICHEN. _Die Flotte einer äg. Königin_, pl.

III).]

_Agriculture. Elevage_

Le travail de la terre continue à faire de grands progrès; l'outillage

se perfectionne, on emploie maintenant des faucilles en métal et des

charrues plus puissantes; partout autour des villas on voit de beaux

jardins, pleins d'arbres fruitiers, de vignes et d'arbres d'agrément.

Partout on défriche pour les livrer à la culture les terrains qui

n'étaient autrefois que des pâturages, et cela naturellement aux dépens

de l'élevage, qui diminue dans de fortes proportions. On ne voit plus

que rarement de ces scènes si fréquentes sous l'Ancien Empire, qui

représentent des troupeaux d'animaux à demi sauvages sous la garde de

quelques pâtres, et les grandes inspections du bétail sont à peine

mentionnées; on n'emploie plus pour piétiner le terrain nouvellement

ensemencé des troupeaux entiers de chèvres ou de moutons, mais seulement

quelques porcs qu'on devait élever dans les fermes et non plus en pleine

campagne; l'âne n'est plus que rarement employé aux travaux des champs,

et ce sont généralement les hommes eux-mêmes qui transportent les

récoltes; le dépiquage du grain pour lequel les quelques boeufs, qui à

d'autres époques de l'année tirent la charrue, suffisent parfaitement,

se fait d'une façon un peu différente. L'Egypte, consciente de son rôle

commercial dans le monde oriental, qui est de l'approvisionner de

grains, consacre toutes ses forces à développer la culture au moyen de

la main d'oeuvre humaine, quitte à réduire au strict nécessaire tout ce

qui a rapport à l'élevage. Seule la race chevaline, nouvellement

introduite dans le pays, est l'objet de soins tout spéciaux, sous le

contrôle royal, et prospère si bien qu'on finit même, à certains

moments, par venir de Syrie chercher des chevaux en Egypte. Quant à la

question du chameau, elle n'est pas encore définitivement tranchée; il

semble néanmoins que si les Egyptiens l'ont connu, ils ne l'ont jamais

utilisé eux-mêmes, et que son acclimatation définitive dans le pays, où

il rend maintenant comme bête de somme des services inappréciables, ne

date que de la conquête musulmane.

[Illustration: _Fig. 251._ Scènes de labour et de semailles (Tombeau de

Nakht. Thèbes. XVIIIe dynastie).]

_Pêche et chasse_

Le défrichement progressif de la vallée du Nil avait fait disparaître

non seulement les pâturages, mais aussi les fourrés et les marécages qui

étaient pour les premiers Egyptiens de si beaux terrains de chasse et de

pêche. Avec les mêmes engins qu'autrefois, on ne pouvait plus guère

prendre du poisson que dans le fleuve et les canaux, et il ne se

trouvait plus que peu de ces étangs où les oiseaux migrateurs venaient

se prendre dans les grands filets; même les parcs de chasse des grands

seigneurs avaient presque tous disparu. Quand les rois chercheurs

d'aventures voulaient s'offrir les émotions d'une chasse mouvementée,

ils profitaient de leurs campagnes pour aller au loin, jusque sur les

bords de l'Euphrate, où ils trouvaient encore quelques éléphants, des

lions qu'ils abattaient par centaines et du gros gibier de toute sorte.

_Industrie_

A côté de l'agriculture, l'industrie continue à se perfectionner et nous

avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occupés à

leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d'art ou des gens

de métier, tels que briquetiers, maçons, sculpteurs, peintres,

bijoutiers, joailliers, menuisiers, ébénistes, corroyeurs, cordonniers,

cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d'autres encore. Leur

outillage est toujours aussi simple qu'aux périodes précédentes, presque

rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinçons de pierre ont

définitivement disparu pour faire place à des instruments de métal,

généralement en bronze, parfois en fer.

[Illustration: _Fig. 252._ Atelier de chaudronnerie (d'ap. NEWBERRY.

_Life of Rekhmara_, pl. XVII et XVIII).]

_Langue et Littérature_

La conquête de la Syrie et les relations constantes qui s'étaient

établies de ce fait avec l'Asie antérieure, avaient exercé sur l'Egypte

même une influence considérable qui se remarque tout particulièrement

dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, empruntés aux

idiomes sémitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour

exprimer des idées nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant,

soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots égyptiens. Il

est de bon ton, pour un scribe, d'émailler ses lettres ou ses

compositions littéraires du plus grand nombre possible de mots d'origine

étrangère. C'est de ces langues sémitiques, plus répandues que

l'égyptien, qu'on se servait pour les relations extérieures, et toute la

correspondance du roi d'Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans

l'idiome même de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens à la

cour comprenaient parfaitement.

[Illustration: _Fig. 253._ Atelier de Cordonniers (d'après NEWBERRY.

_Life of Rekhmara_, pl. XVIII).]

Les textes du Nouvel Empire qui nous sont parvenus sont donc composés

dans une langue moins pure que ceux de l'époque précédente, mais ils

sont aussi, sinon plus variés, et beaucoup plus abondants. Ce sont

d'abord les écrits historiques ou officiels, les récits biographiques,

les comptes rendus d'une campagne ou d'une conquête, les décrets et les

actes royaux, les odes dithyrambiques à la louange d'un souverain, puis

les ouvrages plus spécialement littéraires, contes, poésies, recueils

de modèles de lettres dans lesquels les jeunes scribes apprenaient leur

métier, livres de morale, hymnes en l'honneur du roi ou des dieux, dont

plusieurs ont trouvé place dans la grande compilation à laquelle nous

avons donné le nom de Livre des Morts et qui contient du reste surtout

des morceaux plus anciens. Après cela vient encore la littérature

épistolaire proprement dite, les procès-verbaux judiciaires, les écrits

scientifiques et médicaux et les innombrables compositions magiques,

religieuses ou mythologiques.

[Illustration: _Fig. 254._ Ostracon hiératique (d'après DARESSY.

_Ostraca_, pl. XLVI).]

Certains de ces textes sont gravés ou peints sur les murailles des

temples, sur les stèles, sur les parois des tombeaux; d'autres, les plus

nombreux, sont écrits en hiératique, c'est-à-dire en cursive, sur des

rouleaux ou des feuilles de papyrus ou même parfois sur des tessons de

vases ou des morceaux de pierre, auxquels nous donnons le nom

d'_ostraca_. Les ouvrages religieux étaient déposés dans le tombeau, à

côté du mort, pour lui servir de viatique dans l'autre monde, et parfois

l'on y joignait aussi des textes littéraires pouvant lui offrir un

délassement dans sa vie d'outre-tombe, mais la plupart des papyrus ont

été retrouvés roulés et cachés dans des vases, au milieu des ruines de

maisons anciennes; c'était la manière de conserver les livres qui

étaient toujours en petit nombre chez les particuliers. Nous ne savons

s'il existait dans le palais du roi ou ailleurs, de vraies bibliothèques

où l'on conservait les ouvrages de prix, avant l'époque où les

Ptolémées réunirent dans celle d'Alexandrie tout ce qu'ils purent

récolter de manuscrits anciens, les égyptiens sans doute aussi bien que

les grecs. Le geste fanatique du calife Omar nous a privés d'une source

inestimable de documents.

[Illustration: _Fig. 255._ Fragment d'un contrat démotique (d'après

SPIEGELBERG. _Die demotischen Papyrus_, pl. LVI).]

Jusqu'au Nouvel Empire, les seuls modes d'écriture étaient les

hiéroglyphes, et l'hiératique qui devient de plus en plus cursif; à

partir de l'époque saïte, les scribes, à force de chercher à simplifier

leur calligraphie, en arrivent à tracer des signes qui ne rappellent

plus que vaguement les hiéroglyphes d'où ils sont dérivés, ni même

l'élégant hiératique de la bonne époque. Il s'agit d'un nouveau genre

d'écriture, auquel on a donné le nom de _démotique_ et qui finit par

être le seul employé à partir des rois perses, pour les lettres, les

contrats, les manuscrits de toute sorte, bref pour tout ce qui n'est pas

destiné à revêtir un caractère monumental. Ce passage de l'hiératique au

démotique correspond exactement à la fin de l'autonomie de l'Egypte.

C'est ce moment-là, quand des rois étrangers viennent définitivement

remplacer sur le trône des Pharaons les dynasties indigènes, que nous

pouvons considérer comme la fin de la civilisation égyptienne; celle-ci

végétera bien encore pendant quelques siècles, elle donnera même dans

certains domaines comme l'architecture par exemple, des manifestations

originales et vraiment égyptiennes, mais elle ne prospérera plus et

dégénérera rapidement. Cette vieille civilisation qui pendant tant de

siècles a rayonné sur le monde ancien, lui donnant généreusement tout ce

qu'il y avait de bon en elle, est submergée à son tour par les

civilisations nouvelles; l'infusion d'un sang jeune se fit sans doute à

trop haute dose et, loin de la renouveler, ne put qu'accélérer sa ruine.

Désormais l'Egypte ne sera plus qu'une province du monde hellénique,

puis du monde romain, au point de vue de la civilisation aussi bien que

de la politique.

[Illustration: _Fig. 256._ Aménophis, fils de Paapis (d'après LEGRAIN.

_Statues et statuettes_, I, pl. LXXVI).]

[Illustration: _Fig. 257._ Repas et danseuses. Peinture d'un tombeau

thébain (XVIIIe dynastie).]

INDEX

_Les chiffres indiquent les pages: les chiffres entre parenthèses les

gravures._

A

AAHHOTEP, 283.

ABOUSIR, 138.

ABRAHAM, 221.

Abri, 63.

ABYDOS, 95, 99, 102, 104, 121, 136, 137, 244, 267, 269.

Acte, 295.

Administration, 165-168, 219-220, 287.

_Aegyptiaca_, 14.

Aération, 150.

AFRICAIN, 14, 15.

Agate, 64, 74.

Age du bronze, 58, 59.

Age du cuivre, 58, 59.

Age du fer, 58, 59.

Age de la pierre, 55, 58.

Agriculture, 32, 41, 68, 89, 95, 120, 179-182, 224, 292-293.

AHMÈS I, 197, 230, 323.

AHMÈS (amiral), 26.

AHMÈS NOFRITARI, 231.

Aï, 242.

Aiguière, 111.

Aire, 180.

AKERBLAD, 17.

Histoire de la civilisation égyptienne des origines à la conquête d'Alexandre · 第 16 / 19 段